ARTICLE PREMIER
Règle à suivre dans cette matière.
111. Les explications et les preuves que nous avons données dans le chapitre précédent nous fournissent une règle d'une grande importance pour apprécier à sa juste valeur l'autorité des saints Pères, et pour en faire un usage utile et efficace dans les matières de la foi chrétienne. Les Pères, considérés chacun en particulier, sont faillibles, et même sont en effet tombés dans quelque erreur. S'il est donc nécessaire de tenir la balance à la main pour avoir une idée juste du poids que mérite leur autorité, mon intention n'est pas de traiter à fond cette matière, dont parlent amplement les auteurs dans les livres de théologie; je me bornerai à un seul point, qui me conduit au but que je me suis proposé dans cet ouvrage.
112. J'ai dit, dans le chapitre précédent, que la foi chrétienne s'appuie sur la révélation de Dieu , et que la révélation étant un fait, l'unique manière de la prouver , c'est d'avoir recours aux témoins, et non aux raisonnements et aux discussions doctrinales. Les Pères prouvent donc que quelque point a été révélé de Dieu, en tant qu'ils rendent témoignage à la tradition qui se conserve dans l'Eglise, et qui remonte successivement depuis leur époque jusqu'aux apôtres et à Jésus-Christ. 11 suit de là que les Pères peuvent être considérés, et comme témoins qui attestent le fait de la révélation, et comme discoureurs et dissertaleurs qui, par leurs raisonnements, veulent prouver ce qu'ils affirment. Si on les considère comme témoins de la révélation, ils ont alors vraiment le caractère et l'autorité des Pères de l'Eglise; si on les considère ensuite commodes discoureurs , alors ils sont placés dans la classe des philosophes, dans ce sens que nous expliquerons au plus tôt, et leur autorité n'a de poids qu'à proportion delà force des raisons qu'ils apportent.