ARTICLE IX
Examen de ta question du fait.
58. Je ne prétends point prouver directement par les témoignages des pasteurs disperses dans l'Eglise, le fail de l'acceptation universelle des bulles susdites : la chose est de notoriété publique, et les monuments autheuliques se trouvent dans plusieurs I.
on peul,cnlre autres, consulter l'Extrait des attestations de l'Eglise universelle en f de la bulle Uniytnilus, etc., imprimé à Assises eu 1788. Il sutura donc de repoudre à lout ce que les jansénistes opposent à la certitude el à la noloriélé de ce fait. Et puisque leurs objections frappent surlout la bulle UnigenUus, bornons la question à celle bulle, el embrassons toute l'élendue de qualrevingls années depuis sa publication par Clément XL
59. Qu'opposent donc les jansénistes dans la question du fait? ils citent quarante ou cinquante évéques au plus, qui onl fait ou font encore à cette bulle une opposition plus ou moins prononcée. Les appelants de Fiance se sont efforcés de faire connaître au monde lous les évoques opposants ; el quoiqu'ils aient grossi la liste de quelques-un-, qui ont dans la suiie rétracté leur opposition, et d'autres dont les sentiments sont restes bien incertains, toutefois le nombre dos opposants n'a jamais pu aller jusqu'à i*
que je ne trouve pas de mots pour la qudilier. On faut entendre ea outre dans le second passage «lu synode précité, que l'Ecriture asiate el lalraditi les véritables sources oui rendent uifailliblea k cisions de 1 Eglise. > L'expression n'est |
-lance de qui ne peut jamais
faire déiaut, voila ee qui rend infaillible! Ùons de l'Eglise, quand ell< interprète et qu'elle lixe le véritable seus des diverses Ecritures ei ne ra traditioa.
ECONOMIE DE LA FOI CHRETIENNE
ser la moitié d'une centaine. Les jansénistes ont donc pour eux cinquante témoignages. Nous en produisons contre eux sept ou huit mille, et huit souverains pontifes, qui, succédant les uns aux autres, ont toujours défendu publiquement, soutenu et loué la bulle Unigenitus, la proposant aux fidèles comme une décision dogmatique de l'Eglise. Voilà donc le véritable état de notre cause : il s'agit de savoir si, dans une question de fait, quarante ou cinquante témoins qui disent non, doivent être écoutés, et prévaloir contre sept ou huit mille qui disent oui? L'affaire étant dans cet état, il faut le courage d'un janséniste, et rieu de moins, pour oser se présenter en face du public et jouer le rôle d'avocat d'une cause si désespérée.
60. Les partisans de Jansénius sentent très-bien leur extrême faiblesse sous ce rapport; c'est pourquoi, afin de grossir le nombre de témoins favorables à leur cause, ils appellent en aide les simples prêtres, le clergé inférieur, même les laïques, et ils prétendent que l'opposition de ceux-ci doit avoir assez de force pour enlever à la bulle Unigenitus la valeur d'une décision de l'Eglise. Mais si les simples prêtres , le clergé inférieur, même les laïques, sont admis par les jansénistes, nous aurons nous-mêmes également le droit de les admettre; ainsi nos adversaires n'en tireront aucun avantage, puisque nous aurons toujours à leur opposer un nombre de témoins dans la proportion de cent contre un. Nous n'aurons pas fait un seul pas, et nous continuerons toujours à demander aux jansénistes si une question de fait peut se décider, lorsqu'il n'existera qu'un seul témoin contre cent et plus?
61. Mais la vérité est que le tribunal de l'église n'admet pas les simples prêtres et le clergé inférieur, et beaucoup inoins les laïques comme témoins dans notre cause.
Le caractère de témoins de ses œuvres et de ses doctrines ne fut donné par Jésus- Christ qu'aux apôtres et aux évêques qui devaient remplacer les apôtres dans le gouvernement de l'Eglise. Les soixante et douze disciples n'étaient pas présents quand Jésus- Christ donna aux onze apôtres la mission d'instruire toutes les nations dans sa doctrine, de les baptiser et de les gouverner, leur promettant son assistance jusqu'à la fin des siècles. La pratique manifeste de l'Eglise et la tradition constante de tous les siècles n'ont jamais reconnu que les évêques comme les seuls témoins compétents de la doctrine de Jésus-Christ. (Voyez ce gui a été dit plus haut mt n" 10.) Donc, lorsque les jansénistes produisent les témoignages du clergé inférieur et du peuple, ils vont évidemment contre l'institution de Jésus-Christ et la tradition de l'Eglise; ils ont recours à une défense basée sur l'erreur, entièrement inutile à leur cause.
