ARTICLE X
Parallèl'' entre la conduite des Jwfs envers Jésut- Çhrut et la conduite des jantéimt, s em ers nous.
7!. L'Esprit saint nous enseigne une règle pour deviner l'avenir : il suffit de regarder le passé, puisque dans la conduite des hommes en ce monde il n'arrive rien de nouveau, qui rie soit déjà arrive dans les siècles | • dents : Quirf est quod fait ? Ipsum quod futurum tst. Quid est qaod ;nctum est ? Ipsum quod fnciendum est. Nthil sub sole novum, nec valet qui.*quam dicere-: Eccehoc recens rst ;jam enim processif in sœcults quee fnerunt ante nos ( Fccl. i, 9, 10 ). Plusieurs sont très-étonnés du procédé des jansénistes dans les débats qu'ils ont avec nous, regardant comme une chose incroyable, qu'ils portent l'aveuglement el l'obstination au point de nier les vérités les plus évidentes, et les faits les plus certains. Mais tout élonnemenl cessera lorsque, en parcourant tous les siècles, on trouvera, dans l'histoire ecclésiastique, que tous les ennemis de l'Eglise ont précisément fait la même chose pour en obscurcir la doctrii e el en attaquer les dérisions Arrélons-nous, pour quelques instants, au seul premier siècle, el à l'époque de Jésus-Christ cl des apôtres : nous verrons une conformité parfaite entre la conduite des scribes et des pharisiens de ce temps-là touchant la doctrine de Jé»us-Chrisl, et la conduite des jansénistes de notre temps.
72. La prédication de Jésus-Christ fut plusieurs fois autorisée publiquement el miraculeusement par la voix de son divn Père. Jean-B iptisle disposa le peuple hébreu à reconnaître Jésus-Christ pour l • llessis promis dans la loi . et à embrasser son ens ignement;il le désigna personnellement, et attesta qu'il avaii vu l'Esprit saint descendre sur lui, el il l'appela eapreisêsneat File dt Dieu. Voilà ce que raconte saint Jean dans le premier chapitre de son Evangile : Dieu le Père, après le baptême de Jésus-Chrisl . déclara publiquement qu'il était son Fils «t l'objet de ses complaisances : BaptiMtttm nutem Jcsus confestim ascendit de aqua : cl ecce
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operti sunt ei cceli, et vidit Spiritum Dei descendentem sicut columbam, et venientem super se. Et ecce vox de cœlis dicens : Hic est Filius meus dilectus in quo mihi complacui (il/a/f/i.iii,l6,17).Uneautre fois, en présence de quelques-uns de ses disciples , on entendit la voix de Dieu le Père, qui appelait Jégus-Chrisl son Fils, et qui ordonnait que l'on suivît sa doctrine : Et vox facta est de nube dicens : Hic est Filius meus dileclus, ipsum nudité (Luc. îx, 35). Ensuite ils furent innombrables , et surtout vraiment étonnants, opérés sous les yeux d'une ville immense, les miracles que fit Jésus-Christ pendant tout le temps de sa prédication, pour donner de l'autorité à son enseignement, et surtout à cette vérité, qu'il était Dieu , et Fils de Dieu. Cela posé , les Juifs, qui avaient l'évidence et la certitude physique de ces miracles, ne pouvaient, sans blesser le sens commun, douter de la divinité de Jésus- Christ : croire celte divinité par les miracles, qui la rendaient évidemment croyable, était l'acte nécessaire qu'il fallait faire avant l'acte de foi théologique. Mais cet acte une fois formulé, à l'instant même naissait l'obligation de croire fermement tout ce que Jésus-Christ enseignait, et de le croire sur sa seule parole ; puisqu'il est impossible que Dieu puisse ou se tromper, ou tromper dans ses enseignements. Quelle que soit l'obscurité que l'on trouve dans la doctrine de Jésus-Christ, quelque doute qui s'élève contre elle, quelque absurdité qu'il nous semble y apercevoir, tout doit céder à l'évidence métaphysique, et à la certitude de l'impossibilité que Dieu dise des choses fausses. Toutes les fois que nous sommes assurés que Dieu a parlé, ne pas se rendre aussitôt, et croire fermement à sa parole, et en vertu de sa parole seule, suspendre notre jugement et chanceler, c'est une injure très-grave que l'on fait à la sagesse et à la véracité divine.
73. Les Juifs étaient donc très-certains que la doctrine enseignée par Jésus-Christ était la parole de Dieu. Examinez maintenant la méthode dont ils se servaient pour ne pas les admettre et les contredire. Ils commençaient par examiner cette doctrine intrinsèquement, en elle-même, et à la comparer avec les lumières de leur esprit : ils trouvaient dans ce parallèle certaine répugnance, et aussitôt ils la rejetaient, ou du moins ils suspendaient leur assentiment, voulant auparavant éclaircir leurs doutes et lever toutes les difficultés; en un mot, pour croire, l'autorité de la parole de Dieu ne leur suffisait pas, mais ils cherchaient à convaincre leur esprit par la connaissance intime et claire de la nature des choses. Un jour notre divin Sauveur annonce qu'il veut donner aux hommes sa chair pour nourriture et son sang pour breuvage, afin de leur procurer le bonheur de la vie éternelle, et il leur dit : « C'est moi qui suis descendu du ciel, qui suis ce
fiain vivant, et le pain que je donnerai pour a vie du monde, c'est mon propre corps lui-même : » Ego sum punis virus, qui de cœlo descendi. Si qui» manducaveril ex hoc pane
DÉMONST. ÉVANGKLIQCE. XVIII.
vivet in œternum; et panis quem ego dubo, caro mea est pro mundi vita (Joan. vi, 51). A ces paroles de Jésus-Christ, les Juifs devaient croire tout de suite, s ms s'arrêter à l'obscurité de la chose, et aux doutes qui naissent naturellement de l'obscurité; un Dieu qui opère des miracles si nombreux et si éclatants, peut bien, certes, faire celui de donner aux hommes sa chair à manger et son sang; à boire. La nature de la foi, c'est précisément de croire même ce que l'on ne comprend pas ; mais les Juifs n'en agirent pas ainsi : ils se prirent d'abord à raisonner: Et comment est-il possible, dirent-ils, que celuici nous donne à manger sa chair? et ils disputaient entre eux. Us conclurent que les paroles du Sauveur leur causaient de l'effroi, et qu'ils ne pouvaient les entendre, et plusieurs en effet abandonnèrent son école, et s'éloignèrent de lui. Litigabant rrgo Judœi ad invicem dicentes : Quomodo potesl hic nobis carnem suam dare ad manducandum?... Multi ergo audientes ex discipulis ejus dixerunt: Dur us est hic sermo, et quis potest eum audire?... Ex hoc multi discipulorum ejus abierunt rétro, et jam non cum illo ambulabant (Ibid., vi, 63). Une autre fois un pharisien va trouver Jésus-Christ, et commence à protester que sa doctrine est la doctrine de Dieu, puisqu'elle est autorisée par des miracles : Rabbi, scimas quia a Deo venisti magister, nemo enim potesl hœc signa facere , quœ tu facis, nisi fuerit Deus cum eo. Ce Maître envoyé de Dieu lui dit aussitôt que nul ne peut voir le royaume de Dieu, s'il ne naît pour la seconde fois : Respondit Jésus, et dixit ei : Amen, amen dico tibi, nisi quis re~ natus fuerit denuo, non potest videre regnum Dei (Joan. m, 3). Le pharisien oppose à ces paroles son étonnement et ses doutes, parce qu'il ne peut comprendre comment un homme, étant déjà vieux, peut pour la seconde fois entrer dans le ventre de sa mère, et naître de nouveau : Dicit ad eum Nicodemus : Quomodo potest homo nasci, cum sit senex? Nwnquid potest in ventrem matris suœ iterato introire et renasci? Jésus-Christ continue : il parle au pharisien d'une certaine naissance figurée et spirituelle qui a lieu par l'eau et l'Esprit saint dans le baptême : Respondit Jésus : Amen, amen dico tibi, nisi quis renatus fuerit ex aqua etSpiritu sancto non potest introire in regnum Dei. Quod natum est ex carne caro est ; et quod natum est ex Spiritu, spiritus est. Après tout cela, et après que Jésus-Christ a déclaré qu'il parlait d'une naissance non charnelle, mais spirituelle, le pharisien persiste toujours à objecter l'obscurité de la chose, car il ne peut comprendre comment elle peut avoir lieu : Respondit Nicodemus, et dixit ei : Quomodo possunt hœc fieri? Nous pourrions citer un grand nombre d'autres faits semblables tirés des saints Evangiles, que nous omettrons pour abréger. 74. Voyons maintenant la marche adoptée par les jansénistes à notre égard. Les Juifs pouvaient trouver la doctrine de. JésUs-Christ dans les enseignements qu'il leur faisait de sa propre bouche ; les jansénistes peuvent
(Trois.)
