‹ Démonstrations évangéliques (volume 3)Chapitre 17 sur 255 · ARTICLE XL · texte numérisé non relu

ARTICLE XL

Analyse de la foi catholique.

95. Que mes lecteurs ne trouvent pas mauvais que je présente ici à leur examen une lettre qui me fut écrite , il y a longtemps, par une personne qui m'honore de son amitié, et mérite l'estime générale par ses vastes connaissances. Elle servira a développer et achèvera d'éclaircir la matière que nous traitons dans le premier chapitre.

96. « Monsieur, la lecture de votre livre des Faite dogmatiques, et en particulier, la doctrine exposée dans le chapitre îv, proposition v préliminaire, a réveillé dans mon esprit des doutes sur la manière dont la foi se forme en nous : doutes que j'avais eus autrefois dans les premiers temps de mes études théologiques et qui cessèrent d'après les éclaircissements que je me procurai, et qui parurent me satisfaire. Voici le raisonnement qui se présenta à mon esprit: je le tiens

pour faux et erroné ; mais comme il provient des explicitions contenues dans le 1 î v re prei île , je vous prie de résoudre celle difficulté, d'éclairer mon esprit, et de rendre la tranquillité à ma foi.

9t. Tout homme, même relui qui n'est pas chrétien, connaît avec évidence qu'une chose révélée de Dieu ne peut être fausse , puisque tout Domine par la seule lumière naturelle, par laquelle il peut connaître l'existence de Dieu, connait aussi évidemment que Dieu est incapable de tromper et d'être trompé. Aux cette lumière tout homme peut faire le raisonnement suivant : H est évident que Dieu ne peut ni tromper, ni être trompé, quand il révèle un mystère ; il est évident d'un autre côté que Dieu a révélé le mystère de l'Incarnation : donc le mystère de l'Incarnation est évidemment certain et croyable. Les deux premières propositions une fois admises, la conséquence est tellement nécessaire, que l'esprit ne peut suspendre son assentiment, et qu'il est obligé nécessairement de croire aussitôt le mystère de l'Incarnation. Je demande ici quel sera le mérite de notre foi , si l'assentiment de l'esprit est nécessaire et non libre ? Il ne peut y avoir de mérite là où il n'y a pas de liberté.

98. « Je prévois que vous me répondrez que la révélation du mystère de l'Incarnation, et il en est ainsi de tous les autres points de notre loi , n'est pas métaphysiquement certain et évident, comme l'est l'infaillibilité de Dieu. Nous connaissons celle-ci par la lumière évidente de la raison ; nous connaissons celle-là par 'e moyen des saintes Ecritures, de la prédication des apôtres, de la tradition des Pères, et de l'enseignement de l'Eglise ; or toutes ces choses ne constituent point l'évidence et la certitude métaphysique , mais seulement la certitude morale. C'est précisément là ce qui donne naissance à mes doutes ; puisque, les choses eu étant ainsi, la dernière analyse, le dernier résumé de la foi chrétienne n'est pas la révélation divine , mais plutôt l'autorité humaine. Ainsi je dirai : Je crois le my*l>re de l'Incarnation , parce que la sainte Ecriture, la tradition, l'Eglise, médisent que Dieu l'a recelé. Donc cet acte de foi a pour dernière base l'autorité et la voracité des hommes, et par conséquent ma foi sera plutôt humaine que divine. Je comprends que si Dieu a révélé, la chose est sûre et infaillible; la seule raison naturelle me le persuade ; mais je sais d'un autre côté que les hommes en me rendant témoignage de la révélation , et étant eux-mêmes capables de tromper et d'être trompés, ma foi n'a plus celte base qui convient à sa nature qui est d'être inébranlable ; on ne pourra même pas l'appeler foi divine. C'est une chose incontestable, qu'une conséquence qui découle de. deux principes participe toujours du caractère et de la nature du plus faible. Ainsi dans le raisonnement suivant : Tout ce que Dieu révèle est certain et infaillible : Dieu révèle le mystère de l'Incarnation : donc U mytlère de l'Incarnation est certain et infaillible , celte

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conséquence n'est pas de foi divine, puisn'elle ne découle d'aucun principe qui soit e foi divine. La première proposition du syllogisme est certaine d'une certitude évidente et naturelle ; la seconde proposition est certaine seulement d'une certitude morale, humaine , laquelle , absolument parlant , peut être fausse : donc la conséquence participant, selon la règle de la dialectique, de la seconde proposition, sera certaine seulement d'une certitude morale humaine, et par conséquent, absolument parlant, sujette à être fausse.

