‹ Démonstrations évangéliques (volume 3)Chapitre 26 sur 255 · L'esprit de votre charité est vraiment · texte numérisé non relu

L'esprit de votre charité est vraiment

(1) Proinde contumeliis nos affice , comminare, Tac quidquid collibuerit, poteslale tua l'ruere ; audiat etiam haec imperator; nequaquam profeclo nosvinces nec eflicies ul impiae doctrinae assentiamur (S. Gregorius Natianz. Oralio xx in laudem liasilii ex interpret. Jac. Billii).

(2) Mali euim tolerandi sunt a bonis in hoc quod

universel et sans acception de personnes. Et ses heureux effets ont été éprouvés nonseulement par les jésuites et par moi, mais encore par les papes, les cardinaux , les évêques, les théologiens de toutes* les nations, les assemblées du clergé de France, les rois cl leurs ministres, en an mol (ous ceux qui ont eu quelque part à la condamnation des propositions eldu livre de Jansénius, ou qui se sonl#opposés par leurs soins et par leurs écrits au progrès du jansénisme. Je pourrais copier ici beaucoup de passages de votre livre où vous avancez des choses empreintes d'un mépris dégoûtant, et très-déshonorantes pour les consulteurs de la congrégation préposée à l'examen des propositions de Jansénius (n. 239), pour les assemblées du clergé de France (n. 304-) et pour les Pères dominicains, qui sont représentés en plusieurs endroits comme très-favorables aux erreurs de Jansénius, auxquels on a encore associé les Pères augustins (n.20, 94, 221, 256). Les cardinaux et les évêques onl été autant de prévaricateurs qui, dans des vues humaines d'agrandissement, ont trahi la cause de Jésus-Christ et de l'Eglise; ensuite les papes se sont montrés singulièrement stupides , quoique dignes de compassion à cause de leur ignorance, en se laissant tromper par les subtilités et les raisonnements captieux des jésuites. En somme, dans le tableau que vous tracez, tout est sombre et noir; on y voit seulement ressortir les jansénistes revêtus d'habits éclatants de blancheur, avec un visage modeste qui respire la dévotion la plus tendre. Sublime manière de raisonner 1 Les adversaires des jansénistes sont tous des personnes ignorantes, malicieuses, fourbes, hypocrites, violentes : donc les jansénistes ont raison. Telle est la quintessence que l'on tirerait du livre de M. Guadagnini, s'il était passé à l'alambic.

109. Mais, mon cher monsieur l'archiprêtre , vous avez grossièrement trahi et vous-même et votre cause. 11 fallait un peu mieux masquer votre passion, si vous vouliez retirer quelque fruit de votre ouvrage : quoique j'aie pitié de vous du fond du cœur, lorsque je pense que, quand la passion est violente, il est très-difficile de la contenir dans de justes bornes. Et pourtant, dit un auteur qui ne devrait point vous paraître suspect, il faut que les écrivains se décident à modérer leurs passions, s'ils veulent travailler pour leur propre renommée, et recueillir de leurs ouvrages ces fruits et cette utilité qu'ils se sont proposés. Ils ne peuvent obtenir ni l'une ni l'autre de ces deux fins, qu'en cherchant à cacher leurs défauts et leurs faiblessesr s'ils en ont, comme tous en ont en effet; en ar- s rétant, autant qu'ils peuvent, les transports de ■

proprias injurias patienter suslinent, sccunduni quod; oportet. Non autem tolérant eos ul sustineanl injurias Dei et pioximorum : dicil enim Chrysoslomus (sup. Matlli. Homil. v) in propriis injuriis esse quempiam paliemcm laudabile est; injurias autem Deî dissimulare nimis est inipiuin (2-2, q. vm, a. 1, ad 2).

DEMONSTRATION l \ \

ces passions dont ils sont agités, ri en étouffant les sentiments de haine ou d'amour, particulièrement quand Us écrivent pour réfuter ou pour défend ie quelqu'un [Baitlet, Juaementi des savants, tom. I", eh. rm). 81 cest avec juste raison que saint Prosper dit que Ceux qui, poussés par une passion lecrè e, veulent înii r>- à la réputation îles autres, obtiennent le triste avantage de perdre la leur. Quidam chrislianœac fi aiernœc.haritatis obliti in lantum cxistimntionem nostram quoi/uo modo sludent lœdere, ut suam se eiertere nocendi capiditate. non videanl S. Protp. Aquti. in prœfal. ad Object. Vincent.) ; c'est là une chose qui vous regarde, et je ne dois pas m'en occuper.

CHAPITHE SECOND.

HASE SUR LAQUELLE RI POSE LE LIVRE DE M. GlIADAGNINI.