DEMONSTRATION I \ \N<.» i IQI I.. fJQJ Gl m
trouver cette même doctrine dans l'enseignement public, notoire et universel du i orps des pasteurs unis pour défendre, et proposer aux (Mêles les bulle* contre le jansénisme et It quesnellisme. Les Juif^ ne peuvenl d >uter que la doctrine de Jésus-Christ n'ait élé celle de Dieu, en la voyant autorisée par des miracles; les jansénistes ne peuvrnt douter que la doctrine enseignée dans la bulle eostlre le jansénisme el le quesnellisme ne suit aussi elle-même la doctrine de Dieu, puisqu'ils admettent el doivent admettre l'infaillibilité du corps des pasteurs de l'Eglise. Les Juifs, an lieu de croire simplement Jésus-Christ sur sa parole, veulent examiner la doctrine, la comparer avec les lumièn s naturelles, et y trouvant une certaine opposition à ces lumières, ou ils rejettent cette doctrine, ou ils sont llollants et indé. is à cet égard. Les jansénistes, au lieu de se soumettre à l'enseignement public et universel du corps des pasteurs , examinent les bulles du pontife romain, les comparent avec les passages des saintes Ecritures el avec les monuments de la tradition , el croyant trouver de la contradiction entre ces bulles, et ces passages, et ces monuments, ils les rejettent et les attaquent même ouvertement. Le procédé des Juifs et des jansénistes est donc exactement le même, parce que les jansénistes, en dernière analyse, en appellent aux lumières de leur propre raison, puisqu'ils ne se servent que de ces lumières dans l'interprétation des textes des divines Ecritures et des monuments de la tradition, comme nous l'avons remarqué plus haut (n. 52). Un janséniste ne peut pas dire, par exemple, que le sens qu'il donne à la doctrine de saint Augustin sur les matières de la grâce et du libre arbitre, soil un sens Gxé par l'Eglise, el publiquement et universellement enseigné par le corps des pasteurs ; c'est un sens donné et soutenu par les jansénistes, et peul-être par plusieurs de leurs partisans induits en < rreur, mais en même temps nié et contredit publiquement par un nombre infini de théologiens de toutes les écoles, de toutes les nations. Donc, quand un janséniste soutient que la bulle Ufigrnitus est opposée à la doctrine de s.iint Augustin, il forme ce jugement d'après ses propres lumières et l'interprétation privée de cette doctrine. II rejette donc la bulle Unigenilus par la môme raison pour laquelle les Juifs rejetaient la parole de Dieu.
75. Kesle maintenant à voir comment Jésus-Christ répondait aux difficultés proposées par les Juifs. Il insiste toujours, répète sa doctrine, ci il exige d'eux qu'ils croient en lui sur sa seule parole; les Juifs objectent l'i -il possibilité de donnera mapger aux hommes la chair d'un outre homme et sou sang à boire. Jésus-Christ ne repond pas directement à celte objection ; il ne «e prend pas à expliquer el à faire comprendre ux Juifs comment cela est possible; .nais il insiste eu (lisant que, «s'ils ne mangent la ebair du Piil de l'homme, et s'ils ne boivent son sang, ils u'auronl point la vie en eux : que celui
qui mange celte chair et boit ce |&ng a la ne éternelle ; en lin, que sa chair est un véritable nourriture, et son sang un rentable breuvage. < Oixil ergo eis Jésus : Amrn, un. m dieu vbis; nisi ptandui merilis canunt F'iii homitlis, et btberilis ejus tanguinnn. non Aabebilis vitam in robts. Qui mandurat ineam carnem, et bibit meusi sanyuirtem. ha1 (mit tilernam.... C'iro enitn tnea vrt est fibust et sunguis meus vert est polus (Joan. m 'j.. N'était-ce pas leur dire : tfe vous arrêtes j,at aux fuibles lumièrrs de votre e.<pi il tt à l apparente impossibilité de la chose; croyz à mes paroles, it ne cherchez rien autre. J Christ fît une semblable réponse au phar sien Nicodème, quand celui-ci lui proposait I impossibilité de retourner dans les entrailles maternelles, et de naître une seconde fus ; le divin Maîlrc lui fait entendre qu'il parle au figuré d'une naissance spii iluelle, et aj rés cela il ne s'arrête pas à faire d'autre explication. C'est ainsi qqe nous verrons procéder Jésus-Christ dans les autres points de sa doctrine, contre lesquels les Juifs proposaient beaucoup de difficultés qui prenaient toute leur source dans la faiblesse de l'intelligence humaine, et dans l'orgueil de ne pas vouloir croire les vérités proposées sans eu découvrir clairement la conformité a\ec les lumières de notre raison.
7G. Et telle est précisément la marche que j'ai dit (n. 53) que nous devions suivie à l'égard des jansénistes. Avant de se soumettre aux bulles dogmatiques contre le jansénisme et le quesnellisme, ils veulent comprendre, par le seul secours de leur inielligence, et par elle se persuader de la formilé de doctrine qui doit exister entre ces bulles et la parole de Dieu ecriie et traditionnelle ; quant A nous, nous ne devons pas les suivre dans celte roule funeste. Nous persistons à exiger d'eux la suuni ssion à ces bulles, et la ferme croyance à la doctrine qu'elles contiennent : c'est un préliminaire indispensable, avant que nous commencions à entrer avec eux dans les confrontations à faire avec l'Ecriture et la tradition , et dans les discussions do. trinales. Ils veulent nous entraîner dans ces discussions d'après la supposition, el n cme avec la persuasion intime qu'il se rencontrera opposition de doctrine entre ces bulles el la parole de Dieu consignée dans les saintes Ecritures, et conservée dans la tradition ; ils veulent faire dépendre de celle confrontation leur foi, ou leur répugnance à croire. Une telle hypothèse, une telle persuasion, un tel procédé, c'est une injure très-grave, que l'on fait à Dieu, parlant par la bouche de son Eglise; c'est une véritable hérésie. L'unique dispute que l'on doit engager avec les jansénistes doit se restreindre à une question d.' fait , savoir si les bulles o ilre le jansénisme et le quesnellisme T ment l'enseignement public el universel du corps des pasteur s catholiques, el soûl, queni, la parole de l»ieu proposée p ir la v is de son Eglise I Je reviens sur ce po ni, qje j'ai dej.'t développe plusieurs fois, el j'in>:ate
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encore, parce qu'il est d'une extrême importance. On ne gagne rien avec les jansénistes par les discussions doctrinale». Ils ont mille ruses , mille subterfuges pour parer le» coups qu'on leur porte ; ensuite il est trèsvrai que la plupart dos chrétiens, même ceux qui sont médiocrement instruits, ne sont pas dans le cas de porter un jugement solide, et de décider qui a tort, qui a raison au milieu de ce conflit de dispules subtiles et embarrassées. (Voir le pansage remarquable de Tertullien que nous avons cité au n. 53.)
77. L'obs'ination incroyable des Juifs nous fournit un exemple remarquable des subtilités et des sophismes qui peuvent être mis en usage pour essayer de répandre les ténèbres sur les faits les plus clairs et les plus notoires, et pour en nier les conséquences qui en découlent évidemment. L'apôtre saint Jean, dans le chapitre IX de son Evangile, raconte avec les circonstances les plu* minutieuses le fait de l'aveugle-né guéri par Jésus-Christ. Cet aveugle était connu d'un très-grand nombre de personnes, qui l'avaient vu demander l'aumône dans la ville. Dès qu'il est guéri, dispute entre le peuple sur l'identité de la personne : Iiaque vicini et qui rideront eum prius quia menai eu» erat, dicebant : Nonne hic est, qui sedebal et mendicabat? Alii dicebant: (Juin hic es! ; aliiautem Nequaquam, sed similis est ei. Ille vero dicebat : Quia ego sum. II fut conduit en présence des pharisiens, qui d'abord ne doutèrent nullement du fait de sa guérison , mais seulement l'interrogèrent pour savoir de quelle manière et par qui il avait été guéri de sa cécité. Iterum ergo interrogabanl eum pharisœi quomodo vidisset? Ille autem dit it eis : Lutum mihi posait super o culot , et lavi, et video. A cette réponse les pharisiens se partagèrent d'opinions : les uns disaient que Jésus-Christ était un pécheur, puisqu'il avait guéri l'aveugle un jour de sabbat; les autres disaient qu'un pécheur ne fait pas de miracles. Pour terminer cette dispute, on interroge l'aveugle guéri : « Toi, que dis-tu de celui qui t'a guéri? Il répondit que c'était un prophète. » Tu, quid dicis de illo qui aperuit oculos tuos ? Ille autem dixit : Quia propheta est. Cette conséquence, qui naissait évidemment du miracle opéré par Jésus-Christ, frappa vivement les pharisiens, qui pour cela se prirent à nier la guérison de l'a\cugle : Non crediderunt ergo Judœi de illo,\guia cœeus fuisset, et vidisset. Us appelèrent son père et sa mère, leur demandèrent si c'était véritablement leur fils , et s'il était né aveugle. Ayant reçu une réponse affirmative sur l'un et l'autre point, les pharisiens se mirent à interroger de nouveau l'aveuglené , et ils admirent pour principe certain que Jesus-Chrisl était un pécheur : Vocavrrunt ergo rursus hominem, qui fucrat cœcus, et ilixernnt ei : Dagloriam Deo. Nos scimus guia hic homo prreaior est. L'aveugle répéta encore qu'il était né aveugle, que Jésus-Christ l'avait guéri, et qu'un pécheur ne fait pas de tels mirai les ; qoe la chose est évidente : il est bien surprenant que les pharisiens euxuiéuics ne s'en aperçoivent pas et n'en fas-
sent pas l'aveu. Les pharisiens, convaincus parcelle réponse péremptoire,et ne sachant plus que dire, chargèrent alors d'injures ce pauvre homme et le chassèrent rudement.
