‹ Démonstrations évangéliques (volume 3)Chapitre 19 sur 255 · Celle règle est très-clairement ensci · texte numérisé non relu

Celle règle est très-clairement ensci

DEMO.YSTIUTION EV ANGELIQUE. BOLGENI. 104

gnée dans plusieurs endroits de saint Aocrog* tin, et même suivie par lui, ainsi que par saint Cyprien , sainl Amhroise , I nul JeniClmsostome, et plusieurs autres. Je n'en transcris pas les DUMfM, pane qu'ils sont tr. sconnus, et indiqués par M<l< liior Cano au commencement du livre vu de ses Lieux théoloyiquet, en y ajoutant encore les paroles de sainl Jérôme et de sainl Thomas. Je me bornerai à développer et à prouver celte règle par la célèbre dispule agitée du temps de saint Cyprien , sur la validité 4a baptême des hérétiques. Les luthériens, qui n'admettent d'autre règle de notre foi que les divines Ecritures, et rejettent la tradition, nous ob jectent celle controverse comme une preuve très-forle pour appuyer leur sentiment erroné. La validité du baptême conféré par les hérétiques, disent-ils, est un dogme de la foi catholique; et néanmoins ce dogme a élé nié par saint Cyprien avec presque tous les évèques très-nombreux d'Afrique, par Firmilien de Césarée avec un grand nombre des évêques d'Orient, etc. Comment la tradition peut-elle donc être une règle de foi ? Comment pouvons-nous nous appuyer avec assurance sur un fondement qui chancelle sous nos pieds ? A cet argument des luthériens on répond communément que les évêques d'Afrique et d'Orient qui tenaient pour la réitération du baptême, quoique très-nombreux, absolument parlant, toutefois, l'étaient trèspeu, comparés à plusieurs milliers d'évêques dispersés dans le monde, qui condamnaient l'erreur des rebaptisants et admettaient dans le sein du catholicisme les hérétiques convertis sans un nouveau baptême. Saint Augustin atteste la grand \ supériorité du nombre de ces évêques. (Lib. ni de Bar'tismo contra Donatislas, cap. x , n. IV; De unie» Baptismo contra Petilian. , cap. xiv, n. 53. ) Mais les luthériens répondent que nous avons , d'un grand nombre des évêques rebaptisants , des monuments authentiques et contemporains dans les lettres de saint Cyprien, de Firmilien, de Césarée, et dans les conciles d'Afrique et d'Orient ; tandis que saint Augustin est un lémoin éloigné presque de deux siècles de l'époque de la dispute, et qui ne cile, à l'appui de son témoignage, aucun auteur qui vécût alors. Donc on ne doit pas, disent les luthériens, d'après toutes les règles d'une saine critique, s'en tenir à l'autorité et aux paroles de saint Augustin en cette malière. On ne peut nier que leur réponse n'ait une apparence qui d'abord fait impression ; mais toute difficulté disparaît bientôt, si nous suivons la règle exposée plus haut, et si nous distinguons dans les Pères, et les témoins qui attestent an fait, et les philosophes qui raisonnent. Je dis ouvertement que je n'admets pas, avec les luthériens, que les évêques d'Afrique et d'Orieot aieut attaqué le dogme de la validité du baptême des hérétiques; qu'ils l'aient, dis-je, attaqué comme témoins de la tradition, quoiqu'ils l'aient attaqué comme discoureur» et disserlateurs.

H'*. Je prouve ma proposition : Les évé-

ECONOMIE DE LA FOI CHRETIENNE

ques,au nombre de quatre-vingl-sept dans le concile de Carthage, leou l'an 256, d'après Labbe ( Tom. 1 Concil. , col. 786 sqq. ), reconnaissent et avouent que la pratique de l'Eglise a été en vigueur dans les deux premiers siècles, quoique d'un autre côté ils appellent cette pratique erronée et contraire aux divines Ecritures. L'évêque désigné sous le num. XXVIII exprime ainsi son sentiment : Qui conlempta veritate prœsumit consuetudinem sequi, etc. Celui qui, méprisant la vérité, prétend suivre la coutume, etc. L'évêque num. XXX, dit : In Evangelio Uominus, ego sum, inquit veritas : non dixil, ego sum consuetudo ; itaque, veritate manifestala, cedat consuetudo veritati. Le Seigneur dit dans l'Evangile, je suis la vérité ; il n'a pas dit je suis la coutume. C'est pourquoi la vérité étant manifestée, que la coutume cède à la vérité. L'évêque num. LX1I1 parle ainsi : In hœreticis sine baptismo Ecclesia admiltendis nemo consuetudinem rationi et veritati prœponat. Que personne ne préfère l'habitude à la raison et à la vérité, pour admettre dans l'Eglise les héritiques sans baptême. L'évêque num. LXXXVU : Cum Christus veritas sit, magis veritatem quam consuetudinem sequi debemus. Comme le Christ est la vérité, nous devons suivre plutôt la vérité que la coutume. Tous ces évêques par leur propre aveu attestent qu'il y a dans l'Eglise une coutume contraire à leur sentiment. On peut dire à chacun d'eux avec saint Augustin : Veritatem non o s tendis , de

consuetudine confiteris Et iste attestator

est eonsuetudinis, ubi nos plurimum adjuvat, guidquid aliud contra nos dicere videalur (Lib. vu de Baptismo cont. Donat., cap. xxvii, n. 53, et cap. xli, n. 81). Vous ne montrez pas la vérité , vous reconnaissez la coutume etc. L'universalité de cette pratique

est attestée en face de tous les évéques africains dans le célèbre rescrit du pape saint Etienne, par lequel il ordonne qu'on ne fasse aucune innovation, mais que tous observent la pratique reçue par tradition, d'admettre dans le sein de l'Eglise avec la seule impo-

(1) Quccsitum (est) apud fralres... Utruin veiuslissiin.i consueludine, ac tradilione ecclesiastica, post illiiin, quod loris quidem, sed immine Jesu Chrisli dominicum acceperunl baplisma, lantummoilo impuni eis minium ah episcopo ad accipiendum spirilum sanciiim sufliceret?... An vero etiain iteralum baplisma liis necessariuni essel?... In quo génère quœslionis, ni nnlii vidclur, nulla omnino potuisset conirovcrsia, aul disceplatio emergere , si unusqnisque HOBlruin contenlus venerabili ecclcsiarum omnium anclorilale nihil innovare gesliret... Namque omne quoil... contra priscam et memorabilem cunclorum emcrilorum sanctorum, et fidelium solemnissimam nbservalionem judicalur, damnari utique débet... Perquan: utile est credere, et tôt annorum, tolque ecelesiarum , ilemque apostolorum, et episcoporum auclorilali cum bona ralione acquiescere : cum sit maximum iucommndum, ac dispendium sanctissimae matris Ecclesia; adversus prisca consulta, post lot sœculorum lanlam sériera, nunc primmn repente, ac sine ratione insurgere... Prœterea exislimo nos non infirmai» ratione»» reddidisse, eonsuetudinis caumi;i... Quamquain liœc consuetudo ctiam sola debe-