99. « On dira que les hommes, qui rendent témoignage de la révélation, sont infaillibles. Qui le dit? Dieu. Et qui nous assure que Dieu l'ait dit? les hommes. C'est là tourner dans un cercle pire que le labyrinthe de Crète. Quand on veut me prouver l'infaillibilité de l'Eglise, qui nous rend certains de la révélation, on a recours à l'Ecriture sainte, où est consignée celte infaillibilité en termes très-clairs. Ensuite quand je demande comment on prouve que l'Ecrilure sainte n'est que la parole de Dieu, on me répond que c'est l'Eglise, qui est infaillible, qui nous en assure. Ainsi donc l'Ecriture sainte sert de preuve à l'infaillibilité de l'Eglise, et l'Eglise sert de preuve à l'infaillibilité de l'Ecriture sainte ; et où pourra-t-on trouver un cercle plus vicieux, que celui-là?

100. « Pour sortir de ce labyrinthe inextricable, voici le fll que me présentent plusieurs écrivains. Dieu a autorisé son Eglise par des signes très-certains de crédibilité, et imprimé en elle, pour ainsi dire, le cachet de son infaillibilité. Quels sont ces signes de crédibilité ? Pour ne point parler des autres, il y a les miracles opérés par Jésus-Christ , par les apôtres, par les martyrs, par les chrétiens en très-grand nombre, pendant le cours de plus de trois siècles. Qui m'assurera de ces miracles quant au fait, et de leur réalité, c'est-à-dire qu'ils n'aient été des prestiges du démon, ou des artifices d'hommes imposteurs? On me citera les histoires de l'Eglise, et la tradition continuée pendant plusieurs siècles jusqu'à nous, et les règles les plus exactes d'une critique sévère , qui peuvent faire discerner avec certitude les vrais miracles opérés de Dieu des fourberies des imposteurs. Mais je réponds que ce ne sont là que des témoignages humains, ou des preuves et des raisonnements naturels. Ainsi , nous recommençons toujours, et nous nous trouvons encore dans le cercle vicieux. De tout cela je veux inférer que notre foi ne peut donc avoir ce degré de certitude, qu'elle devrait avoir, et qui exclut tout doute, et que l'on ne peut aussi l'appeler rigoureusement foi divine.

101. « Je suis très-bien persuadé que quiconque nie des faits -prouvés par un grand nombre de témoignages constants et unifoi mes, doit être regardé comme un fou. Si quelqu'un soutenait sérieusement que César n'a jamais existé in rerum natura; que Cicéron est un mythe ; que de notre temps un tremblement de terre n'a pas ruiné Lisbonne,