62. Ils se tournent d'un autre côté, et ils prétendent que , pour donner une décision dogmatique infaillible, il faut qu'il y ait unanimité de doctrine et de langage dans le
corps des évêques, puisque l'infaillibilité fut promise par Jésus-Christ, non à quelques personnes en particulier, maisaucorpsentierdes premiers pasteurs de l'Eglise. Je pourrai répondre en répétant ce que j'ai dildans l'art, v, n. 24-, et développé dans la première note de la col. 31, et continuer à dire que l'infaillibilité fut promise par Jésus- Christ directement et immédiatement à saint Pierre et à ses successeurs, et indirectement ensuite par le moyen de saint Pierre et de ses successeurs, qu'ejle fut promise au corps des évêques jusqu'à la fin des siècles. Je pourrais ajouter, que la foi proposée, enseignée et prêchée ex cathedra par les pontifes de Home, a toujours été considérée dans l'Eglise, et appelée foi de saint Pierre, sur laquelle Jésus-Christ établit son Eglise, comme sur un rocher inébranlable, contre lequel viendront se briser tous les efforts de l'enfer. De là j'inférerai , comme conséquence nécessaire, que tous ces évêques, qui ne sont pas unis au pontife romain dans la profession de cette même foi proposée ex cathedra par une bulle dogmatique et solennelle, n'appartiennent pas à ce eorps de témoins, auquel Jésus-Christ a promis l'infaillibilité, et qui doivenl être affermis dans la foi par leur chef, le successeur de saint Pierre. Donc quelque grand que soit le nombre de< évêques en dissidence avec le pape sur la bulle Unigentus, je pourrais légitimement prétendre qu'ils ne portent aucune atteinte à l'unanimité de ce corps auquel est promise l'infaillibilité.
63. Mais convainquons les jansénistes d'une autre manière, puisque j'ai promis (n. 12) de ne pas insister sur l'infaillibilité du pape. L'unanimité réclamée par les jansénistes dans le corps des pasteurs s'entend, on dans le sens moral,, ou dans le sens physique et par fait ,si onl' entend dans le sens;noralt comme en effet tout le monde l'entend. Quel homme dira jamais qu'une telle unanimité n'existe pas, lorsque dans un corps de sept à huit mille personnes il ne s'en trouve que quarante à cinquante d'un sentiment contraire? Si les jansénistes soutiennent que dans ce cas il n'y a pas unanimité morale, ils se voient accusés de la folie la plus étrange par le sens commun elle langage généralement reçu par tous les hommes. Si ensuite on veut l'unanimité physique, complète et parfaite, je réponds qu'une semblable unanimité n'a jamais existé, pas même une seule fois dans une décision quelconque émanée de l'Eglise ou dispersée, ou réunie en concile : c'est là un fait incontestable résultant des monuments les plus irrécusables de l'histoire ecclésiastique. D'après ce principe des jansénistes, il faudra dire qu'aucune hérésie n'a été condamnée infailliblement par l'Eglise pendant dix-huit siècles : les ariens, les nestoi iens, les pélagiens, les luthériens, les calvinistes, ne pourront être regardés comme séparés d'une manière certaine de l'Eglise catholique , et comme hérétiques. Celte monstrueuse absurdité, destructive de toute la foi chrétienne, je l'ai plusieurs fou»
§7 DEMONSTRATION FVAN(;i l.Kji K. DOLGi «.
reprochée à nos adversaires dans des ouvrages que j'ai publiés, d en particulier je l'ai opposée à M. le dot leur Pierre Tam- Imriiii dans ma Repente à aile question, t-tt qu'un appefantîel dans l'Appendice aux faite dogmatiques : qu'a-i-on répondu jiis<| u';i présent à cette terrible accusation .' Absolument lien, au moins que je sache ; et M. Gaadagoinf , en imprimant contre les Faits dogmatiques un gros livre, s'est perd a dans mille inepties, et il a oublié de dire un seul mot pour défendre ses amis accusés d'une manière si humiliante. 'Je continue à repéter el ù soutenir, que si on veut admettre les doctrines débitées par doru l'ierre Tamburini dans ses ou» rages, et notamment dans son Analyse des Prescriptions de Terlullien , nous n'aurons plus aucune erreur condamnée par décision infaillible de l'Eglise, nous ne pourrons plus en considérer aucune comme formellement hérétique.