« Tu es, direnl-ils, tout souillé de péchés des pieds à la tête, et tu prétends ici nous instruire? » Responderunt et dixerunt ei : In peccatis nntus es totiis, et lu doces nos? Et ejecerunt eum foras. Quand le fait de la résurrection de Jésus-Christ se divulgua, les princes des prêtres, qui ne purent le nier, essayèrent au moins d'en diminuer la certitude en donnant une grosse somme d'argent aux soldats, afin qu'ilsdissent que le cadavre du Sauveur avait été emporté de nuit secrètement, tandis que les gardes donnai» nt (Malth. xxviii). Saint Augustin se moque de la stupidité qu'ils font paraître, en citant pour témoins des personnes qui dormaient, quand, comme on le suppose, l'enlèvement avait eu lieu : Dormienles testes adhibesf Mais quand on veut nier les faits, il faut nécessairement avancer des sottises et des absurdités.
78. A l'article rx j'ai exposé les principales difficultés que les jansénistes proposent contre le fait de l'acceptation universelle des bulles contraires à leur doctrine. Une chose très-digne de remarque, c'est que d'abord ils admirent, comme un fait certain et notoire, que les bulles d'Innocent X et d'Alexandre VII étaient de véritables décisions de l'Eglise, le corps des pasteurs leur donnant un assentiment universel. Et quant à la bulle d Innocent X, qui condamnait les cinq fameuses propositions janséniennes , ils protestèrent qu'ils s'y soumettaient pleinement. Ensuite, quant aux bulles d'Alexandre VII et des autres papes ses successeurs, qui condamnaient le livre de Jansénius comme infecté de l'hérésie des cinq propositions, ils ne leur refusèrent pas le caractère de décisions de l'Eglise, mais ils les présentèrent comme des décisions sur un fait, dans lequel l'Eglise n'est pas infaillible : ils prétendirent qu'elle avait effectivement erré. Mais, dans la suite, les jansénistes prirent le parti de refuser ouvertement à ces bulles le caractère de décisions de l'Eglise : précisément de la même manière que nous avons vu les pharisiens admettre d'abord comme certain le fait ne la guérira de l'aveugle-né; mais, craignant ensuite les conséquences qui découlaient de ce fait, ils finirent par nier le fait lui-même : Non crediderunt ergo Judœi de illo, guiai-œcus fuisset, et vidisset. M. Jean-Baptiste Guadagnini a voulu avoir le mérite, avec ies ianséni tes, de faire revivre de nos temps, et dans notre Italie, cette tradition pbarisaïque.II dislingue entre affirmer une chose et la décider; il dit que l'Eglise a bien affirmé que le livre de Jansénius est infecté de l'hérésie des cinq propositions fameuses, mais qu'elle n'a jamais décidé ce point. Ainsi donc maintenant ce n'est plus cette même décision qu'auparavant; et celui qui auparavant était aveugle, et fut ensuite guéri, non, maintenant, n'a jamais été aveugle el n'a jamais recouvré la vue. Et M. Guadagnini, en représentant sur
l>F.MnNSTIt\T10N EVANGEL1QEE. ROLGCNI
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le théâtre du monde celle scène, a la précaution de changer d'habit, et de paraître sur les planches tantôt vêtu à l'affirmative, tau— loi à li négative. Selon lui, le même nuit de-
I mus, dans la bouche de l'Eglise, ici signifie définir et ilétidir; la il n'a plus ci; sens, el il signifie dire simplement, affirmer. .Nous assisteront à ce spectacle vraiment comique d ms la seconde partie de cet ouvrage, et «alors nous resterons persuadés que les livres des jansénistes sont faits comme le carreau d'un échiquier à cases blanche e< noire : ils disent oui el non sur le même objet, selon que leur intérêt le demande.
79. Le père Quesnel, le docteur de Sorbonnc Petilpied, et plusieurs autres, qui virent dès le commencement la bulle Unigenitus acceptée d'un consentement universel par le corps des pasteurs de l'Eglise, dirigèrent leurs attaque* contre la doctrine de cette bulle. Ils adoptèrent pour maxime, et supposèrent comme une chose indubitable, que le molinisme est une hérésie, que c'est le pélagianismc caché. Précisément les pharisiens adoptèrent aussi pour baso.de leur raisonnement que Jésus-Chrisl étail un pécheur : Da gloriam Deo. Nos scimus quia hic homo peccator est. Mais, messieurs, on n'admet pas avec vous celle hypothèse du molinisme; et c'est pour le moins une chose très-contestable. Les jansénistes ne sont pas arrêtés parcet obstacle ; ils vont en avant comme des braves et l'ont les sourds. Donc la bulle Unigenitus, dirent Quesnel , Petitpied , etc. , autorise le molinisme, qui est une hérésie. Les jansénistes de noire temps répèlent la même chose; ils l'ont toujours répétée avec opiniâtreté dans tous les temps : dom Pierre Tamhurini el M. Jean-Baptisle Guadagnini vont la répétant à demi voix, mais néanmoins de manière à être bien compris du public. Donc la bulle Unigenitus autorise le molinisme; le molinisme est une hérésie : donc la bulle Unigenitus ne peut être une décision dogmatique et irréformable de l'Eglise ; ce sera tout au plus un décret en malière de discipline, qui lend à régler certaines façons de s'exprimer, qui peuvent être dangereuses pour certaines personnes qui ne sonl pas bien instruites. Ce discours janséniste est frère du raisonnement pharisaïque cité plus haut. On admet une fausse hypothèse, pour nier ensuite un fait évident. Ce Jésus, disenl les pharisiens, est un pécheur, el nous en sommes assurés, el il n'y a pas moyen d'en douter : Nos scimus quia htc homo peccator est.
II n'csl donc, pas vrai qu'il ail guéri cet aveugle : un pécheur ne fait pas de miracles : (JUomodo potest homo peccator hœc signa facerc'f Le molinisme est une hérésie, disent les jansénistes; la bulle Unigenitus approuve le molinisme : donc la b< Ile Unigenitus n'est et ne peut être une décision dogmatique île l'Eglise. Comment esl-il possible que l'Eglise accepte et approuve une hérésie?
80. 1. 'aveugle-né discourait diversement, et il prenait les choses dans leur ordre naturel. 11 commençait par le f.iil évident de sa guerison, et, convenant avec les pharisiens
de ia maxime qu'un pécheur ne fait point de miracles, il tirait telle conséquence : donc Jéjus-Cht isl «lait un prophète. Nous conve- ■oas aoasi ar« c les jansénistes de la maxime que 1*1 gliac ne peut accepter, enseigner et
approuver une heresi>- ; BMIS nous, BO01 commençoos par le lait notoire, certain et public, que la bulle Unigenitus e l acceptée par le consentement unanime et l'enseignement du corps des pisteurs de l'Eglise : et de là nous inférons que celle bulle, par conséquent, ou n'approuve pas le molinisme, ou que le molinisme n'est pas une hérésie ; que cette bulle, par conséquent, est une décision dogmatique el irréformable de l'Eglise elle-même. Qui de nous raisonne le plus juste? Est-il d'un bon logicien, d'un homme raisonnable, de poser pour base de ses raisonnements une chose incertaine et contestable, et d'en tirer ensuite pour conséquence la négation d'un fail notoire et public? De grâce,' que messieurs les jansénistes ne trouvent pas mauvais, cette fois, que je leur propose pour maître de logique un pauvre aveugle-né. Je désire de tout mon cœur qu'ils obtiennent aussi, comme cet aveugle, la grâce d'être guéris, par notre divin Sauveur, de leur aveuglement. Mais quand on leur présente cette maudite bulle Unigenitus, ils entrent en lureur, el il» s'écrient aussitôt qu'on prélend les faire disciples de Molina, et leur faire abandonner l'école et la doctiine de saint Augustin, a laquelle ils protestent qu'ils sonl très-attaches. C'esl ainsi que les pharisiens maudirent le pauvre aveugle : Maledixerunl et go ei, et dixerunt : Tu discipulus illiussis, nos autem Moysi discipuli sumus. Ce serait ici le cas de montrer l'usage que les jansénistes onl fait de l'argent pour se maintenir dans leur cause, imitant ainsi parfaitement la conduite des princes des prêtres juifs. Il est devenu fameux, ce trafic confirmé même par les acles publics des notaires, pour acheter les appels contre la bulle Unigenitus, pour stipendier des plumes vénales, qui leur faisaient donner au monde le scandaleux spectacle des convulsions. Mais il vaut mieux jeter un voile épais sur ces iniquités, et les ensevelir dans un éternel oubli.