la Calabre , etc.', celui-là aurait besoin des secours d'une maison de santé pour la guérison de son cerveau malade. Pourrionsnous dire la même chose de celui qui nierait les miracles, qui forment le signe le plus commun de crédibilité pour la religion chrétienne ? Les prodiges racontés par Tite-Live dans son histoire comme faits par les dieux, du paganisme, étaient crus par tout le peuple romain, et étaient attestés par la tradition constante de plusieurs siècles. Ils sont célèbres dans l'histoire les prodiges d'Apollonius de Tyane , et ceux de Mahomet tant vantés par ses sectateurs. On me répondra que ces prodiges tant vantés ne sont pas prouvés, ou du moins, que ce furent des prestiges diaboliques ; je pourrai répliquer, que les Juifs, qui avaient sous leurs propres yeux les œuvres merveilleuses de Jésus- Christ, les attribuaient à la puissance du démon : In Beelzebub principe dœmoniorum ejicit dœmonia. Ils dirent de la résurrection si célèbre de Jésus-Christ, que c'était une imposture de ses disciples. Les gentils dirent à peu près la même chose des miracles opérés par les martyrs et par les chrétiens des premiers siècles. Qui devrai-je croire? pour quelle raison devrai-je attribuer les faits merveilleux que l'on me raconte à la toutepuissance de Dieu plutôt qu'à la malice du diable ? Ce signe de crédibilité étant affaibli, ma foi est chancelante, ne pouvant être entièrement assuré de la révélation de Dieu ; et sans cette entière assurance il est impossible de faire un acte de foi ditine, comme il est facile de s'en convaincre par une proposition condamnée par Innocent XI (Swp.n.27).

102. « Je résume ma difficulté : à l'endroit précité des Faits dogmatiques, vous avez dit, que « la foi théologique, qui a pour son mo- « lif prochain la parole de Dieu, tellement, « que l'on dit,/e crois ceci, je crois cela, « parce que Dieu l'a dit , a pour son fonde- « ment éloigné quelque chose de certain, « seulement d'une certitude humaine, mais

« entière A celle foi servent comme de

« base et de fondement quelques faits non « révélés, mais certains seulement ou d'une « certitude physique, ou au moins d'une cer- « titude morale , entière et incontestable. » Ces faits non révélés sont ceux qui s'appellent signes de crédibilité, qui nous rendent sûrs de la révélation de Dieu, sur laquelle ensuite s'appuie notre foi. Cela posé, notre foi en dernière analyse s'appuie sur unebase humaine , et absolument parlant, faillible. Si l'on veut éviter cet écueil, et donner à notre foi un fondement infaillible et divin , il faut tourner dans un cercle vicieux. Voilà les points sur lesquels je vous demande des lumières et des éclaircissements. »

103. Réponse. Vous cherchez (n. 97) quel sera le mérite de notre foi, si l'assentiment de l'esprit est nécessaire et non libre? Vous donnez vous-même (n. 98) la réponse convenable, en disant que la révélation des points de notre foi n'est pas métaphysiquement certaine et évidente, au point qu'elle contraigne l'esprit. A chaque acte de foi , il est

Hl MONSTIUTION KVAMihUQI K. BOLGKM.

nécessaire qu'il lasse un acte qui repose seulement sur la certitude humaine, physique ou morale : Mire volonté peut combattre avec succès contre cette certitude , en empêchant l'esprit de considérer les motifs qui for, i ont celle eeriilnde, et d'en sentir toute la force ; en le portant à s'appliquer a rassembler contre elle une foule de difficultés ; en donnant à ces difficultés un grand poids, etc. Donc l'esprit dépend de noire volonté d.nts l'affaire de la foi, et elle use librement de son empire sur lui.

10k. .< Vous lirez toutes vos difficultés de l'acte certain seulement d'une certitude humaine, qui doit nécessairement précéder l'acte de foi. Faisons l'analyse d'un acte de foi, et elles s'évanouiront toutes comme je l'espère. Distinguez la foi privée et particulière de la foi publique et calholique'(su/>. art. vi), puisqu'il y a entre elles une notable différence. Prenons pour exemple l'acte suivant de foi publique et catholique : Je crois l'Incarnation du Verbe, parce que />tVu l'a révélée : et je crois que Dieu a révélé cette Incarnation , parce que l'Eglise infaillible m'en assure; je crois enfin que VEqlise est infaillible, parce que Trouver ce parce que,

cl caractériser justement la nature de ce dernier acte, c'est résoudre toutes vosobjeclions. Analyser une chose signifie faire remonter l'effet à la première cause , qui le produit : ainsi en géométrie une proposition se prouve par l'autre , et celle-ci par une autre, jusqu'à ce qu'on arrive aux premiers principes ou axiomes certains , à cause de leur évidence intrinsèque. Faire l'analyse de la foi chrétienne n'est donc autre chose que trouver ce premier acte, duquel ensuite, ou immédiatement, ou médiatement, naît l'acte de foi.