I Dbmonst. évangelique. XVIII.

sition des mains pour pénitence : Si quis ergo a quacumque ftœresi venerit ad nos, nihil innovelur , nisi quod traditum e$t, ut manus ilti imponatur in pœnilenliam ( S. Cyprian Epist. lxxiv, ad Pompeium , edit. Haluzii). Cet auteur anonyme du troisième siècle, qui a écrit contre l'erreur des rebaptisants, dont l'ouvrage se trouve dans les éditions de saint Cyprien et même dans Labbe (Tom. I Concil., col. 770 sqq.), atteste plusieurs fois, et de la manière la plus évidente, la pratique universelle et très-ancienne, reçue dans l'Eglise, de ne pas rebaptiser ceux qui avaient été baptisés par les hérétiques. Nous rapporterons quelques passages de cet écrivain dans la note placée ci-dessous (1). Saint Cyprien lui-même atteste que les évéques qui ne rebaptisaient pas disaient qu'en cela ils suivaient la pratique ancienne : Et dicunt se in hoc veterem consuetudinem sequi. Il ne nie point celte pratique, ni son antiquité; mais il répond que les hérésies aussi sont anciennes, ainsi que les schismes : Apud veteres hœreseos, et schismatum prima adhuc fuerunt initia. Ailleurs il atlaque directement la pratique contraire à son sentiment, et il l'attaque, non pas en laniant en effet, mais en opposant des raisonnemenls formés d'après divers textes des saintes Ecritures, et en l'appelant une tradition qui n'est ni divine, ni apostolique, mais humaine, puisqu'elle n'a pas été écrite dans nos saints Livres (Epist. lxxi ad Quintum; lxxiv ad Pompeium) . Et voulant se laver lui et ses collègues du reproche d'innovation, et donner le poids de l'antiquité à la pratique de rebaptiser, il ne peut remonter plus haut dans le passé qu'au temps d'Agrippin, évêque de Carthage, c'est-à-dire moins d'un demi-siècle. « Chez nous, dit-il, ce n'est pas une chose nouvelle et inaccoutumée, que l'on rebaptise ceux qui ont été baptisés par les hérétiques, quand ils rentrent dans le sein de l'Eglise. Il y a déjà un grand nombre d'années et bien longtemps que, sous Agrippin, d'heureuse mémoire, une foule d'évêques réunis en concile ont approuvé et établi cette pratique (2). » Ce grand nombre d'an-

ret apud hommes limorem Dei liabentes, et liurailes pnecipuum locum oblinere.

("2) < Apud nos au ici» non nova, aut repenlina resest, ulbapiizandoscenseamuseos.quiab lucreticis ad Ecclesiam veniunt, quando mulli jam anni sint, et longa a;tas, ex quo sub Agrippino borne mémorisa viro convenientes in unum episcopi plurimi hoc staluerint (Epist. lxxx ad Jubaianum). Quod quidem et Agrippinus bonae mémorise vir cum caHeris coepiscopis suis qui illo in tempore in provincia Ali i< a et Numidia Ecclesiam Domini gubernabant, statuit, et libralo consilii communis examine firinavit (Epist. lxxi ad Quintum). > Par ces paroles saint Augustin alfirme que l'antique usage contraire est attesté et avoué par saint Cyprien. i Hanc autem luisse consuetudinem Ecclesiœ, qurc post ea mullis discussis ambagibus perspecta veritate plenario concilio confirmala est, salis oslendilur et ipsius beali Cypriani

verbis in eadem ad Jubaianum epistola Ubi certe

quid fieri solet, etsi non tieri vellet, salis ostendil, et eo ipso quod concilium Agrippini commémorai aperta indical fuisse aliam consuetudinem Ecclesiae (Lib. n, de Baptism. contra Donatistas , cap. ix n. 14).»

(Quatre.*

DEMONSTRATION I S \\r.< I iQtHR. BOLCl NI.

re temps si .ony, se réduisaient ensuite à environ quarante ans. Ri i onune il paraît que la pratique ancienne donne de l'embarras • saint Cyprien, el qu'il ne pëul 14 nier, il répond que la dispute présente ne se lli( ide pas par la CÔUtdmé, mais par la raison : .\on est (luinn de consuefitaitie prcBsçrib'erià'um , ted rnitoit: vincèndàm (J'ptst. lxxi, ad (Juintum)... Prohlde frustra quidam, qui rutioiie vihtuntû'r. i mmuétudinetn nobis oppdhùnt: quasi coniUéludo major sil veritate, aut id non sit in spiriiuulibits seqiendum, quod in melius fuent a Spiriiu sancio revelatum ( Epis t. Lxxm, ad Jttb'tianam). Eirmilicn de Césarée nous apprenti que le pape saint julienne prouvait, par la pratique et le commandement des apôtres , qu'il ne faut point rebaptiser ceux qui ônl été baptisés par les hérétiques. Et quoique Firmilien nie que celle-ci soit de tradition apostolique, il le nie toutefois appuyé sur des preuves de raisonnement, lesquelles, comme tout le monde en convient, sont des preuves absurdes contre des faits. Bientôt après il va jusqu'à reconnaître l'existence de la pratique opposée à sou sentiment, et il tente d'en éluder la force, en disant qu'elle est erronée et contraire à la vérité (1).