81. Le dialogue entre les pharisiens et l'aveugle-né fut long et repris plusieurs fois, et Il> questions comme les réponses furent variées. Les pharisiens interrogeaient, non pour savoir la vérité et se rendre à l'évidence de celle conséquence qui naissait de la guerison miraculeuse de l'aveugle, mais pour trouver des raisons et des prétextes pour pallier leur obstination, puisqu'ils étaient bien décidés de n'avouer jamais que Jésus fut le Messie promis dans la loi : J tu enim cunspiraverunt Judœi, ut si quis eum cunfiterefur esse Christum, extra synagogam fieret. L'aveugle guéri répondait avec sincérité el bonne foi, et il disait naïvement et sans subtilités ce que le bon sens et la lumière de la raison lui suggéraient. Assuré qu'il étail du fait de sa -guerison miraculeuse, il voyait clairement en découler celle conséquence que Jésus-Christ était don. uu
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homme de Dieu, un prophète ; et avec ce raisonnement naturel et persuasif, il metlait les pharisiens dans un grand embarras. « C'est une chose vraiment surprenante que vous ne puissiez vous convaincre que ce Jésus est un envoyé de Dieu, après que vous êtes très-certains qu'il a rendu la vue à moi aveugle-né. On n'a jamais entendu dire que quelqu'un ait fait un si grand miracle: si Jésus n'était pas un envoyé de Dieu, il n'aurait pu opérer de telles merveilles. » Respondit Me homo, et dixit eis : In hoc enitn mirabile est quia vos nescitis unde sit, et aperuit oculos meos... A sœculo non est auditum, quia quis aperuit oculos cœci nati. Nisi esset hic a Deo, non polerat facere quidquam. Les pharisiens se rendirent sans doute à la force de ce raisonnement? point du toutl Lorsque dans les disputes on porte les préjugés de l'esprit et l'obstination de ïa volonté, on ne peut espérer de convaincre ses adversaires, pas même par les démonstrations et les faits les plus évidents. Les pharisiens avaient irrévocablement arrêté dejne vouloir point reconnaître Jésus-Christ »pour un prophète, pour un envoyé de Dieu: Jam enim conspiraverant Judœi, ut si quis eum confiteretur esseChristum, extra synagogam fieret. Mais comment se défendront-ils pour échapper aux réponses convaincantes de l'aveugle-né? comme se défendent toujours tous ceux qui ont tort et ne veulent pas l'avouer. Ils accablent le pauvre aveugle d'un torrent d'injures, et lui jettent aussitôt à la face : In peccalis nalus es lotus, et tu doces nos? Et ejecerunt eum foras. C'est ainsi que chantent victoire ces vils et superbes ennemis de la vérité; telles sont les armes que leur fournissent toujours le mensonge et l'obstination. 82. J'éprouve quelque crainte à continuer ici le parallèle. Quelque grands efforts que j'aie faits pendant delongues années d'accoutumer mon esprit à ne pas s'émouvoir à la lecture des livres jansénistes à cause du grand nombre d'injures grossières dont ils sont remplis presque à chaque page contre leurs adversaires, toutefois je fais ici l'aveu de ma faiblesse ; je n'ai jamais pu atteindre à ce degré de tranquillité parfaite à laquelle j'aspirais. La lie de ce calice infâme est trop dégoûtante. Peut-on attendre des jansénistes qu'ils observent en écrivant les règles de la charité chrétienne et de l'urbanité? Mille et mille fois on leur a répété qu'on ne peut et qu'on ne doit défendre la vérité en blessant la charité; mille et mille fois on leur a dit que les injures et les calomnies dont ils font conlinuellemenl usage décrédilenl auprès des gens honnêtes et instruits leur cause et leur personne, et cependant on n'a jamais pu obtenir l'amendement si désiré. Je prie instamment mes lecteurs de lire toutes les trois ; et, s'ils n'ont pas assez de patience, au moins une des Lettres d'un théologien de Plaisance, qui n'est autre que M. Pierre Tamhurini, pour s'assurer jusqu'à quel excès nos adversaires poussent la causticité et la grossièreté du slvle contre les personnes même ks plus respectées daus
tous les siècles. Dans l'ouvrage imprimé à Pav:e, l\8p, et publié par M. Jean-Baptiste Guadagnini contre mes Faits dogmatiquest il me semble apercevoir une si grande ressemblance de style avec les Lettres d'un théologien de Plaisance, que je suis bien porté à croire que ces deux livres sont du même auteur. Mais, quoi qu'il en soit, M. Guadagnini, ou M. Tamburini, ou tous lesdeux ensemble, savent à merveille, comme les pharisiens, répondre par des grossièretés et des injures, quand les bonnes raisons leur manquent. Ensuite, lorsqu'en général les jansénistes ne trouvent rien autre à dire, ils vous jettent spirituellement à la face ces paroles : Vous êtes un jésuite, un grand vilain jésuite, un moliniste, c'est-à-dire un pélagien : In peccatis natits es totus. Les jésuites paraissent destinés, dans les livres des jansénistes, à suppléer à l'absence des raisons et à faire excuser auprès du public leur impuissance de répondre. M. Guadagnini, dans le livre précité, employé plus de la moitié de son travail pour mettre sous les yeux du lecteur toutes les fourberies en matière de doctrine, toutes les pratiques vraies ou fausses) employées par les jésuites depuis le commencement de leur existence jusqu'à l'année dernière, et après leur mort lidèlement continuées par moi, pour combattre la doctrine de saint Augustin et de saint Thomas, et pour faire déclarer hérétique l'enseignement adopté dans leurs écoles, et faire ainsi triompher solennellement le molinisme. En un mot, les molinistes, avec leur doctrine et leur langage équivoque, sont, sous la plume de M. Guadagnini, les véritables auteurs de tous les maux qui inondent l'Eglise et le monde entier. Je ne doute pas que bientôt quelque janséniste n'impute aux jésuites même le péché d'Adam. L'année dernière, j'ai vu un tableau gravé sur cuivre, dans lequel s'élevait l'arbre de la science du bien et du mal : sous l'arbre se trouvait Eve debout, et avec les deux mains élevées comme pour recevoir les fruits qu'un homme vêtu en jésuite s'efforçait d'abattre en secouant les rameaux do l'arbre avec un bâton. Adam était dans un coin, assis parterre, prenant le frais; de dessous les vêtements du jésuite on voyait sortir et glisser par terre la queue du serpent, et de la bouche de ce reptile sortaient ces paroles : Mange, mange. Au fond de la gravure étaient écrites les trois lignes suivantes :
Les jésuites auteurs du péché originel.
Mais l'Ecriture ne le dit pas.
Les Gazettes le disent.
83. Avant de quitter cet aveugle-né, il faut faire une remarque importante dont nous avons déjà eu l'occasion de parler («. 69,70). Cet aveugle, intimement convaincu du miracle opéré sur lui, reconnaissait Jésus-Christ, et confessait publiquement qu'il était l'envoyé de Dieu : toutefois ce n'était pas là un acte de foi divine, mais seulement de science humaine acquise par la certitude physique du fait miraculeux, et l'évidence
DEMONSTRATION fcVANCtUO.UL. UOLGtNI.
naturelle du raisonnement qui découlait de ce fait. Après que les pharisiens eurent chassé cet homme de leur présence, Jésus- Clirist le trouva et lui d'il : « <>o s-lu au Fils d,. Dieu? — Et qui esl ce Fils de Dieu? ré-
ronilil l'aveugle. — Je suis le Fils de4Dieu, ui dit al«>rs le Sauveur. — Seigneur, répliqua l'aveugle, oui, je le crois, et, se prosternant, il l'adora. » Audivit Jesu quia ejecernut eum /oras; el eum itivenisset eum, dixit ei : Tu credis in Filium Deil Respondit ille, el dixit : Qui est, Domine, ut credam m eum? El du il d Jésus: Et vidisli eum, cl </m lo'/u tur lecum, ipse est. At ille ait : Creuo, Domine. El procidens adoravit eum. Ce fut ici un a» le de véritable foi divine, parce qu'elle était fondée sur l'autorité de la parole de Dieu. Mais cet acte de foi divine n'aurait jamais pu être fait par l'aveugle, s'il n'avait été précédé par l'acte de science ou foi humainedontnousavonsparlé. Comment cet aveugle aurait -il pu croire fermement aux. parolesdeJésus-Christ, s'il n'avait été auparavant fermement persuadéque Jésus-Christ pa. lait en qualité d'envoyé de Dieu? En effet, les pharisiens qui, par malice et opiniâtreté, ne voul rent jamais se rendre au raisonnement convaincant de l'aveugle, el reconnaître Jésus-Christ pour un envoyé de Dieu, restèrent incrédules et péchèrent. Aussi Jésus Christ dit qu'il est venu sur la terre pour éciairer les aveugles, c'est-à-dire , ceux qui marchaient avec simplicité de cœur, et aveugler ceux qui y voyaient, c'est-à-dire, les orgueilleux et les présomptueux qui, vainement enflés de leur science, de leur érudition et de leur doctrine, font consister leur gloire à contredire la croyance commune, et veulent par la singularité de leurs maximes se distinguer de la Coule, et se vantent d'être du petit nombre. Et dixit Jésus : Jnjudicium igo in hune mundum veni, ut qui non vident videant, el qui vident cœci fiant. Ce malheur arrive tous les jours aux jansénistes, qui, dans les matières appartenant à la doctrine Chrétienne, prétendent en savoir plus que le pape et que le corps des évoques, et préfèrent leur jugement privé, dans l'inlerprétatiou de l'Ecriture et de lu tradition, à renseignement public, constant et universel du corps des pasteurs. On ne refuse pas aux jansénistes la louange méritée d'esprits ingénieux, île discoureurs liès-subtils et de savants irès-érndiis; mais, hélas 1 comme ils font servir ces dons précieux à leur aveuglement et à leur ruine I Qui vident cœci fiant. Que d'esprits du premier ordre, génies sublimes dans notre siècle, quise vantera d'être philosophes, i>out tombes dans l'irréligion et l'iucredulilé, parcs qu'ils ont voulu porter les matières de notre foi au tribunal de leurs faibles lumières et de leur trompeuse raison 1 (Juiedamactitissiud el exeeltenlissima ingénia, dit saint Augustin, tanto in majores errores ierunl,quunto prtrfidentius tanquam su I DÏribuë cucwreiunt (Epist. CL? ad Macedon, uni, al. lu, cap. n, n. 5). Les jansénistes marchent dans la même voie. Les prétendus philosophes, à dire vrai, dédaignent les di-
vines Ecriture» et la tradition, et en appellent imme h itcment à la décision des raisoniieiiu uis ordinaires. Les jansénistes se fondent kur la parole de Dieu écrite et traditionnelle ; c'est déjà une différence entre eux et les incrédules. Mais à quoi bon celte différence? Les jansénistes, dans l'interprétation el l'iiplicaiiou de I Ecriture sainte et de la tradition, ne se laissent pas conduire par la parole vivante el par l'enseignement de l'interprète légitime établi par Jésus- Christ, el ils ne suivent même d'autre Suide que leur propre entendement. Ainsi onc les uns et les autres courent appuyés sur leurs propres forces, prœfidetitius suis viribus currunl, et ils arrivent, les uns à une incrédulité complète, les autres à I hérésie. La d.fTérence esl nulle par rapport a la ruine de leurs âmes.