105. « Je crois l'Incarnation du Verbe, parce que Dieu l'a révélée. Cet acte s'appuie sur la parole de Dieu, et naît d'elle comme de son motif; c'est un véritable acte de foi théologique. Je crois que Dirn a révélé l'Incarnation du Verbe, parce que VEqlise infaillible m'en assure. Ce second acte s'appuie sur la parole de l'Eglise, et naît d'elle; mais comme l'Eglise est infaillible à cause des promesses de Jésus-Christ, ainsi la parole de l'Eglise devient la parole de Dieu. Ce second acte, d'un autre côté, est un véritable acte de foi théologique. Je crois que l'Eglise est

infaillible pour quelle raison, pour quel

motif. Transportons-nous , par la pensée, au temps de la première prédication des apôtres? Ils proposaient publiquement aux Juifs et aux gentils les articles de notre foi ; ils attestaient unanimement et avec p rsévérance les avoir entendus immédiatement de la bouche de Jésus-Christ, qui, pour preuve de sa divinité, avait pendant (rois ans fait des miracles éclatants et innombrables, aux yeux d'une cité extrêmement populeuse , et enfin par sa propre puissance était sorti vivant du tombeau, comme il l'avait prédit plusieurs fois. Pour attester la vérité de ces faits, les apôtres invoquaient le témoignage de leurs auditeurs eux-mêmes , dont un trèsgran I nombre avaient vu de leurs propres

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yeux les miracles opérés par Jéins-Christ, cl entendu de leur» propres oreilles ses enseignements divins. Ajoute* à tout cela que les apôtres, pour confirmer la vérité Je l<ur prédication , et en convaincre de manière à triompher de toute exception raisonnable , même les plus grossiers de leurs auditeur* , faisaient eux-mêmes très-fréquemment de grtadl miracles, et montraient un empire absolu et continuel sur toutes les lois de la nature. Entrons maintenant dans l'esprit de ces premiers auditeurs do la prédication apostolique. Physiquement certains des miracles qu'ils vo\ aient eux-mêmes opérés en leur présence , ils devaient ain^i raisonner en eux-mêmes : // n'est pas possible que ceux-ci nous disent des faussetés : Dieu ne peut concourir par sa toute-puissance à tromper les hommes et à les entraîner dans l'er> eur sur un sujet de la dernière importance. Donc Dieu paile par leur bouchf, et quand ils nous annoncent qu'ils sont envoyés de Dieu pour nous prêcher sa parole, ils nous disent la vérité. Ce raisonnement se présente naturellement, et porte dans l'esprit une ferme persuasion et une conviction entière.

106. « Les disciples et successeurs immédiats et médiats des apôtres continuèrent, à travers une longue succession d'.mné "S, à confirmer la prédication évangélique par des miracles; ce qui faisait toujours naître le même raisonnement, et la religion de Jésus- Christ faisait tous les jours de nouvelles conquêtes. La multiplicité des miracles ne cessa que lorsque la certitude en lut établie par les monuments les plus nombreux et les plus authentiques avec une évïdence telle, que ce serait une plus grande folie de les révoquer en doute, que de nier l'existence de César et de Cicéron. ou les tremblements de terre de Lisbonne et de la Calabre. C'est dans ces circonstances de certitude morale entière que nous nous trouvons, et que se trouveront nos descendants jusqu'à la fin des siècles : c'est pourquoi nous aussi nous sommes dans le cas de faire le raisonnement dont nous avons parlé ci-dessus, et d'être fermement persuadés et convaincus de l'infaillibilité des apôtres, et de leurs successeurs, c'est-à-dire da corps des pasteurs , ou de l'Eglise enseignante. Cet acte, toutefois, n'est pas un acte de foi théclogiqne , mais seulement un acte de science humaine, produit par l'extrême certitude morale des faits, cl par un raisonnement naturel très-convaincant.