115. Nous avons donc des autorités nombreuses et puissantes pour trouver que les évéques rebaplU : Is de l'Oiicni et de l'Afrique avouaient que la pratique très-ancienne de ne point rebaptiser ceux qui avaient été baptisés par les hérétiques , était un fait; donc ces évéques, comme témoins de la tradition, c'est-à-dire, en cette seule qualité dans laquelle ils peuvent et doivent éirc considérés comme Pères de l'Église, n'attaquaient pas le dogme de la validité du baptême conféré par les liérétiques, mais ils le confirmaient plutôt par leurs témoignages. Toute leur opposition reposait sur des argumentations el des raisonnements qui étaient très-faililes, el le plus souvent appuyés sur un hypothèse fausse, comme nous verrons sous peu. Ils ne doivent donc être considérés ici que comme des philosophes qui raisonnent, et n'ont pas d'autorité plus grande que celle qi;e porte avec elle la force intrinsèque des raisons qu'ils donnent. Ainsi, si je disputais avec saint Cyprien sur la question de la réitération du baptême, je rejetterais son opinion et je répondrais à tous ses raisonnements; alors je n'aurais pas affaire avec un témoin de la tradition ecclésiastique , avec un l'ère de l'Eglise, mais avec un homme qui dispute, avec un, philosophe : ce serait comme si je disputais avec IMaton ou Arislote. Alors tout lecteur a droit d'intervenir en qualité de juge entre nous deux, pour décider de la justesse et de la force de nos rai-

(1) < Et quidem quantum ad id pertineat , qnod Stcphanus dixit, quasi apostolicos, qui al> baeresi vfeniunt, bapiizari prohibuërint , et hoc ctrstotfîenthrm posteris tradiderini, plenlssime vos respondbtfc, netninem ta m stulitun esse, qui hoc cretfal ap >stblfi5 tradi Iwsf», qnando eliam ipsas haerese r i i ex*- < rabiles, |tui pertinel ad coiisucuHhnem refuUmdam, quant

et pour se iélèrmincr à embrasser ce lient qui lui para) Ira prouvé pli lidetnent el plus conforme à la vérité. Mors di*p a rail cette différence religieuse due aai écrivains ecclésiastiques, quand ils parlent en qualité de témoins de la tradition, de !'• il es et docteurs de l'Église

116. On me dira peùi-élre que les raisons apportées par Saint Cyprien a l'a pui (le spn sentiment sont tirées de plusieurs passages de la sainte Ecriture; que c'est d'après leur interprétation que le 6ain( martyr raisonne, et qu'il en déduit comme cons<-. p. n< <■ l'invalidité du baptême donné par des hérétiques. Or. quand il s'agit de l'interprétation et lu sens de la parole de Dieu, alors preuucnl la qualité île l'ères et docteurs de l'Eglise tous ceux qui ont ce caractère, ce litre, d'après le consentement de l'Eglise elle-même. Je réponds que, dans l'Interprétation de la p de Dieu, ou l'on suit un sens fixé par l'opinion générale, ou bien l'on suit un sens propre el particulier. Quand on suit le sen- fixé par le sentiment commun, rigoun useme '. parlant, on ne raisonne pas, on ne dispute pas, mais l'on atteste un fait, c'est-à-dire que ce sens p't révélé de Dieu, et comme u| reçu par tradition , et constamment adopté d,;iis l'Eglise. Dans ce cas, les Pères sont de véritables témoins de la tradition, el il se trouve entre < ux une grande conformité de doctrine, puisque leurs raisonnements et leurs argumentations reposent sur une même base et sont dictés par la règle Irès-sûre de la doctrine reçue dans l'origine des apôtres el de Jésus-Chris!. Mais si l'on suit on sens propre et particulier : ou ce sens est contraire au sentiment .énéral, et, dans ce il est certainement f iux et erroné; ou il n'est pis contraire à ce sentiment Universel, mais seulement différent , et dans ce cas l'interprète, ne pouvant s'appuyer sur celle opinion généralement reçue, u'a pas le caractère de témoin de la tradition: mais il reste pour ainsi dire isolé dans son opinion, OU du moins avec un très-petit nombre. Alors même, on doit avoir pour eux une religieuse déférence, que réclament leur doctrine et leur caractère : mais On ne manque pas néanmoins au respeci qui leur e>l dû comme Pères el docteurs de J'Eglise, si ou rejette le sens particulier qu'ils proposent. pOurfli que ce soit pour de jusies el excellentes raisons. Cette règle, en d'autres termes, est donnée communément par les théologiens. On dit qu'il n'est pas permis de s'éloigner du sentiment unanime des saints Pères en matière de doctrine roelée; il esl permis de s'éloigner du sentiment particulier de quelque Père (2).

HT. D après celle rèftle, examinons les in-

videnlnr opponere verilati : qufs tain vamis sil, ut verilaii ronsneludineni prêterai''... Quod qu'idem

-il- Ni'i'lnmmi vos dicere, Afri , polestrs gnil • veriiair errorem vos etfnsuetudinis reli I if. / irmitinm nrf Cnpritnvim \ \\\ pi/rr (• me). ► (t) S \

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ECONOMIE DE LA FOI CHRETIENNE

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terprétalions des passages de l'Ecriture cités par saint Cyprien et par les évêques qui pensaient comme lui dans l'affaire de la réitération du baptême. C'est une chose évidenle,