8i. Les jansénistes croient se tirer d'affaire en disant qu'ils ne nient ni ne mettent en doute quelque chose qui ait été révélé de Dieu; ils nient seulement un fait purement humain el non révélé, savoir, que dans la huile Unigenitus se trouve le consentement unanime du corps des pasteurs, avec toutes les conditions requises pour pouvoir dire que cette bulle forme l'enseignement public de l'Eglise universelle. Cela po«é, ils prétende:!, cotume ils s'en dallent, ne s'opposer en aucune sorte à la doctrine préchée par la parole vivante du corps des pasteurs. Je réponds qu'un semblable raisonnement est spécieux, et qu'il esl capable de séduire et de tromper tous ces chrétiens qui n'approfondissent pas suffisamment les choses. Il est vrai que les jansénistes ne nienl qu'un fait humain non révélé; mais ce fait est public, notoire et certain d'une certitude murale. Jusqu'ici les partisans de Jansénius ne pèchent que contre les lumiires de la ra son et contre le sens commun. Mais ce méu.e fait a une connexion telle av^c l'infaillibilité de l'Eglise, que sans lui celle infaillibilité devient quelque chose d inutile et de chimérique, qui ne peut jamais être mis en exercice el servir de règle aux chrétiens là une chose évideule. Cela posé, la négation de ce fait moralement certain conduit évidemment à rendre inutiles el inelQcaces toutes les décisions de l'Eglise faites el à faire : donc la négation de ce fait conduit a l'anéautissement de la règle prochaine de notre foi, c'est-à-dire conduit à L*héréssfJ» Donc les jansénistes, eu niant ce fail humain non révèle, pèchent, au moins indirectement, contre la foi, favorisent l'hérésie el y conduisent : donc ils sont hérétiques. Dans V Appendice aux Faits dognaliques, j'ai prouvé par la doctrine expesse de saint Thomas ce que j'affirme ici, el j'ai fait voir que 1 "s expressions ahérétiqut et d'hérésie, dans k lai des conciles el des saints l'ère*, ont M pliquées à ces personues el à ces doctrines, qui, même indirectement, conduisaient et étaient favorables à 1 lien >ie. <>ue l'on parcoure, si l'on veut, l'appendice cite, el puisque M. Jean-Hapl sic tiu ..daçiiini n'a eu à opposer à ces doctrines, je suis en droit
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île les regarder comme certaines sans en donner de nouveau les preuves. Les pharisiens, dans l'histoire rapportée plus haut de l'aveugle-né, nièrent d'abord le seul fait de la guéfisou <le cet aveugle; ensuite, convaincus du fait, ils ne voulurent plus se rendre à l'évidence du jugement naturel, et de là naquit ensuite l'incrédulité, qui leur fut reprochée par Jésus-Christ. Les apôtres eux-mêmes furent avertis de la résurrection du Sauveur, d'abord par Marie-Madeleine, ensuite par deux disciples qui allaient à Emmaiïs; mais ils ne les crurent pas. Ils niaient donc un fait, et un fait alors non révélé, qui venait d'arriver, mais qui leur était attesté seulement par trois témoins humains. Et cependant Jésus-Christ leur reprocha leur durelé de cœur et leur incrédulité : Exprobravit (Jésus) incredulitatem eorum et duritiam cordis, quia Us qui videront eum resurrexisae non crediderunt (Marc, xvi, 14). L'apôtre saint Thomas commit certainement nn péché d'incrédulité, quand il ne voulut pas croire au témoignage des autres apôtres, qui affirmaient avoir vu Jésus-Christ ressuscité (Joan. xx). Voilà ce que c'est que nier un fait moralement certain, qui a de la connexion avec les dogmes de notre foi.
85. Nous pourrions continuer longuement le parallèle que nous faisons dans cet article, en nous attachant à la conduite des pharisiens telle que les saints Evangiles nous la dépeignent. Voyez, par exemple, le chapitre VÙ1 de l'Evangile de saint Jean, dans lequel Jésus-Christ manifesta à plusieurs reprises et en termes très-clairs la mission qu'il avait reçue de Dieu son Père, et sa propre divinité. Le texte sacré nous assure qtic plusieurs crurent en Jésus-Christ : Hœc Mo loquente mulli crediderunt in eum; mais plusieurs autres persistèrent dans leur incrédulité, opposant toujours mille sophismes et mille subtilités à ses paroles. Quand ils eurent épuisé toutes les ressources de l'esprit, ils eurent recours aux injures et à la persécution, et ils essayèrent pour toute réponse de chasser Jésus-Christ à coups de pierres : Nonne bene dicimus nos, quiasama-
ri tamis es tu, et dœmonium habm Nunc
cognovimus, quia dœmonium habes... Tulerunl ergo lapides, ut jacerent in eum. Le même apôtre saint Jean raconte au chapitre X, que Jesus-Chrlst avait très-clairement dit flui Juifs qu'il était Dieu, et une même essence avec son Père : Ego et Pater unum sua as. Les Juifs comprirent très-bien cette doc'rine, et ils opposèrent sur-le-champ la prétendue impossibilité qu'un homme soit à la fois homme et Dieu, et ils voulaient lapider Jésus-Christ comme un blasphémateur : Sustiderunt ergo lapides Judœi, ut lopida-
rent eum Hesponderunt ei Judœi: De
bnvn opère non Uipidamus te, sedde blasphemw, et quia tu, homo eum sis, facis leipsum
(1) « Sed hœc quidem et similia seripla se non videre quasi caeculientes dissimulant : duobus autem voculis inconnexis, quasi lapidihus eminus me impelere conahtttr. ( S. Atkannsius in Epist. de sententiaDionij$ii,M. l8.Edu*. Maur.) >C'est ainsi que
Deum. Le divin Maître lenr rappelle aussitôt les miracles qu'il faisait, et il les cite pour prouver la vérité de ses paroles. « Si je ne faisais pas, leur disait-il, les œuvres merveilleuses tf«e je fais, œuvres qui ne peuvent être faites que par la puissance de Dieu, vous pourriez ne pas croire ce que je vous dis. Mais ces œuvres vous convainquent de la vérité de ma doctrine, et vous êtes inexcusables si vous n'y croyez pas! » Si non facio opéra Patris mei, nolile credere mihi. Si aulem facio et si mihi non vultis credere, operibus crédite, ut cognnscatis et credatis , quia Pater in me est, et ego in Pâtre. Ce raisonnement était très-convaincant, et il ne souffrait point de réponse. En effet, les Juifs ne répondirent rien; mais toutefois, obstinés dans leur incrédulité, ils tentèrent de faire incarcérer Jésus-Christ comme blasphémateur : Quœrebant ergo eum apprehendere; et exirit de manibus eorum.
86. Les Juifs tinrent aussi la même conduite à l'égard des apôtres. Dans les chapitres III et IV des Actes des apôtres on peut voir le récit du miracle éclatant, opéré par saint Pierre et saint Jean, par la guérhon du boiteux quiétaitassisà la porte du temple dite Speciosa. Ce miracle donna occasion à saint Pierre de prêcher et de faire connaître au peuple la divinité et la résurrection de Jésus- Christ, ce qui opéra la conversion de cinq mille personnes. Les prêtres, les magistrats et les saducéens ne purent nier l'évidence du fait miraculeux, qui avait été divulgué dans toute la ville; néanmoins, au lieu de ce soumettre à la prédication des apôtres, qu'ils voyaient si clairement autorisée de DieU, ils eurent recours à un moyen honteux, aut menaces et à la prison pour les faire taire. Quid faciemus hominibus istis? Quoniam quidem notum signum factum est per eos omnibus habitantibus Jérusalem : manifestum est, et non possumus negare, Sed ne amplius divulgetur in populum , comminemur eis , m ultra loquantur in nomine hoc ni fi hominum. El vacantes eos denuntiaverunt , ne omnino loquerentur, neque docerent in nomine Jem (Act. iv, 1C).
87. Les lecteurs continueront d'eux-mêmes «e parallèle ; je me iiàle de parler d'autre chose. C'est une bonne fortune pour nous que les jansénistes n'aient pour nous offenser que leurs langues et leurs plumes.