170. Une hypothèse évidemment fausse, et qui coniient même une imposture manifeste attribuée aux adversaires du jansénisme , forme le fondement sur lequel M. Guadagnini élève l'édifice de son livre. Il avance comme un principe indubitable et incontestable, que le sens du livre de Jansénius n'est autre que la pure et véritable doctrine de saint Augustin sur les matières de la grâce ri de la prédestination ; et de là il infère que l'Egli-e n'a pas condamné, ni pu condamner le sens du livre de .iansénius, qu'autrement elle aurait condamné la doctrine ellemême de saint Augustin. Mais qu'a donc prétendu l'Eglise en condamnant comme hérétiques les cinq propositions jansénistes? Elle a prétendu, répond M. Guadagnini, condamner de nouveau les hérésies de Luther et de Calvin , qui peuvent être comprises dans ces propositions , puisque celles-ci ont deux sens, l'un catholique, l'autre hérétique. Jansénius n'a jamais enseigné ces propositions dans le sens hérétique, mais dans le sens de saint Augustin, qui est catholique, et Irès-calholiquc. Par conséquent elles ne se trouvent pas dans Jansénius, et n'ont pu s'y trouver; et le jansénisme est un véritable fantôme, une hérésie imaginaire. Les jésuites, avec une malice infernale, ont inventé ces cinq propositions, susceptibles de deux sens, précisément pour les faire condamner dans le sens hérétique, et dire ensuite qu'elles ont été condamnées dans le sens catholique de Jansénius et de saint Augustin. C'est pour cela que M. Bolgeni, avec tous ses amis , a tant à cœur à soutenir l'infaillibilité de l'Eglise dans les faits dogmatiques, et à affirmer que l'on doit croire d'une loi divine que les cinq propositions ont été condamnées dans le sens de Jansénius. Voilà, lecteurs, en abrégé, le canevas sur lequel travaille M. Guadagnini, et la substance de son livre. Je ne m'arrête pas à prouver une à une les propositions que je viens d'énoncer ; je fatiguerais inutilement les lecteurs: il suffit qu ils parcourent rapidement ça et là l'ouvrage de M. l'archiprélre, et ils s'assureront de leurs propres jeux de la vérité des choses. Il est surtout Irès-surpreuant

\i.' i loi i . BOLCENI. 164

que M. notre an biprêtre non-seul nu ut suppose, mais affirme ncore expressément,

urne une chose indubitable et admise sans controverse par les jatllénittei et ar le>. jésuites aussi, en un mot par tous, que le li> re de Jansénius ne contient autre chose que Uj pure doctrine de saint Augustin. Qu'on Ibe «il particulier, pour s'en convaincre, les n. 139, 156 dans les notes 163, 171, etc., etc.

171 Oui s'imaginerait qu'il fut possible qu'un homme de sang-froid, et écrivant des livres pour les rendie publics, pût s'oublier au point d'avancer un mensonge au^i mpudcnl? Non, cela n'est pas naturellement possible ; c'est proprement l'effet de l'aveuglement , dont Dieu châtie l'orgueil de l'homme. Hue les jansénistes prétendent que la doctrine de Jansénius n'est autre que celle de saint Augustin , c'est là un fait tiès-viai et connu de tous. Mais que les jésuites et tous les adversaires du jansénisme aient les mêmes prétentions, c'est la calomnie la plus évidente que l'on puisse inventer. M. Guadagnini lui-même l'a bien senti. « Je sais « que vous crierez (ce sont ces paroles) que « je vous calomnie; que le Père Annal, qui, « dans l'a ff lire des cinq propositions, figura « comme principal acteur et procureur de la « société, déclara hauiementque cette doc- « trine n'était ni celle de saint Augustin , ni « celle de l'école thomiste ; que parmi ces « autres ouvrages il suffit, pour le démontrer, « de citer celui qu'il a écrit avec ce tilre : « Jansénius a thomistis damnatus ; que dans « un autre livre il a avancé , etc. » (n. 183). Il continue ensuite à faire voir que d'autres, jésuites et non jésuites, ont dit la même chose , et surtout la fameuse assemblée des évêques de France de 165(5, toute travaillée, dil-il (n. 1£5), comme chacun sait, par les jésuites. Mais tout cela n'épouvante point le courage de M. l'archiprélre de Valcamonica. Il attribue tout a la dissimulation, à 1 1 feinte et à l'hypocrisie; les jésuites parlaient ainsi de bouche ; mais au fond de leur ca-ur ils pensaient tout le contraire. Que voulez-vous faire à un homme qui, quand il se \ oit pressé, se renferme prudemment et subitement dans l'enceinte impénétrable du cœur huma n ? Laissons-le en paix derrière son relranch ment : l'extravagance elle-même et le ridicule, dont il est contraint de se cou\rir, le punissent sullisamment.