sommes pas obligés de suivre le sentiment des anciens Pères, dit-il, dans toutes les questions qui s'élèvent touchant la Loi divine, mais seulement dans les dogmes de noire foi, qui constituent la doctrine «atholique. » Antiqua SS. Palrum consensio non in omnibus divinœ legit quœsliunculia , sed sotum certc yrteçipue in fidei régula magno nobis studio et investi- (janda est et sequeiida.[C'esl-à-(\\re, ajoute Melchior Garnis : In his prœcipun quœstionibus , quibus calholici dogmatis (undamenla nilunlur. Mais que devons-nous entendre par ces paroles: Fidei régula, catlioliii dogmatis fundamenta? Melcliior Canus nous l'explique (De Loc. theoloy.flib. vu, cap. u, n. 3), en distinguant les points qui forment l'objet de la croyance commune ou expresse, ou implicite, de ces choses qui peuvent être ignorées par le peuple et même par les hommes savants, sans nuire à la foi... Illud démuni, et qnidem diligentissime, est adverlendum, inter ouctores eliam ecclesiasticos duo esse dispniationum gênera :-alterum earum rerum, quœ vere ad fidem spectant, doctrinamque calltolicam : alterum earum, quœ citra jacturam pictatis ignorari non ab imperilis modo, rerum etiam a doctis possunt, quod nec fidei dogmata sutit, neque ex il lis derivantur. Choisissons quelque exemple pour éclaircir un peu celte matière, qui, au jugement de Melchior Canus, est très-importante. Ditigeniissime est advertendum. Tous les hommes naissent avec le péché originel, et les enfants qui meurent sans baptême sont damnés éternellement. Le secours de la grâce de Dieu est nécessaire pour toutes les actions de l'homme, même les moindres, qui sont méritoires pour la vie éternelle, etc.Voilà des poinls de doctrine catholique qui sont in fidei régula, sur lesquels il y a un consentement unanime de la part des Pères, et au sujet desquels ne s'est élevée aucune dispute, si ce n'est avec les hérétiques. Si l'on demande ensuite de quelle manière se propage le péché originel? Si les entants morts sans baptême sont tourmentés par le feu éternel? Comment la nécessité de la grâce de Dieu s'accorde- t-elle avec le libre arbitre de l'homme? Ce sont là des points qui n'appartiennent pas à la foi, et que citra jacturam pietatis ignorari non ab imperilis modo, verum eliam a doctis possunt. Sur ces poinls n'existe pas le consentement unanime des Pères, puisque plusieurs même d'entre eux n'ont pas même examiné cette matière; ensuite ceux qui en ont parlé et qui ont disputé avec les hérétiques, ont expliqué les choses qui d'une manière, qui d'une autre. Donc, nous n'avons ici que le sentiment particulier d'un Père ou de quelques Pères. C'est le, cas dans lequel nous ne sommes pas obligés de suivre leur autorité, puisque ces poinls neque fidei dogmata sunt , neque ex illis derivantur. < H faut donc distinguer dans les écrits des saints Pères, dit un auteur célèbre, les dogmes des opinions, je veux dire les points décisifs et enseignés publiquement dans l'Eglise, des sentiments particuliers que l'on peut admettre ou ne pas admettre sans intéresse/ le dépôt de la loi... Ne confondez pas pareillement dans la lecture des Pères les dogmes qu ils vous enseignent avec les preuves ou les raisons qu'ils apportent pour les démontrer. Les dogmes boni toujours certains; mais les raisons peuvent quelquefois n'être pas concluantes. De même tout ce qu'avancent les hérétiques dans le cours de la dispute n'est pas hérétique : ainsi tout ce que disent les pères de l'Eglise contre eux n'est pas article de foi.» (Traité de la lecture chrétienne : œuvre de dom Nicolas Taurin, bénédictin de la congrégation de Saiul- Nuur, traduite -et enrichie de noies par l'abbé François-Antoine Zaccaria.ch. ix, § vu, p. 118; Fuligno,

que ces évêques déjà ne suivent pas l'opinion générale , mais un sens qui leur est propre et particulier. Ils ont contre eux la pratique très-ancienne et très-conslante de

Par les exemples que je viens de citer, on voit clairement la distinction entre les Pères connue témoins de la tradition, et entre les mêmes comme disserlateurs et philosophes,. Quand les Pères proposent certains points bistoriquement, pour ainsi dire, comme révélés de Dieu, et comme tels compris dans les doctrines communes de l'Eglise et dans ses pratiques universelles, et exprimés dans le sens universellement donné à la parole de Dieu écrite ; alors les Pères sont les véritables témoins de la tradition universelle, et ils ont toute l'autorité qui convient au caractère de Pères et de docteurs de l'Eglise. C'est ainsi que procède saint Augustin en proposant et en défendant contre les pélagiens les dogmes du péché originel, de la damnation des enfants non baptisés de la nécessité de la grâce, etc. L'Eglise procède de la sorte dans ses définitions doctrinales. Elle lise le sens des saints livres et les dogmes de notre foi, non par voie de raisonnements et, de disputes, dit Melcliior Canus (De Loc. theolog., lib. vu, cap. \\,n. 2), mais par voie d'autorité, en recherchant quel i été le sentiment et la doctrine des anciens Pères reçue par tradition. « Nec Ecclesia nunc de Scripturarum sensu judical divinando, sed ex traditione ffiajorum eas inlerpretalur. Quemadmodum enim si qua alia lidei quœstio occurrerit, Ecclesne judicium nihil novi auribus Christian;» plebis infert, sed majorum antiquam in ea re fidem et inquirit et sequitur : ita cum de sacrarum lilterarum sensu existit aliqua controversia , nullam novam inlelligentiam a censura ecclesiastica exspectare debemus, sed eam quaa magna facla disquisitione, patrumnoslrorumcommunem esse constiterit.

Ensuite quand les Pères se mettent à éclaircir les dogmes historiquement, en les expliquant par des raisonnements et en les défendant contre les sophismes des hérétiques , alors ils ne tiennent point dans leurs mains le lil de la tradition universelle, qui les guide d'une manière sûre, et l'on ne trouvera plus entre eux l'unanimité de sentiments dans la manière d'expliquer les paroles de l'Ecriture sainte, ou dans le sens qu'on doit leur donner. Ce sont là les questions qui peuvent, sans préjudice de la foi , être ignorées du peuple et même des hommes savants, comme dit Melchior Canus déjà cité, puisque ce ne sont pas des articles de foi, et qu'on ne peut évidemment les déduire des articles de foi. Dieu nous a révélé les choses nécessaires et utiles pour notre salut éternel, et non celies qui piquent notre curiosité, et ne sont bonnes qu'à servir d'aliment à une science stérile. Quand je sais qu'il y a un seul Dieu en trois personnes distinctes ; que le Verbe divin s'est incarné pour le salut des hommes ; que tous naissent avec le péché originel ; que l'homme est libre dans ses actions; que la grâce de Dieu est nécessaire pour toutes les bonnes œuvres, etc., je sais tout ce qu'il me convient de savoir pour me diriger vers le port de la félicité éternelle. Si j'ignore et ne, comprends pas comment l'unité de Dieu peut exister avec la trinilé des personnes ; comment une même personne peut-être tout à la fois Dieu et homme; comment le pèche d'Adam est transmis à ses descendants; comment la liberté de l'homme s'accorde avec la nécessité de la grâce de Dieu, etc., me raanquera-t-il quelque chose d'important et de nécessaire pour me conduire de manière à pouvoir me sauver . Non, rien. Beaucoup de choses manquent, il est. vrai, à ma curiosité et à ce désir insatiable de tout savoir, qui me tourmente; mais cela tourne à mon avantage spirituel, en augmentant le mérite dé ma foi par la diKiculté que j'éprouve de captiver mon esprit, et de le tenir soumis à la parole de Dieu. On

ni

DEMONSTRATION EVANGELIQUI DOLGENI.

iiî

l'Eglise ; et tout le monde sait que la pratique et la coutume sont les meilleur* moyens d'interpréter toutes sortes de lois. L'Eglise a donc fixé par sa pratique le sens de tous les textes des livres sacres cités par saint Cyprien, et le sentiment commun de ces textes est opposé à l'interprétation du même Père: donc, certainement tous ses raisonnements doivent être faux, et la conséquence qu'il en déduit , erronée. Et voilà comment les luthériens, quand, pour exclure la tradition de la rèule de notre foi , ils nous objectent l'autorité de saint Cypricn et d'un grand nombre d'évéques rebaptisants, ne nous objectent pas , en réalité , des Pères , docteurs de l'Eglise, et témoins de la tradition, mais de purs philosophes qui raisonnent, et qui , en cette qualité , ne sont point revêtus d'une autorité ecclésiastique devant avoir quelque poids dans les matières qui regardent la religion chrétienne.