Les impertinences, les injures, les calomnies qu'ils ont la bonté de nous adresser chaque jour en guise de compliments, sont regardées par saint Denys d'Alexandrie comme autant de coups de pierres qu'ils font pleuvoir sur nous (l);mais ce sont des coupsd'enfant,qui ne font point de blessure, et ne font éprouver qu'une petite sensation passagère : Sagittœ parvulorum fuctœ sunt plagœ eorum, et in/ir. mulœ sunt contra eos linguœ eorum (Psal . lxiii, 19). Si les jansénistes avaient en main
saint Denys parlait des hérétiques de son temps, qui, pour le calomnier, altéraient ses écrits : exemple que suivent de point en point les jansdiliâleâ pour avoir ensuite l'occasion d'accabler leurs adversaires du toutes sortes d'injures.
DEMONSTKATION EVANGELIQUE. DOLGEISI.
fat
le pouvoir qu avaient les Juifs, certainement De le* imiteraient en s'en servant aussi comme eux contre les défenseurs de la vérité. On voit dans tous les livres de nos adversaires, qu'ils font ouvertement tous leurs efforts pour nous faire jouer le rôle de perturbateurs du repos public et d'ennemis des pouvoirs temporels, comme si les doctrines que nous soutenons et que nous défendons tendaient à mettre la discorde entre le sacerdoce et l'empire, et à soulever les peuples contre l'autorité légitime des princes séculiers. C'est déjà exciter la force contre nous et armer la main du pouvoir pour nous imposer silence. Que d'efforts n'ont pas fait dans tous les temps, et ne font pas encore chaque jour les jansénistes pour arrêter la propagation de ces ouvrages, qui metienl à découvert et combattent leur pernicieuse doctrine? C'est là proprement ce que faisaient les Juifs : Comminemur eis, neultra loquantur in nomine hoc ulli hominum. Nous aurons occasion de voir dans la suite que M. Guadagnini m'attaque avec cette arme, quand il essaye de me faire passer pour un perturbateur de la tranquillité des Etats, parce que j'ai fait imprimer un livre sur les Faits dogmaliqws.
88. Un dernier trait du parallèle qui nous occupe servira peut-être mieux que tous les autres à démasquer les jansénistes et à faire tomber de leurs mains ce bouclier sous lequel ils s'imaginent se mettre à couvert de tous les coups de leurs ennemis. Les jansénistes se vantent avec ostentation d'être inviolablemenl attachés aux saintes Ecritures, aux enseignements de la tradition, et à la doctrine des saints Pères, et surtout de saint Augustin. En lisant leurs livres on est extraordinairemenl surpris de l'empressement qu'ils font paraître en toute occasion pour conserver la doctrine consignée dans ces dépôts de la révélation, et pour la défendre contre les nouveautés profanes du molinisme. El le tout pour prouver qu'ils ont raison de ne pas se soumettre aux bulles récentes des souverains pontifes, lesquelles, a leur avis, corrompent dans des points essentiels toute l'antique doctrine de l'Eglise. Saint Jean dans son Evangile, et en particulier au chapitre VII, nous apprend que les pharisiens suivaient précisément la même méthode pour repousser la doctrine de Jésus-Christ et se défendre eux-mêmes en s'obstinanl dans leur incrédulité. Ils avaient sous leurs yeux les miracles nombreux et éclatants qui avaient été opérés par Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui étaient un témoignage irrécusable de Dieu le Père, qui autorisait tout son enseignement : Opéra enim, quœ dédit mihi Pater, ut perficiam en, ipsa opéra quœ ego fado, testimonium perhibent de me, quia Pater misit me, et qui misit me Pater, ipse testimonium perhibuit de me (J oan. v,3G. 37). Malgré cela ils avaient recours à certains passages des divines Ecritures mal enteudus et expliques, et ils opposaient le jugement prive pour l'interprétation de ces passades à l'évidence des preuves qui résultaient du témoignage dos miracles et de la parole de Dieu le Pore.
<• Celui-ci, disaient-ils, ne peut être le Messie prorni-. dam la loi, puisqu'il est m- m <».ililée , el que le Messie doit Qallre de la race de Divid el dans la petite rille de Bethléem. » ftumquid a Galtlœa irnit Christus? N'onnt Scrijituni dieit. quia ex setmne David, <l d$ Bethléem custello, ubi erat Duvd . MM1Ï i'hristus? — Scruture Srripturas, el ttde quia a GtUilœaprophtta non surgit (Joan. vu, il, 42, 52). Quand vous opposez à un janséniste la bulle L 'iiigenilus pour le convaincre que ses doctrines sont erronées, il vous répond à l'instant avec un sang-froid pbarieâïqnc : Scrutart Seripturas, nonne Scriptura dicit, etc. Il répond avec des passages de saint Augustin, dont il vous présente la doctrine qu'il défend, comme généralement admise par l'Eglise. Ensuite retiré dans ce retranchement, il combat en désespéré pour ses nouveautés, et il se croit à l'abri de tous les coups que le pontife romain a si souvent déchargés contre lui du haut de sa chaire apostolique. Mais, monsieur, lui dis-je, c'est un fait public, notoire, incontestable, que l'Eglise dirige son enseignement universel conformément aux bulles des pontifes romains, el qu'elle condamne vos doctrines comme scandaleuses, erronées, conduisant à l'hérésie, el hérétiques. Non, répond-il, cela ne peut être : Scrulare Seripturas. Ces bulles autorisent évidemment le molinisme, qui est opposé à la parole de Dieu, el qui a été analhèmatisé par une bulle toute prêle et qui allait cire publiée, si l'influence des jésuites n'avait réussi jusqu'à ce jour à suspendre ce coup. Est-il possible qu'il vienne quelque chose de bon de chez messieurs les molinistes? Scrutare Seripturas, el vide quia a Galilœa propheta non surgit. Mais, lui disje à mon tour, les divines Ecritures sont interprétées et expliquées par l'enseignement public de 1 Eglise dans un sens bien différent et contraire à celui que tous leur donnez. Et cela signifie, ajoute-l-il, que certaines vérités essentielles de la religion chrétienne ont été obscurcies dans le cours des siècles, et que l'antique doctrine de l'Eglise s'est réfugiée dans un petit nombre d« Gdèles partisans de la tradition, et de véritables partisans de saint Augustin : i\'os Moysis disciputi sumus.
89. A ces nouveaux pharisiens nous devons répondre précisément ce que Jésus- Christ répondait aux anciens. « Menteurs que vous êtes, il n'est pas vrai que vous croyiez aux saintes Ecritures. Voire loi ellemême , dont vous vous vantez avec tant d'ostentation, vous accuse d'hypocrisie et de mensougedevanlmoul'ère. Si vous croyiez véritablement à Moïse, vous croiriez aussi sans doute à mes paroles , puisque vous trouvez ma mission et ma doctrine annoncées dans les écrits de Moïse. » Est qui accusât vos Mot/tes, m quo vos spcriitis. Si enim crederetii Mojfri, ereâtretù foniUm et mihi; de »«t enim Ule scripsit (Joan. y, »5, 46). C'est uue chose très-claire même pour quiconque est médiocrement instruit de 1 économie de la fui chrétienne , que les jauscuislcs n»
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croiemsur plusieurs points ni aux Ecritures, ni à la tradition , ni aux conciles , ni aux Pères, enfin ni à saint Augustin lui-même, pour lequel ils affectent de montrer publiquement une si grande vénération. En cela ils mentent aux autres et à eux-mêmes. Mais à qui ou à quoi donc croient-ils ? Ils croient à leurs sentiments particuliers, et à leur jugement privé. Les divines Ecritures, la tradition, les conciles, les Pères prêchent ouv rlcoifMit et très-souvent l'infaillibilité de l'enseignement public du corps des évéques unis au pape: dans les saints Evangiles il est dit expressément : « Qui écoute ce corps, ou le méprise , écoute ou méprise! Jésus- Christ lui-même, ei son divin Père (Luc. x, 16) ; que quiconque n'écoute pas l'Eglise doit être regardé comme un pécheur et un païen (Matlh. xvm, 17) ; que la foi préchée par saint Pierre est le fondement de l'Eglise [Matth. xvi, 10); que la prédication de cette foi est infaillible selon la promesse de Jésus- Christ, et qu'elle doit servir de règle invariable pour affermir les chrétiens dans la saine doctrine jusqu'à la consommation des siècles (Luc. xxu, 32). » Saint Augustin ensuite, mille et mille fois dans tous ses ouvrages, parle de J'autorilé de l'Eglise pour euseigner, et il s'oppose comme un mur inexpugnable contre les sophisme», les interprétations, les raisonnements des rebaptisants, des donatistes, des pélagiens, des semipélagiens, etc., et il proteste en général qu'il ne croirait pas à l'Evangile, s'il n'avait pour garant l'autorité de l'Eglise (Cont. Èpist. fundamenti, cap. v, n. 6). Nous avons donc dans l'enseignement public du corps des évéques unis au pape une base inébranlable, sur laquelle repose notre foi. D'un autre côté, il est de la dernière évidence que les doctrines des jansénistes sont rejeiées et condamnées par le pontife de Rome et le corps des évéques publiquement et solennellement : ce fait est a peu près avoué par les jansénistes euxmêmes, quand ils disent que certains points de doctrine essentiels ont été enveloppés de ténèbres pour le pape et la majeure partie des évéques, et que la lumière n'a brillé qu'aux yeux d'un petit nombre de prétendus disciples de saint Augustin. De ore tuo te judico, serve nequam.... nam et loquela tua manifestum te facit (Luc. xix, 22; Malth. xxvi, 73). Que venez- vous me vanter Ecritures, tradition, conciles, Pères et saint Augustin? Non, vous ne croyez pas plus à toutes ces autorités que n'y croit un luthérien, un calviniste ; vous ne croyez qu'à vous-même : Est qui accusât te Moyses, in quo tu speras. Tant que vous préférerez opiniâtrement votre jugement individuel touchant la parole de Dieu au jugement porté dans l'enseignement public par le pape et le corps des pasteurs, vous marcherez toujours dans le chemin de l'erreur et delà perdition, vous vous tromperez vous-même et les autres, avec votre fausse persuasion et votre prétention fastueuse d'être partisan fidèle de la traditionet véritabledisciplede saint Augustin. Un chrétienne recouna.it, et ne peut reconnaître
pour tels que ceux qui se soumettent avec une humble docilité et une prompte obéissance à la prédication de saint Pierre et de ses successeurs unis au corps des évéques, en déposant aussitôt tout sentiment particulier qui serait opposé, en faisant taire tout, et en terminant les disputes. C'est dans cette docilité et cette soumission que consiste le caractère des enfants légitimes de l'Eglise, et des véritables disciples de Jésus-Christ.