107. « De là suit cette conséquence, que dans l'analyse de la foi on ne fait aucun cercle vicieux. L'infaillibilité de l'Eglise ne se proave pas par l'Ecriture sainle , mais seulement pardes preuves humaines, supérieures d'ailleurs à toute exception raisonnable. Après avoir ainsi prouvé l'infaillibilité de l'Eglise, on prouve que l'Ecriture sainte est la véritable parole de Dieu. C'esl l'Eglise qui met entre nos mains les saints livres, qui eu forme le catalogue, qui nous dit cl nous oblige de croire que ces livres sont divinement inspirés et munis du sceau de l'iufaillibilité de Dieu. Voilà les choses placée* dans

lui

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leur ordre convenable. Ensuite lorsque, sur l'infaillibilité de l'Eglise à laquelle je crois seulement d'une foi humaine, j.' suis fermement persuadé que l'Ecriture sainte est la parole de Dieu, et que je trouve dans l'Ecrilure sainte clairement enseigné le point de l'infaillibilité de l'Eglise , alors je le crois, parce que Dieu l'a révélé ; et c'est un véritable acte de foi théologique. Toute votre difficulté du cercle vicieux vient de ce que vous confondez l'ordre des choses et la succession des acles. Avant tout il est nécessaire de croire d'une foi humaine l'infaillibilité des apôtres et de leurs successeurs en corps, pour croire ensuite d'une foi théologique l'inspiration des saints livres, et tous les articles qui nous sont proposés par l'Eglise. Ce qui vous démontre la vérité de ce que j'ai affirmé dans mes Faits dogmatiques, et même dans cet ouvrage, savoir, qu'avant de pouvoir faire un ;icte de foi théologique, il est nécessaire de le faire précéder d'un acte de science, ou. foi humaine.

108. « Mais précisément vous prenez de là occasion d'inférer que notre foi ne peut donc avoir ce degré de certitude extrême qu'elle doit avoir, et qu'on ne peut même l'appeler rigoureusement foi divine : puisque en dernière analyse elle tient aboutir à des preuves humaines, et, absolument parlant , faillibles. Je réponds que je n'ai pas jusqu'ici achevé l'analyse de la foi , ni montré pleinement la source d'où elle liait. Pour faire un acte de foi théologique , l'influence de la grâce de Dieu est d'une nécessité essentielle et indispensable : c'est un dogme de la religion chrétienne, et un dogme fondamental. Sans la foi, dit saint Paul, il est impossible de plaire à Dieu : Sine fide aulem impossibile est placere Deo (Hebr. xi, 6), et la foi est le premier fondement du salut des hommes. Or , c'est un dogme défini contre l'hérésie des pélagiens , qu'aucune opération de l'homme ne peut plaire à Dieu par rapport à son salut éternel, si elle naît, comme de son principe, delà grâce de Dieu. Sans moi, c'est-à-dire sans mon aide, dit Jésus-Christ, vous ne pouvez rien faire de bon : Sine me nihil potestis facere (Joan. xv, 5). Nous ne pouvons, ajoute saint Paul, par nos seules forces , pas même former une bonne pensée ; mais tout notre pouvoir nous vient de Dieu : Non quod sufficientes simus cogitare aliquid a nobis quasi exnubis; sed sufficientia noslra ex Deo est [Il Cor. m, 5). Nul ne peut venir à moi, dit Jésus-Christ, si mon Père ne le conduit par sa grâce : Ntmo potest venire ad me, nisi Pater, qui misit me, traxerit eum (Joan. vi, kk); et le premier pas pour aller à Dieu est la foi ; credere enim oporlet accedentem ad Deum quia est, et inquirentibus se remunerator sit [Hebr. xi, 6). Je pourrais citer à l'appui de ma proposition un grand nombre d'autres passages de nos saints livres. Les semi-pélagiens voulaient qu'au moins le premier commencement du travail de notre salut, les premiers principes de la foi, les premiers mouvements de désir de croire naquissent en nous par nos

seules forces naturelles, et sans le secours de la grâce de Dieu. Ils furent condamnés comme hérétiques par l'Eglise