118. Les pratiques universelles et constantes de l'Eglise sont souvent liées à quelque dogme, et le supposent nécessairement. Ainsi, la pratique de baptiser les enfants et de les considérer comme membres de l'Eglise sans réitérer leur baptême, quand ils sont adultes, nécessairement suppose la validité de ce sacrement qui leur est conféré: la pratique d'offrir le saint sacrifice et de prier

doit distinguer avec soin les dogmes île leurs explications ; ceux-ci sont révélés et celles-là ne le sont pas. Dans les dogmes, les Pères sont témoins de la révélation et conservent, en la continuant, la chaîne de la tradition apostolique ; dans les explications, les Pères sont des hommes qui raisonnent, des philosophes chrétiens. Dans les dogmes, on trouve parmi les Pères une uniformité de sentiments admirable, car ils sont tous, moralement parlant, d'accord pour attester le fait de la révélation ; dans les explications, il n'y a plus cet ensemble; on trouve même quelquefois des contradictions, parce que les explications dépendent de la manière de penser propre à chacun et des différents degrés de science, et parce qu'ils n'ont pas alors le fil de la tradition universelle pour les unir tous dans le même sentiment.

Si les prolestants Daillé, Barbeyrac et tant d'autres eussent eu présente à leur esprit la règle que j'ai exposée ci-dessus, ils ne nous auraient pas, avec tant d'assurance et comme en nous insultant, opposé la diversité de sentiments que l'on trouve parmi les Pères sur les matières qui regardent la religion chrétienne, pour en conclure ensuite que leur autorité ne peutiservir de règle dans notre foi. Celle diversité, annoncée avec tant d'emphase, se réduit finalement le plus souvent à l'explication et aux preuves des dogmes, et ne regarde point l'essence et la proposition historique, s'il m'est permis de me servir de cette expression, des dogmes eux-mêmes, c'est-àdire, les Pères ne sont point en dissidence enire eux comme témoins de la tradition sur l'existence de la révélation du dogme; mais ils ne sont pus d'accord sur la manière de l'eelaircir par des explications, ou de le continuer par des preuves tirées de la raison. Ainsi nous avons vu que saint Cyprien et les évèques rebaptisants invoquaient I ancienne coutume de ne pas rehaptiser les hérétiques, et pourtant, comme témoins de la tradition, ils confirmaient le dogme catholique; ensuite, comme disserlateurs, ils donnaient un sens qui leur était propre et particulier à divers passages de l'Ecriture sainte, bobs qui certainement n'était point autorisé et lixé par l'interprétation commune, et c'est en cela qu ils erraient et

DOOi les morts suppose les dogmes du purgatoire et du fruit que les fîmes qui MiuTfrenl reçoivent de nos suffrages. L'Eglise établie de Dien comme la maîtresse, la colonne et I" soutien de la \erilé, ne peut errer dans ses pratiques qui, si elles n'étaient

conformes à cette même rérité, seraient pré* judiciables an aalnt éternel des chrétiens et

causeraient leur ruine. Si le liapléme conféré par les hérétiques n'était pas valide, l'Eglise, en ne le réitérant pas, exposerait à la perle éternelle t'nis ceux qui auraient eu le malheur de naître et d'avoir été baptises dans l'hérésie, et qui, dans la suite, auraient embrasse le catholicisme. Cela répugne à l'infaillibilité des promesses de Jésus-Christ et à la constitution qu'il a lui-même donnée à son Eglise. Il suit de là (jue les pratiques constantes et universelles de celle-ci sont une preuve infaillible des dogmes auxquels elles sonl liées et qu'elles supposent : et c'est par conséquent une véritable hérésie de désapprouver et de rejeter de telles pratiques opiniâlrément.On pourra peut-être, sans être coupable, ne pas connaître la liaison des pratiques avec les dogmes ; mais certainement, quand on la connail. on ne peut nier de telles pratiques sans être coupable du péché d'hérésie (1). Toute pratique, toute coutume est un fait, et l'on ne peut ni piou-

enlrainaienl les autres dans l'erreur. Pour éviter le danger de s'égarer, il faut nécessairement suivie la règle que nous proposons, qui consiste à distinguer dans les Pérès et docteurs de I Eglise, quand ils parlent comme témoins de la tradition et quand ils dis. pulent comme philosophes. La méthode d argumenter en raisonnant pour prouver quelque vérité, pour la détendre contre les attaques et pour combattre l'erreur, a toujours été employée dans l'Eglise : les apôtres et Jésus-Christ lui-même nous en ont donné l'exemple. Les raisonnements lormés par les Pérès, on a droit de les examiner, pour les suivre avec une religieuse soumission quand ils sont justes et concluants, et pour les abandonner avec respect, quand on reconnaît clairement qu'ils ne sont pas tels.