90. La charité, dit saint Augustin, agit diversement dans diverses circonstances , tantôt avec douceur, et tantôt avec sévérité; ici elle emploie de douces admonitions, là des réprimandes sévères : Aliud est charitas severitatis, aliud charitas mansuetudinis . Una quidem charitas est , sed diversa in diversis operatu (Lib. m , cont. Epist. Parmeniani, cap. I, n. 3). L'indifférence à défendre la vérité et à attaquer les erreurs est trèsdangereuse et très-funeste aux chrétiens , parce qu'elle ne fait pas concevoir cette religieuse horreur et celte forte aversion pour l'erreur, qui est l'effet d'une foi vive, comme le prouve saint Thomas (2-2, q. 1, art. 4, ad 3, et q. 2 , art. 3, ad 2), et un des plus sûrs remparts contre la séduction. Dans notre controverse avec les jansénistes , nous traitons de matières plusieurs fois décidées par le souverain pontife et par le corps entier des pasteurs dispersés dans l'Eglise; dans ce cas , dit saint Augustin (n. 25) , on ne doit pas tolérer les hommes qui disputent et dirigent de tous leurs efforls leurs machines contre le fondement de l'Eglise; dans ce cas, selon le précepte de saint Paul, il faut les blâmer ouvertement , les reprendre avec des expressions dures et énergiques, afin qu'ils se corrigent de leurs erreurs, ou du moins qu'ils ne corrompent pas la foi des autres : Quam ob causam increpaillos dure, ut sani fiant in fide (Tit. i , 13). La confusion qui doit couvrir le visage de nos adversaires en voyant la laideur de leurs doctrines erronées dévoilées aux yeux du public, et caractérisées par ces épithètes, leur sera très-salutaire. C'est l'unique voie à suivre, pour qu'ils conçoivent de l'horreur pour leurs propres enseignements, et qu'ils cessent, une fois pour toutes, de troubler la tranquillité de la sainte Eglise de Dieu. Impie faciès eorum ignominia , et quœrent nomen tuum, Domine (Psal. lxxxu, 17).
91. Je crois pouvoir me flatter que le parallèle que je viens de faire est bien capable de faire naître sur le front de nos antagonistes cette rougeur salutaire, et de détromper tous ces bons chrétiens qui, sur le compte des jansénistes , se laissent séduire par les belles apparences. Nous ne nions pas néanmoins qu'ils ne possèdent plusieurs excellentes qualités propres à leur attirer le crédit et l'estime des peuples, lis ont un esprit sublime , une vaste érudition, une éloquence louchante , une science immense, et ils ne cessent de faire paraître un zèle trèsardent pour la régularité des mœurs et pour la sévérité de la discipline. Parmi tant de belles qualités cependant, il leur eu manqua
DEMONSTRATION EYANttl LIQOE. BOU'.EM.
li 11 r^ , qui Ml la plus importante de toutes, savoir : le caractère des disciples de lésbfc* Christ : /« fine c > n-iscrnl omnes t/nin disrijiuli nri tltii, si di'i chinu-m hahuei ilis ad invicon (Jonv. xm, 88). Cet amour réciproque, celte charité fraternelle a disparu par la f.mte des jansénistes , dans ces derniers siècles , et d'une manière si étrange, qu'aujourd'hui tout est plein de troubles Kl de confusion. Je frissonne au souvenir des «I < trincs si différentes sur les points les plus importants et les plus essentiels qui , dans l'Europe et même dans notre Italie, se lisent dans 1rs ouvrages publics , se débitent dans les cours publics , se prêchent du haut des chaires, se propagent dans les conversations familières, et s'enseignent jusqu'aux enfants dans les catéchismes. Tous les chrétiens fidèles sont saisis d'horreur en voyant des théologiens pri\ es lever leur front audacieux, et diriger sans retenue leur langue et leur plume sacrilège contre les plus solennelles décisions des pontifes romains ci du corps des évoques : c'est un scandale épouvantable que de voir une assemblée d'ecclésiastiques , ayant un évêque à leur léte, proposer aux innocentes brebis de Jésus-Christ, comme un aliment salutaire pour leur âme , ces livres infâmes que le pasteur suprême a déclaré solennellement être lout remplis d'un venin mortel. Que dirai-je maintenant du ravage qui n été fait dans lout ce qui concerne la discipline ? Que dirai-je des disputes qu'on a fait naître entre le sacerdoce et l'empire? Il est Inutile d'entrer Ici dans quelque détail sur un sujet si funeste à l'union cl à la tranquillité de l'Eglise; loules ces choses ne sont malheureusement que trop connues de tout le monde. Elles sont aussi très-connues les conséquences fatales qui en ont été la suite, le refroidissement sensible de la piété , l'oubli des sacrements , le mépris du sacerdoce, le libertinage dans les mœurs, la liberté de penser, la fureur de dogmatiser, l'irréligion, l'incrédulité, l'athéisme, et enfin le bouleversement même politique des nations et des Etals. Il n'est plus possible de se dissimuler à soi-même quel est cet arbro maudit qui a produit des fruits si amer--. le luthéranisme et le calvinisme commencèrent à propager dans l'Europe la rébellion contre les décisions de l'Eglise, et l'esprit privé dans l'interprétation de la parole de Dieu : mais bientôt ces membres gangrenés furent coupés et publiquement séparés du corps du catholicisme , qui, par ce moyen , fui préservé de l'infection. Mais depuis que les jansénistes ont réussi (iDieu, dont les jugements sont impénétrables, l'ayant ainsi permis) à introduire nu milieu de nous la même insubordination et le même esprit, et à foiri circuler dans le commerce public, sous des apparences trompeuses , ces marchandises empestées, la contagion, helas I ne s'est que Irop répandue, et a cause la mort spirituelle d'un très-grand nombre d'infortunés chrétiens. Et de même <; ne les pharisiens suscitèrent parmi le peuple juif de gr iodes dispute» pur rapport à la uoeinne de Jésus-
i M' >t, ce qui mil toute la nation en mouvement , et la divisa en divers partis oppo-. ainsi tel janftéfllstM ont semé. parmi nous là dftftiOu et le schisme, en sorte que le j . chteiien n'a plus les mêmes sentiments et le mène langage; et l'on voit, ce qui est Irèl- Ite uulaleux, les laïques et le elergé, en matière de doctrine et de discipline , disputer ai ce les eveques, el les évêques avec le pipe. (.'. si ainsi que se brisent les lien? de la charile, qui fut tant recommandée par ]< Christ a tous ses disciples , et sur laquelle il donna un précepte, qu'il appelle précepte nouveau [Joan. xm, $k),toHprêctp1i(JûaH.
xv, 18). Mais en quoi consiste la nouveauté de ce précepte, et comment est-il un «oui mandement propre,! Jésus-Christ, appartenant à la loi spéciale que le Sitti 60* est venu porter au monde ? Le précepte de la charité, en général, est dicté par la loi naturelle, et il existe en même temps que l'homme. Mais , dans le christianisme, la charité doit avoir pour but l'unité de sentiments et de langage en matière de doctrine révélé" , l'unité de conduite en matière de discipline, et l'unité de gouvernement, qui suppose la subordination des inférieurs aux supérieurs , et ecle des uns et des autres , par degré, au chef suprême, unique el visible de l'Eglise. C'est cette union qui fait de tous les membres un seul corps , de toutes les brebis et des agneaux un seul bercail, de lous les soldats et des officiers une seule armée , et qui , en résumé, réduit tout le catholicisme à l'unité, à celte unité pour laquelle Jésus-Christ fait à Dieu, son Père , cette prière si touchante et si admirable, que saint Jean a eonsignéedans le XVIIe chapitre de son Evangile. La < -liante, qui tend à former celte unilé, est prédit ce précepte nouveau, le pré epte propre el particulier que Jésus-Chri«t a donné au monde en instituant son Eglise. El c'est celte charité que se sont efforcés el que s'efforcent encore de détruire les jansénistes, en introduisant de tous côtés , et par luîtes sortes de moyens , la division de sentiments et de langage, le changement de pratiques et de discipline , des dissensions entre le clei gé et les évoques, la discorde entre les évêques et le pape, les défiances elles disputes entre l'empire et le sacerdoce.