Voilà à quoi viennent aboutir les doctrines des jansénistes, établies avec tant de fa>le et d'apparat pour iu pas se soumettre à la bulle Unigenitus.
6k. On dit que les évoques n'ont pas examiné la bulle Unigenitus , qu'ils l'ont acceptée d'après l'hypothèse de l'infaillibilité du pipe; qu'ils ont été mus par des outils tout humains, par la crainte du tritiunal de l'inquisition , par la flatterie à l'égard des pontifes de Rome et des princes séculiers, par l'espérance d'agrandissement et d élévation, etc. Or, quand même l'on accorderail que toutes ces choses sont vraies sous quelque rapport, et à l'égard de quelque évèque, il ne pourra jamais toutefois tomber dans l'esprit d'un homme sensé, qu'elles peuvent avoir lieu pour un corps d'évéques si nombreux; dans une succession des uns aux autres pendant l'espace de quatre-vingts ans; au milieu d'une si grande diversité de lieux , d'esprits de nations , avec une si grande variété de circonstances; avec une réunion de plusieurs évéques en conciles provinciaux el en assemblées nombreuses et fréquentes, avec l'opposition publique, énergique el continuelle que les jansénistes ont faite à la bulle Unigenitus el qu'ils font encore de nos jours. Une telle opposition a forcé les défenseurs de celte bulle à l'étudier avec le plus grand soin, et a placé les évoques d.;ns le cas de s'y soumettre après mûr examen et avec pleine connaissance de cause, en reconnaissant la doctrine comme très-conforme à l'enseignement public et constant de leurs Eglises.
Gj. Néanmoins, pour parler avec exactitude, on ne devrait pas même répondre ù toutes ces inepties. L'assistance promise par Jésus Christ au corps des pasteurs, pour qu'il n'erre point dans l'enseignement public de la doctrine révélée, ne regarde ni les lumières, ni la science, ni la piele, ni l'intention droite, ni l'examen, ni d'autres qualités des évéques, interieuies ou extérieures : elle regarde uniquement le caractère public de pasteur*, de docteurs , de ministres et de dispensateurs dei mystères de Dieu, dont ils
sont revêtus d.ms l'Eglise. Jésus-Christ n'a pas voulu que l'économie et le gouvernement extérieur de MB Eglilfl k isilile dépendissent u\s qualités purement intern.
invisibles, qui auraient di-ciples
d iiis un abîme de doutes et de confusion. Les lumières, la doelriae, le diligence, la bonne intention, les lins loua;- es il m on
évoqua sont autant de années intérieures et invisibles, dont les signes extérieure sont sujets à l'équivoque et à une incertitude beau souvent raisontiabl.". Le car .l'un
évéque est chose notoire, publique, sur laquelle il n'est pas à craindre que l'on s* trompe. A ce caractère est promise l'assistance de l'Esprit saint dans l'infaillibilité de l'enseignement , et Jésus-Christ joignit celle promesse à la mission qu'il doi ses apôtres pour prêcher l'Evangile à toutes les nations. Ainsi dune, quand je suis sur qu'un corps d'evéque> unis, avec le pape enseigne publiquement une doctrine coin ne appartenant au dépôt sacré de la révélai ion, je ne cherche pas aulre chose, et je «rois fermement cette doctrine comme un article de la foi chrétienne. Se rnellie à rechercher les conditions proposées par les janeéut c'est renverser l'économie de notre sainte religion. Ne serait-on pas eu droit de dire à Dom l'ierre Tamburini qui, dans plusieurs de ses ouvrages, insiste tant sur les conditions mentionnées plus h.iut, ce que J.
Christ dit à Nicodeme : « Tu fais le maître en Israël, et tu ne sais pas ces choses, qui sont les principes élémentaires du christianisme ?»Y'u es magister in Israël, et lia c ignoras (Joan. ni, 10)?