172. Opposons-lui plutôt un raisonnement facile, court et très-naturel , et commençons par un fait visible aux yeux de tout le monde. L'iïglise a condamné comme hérétique- I ■> cinq fameuses propositions dans le sens île Jansénius : c'est ce qui est Formellement \primé par les bulles d'Alexandre Vil et de Clément XI, acceptées par l'Eglise entier . et chacun peut les examiner de ses propres yeux. Or lEglise n'a jamais condamne la doctrine de saint Augustin , ni (elle de saint Thomas, ni celle des et oies augusliniennn et thomiste, sur les matières de la L'ràco; c'est là une vente admise de tous sans opposition. Donc le sens de Iansénius n'est pas le sens de la doctrine de saint Augustin , ele Que

ECONOMIE DE LA FOI CHRETIENNE

conclurons-nous de lout ceci? nons conclurons que le livre de M. Guadagnini est basé tout entier sur une fausseté, et sur une fausseté claire et évidente ; que, quand il a écrit son livre directement, comme il le dit même dans la dédicace , pour soutenir l'autorité' de saint Augustin et de saint Thomas sur les matières si importantes de la grâce chrétienne, il a dû commencer par une imposture en supposant que mes amis et moi attribuions le même sens à saint Augustin et à Jansénius.

173. Et tel est le fondement de ces digressions qui forment la majeure partie de son travail. Quand il se dispose ensuite à dire quelque chose direclemenlcontre l'infaillibilité de l'Eglise dans les faits dogmatiques , alors il prend pour base non plus l'imposture, mais l'artifice et l'équivoque. Je m'étais flatté d'avoir apporté un soin extrême dans mon livre des Faits dogmatiques, pour fixer avec la dernière précision le sens du fait dogmatique de Jansénius, et pour en éloigner toute ambiguïté et toule équivoque : mais mon espérance a été vaine. M. Guadagnini fait constamment des tours de passe-passe, et, avec une dextérité admirable, il change le sens, et nous présente le fait dogmatique de Jansénius sous un faux aspect. Essayons de le prouver. « Le fait célèbre de Jansénius ne « peut être appelé fait dogmatique ni pro- « prement, ni improprement; ni proprement, « parce que ce n'est pas un dogme de notre « religion, que tel ou tel homme ait, dans « tel ou tel livre, enseigné telles ou telles er- « reurs!.... ni improprement aussi, parce qu'il « n'est point révélé de Dieu ni directement ni « indirectement (n. 322). Mais est-ce qu'elle « (l'Eglise) démontre qu'il est de foi divine « que ces hérésies ont été enseignées par tel « auteur ou dans tel livre? non, monsieur. « Pourquoi? Parce qu'ici la tradition n'inler- « vient pas. Où était du temps d'As ius la tra- « dition de l'Eglise , portant qu'Arius avait « eu l'impiélé de nier la divinité de Jésus- « Christ? du temps de Nestor ius, la tradition, « qui enseignait que celui-ci avait admis en « Jésus-Christ deux personnes (n. 344) ? « L'Eglise toutefois n'a pas décidé , comme « nous l'avons déjà démontré , que ces pro- « positions aient été enseignées par Jansé- « nius : ce qu'il convient de rappeler sans « cesse à M. Bolgeni, qui sans cesse se fait « illusion sur ce point (n. 345). »

Mais en vérité, ce n'est pas moi qui m'abuse el me fais illusion. Dans mes Faits dogmatiques , j'ai positivement, expressément exclu le sens personnel que forment ces paroles : les cinq propositions ont été enseignées par Jansénius. Ce qui est curieux, c'est que M. (îuadagnini lui-même reconnaît et confesse (n. 325) que j'ai exclu ce sens personnel de la définition des faits dogmatiques. Que le lecteur admire ici la mémoire, la liaison des idées et la bonne foi de mon adversaire. Après cet aveu fait (dans le n. 325), il continue aussitôt de la sorte : « Donc , s'il

« (M. Bolgeni) ne veut pas que quelqu'un de « ceux-ci s'appelle fait dogmatique, pourquoi « sera-t-il dogmatique, le quatrième, où il est « question de savoir si une mauvaise doc- « trine est dans tel ou tel livreY De grâce, « qu'il nous spécifie la différence impercep- « tible, et alors il aura raison de censurer « après quaire , les quatre célèbres évêques (f nommés, etc. » Ainsi même dans plusieurs autres passages il se trompe toujours sur le sens des faits dogmatiques.

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