(1) Il y a déjà plusieurs siècles que la discipline des pénitences canoniques ayant cessé, on esl généralement dans l'usage, dans 1 Eglise, de donner l'absolution sacramentelle et d'admetlae les pénitents à la participation de l'Eucharistie aussitôt après la confession et avant que la pénitence so i so omplie. Les jansénistes se déchaînent contre celte pratique de la manière la plus furieuse et la plus indécente ; ils la taxent de relâchement et d'abus capables de faire disparaître l'horreur que l'on doil avoir pour le péché, de faire profaner les sacrements ei de plonger les pécheurs dans une léthargie profonde qui les conduit à leur perte. Ce langage est véritablement hérétique, et il est propre à détruire, dans l'esprit des fidèles, la foi aux promesses de Jésus-Chrisl louchant l'assistance de son Eglise. Serait-ce la pn ment la lin que se proposent les jansénistes en propageant celte doctrine impie et ai rétique ! Ce qui est certain, c'est que leurs livres en sont remplis; ils méritent par conséquent d'être en horreur a tout chrétien lidele; pour ce qui regarde la lin, nous laissons tout BU jugement de Dieu. Si la pratique susdite était contraire aux bonnes mœurs, aux enseignements de. Jésus-Christ et pernicieuse, l'Eglise n'aurait pu la

tolérer et m' taire a . e sujet pendant un si long espace de temps et si universellement. Alors elle ne serait plus et ne pourrait plus eue le guide des hommes pour leur apprendre ce qu'il faut croire et fairo

ECONOMIE HE LA FOI CHRETIENNE

ver, ni nier des faits par des raisonnements. Saint Cyprien était donc entièrement hors de la voie, quand, à la coutume reçue dans l'Eglise de ne pas rebaptiser, il opposait des raisonnements et des argumentations. Il devait nierque cette coutume, ou son universalité, (ût un fait, pour dire quelque chose à propos, et qui fût concluant. En effet, c'est précisément sur ce point que saint Augustin l'excuse, parce que la pratique universelle de ne pas rebaptiser n'était pas suffisamment connue du saint martyr ni assez bien prouvée à son avis (1). Je regrette de ne pouvoir pas faire valoir les mêmes exeuses en faveur de M. Jean-Baptiste Guadagnini. La raison principale que j'ai apportée, pour prouver dans mes Faits dogmatiques l'infaillibilité de l'Eglise, en décidant que la doc- Irine du livre de Jansénius est hérétique, est appujée sur la pratique constante et universelle de cette même Eglise, d'exiger des chrétiens une véritable foi intérieure et divine à de telles décisions. M. Guadagnini voit cette pratique, il ne la nie pas en effet, mais il la reconnaît, etil avoue qu'elle existe. Qu'oppose-l-il donc pour empêcher que la tache d'hérésie ne soit imprimée au livre de Jansénius? Il oppose des raisonnements, des syllogismes , des subtilités sans fin et des digressions sans nombre contre les jésuites et les molinisles. Il marche donc hors de la voie, et il finira malbeureusement par tomber dans quelque précipice, comme nous le verrons dans la seconde partie de mon ouvrage

pour être sauvés. Ecclesia, dit saint Augustin, quœ sicul contra jidem vel bonam vitam, non approbat, nec facit, net lacet (Epist. lv, al. cxix, cap. xix, ». 35); et il dit ailleurs <iue lorsque l'on voil une pratique universellement reçue dans l'Eglise, mettre seulemnu en question si l'on doit ou non agir d'après celte pratique, n'appartient qu'à un fou plein d'insolence : Si quid Iota per orbem fréquentât Ecclesia, oitt'fl ita feuiendunt sit dispulare, insolenlisdmœ tnsaniœ est (Epist. liv, n. 6). Que messieurs lesjansénisles acceptent, sans crainte d'être enviés, ce titre si honorable de fous pleins d'insolence, il doit leur être cher, puisque c'est saint Augustin qui le leur donne. Et en général le saint docteur, en parlant des pratiques universelles de l'Eglise, les égale pour l'autorité à la parole de Dieu écrite : Proinde qnamvis hujiis rei certe de scripturis canonial non proferalur exemplum; earumdem tamen scriplururum etiam in liac re a nobis lenetur auctoritas, cum hoc facimus, quod uuiversœ juin placuil Ecclesiœ, quant ipsarnm êcripturarum comtnendai auctoritas. El si quelqu'un, continue ce saint Père, craint de s'égarer en quelque chose, qu'il recoure à l'Eglise et en consulte les doctrines et les pratiques, il sera ainsi parfaitement assuré delà parole de Dieu qui a autorisé son Eglise. Lit quomum sancta Scriptitra (altère non potesl, quisqnis falli metuil liujus obscuritale quœslionis, eatndem Ecclesiam de illa consulat quant sine ulla ambiquitate sancta scriptitra demonstrat (Lib. i conl. Cresconium donatislam, cap. xxxiu, n. 39). El le saint docteur en dorme une. raison convaincante, puisque les pratiques Irèf-ancieniies, dit-il, doivent avoir été établies par les apôtres et s'être conservées jusqu'à nous par tradition orale, bien que l'on ne trouve rien d'écrit à ce sujet. < Consueludo illa, quai opponebalur Cypriano.ab eorum (aposlolorum) traditione exordium suiupsissc credenda est : sicut sunl mulla , quue uni-

119. Ensuite, pour montrer combien c'est une chose vaine et frivole d'opposer des raisonnements aux pratiques de l'Eglise, examinons brièvement les raisons données par saint Cyprien contre la coutume de ne pas rebaptiser. Nous avons déjà vu (n. 114- ) qu'on objectait à saint Cyprien l'ancien usage : Et dicunt se in hoc veterem consuetudinem sequi. Que répond à cela le saint? Il répond que les hérésies et les schismes sont aussi très-anciens dans l'Eglise : Apudveteres hœreseon, et schismatum prima adhuc fuerunt initia. Cette réponse plut à Firmilien, qui l'adopta, comme on le voit par ses paroles rapportées dans la note 23 Quando

etiam ipsas hœreses constet execrabiles , ac delestandas , postea extitisse. Puisqu'il est constant que des hérésies détestables ont aussi existé autrefois, le point de la question était, si la pratique ancienne de ne pas rebaptiser devait être admise comme bonne, ou rejelée comme erronée et mauvaise?

Répondre que les hérésies et les schismes existent aussi depuis longtemps dans l'Eglise, ce n'est pas même' effleurer l'état delà question. Dans une semblable réponse on ne dit pas que les schismes et les hérésies étaient rejelés et condamnés en tout temps par l'Eglise; tandis que la pratique de ne pas rebaptiser était universellement admise à une époque antérieure à Agrippin , et qu'elle no commença à être rejetée par quelques-uns que deux siècles après la fondation de l'Eglise. C'était une différence assez remarquable.

versa tenet Ecclesia, ei ob hoc ab apostolis prœcepta bene creduntur, quamquam scripla non reperiantur (Lib. v de Baptismo cont. Donat. cap. xxui, n. 31). >