G6. Enfin la bulle Unigenitus est. dit-on, le fruit des intrigues, des cabales el de la prépondérance des jésuites. Ils ont prétendu, par cette bulle, renverser la doctrine de saint Augustin, el planter sur ses ruines le molinisme. Tel a été encore le but des en anls de saint Ignace, lorsqu'ils ont tant brigué, alin qu'il fût déclaré par les pontifes romains qu'ils avaient condamné comme hérétique, dans les Cinq propositions, le sens du livre de Jansénius, intitulé Auguslinu*. M. Jcatillaplisie Guadagaini se fait surtout honneur de celle accusation dans son livre dernièrement imprime contre mes Faite dogmuli ;uts, in'attribuant, avec cette extrême courtoisie qui le dislingue, le but secrel Je renei même (pour le dire avec ses propres expressions ) de faire déclarer hérétique la doctrine de saint Augustin et de saint Thomea voir les pages 181, 122, 1»T, 1 J7 de ie livre el beaucoup d'autres). Celle calomnie horrible el ridicule lout à la lois *a| répétée à chaque article dans cet ou* sut là
proprement un coup de uutaepéréV To .
hérétiques, quand ils n'ont pu dire autre chose contre les coud tmuaiions que l*BgltM faisait de leurs erreurs, oui dit en désespoir de cause, que ces condamnations eiaient le fruit des intrigues el de la prépondérance de leurs adversaires. C'est précisément ne tjjM dit Jean d'Antioche avec sou parti *ch tique d'une treulaine d'évéques favorables à
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Nestorius, attribuant la décision du concile œcuménique d'Ephèse aux cabales de saint Cyrille, évoque d'Alexandrie, et de Memnon, évêqne d'Ephèse (1). On sait que les luthériens eurent recours à ce moyen infâme de défense pour mettre leurs hérésies à couvert des condamnations de Léon X et, du concile de Trente. Je ne suis point tenté d'envier à mes-ienrs les jansénistes une compagnie si honorable.
67. Mais admettons que les bulles des pont- les romains contre le jansénisme et le quesnellisme soient le fruit dis cabales el de la prépondérance des molinisles : que s'ensuivi ait-il? Il s'ensuivrait que les pontifes romains ont été des malavisés de se laisser tromper, et les molinistes des fourbes insignes , qui ont commis un crime énorme en les trompant. Mais Dieu n'est point sujet aux faiblesses humaines; ni les intrigues, ni les cabales, pas plus que la prépondérance ne peuvent rien contre lui : Noliteerrare ; Deus nonirridetur (Galal .vi,7). Quand Dieu a engagé sa parole pour l'infaillibilité du corps des pasteurs unis au pape, elle ne peut manquer d'avoir son effet, en dépit de toutes les intrigues, de toutes les
(t) Hoc autem malum vos hactenus commisistis, iniquis, sediliosisqueCyrilli Alexandrini el Memnonis Ephesii studiis, et machinationibus aslipulaii , et hac de causa excommunicalionem perpessi a nobis (/» litieris ad sifn. Ephesin. ap. Lubbe, tom. 111, col. 599). > El dans la sentence d'excommunication prononcée par ces schisinatiques contre les évoques du concile œcuménique, ils attribuent tout le mal aux machinations de saint Cyrille et de Memnon : « Ideo tu, Cyrille Alexandrine.el lu Memnon, hujus civitatis episcope, scitote vos deposilos et ab episcopatu alienos atque ab omni ecclesiaslico ministeiïo et functione esse amolos, ut qui in causa fuistis, ut Patrum canones conculcarentur et imperalorum décréta contemnereniur, omniaque confusione et turbis miscerentur ac lolius auclores et duces extilislis (Ibid., col. 598). > Us répèlent la même chanson dans tous leurs écrits.