92. Et pour qu'il ne manque à la copie aucun liait dp ressemblante avec l'original, lès jansénistes se font acteurs contre nous, et ils nous attribuent la faute de ces grands troubles . qu'ils ont I ■ux-mêmes fait naî r -. De même les pharisiens accusaient J.
Christ de semer la discorde parmi le peuple par jes doctrines, et d'exciter les masses au tumulte el à la sédition. Ce n'est pal I disent les jansénistes , qui avons introduit les nouveautés fatales en matière d" doctrine; ce sont les molinistes arec leurs pir! - tnï et leurs adhérents, el les bulles récentes des pontifes romains ; celles-ci ont été la véritable pomme de discorde qui a occasionné le schisme qui trouble l'Eglise. S'ils avaient tous trardé la doctrine de saint Augustin, cinhrasseo par l'Eglise , et qu'ils n'eussent
9 , ECONOMIE DE LA FOI CHRETIENNE
point tenté de l'obscurcir et de la renverser,
pour introduire et faire régner le pélagianisme, aucune contestation, aucune division de sentiments n'aurait agité le catholicisme, et l'on n'aurait pas détruit la charité en poursuivant des hérésies imaginaires et des fantômes d'erreurs. C'est ainsi que parlent les jansénistes; et c'est là précisément le langage que tenaient les pharisiens , couvrant leur obstination et leur incrédulité sous le masque du zèle pour 1 intégrité et l'observance de la loi mosaïque, à laquelle ils prétendaient qu'élaient contraires les doctrines et les actions de Jésus-Christ.
93. Que répondrons-nous à nos adversaires sur ce point? Ils prétendent que c'est nous qui sommes les novateurs , et nous prétendons que ce sont eux. La dispute ne finira jamais , tint qu'elle ne sortira pas de Ces limites ; et l'on no peut même raisonnablement présumer qu'elle finisse, d'après le jugement et l'asserlion de l'une des parties. Cherchons donc un juge.Eh bien ! réplique le janséniste, voici le juge : Scrutamini Scripturas. La parole de Dieu, consignée dans les Ecritures et conservée dans la tradition , mettra fin à tous nos débats. Je lui réponds que non : ainsi nous ne serons pas plus avancés qu'au < oramencement, et nous tournerons dans un cercle vicieux. Vous interprétez l'Ecriture elles monuments delà tradition à votre manière, et nous disons que vous leur donnez un sens faux ; vous dites la même chose de nous. 11 n'y a que la parole vivante de l'Eglise qui puisse terminer le différend par une sentence définitive et sans appel. Celte sentence a déjà été prononcée, et elle a été prononcée contre vous ; c'est à cette décision que nous tenons fortement d'esprit et de cœur: voilà le fondement et le titre de nos victoires. Hinc dirigimus prœscriptionem , dirai-je avec Tertullien. Nous avons pour nous la possession; nous tenons celle ('oclrine que l'Eglise a reçue des apôtres, les apôlros de Jésus-Christ, Jésus-Christ de son divin Père , parce que nous suivons pour règle, dans l'interprétation de la parole de Dieu, non l'interprétation individuelle et le jugemenl privé, mais l'autorité publique des déiisions émanées du chef et du corps des pasteurs. Cette parole vivante est le canal primitif, public, universel, infaillible, par le mojcn duquel l'Evangile de Jésus-Christ est pa venu à 1;» connaissance de toutes les nations, et parv iendra jusqu'à latin des siècles. Nous avons donc raison, et vous avez toit évidemment ; Si hœc ita se habent , ut vetitns nof/is adjudicetur, ôûieumquè in ea rit/nia incedimus, Quant Ecclesia ab upostolis, apoxluli et Christo, (Jliristus a Deo tradidit, constat ratio propo>ili noslri defnienlis non csst> admittendos hœriticos (nous dirons , les j niMMiisfes) ad ineundam de scripturis provor. tionem... mea est possessio. Quid hic rœteri ail tiblunfattm veslram seminatis et pasciti*? Mea rsi possessio : habeo origines firvui< ab ipsis uncloribus, quorum fuit res. Ego mm hoères npostolorum (Tertull., de Prœscr., cap. xxxvnj.
94. Nous ne sommes donc pas .es novateurs qui détruisent la charité, troublent la paix de l'Eglise, en divisent l'unité, et sèment partout la discorde et la confusion. C'est sur nos adversaires que doit retomber évidemment la faute de tous ces maux; et comme les pharisiens , en dissuadant le peuple hébreu de croire aux enseignements de Jésus- Christ , attirèrent sur lui les châtiments les plus terribles de la colère de Dieu, et furent la véritable cause de la ruine de Jérusalem et de la déplorable dispersion du royaume de Judas, n'est-il pas à craindre aussi que les jansénistes, en détournant le peuple chrétien d'écouler et de suivre la voix de l'Eglise , ne nous plongent encore dans l'abîme des plus grands malheurs, et ne soient la cause que le royaume de Jésus-Christ ne soit transporté à d'autres nations plus obéissantes et plus soumises que nous : Auferetur a vobis regnum Dei, et dabitur genti facienti fructus ejus (Matth. xxi, 43). Nos adversaires déclament sur un ton élevé et plein d'onction contre les troubles qui agitent et bouleversent l'Eglise et les Etats ; ils voudraient mettre un terme aux disputes et anéantir les partis, et ramener les choses à l'élat si ardemment désiré par saint Paul, où tous les chrétiens auraient les mêmes sentiments et tiendraient le même langage. Obsecro autem vos, fralres, per nomen Domini nostri Jesu Christi ut idipsum dicatis omnes, et non sint in vobis schismata , sitis autem perfecti in eodem sensu et in eadem sentenlia (I Cor. i, 10). Eh bien ! qu'ils cessent donc de dogmatiser contre les enseignements de l'Eglise; qu'ils se soumettent de cœur et de bouche aux décisions des pontifes romains, et qu'ils rétractent publiquement ces nombreuses et monstrueuses erreurs , qu'ils ont propagées et souti nues jusqu'à ce jour, et nous aurons alors la paix si ardemment désirée , et cette unité qui forme l'objet du commandement nouveau et particulier que Jésus-Christ a donné en instruisant son Eglise. C'est aux jansénistes à céder, et non à nous. Nous sommes en possession ; nous sommes unis au chef et au corps des pasteurs : ce serait prendre les choses à rebours que de vouloir que les brebis guidassent leurs pasteurs pour discerner les pâturages bous des mauvais. Nous ne pouvons capituler avec les jansénistes, ni consentir, pour leur plaire , à la perte de la foi et à la ruine de la religion , par amour pour une. paix fausse et mille fois plus funeste que la guerre. « C'est précisément pour cela , dit saint Augustin , que nous nous créons des ennemis ; c'est parce que nous soutenons la vérité , parce que nous ne voulons .pas nous taire, parce que nous leur résistons de toutes nos forces , parce que nous obéissons à l'Apôtre qui nous dit : Prêche la parole de Dieu, atia</ue ses ennemis en toute occasion, eoctiorte ,reprenâi , blâme. Mais comme ceux-ci recherchent la gloire des hommes , comme dit l'Evangile , plutôt que la gloire de Dieu, ils se roidisscut contre nous, et ils ne pensent pas que nous cherchons à les retirer de la dam-
95 DEMONSTRATION E Y ANGELIQUE. BOLGENI.
nation éternelle , dans laquelle ils se précipitent malheureusement. Ils voient très-bien, eux aussi, le mal qu'ils font, et s'aperçoivent qu'ils n'ont rien de solide à répondre à nos raisonnements; mais ils M contentent de jeter de la poudre aux yeux des gens peu instruits, et en attendant ils courent les yeux ouverts à la mort éternelle. Propter hoc eos hubemus inimicos , quia vera dicimus , quia tacere metuimus , quia cessure aè inslanlia quanta possumus formidamus , quia obtemperamus apostolo dicenti i Prœdica verbum , insta opportune , importune , arque, hortare, increpa. Sed sicut Erangelium loquitur, diligttnt gloriam hominum mat/is quant l)ei, et dum reprehendi ad tempus liment, damnari in sempitei nunt non tintent. Vident etiam ipsi qutd mali fat tant , vident non esse quid respondeant : sed nebttlas imper itis offundunt , cum ipsi vivi sorbeunlur , id est scientes et agnoscentes intereant. Mais le grand obstacle à la conversion des personnes qui s'égarent, c'est, comme le remarque saint Augustin , ce maudit orgueil qui pousse les hommes à soutenir opiniâtrement l'erreur, afin que l'on ne dise pas qu'ils ont erré et qu'ils ont assassiné les âmes des pauvres chrétiens , par leurs doctrines hérétiques : Sed liment febaptizatos suos ( nous dirions discipulos suos) ne forte non eis parcant , si ipsi peptrcerinl cœteris ; ne de Mis exigant animas suas, si animas aliorum trucidare cessaverint ( Lib. u, de Baplismo contr. Donatistas, cap. xi , n. 16). M. l'archipréfre Guadagnini , qui, pour l'instruction du public, a lait trois observations sur mon livre des Faits dogmatiques , est prié d'en faire encore une , pour son propre avantage, sur le parallèle que nous avons fait dans cet article ; et comme il a fait imprimer certains livres très-pemicieux, que le pasteur suprême de l'Eglise a défendu de lire à tous les chrétiens , par l'organe de la Sacrée Congrégation de l'index, pour n'être pas infectés d'une doctrine empoisonnée , M. l'archipétre pourrait surtout fixer son attention sur le passage déjà cité de saint Augustin.