109. « Quand donc parla prédication extérieure des hommes on présente à quelqu'un l'objet de la foi, c'est-à-dire les points révélés de Dieu, et qu'on lui dit que Dieu les a révélés , la grâce opère en lui intérieurement en éclairant son esprit, en le touchant, en excitant sa volonté, et en lui donnant la force de donner un plein consentement aux poinls proposés. Telle est la manière ordinaire d'opérer de la grâce , et de produire dans l'homme, et en même temps avec l'homme l'acte de foi théologique. Ainsi le principe, et la cause productrice de cet acte, n'est pas seulement la certitude morale humaine d'après les signes de crédibilité, mais c'est principalement la grâce de Dieu avec ses effets salutaires. Celle-ci fait que l'acte de foi a un degré de force extrême et supérieure à celle qui pourrait naître de la certitude humaine seule : elle fait encore que l'acte de foi est surnaturel , puisque tout effet participe de la nature de sa cause. Par conséquent notre foi doit et peut s'appeler foi diiive, puisqu'elle a pour objet les choses révélées de Dieu , pour motif la parole de Dieu , et pour principe générateur, si je puis m'exprimer ainsi, la grâce de Dieu. Les hommes grossiers, incapables de discussions critiques et doctrinales, et tous les enfants arrivés à l'usage de la raison, croient sur la simple proposition de leurs parents, ou de leurs curés; il serait difficile, pour ne pas dire impossible, de prouver que ceux-ci font précéder l'acte de foi de cet acte de certitude humaine basée sur les signes de crédibilité, que nous avons exposés plus haut. Ce défaut excusable en eux est suppléé par la force de la grâce intérieure : ensuite c'est un bienfait signalé de Dieu de nous faire naître dans le sein du catholicisme, et de nous enlever ainsi un monde d'obstacles qu'il nous faudrait franchir pour arriver à la vraie foi. Ensuite ceux qui sont capables d'examiner avec soin les signes de crédibilité et d'en sentir toute la force, sont excités par la grâce à entreprendre cet examen , éclairés et aidés pour le faire, et ensuite portés à donner librement leur entier assentiment , dans lequel consiste la foi , pourvu qu'ils agissent avec un cœur droit, et qu'ils cherchent sincèrement la vérité. Tous les philosophes incrédules de notre siècle, qui croient se faire honneur en attaquant dans les cercles cl dans les journaux la certitude des signes de crédibilité, ne peuvent accuser de leur peu de foi que la mauvaise disposition de leur volonté et la corruption de leur cœur. Raisonneurs très-subtils, pleins d'esprit et d'érudition , et très-versés dans les sciences profanes, quand ils combattent la divinité de la religion chrétienne, ils sont réduits à faire des raisonnements pitoyables , et à avancer des sophismes capables de les faire rougir: c'est ce qu'ont démontré avec évidence les habiles apologistes de notre sainte religion, Houlleville, Nonnolle, Bcrgier,

Valsecchi, Spedalieri. Dans leurs ouvrages vous trouverez la solution de toutes les difficultés que vous avez élevées contre I'exi9tence et la réalité des miracles opérés par Jésus- Clirist et par les chrétiens, et vous verrez par quel grand nombre de moyens on les distingue des prestiges du démon. Je ne m'arrête pas ù discourir avec vous sur celle matière, puisque vous pouvez la voir longuement traitée et rendue évidente par les savants apologistes que je viens de nommer.

110. « Ainsi je crois avoir satisfait à toutes vos demandts, en vous montrant que dans l'analyse de la foi chrétienne on ne tourne point dans un cercle vicieux , quand les choses sont placéps dans leur ordre convenable, et que celte analyse aboutit à l'influence [de la grâce de Dieu, comme principe nécessaire , qui engendre la foi chrétienne, et la rend certaine et surnaturelle. »

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