On pourrait demander aux jansénistes quels ont été les artifices et la grande puissance des jésuites
Siour faire condamner le jansénisme et le quesnelisme? On a le droit de vouloir que des accusations semblables soient formulées en détail et prouvées ensuite même par des monuments aulheniiques, et que la critique ne puisse atteindre. Mais les jansénistes battent la campagne et se dispensent volontiers de semblables preuves; ils se contentent d'accuser d'une, manière vague et générale. On ferait un tort très-grave à ces prodiges de véracité de ne pas croire sur leurs paroles les faits même le^ plus incroyables; nous ne les imiterons pas, nous prouverons par des monuments authentiques, el à f;>bri d'une critique censée toutes les tergiversations, tous les efforts employés par les ariens pour empêcher que la doctrine d'Arius fût condamnée par 1 Eglise, et que celte condamnation fût universellement acceptée. Certainement les ariens no se firent point scrupule d'avoir recours à toutes sortes de moyens, et ils remplirent le monde d'équivoques subtiles, de disputes embrouillées, de calomnies horribles contre les délenscurs de la vérité, et enfin de persécutions cruelles de la part des empereurs Constance cl Valens pour faire triompher la doctrine d'Arius et enlever leur force aux condamnations de l'Eglise. Réus^ sirent-ils dans leurs machinations? Ils ne réussirent que trop pour la perte et la ruine d'un grand nombre
cabales et prépondérances du monde. Dieu sait se servir des erreurs des hommes pour faire arriver les choses au but qu'il a déterminé. Jacob reçut le droit d'aînesse et la bénédiction de son père, en se présentant à, Isaac aveugle sous les vêtements et le nom d'Esaiï (Gert. xxvn). Lorsque Gaïphe dit qu'il fallait qu'un homme mourût pour sauver tout le peuple, c'était pour pousser les Hébreux à faire périr Jésus-Christ et pour empêcher que les Romains ne vinssent détruire le royaume des Juifs; et toutefois l'évangélisle saint Jean nous fait observer, que Caïpihe était grand prêtre, qu'il prophétisait et disait une grande vérité : Expedit vobis, ut nnus morialur hoino pro populo, et non tota genspereut. Hoc autem a semelipso non dixit; sed cum esset pontifix atun iltias proplietirit,quod Jésus monturus eralpro gente (Jonn. xi, 50). Dans les choses divines, les jansénistes pensent trop comme les hommes. Accoutumés qu'ils sont à trop compter sur leur jugement privé, et à chercher toujours des raisons pour contenter leur intelligence dans les choses de la foi, ils n'élèvent jamais les yeux au delà de notre horizon si borné, et ils ne «'arrêtent jamais à réfléchir sur la
de personnes; mais pour séduire et faire tomber dans l'erreur l'Eglise universelle, ils n'y réussirent pas, et ils ne pouvaient y réussir. Le concile de Riinini lut surpris p;.r des termes ambigus et captieux, dont les ariens abusèrent par une fraude indigne; mais le pape Libère et le pontife saint Damase découvrirent bientôt l'erreur et la fourberie, et le dogme de la substantialité du Verbe forma toujours la profession publique du corps des pasteurs, même de ceux qui avaient été présents au concile de Rimini. Il est donc impossible que les jésuites aient pu, avec tous leurs détours artificieux et leur grande puissance, réussir à faire condamner la vérité, embrasser l'erreur par toute 1 Eglise. Comment les jansénistes, qui insistent tant sur les artifices des jésuites pour décréditer les bulles contre le jansénisme elle quesnellisme, et les faire passer pour une affaire de politique et de cabale, comment ne s'aperçoivent-ils pas de l'hypothèse hérétique qu'ils établissent? ou bien, s'ils s'en aperçoivent, comment peuvent-ils dévorer cette contradiction? Ne se rappellent-ils plus ces paroles de Jésus- Christ : c Que tous les efforts de l'enfer ne peuvent prévaloir contre I Eglise : Et porta? înferi non prœvalebunt advenus eam ( Matth. xv, 18 ). Si les paroles du Sauveur n'ont pas la force de les convaincre, ils devraient au moins èire convaincus par leur propre expérience. Depuis bientôt deux siècles, ils renouvellent contre es bulles tous les efforts qui lurent employés par les ariens contre les définitions du concile de Nicée : ce serait une chose très lacile de faire ici un parallèle qui frapperait d'élonneiueut tous les lecteurs, par la parfaite conformité eutre les uns et les autres. Pour ne toucher qu'un seul point, savoir ceJui de décréditer par toute sorte de moyens leurs adversaires, les jansénistes ont très-lidèlement suivi le plan déjà tracé par un fameux hérésiarque. «Ce n'est pas une entreprise plus grande, écrit-il, qu'enlever le crédit aux jésuites : ceux ci étant vaincus, Rome est perdue, et, sans celle-i i, la religion se réforme d'elle-même ( Lettres île Ira vaolo SarpL, letl. txv; Vérone, 1<)7(>). > El toutefois les jansénistes n'ont ils jamais réusfli a tromper! Eglise ci à lui faire embrasser leur doeirine? Non, par la grâce «le Dieu, ils n'y ont jamais réussi, et n'y réussiront jamais, parce que : Porta; itijeri non prœvatebunt udversut eam.