(1) i Sed quia tune non exsiiterant nisi qui ei consuetudinem opponerenl : defensiones autein ipsius consueludinis non taies afferrent, quibus illa talis anima moverelur : noluil vir gravissimas rationes suas, etsi non veras (quod eum laiebat), sed tamen non vicias; veraci quidem, sed lamen nondum asserlae consuetudini cedere. » Même saint Augustin assure que si saint Cyprien. avait trouvé universellement suivie la pratique de ne pas rebaptiser, et qu'il n'eût pas eu au contraire l'exemple d' Agrippin et de plusieurs autres évêques d'Afrique, il n'aurait jamais raisonné contre la pratique universelle de l'Eglise, mais il s'y serait soumis. « Quam tamen consuetudinem (de ne pas rebaptiser), nisi prior anle Agrippinus, et nonnulli per Africain coepiscopi ejus etiam per concilii senlentias deserere tentavissent, non auderel iste (saint Cyprien) sallein ratiocinari adversus eam : sed in lam obscura quaesiione turbalus, et ubique intuens universalem, robuslamque consuetudinem, coarclaret se potius, etc. (Lib. u de Baptism. contra Donalistas cap. vill, K. 13). » Et ailleurs il tire celte conséquence des paroles de saint Cyprien : i Quibus ejus sermonibus salis apparet illo tempore ab eis isia esse tractata, quo nondum declarata sine ambagine hauriebanlùr, sed adhuc clausa magno molimine quœrebantur (Lib. vi de Baptim. contra Donalistas cap. vu, m. 10). El ailleurs : i Nec nos ipsi laie aliquiil auderemus asserere (que le baptême des hérétiques soit valide), nisi uriiversœ Ecclesiae concordissima auetoritate iirmati : cui è*t ipso sine dubio cedere.t, si jam illo tempore quxslionis lilriUB verilas eliquala, et declarata per plenarium coucilium solidaretur(/6irf., lib. ri, cap. ix, n. r>). i

bEMONSTKATIOM EVANGELMjUE. UOLi.f.M.

120. La raison principale donnée pat les rebaptisants, celle qu'ils ne cessent de pré- *i nier sous toutes le» faces, « • ' < si l.i suivante : " Personne ne donné ce qu'il " '•' llils ; les hérétiques n'ont pas l'Esprii saint, donc ils ne peuvent le donner; donc le bapti

|>ar cnv conféré, est invalide. » C'< -l ainsi

quo raisonnent saint Cypriep, Firmil en et urs autres reunis au troi-

sième concile de Carlhage, dont j'ai pa léplus lia ti t . Or, ce raisonnement a un petit défaut, celui de B.upposeruue ebose fausse. L'Esprit sami n'est pas donné, ou l'effet spirituel du baptême n'est pas produit par celui qui baptise, mais par Dieu |ni-méme, qui peut seul imprimer le caractère dans l'âme, ei borner de la «race sanctifiante. Que celui qui baptise, dit saint Augustin , soit Paul, Pierre, Jud .s, c'est toujours Jésus-Christ <i u i baptise (1)- L'homme qui administre un sacrement ne fait que joindre, comme il convient et avec l'intention nécessaire, la matière et la forme : quant aux effets du sacrement dans l'âme humaine, c'est Dieu qui les produit immédiatement: iVec purifient, tel ubluit, tel emundat, dit saint Augustin, nec innocentent facit quemquum qui et ministrat baplismum ; sed duntis Dei gràiia. et percipientis bona conscientia (Lib. lv cont. Cresconium donat., cap. xvm, n. 21,. 11 est vrai pourtant que personne ne donne à un autre ce qu'il n'a pas, et que les hérétiques n'ont pas l'Esprit saint; et malgré cela, comme ils peuvent , avec l'intention nécessaire et de la manière qu'il convient, réunir la matière, la forme du baptême, ils font ainsi tout ce que l'on demande pour que la personne baptisée reçoive le Saint- Esprit de Dieu lui-même, qui a engagé sa parole, et a promis de le donner par suite de l'application convenable de la matière et de la forme des sacrements. Ce qui fait dire à saint Augustin, que l'homme est le ministre, et Dieu le distributeur de la grâce et du Saint-Esprit: Cœpit Spirilus sanctus dart ,,per ministerium uposlolorum. llli nuinus impunebant, et ille reniebat. Sed hoc mm erat fiominum : non sibi abroget minuter plus t/uam, quod ut minister. Alius est donator, alius ministrator [Sertn. ce lxti, n. 3). Il a dépendu de la libre volonté de Jésus-Christ d'admettre, pour administrer validement le baptême, les hérétiques , même les païens; et il nous a révélé qu'il l'a ainsi voulu. Celte révélation est un fait, et de ce fait sont témoins les apôtres et leurs disciples dans la pratique universellement continuée juqu'à Agrippin, qui voulut le premier, d'après ce que l'on sait, la changer et la détruire. C"esl pourquoi l'auteur anonyme précité dit avec raison : « qu'aucune dispute ne se serait élevée sur ce point, si tous les évéques, déférant constamment à l'autorité vénérable

île toutes les Eglises, n'eussent pas voulu innover. »

121, On | eut attaquer le raisonnement «le saint Cvprien, même dune manière indi- CeUl qui actuellement sont i upablet> de péché mortel n'uni pas I Esprit -

et .: grâce sanctifiante dans leur âme : comment donc, en administrant un sacrement, sanctifieront -ils , par la gréée de l'Esprii

sainl, les âmes de, autres V De plus, on devrait regarder comme invalide et nulles l'ordination faite par les héreiiques : êtqaofque saint Cvprien dise eertaini - b les qui montrent qu'il regardait une semblable oi d nation comme invalide, elle n'a jamais été renouvelée, que l'on sache, quand on ree dans l'Eglise des évéques el les prêtres m nés par des hérétiques. Il est certain que le concile de Nicée, adhérant à la pratique perpétuelle de l'Eglise, admet les i el les prêtres à l'exercice de leur ordre , quand ils retournent au catholicisme sans les ordonner de nouveau [Can. vin apud Lo.bbe.tou>. H, cal. 31). On faisait la même chose i gard des donaiisles, comme nous l'apprend saint Augustin [Lib. n contra Epistol. Purmeniani, cap. xm, n. 28; lib. n conlr. Crtscon. donut., cap. su, tt. i'*). El ce sérail un très-grand inconvénient , qui causerait souvent la ruine des âmes, si la valeur des sacrements devait dépendre des dispositions purement inlerieuri s de celui qui les administre : dans ce cas nous serions toujours jetés dans une funeste incertitude, et l'on finirait par tomber dans l'erreur de l'invisibilité de l'Eglise admise, par les hérétiques comme un de leurs dogmes. L'auteur anonvme, plusieurs fois cité, a rétorqué l'argument contre les rebaptisants, en admettant l'hypothèse où celui qui baptise est pécheur. « [)ae diras-tu. s'écrie-t-il, de ceux qui sont baptisés par de» évéques d'une très-mauv aise conduit qui arrive bien souvent? Oseras -tu dire qu'on doil les baptiser une seconde Ça J'rwtvrea quid dicturus es dt hit, qui pleriiinque ab episcopis pessimœ conversalibnis baptixanturf Dieturus es enim, utique pro tun singulari diligentia lios tenu»