DEMONSTRATION EVANGELIQUE BOLCKNl
conduite admirable de Dieu dans la conservation et le gouvernement de son Eglise. Dès qu'ils l'imaginent trouver des inlluences , des intr.gucs et dei cahales , ils oublient malheureusement le-, promesses in faillibles de Jékus-Cbrist, ils remplissent 'eur cervelle de funestes idées d'obscurcissement de la venté de notre foi, de vieillesse de l'Eglise, etc.
08. Je ne prétends pis donner une réfutation complète des sopbismes des partisans de Jansénius sur notre question de ta i i : je prétends seulement les indiquer brièvement, afin que les lecteurs décident de quel côté est évidemment le ton ; et .-tin que, en voyant l'aveuglement déplorable de nos adversaires, ils S'apiioi ut sur leur malheur, et qu'ils adressent des prières ferventes au Père des lumières pour faire de-cendre les trésors de sa miséricorde sur ces infortunés et l'abondance de ses grâces, pour qu'il les ramène dans le sentier de la vérité, pour le salut de leurs âmes, poiir la consolation et la tranquillité, de l'Eglise catholique plongée dans l'afiliction.
69. Dans mes Faits dogmatiques j'ai démontré cette proposition : qu'avant de pouvoir faite un acte de foi théologique, il est nécessaire de faire aup .rivant un acte de foi humaine. Dans noire cas. pour pouvoir dire qu'une" bulle dogmatique émanée du souverain pontife est la voix d • l'Eglise catholique, il faut élre moralement certain que celte bulle est confirmée par renseignement public et unanime du corps des pasteurs. Quand on est assurésur ce point, alors commence l'obligation de se soumettre, et lie croire à celte bulle , comme à la parole et à la décision do l'Eglise. Or, ce point de l'enseignement public est un fait dont on ne peut être assuré que par des preuves hum lines, et, par conséquent, croire qu'une bulle est la voix de l'Eglise, est un acte de foi humaine simplement. Les jansénistes, pour se laver du reproche honteux d'hérésie, persistent à dire qu'ils nient seulement que la bulle Unigenitus soit la voix et la décision de l'Eglise; et que, par conséquent, ils ne font que nier un fait non révélé, qui n'a d'autres preuves que celles qui dépendent du témoignage des hommes, cl dans lesquelles n'est point intéressée la vérité divine, ou l'infaillibi Jté de l'Eglise.
70. Je réponds que les jansénistes sont dans le vrai en raisonnant de la sorte, et que néanmoins cela ne sert de rien pour le but qu'ils se proposent. 11 est vrai que l'acte de croire qu'une bulle pontificale est la voix de l'Eglise catholique est un acte de loi humaine simplement; mais il est tellement nécessaire qu'il soit fait, avant de pouvoir faire un acte de foi théologique en croyant aux décisions de l'Eglise, que le second acte ne peut exister sans le premier. Quand un fait est prouvé avec une grande certitude morale, quiconque ne se soumet pas à croire ce fait est un homme agissant contre la raison el la lumière même de la nature. Si ensuite ce fait a une connexion nécessaire avec la foi théologi-
que, alors celui qui nie ce fait détruit foi, et pèche certainement contre elle. Ainsi quoique les jansénistes ne nient antre i hose qu'un fait non révélé, mais certain, d'une grande certitude morale : toutefois, vu la Connexion nécessaire de ce fait avee la foi Idéologique, ils pèchent contre celle roi, et ili peuvent être appelés hérétique» dans le sens généralement reçu, et ('ans le la m,' >ge employé même dès les premiers siècles de l'Eglise, c'est-à-dire dans le sens qu'ils sont favorables, el qu'ils conduisent indi<c< lement el médiaiement a l'hérésie. (Test ce que j'ai démontre dans mes Fait» dogmatiqUrê. M.
Jean-Baptiste Guadagnini n a rien opposé i mes preuves sur ce sujet; j'ai donc le droit de les considérer comme concluantes ri décisives, et de continuer i les indique" poof renverser la vaine défense des jansénistes, et pour leur faire voir qu'ils pèchent contre la loi, et favorisent l'hérésie.