baplizanaos fsse? Saint Augustin, examinant les sentiments cl les paroles d. s é»équos réunis au COflciU de Cartilage, dont j'ai déjà parlé, rétorque souvent par 1 pie des pécheurs qui baptisent , et dont le baptême toutefois n'a jamais était douteux. Voyez le livre vi (/■ Iiaplismo contra DonatlStas, et en particulier le clin . vin, n. 1:2; le cliap. xxni. n. il, cl le chap. xxix , n. 56. fniii dore uemo postil quod non habet, quo modo dat homicidu Spirttum sancium?

Et lumen ipse iniut baptizat. L'eus enjo dut, etttiui ipso baptisant ,ium sunctum (Ibid., lib. v, chap. xx, n. 28). i Puisque personne ne donne ce qu'il n'a pas, comment

(t) Qnnmvis mnlli niinislri baplu&turi estent, bïvc jus i i, sive injusti, non tribueretur sanclilas baplisinf, nisi iili super ipiem descendit coluuiba, de quo diclnni est : Hic est uni baplizat in Suinta MQCla

lYlrus liai>li/fl, lin < >i qui bapUzat, l'.iulus bapli /.ei, |)ic est qui ba t i il, Judas, b iptia l . bac esl eui

l).i|ili/:il (5. Allait*:. Il ml. vi tu JiHinn., n. ~). >

un homicide donne-t-il le Saint-Esprit? Et cependant il baptise réellement. C'est donc Dieu qui donne le Saint-Esprit, tandis que cet homme baptise. »

122. Les lecteurs seront profondément étonnés qu'un saint Cyprien, un homme d'un si grand talent et d'un savoir si rare, un Firmilien, et tant d'évêques d'Afrique et d'Orient n'aient pas vu la réponse péremploire que l'on pouvait faire à tous leurs raisonnements. Et ils le seront biendavantage dece quesaint Auguslin nous apprend, savoir, que les raisons des robap'isants, quoique fausses, ne furent jamais victoricusementcomballueset réfutées d'une manière directe et satisfaisante {Note 2, col. 22). Ce qui prouve jusqu'à l'évidence la faiblesse de l'entendement humain, et combien peu nous devons nous fier à nos raisonnements dans les matières qui regardent la religion révélée. Ce qui me jette dans la | lus grande surprise, c'est devoir que saint Augustin, qui connaissait la fausseté de l'hypothèse sur laquelle reposaient tous les raisonnements de saint Cyprien, et qui le réfuta parfaitement , toutefois, à ce qu'il paraît, ne connut pas en quelque sorte lui-même toute la force et l'étendue de sa réfutation. 11 dit que c'est toujours Jésus-Christ qui baptise par le ministère des hommes : il répèle cent et cent fois la même chose dans ses ouvrages contre les donatistes. Par celte réponse, comme nous avons déjà vu, le fondement principal, sur lequel s'appuient les rebaptisants, reste pleinement détruit. Et cependant le même saint Augustin atteste que la seule autorité de l'Eglise le persuadait de la fausseté des raisons de saint Cyprien; et que, s'il fallait s'en tenir à la force intrinsèque de ces raisons, il aurait élé du même sentiment que le saint martyr. Il ne paraissait donc pas à saint Augustin que ces raisons eussent été victorieusement combattues , ni suffisamment réfutées (1).

123. De tout cela nous devons inférer la nécessité de la règle dont nous parlions tout à l'heure, pour mettre à sa place et apprécier à sa juste valeur l'autorité des saints Pères dans les matières qui appartiennent à la religion chrétienne. Quand ils sont témoins de la tradition en nous proposant des dogmes révélés de Dieu, et conservés dans le dépôt confié à son Eglise, ils sont alors assistés d'une manière particulière par la Providence, et éclairés d'une lumière spéciale par l'Esprit saint , afin qu'ils n'errent pas dans leurs témoignages , et fassent parvenir fidèlement à la postérité ces doctrines qu'ils ont eux-mêmes reçuesde leurs prédécesseurs. Ainsi se forme la chaîne de la tradition. Mais ensuite, quand les saints l'ères se mettent à faire des raisonnements, des argumentations, soit pour éclaircir et confirmer les vérités de notre foi, soit pour

(J,) < Profecto issem in eamdem sententiam (avec saint Cyprien), nisi me ad diliuentiorem considera-

Hmii in n wM.inM i ma aiicloritas alinrum, quos vel pares gratis doctrinal, vel eliam fortasse doelioros

ECONOMIE DE LA FOI CHRETIENNE

réfuter les hérétiques et les païens, alors ils doivent être considérés en quelque sorte comme des philosophes , des dissertateurs, qui ne sont pas exempts de toutes les faiblesses auxquelles est sujet le raisonnement de' l'homme, et que, par conséquent, les raisons qu'ils apportent ne doivent pas être adoptées aveuglément, mais examinées selon les règles , et surtout avec la précaution de s'assurer si dans l'interprétation des passages de la sainte Ecriture, ils sont d'accord entre eux , et suivent le sentiment général, ou s'ils diffèrent et suivent un sentiment particulier. L'économie de notre foi fut établie par Jésus-Christ sur l'autorité des pasteurs de son Eglise, comme témoins de la révélation; c'est revêtus de ce caractère qu ' se sont présentés les apôtres, quand ils ont prêché l'Evangile à toutes les nations, attestant ce qu'ils avaient vu de leurs propres yeux, et entendu de ieurs propres oreilles de la bouche même de Jésus-Christ {Plus haut, n. 7). C'est avec ce même caractère de témoins de la révélation, que les disciples et les successeurs des apôtres , à travers les siècles qui se sont écoulés jusqu'à nous, se sont montrés aux peuples en leur annonçant l'Evangile; et il en sera de même jusqu'à la fin du monde. Ce caractère de témoins est celui que l'Eglise nous propose de considérer et de respecter d:nis les saints Pères, et qui établit leur autorité comme l'ères ce l'Eglise.

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