‹ Démonstrations évangéliques (volume 3)Chapitre 32 sur 255 · DB QUELQUES FAITS PARTICULIERS · texte numérisé non relu

DB QUELQUES FAITS PARTICULIERS

194. M. Guadagivini, dans ses Trois observations, suit intrépidement l'habitude de tous ceux qui ont tort et toutefois ne veulent pas céder et avouer qu'ils se sont trompés. Ils reviennent toujours sur les difficultés qui ont été présentées , et dissimulent, à cause de l'impuissancede répondre, les solutions qu'on y a données, ou même les placent sous un faux jour, afin de les affaiblir et de les faire ainsi, en les louchant un peu, tomber par terre. Je pourrais trouver dans mon adversaire plusieurs exemples de cet artifice honteux ; mais comme je prétends, dans cet, ouvrage, seulement soutenir l'infaillihiliié de l'Eglise dans les décisions, des faits dogmatiques, cl défendre la saine doctrine, je me bornerai absolument à ce qui esl relatif à ces objets.

§ 1. Du [ait du pape Honorius.

195. La condamnation du pape Honorius et de ses lettres, faite par le sixième concile œcuménique en termes très-forts, est une chose qui forme une très-grande difficulté contre l'infaillibilité de l'Eglise dans les faits dogmatiques. Un concile général condamne comme hérétiques les lettres d'Honorius, et décide qu'elles sont entièrement éloignée» de la doctrine des apôtres, des décisions des conciles ot des Pères, et qu'elles suivent les fausses doctrines des hérétiques : Retractantes dogmaticas epislolas, quœ a Sergio scriptœ sunt tam ad Cyrum, quam ad Honorium quondam papam antiquœ Romœ : similiter aulem et epistolam ah illo, id est Honoriu rescriptam ad eumdem Sergium , hasqac invenienles om~ nino aliénas existere ab apostolicis dogmalibus et a defmitionibus sanclorum conciliorum et cunctorum probabilium Patrum,sequi vero fulias doctrinas hœrelicorum, eus omnino ab'

jicimus, et tanquam animœ noxias execramnr . Ensuite le concile parle ainsi de la personne d'Honorius : Simulque anathematizari prœ- ; vidimus et Honorium, qui fuerat papa antiquœ Romœ , eo quod invenimus per scripta, quœ ab eo facta sunt ad Sergium, quia in omnibus ejus menlem secutus est, et impia dogmata confirmavit (Act. xm, ap. Labbe, t. VI Concil., col. 944). Ces paroles sont terribles et très-claires. Néanmoins beaucoup d'auteurs catholiques, et d'un grand renom, soutiennent ouvertement la catholicité de cette lettre d'Honorius à Sergius : j'ai suivi moimême dans mes Faits dogmatiques le sentiment de ces auteurs. Pourquoi donc les jansénistes ne pourront-ils point, sans blesser la foi, soutenir la catholicité du livre de Jansénius, condamné comme hérétique par l'Eglise? Voilà la difficulté que présentent les jansénistes; on ne peut nier qu'elle ne soit trèsfôrte, surtout pour celui qui n'examine pas avec beaucoup d'attention les circonstances de la condamnation d'Honorius; et je suis porté à croire que l'esprit de bien des personnes peu instruites est trop frappé par la force de ce raisonnement, et qu'elles sont, à cause de cela, jansénistes sur ce point peutêtre, sans être coupables.

196. Dans mes Faits dogmatiques (n. 55 et suiv. ) j'ai prouvé, premièrement, que le pape Honorius, dans sa lettre, n'approuva pas, n'enseigna pas l'erreur des monothéliles , et qu'il fit même une profession très-claire du dogme catholique des deux volontés en Jésus-Christ; secondement, que ces expressions, qui indiquent une seule volonté en Jésus-Christ, sont employées, dans la même lettre d'Hor norius, à en juger par tout le contexte, pour exclure deux volontés qui seraient opposées l'une à l'autre; ce que j'ai encore prquvé par le témoignage de saint Maxime, martyr et écrivain contemporain, et par celui du secrétaire lui-même qui écrivit cette lettre au nom d'Honorius, lequel, peu d'années après, ayant été fait pape, sous le nom de Jean IV, atteste très-clairement cela en écrivant à Constantin 111, empereur , fils d'Héracliu-, auteur de VEcthèse et zélé protecteur du monothélisme. Prœdirtus decessor noster [Honorius) docens de mysterio incarnationis Christi dicebat non fuisse in eo, sicut in nobis peccatoribus, mentis et carnis contrarias voluntates; quod quidam ad proprium sensum convenantes divinit ati s ejus et humanitatis, unam eum volunlatem docuisse suspfeati sunt, quod veritali omnimodis est contrarium (Epist. ad Conslantinum imp., apud Labb.tom. V, col. 1761). Qu'on ajoute à cela maintenant la règle trèssûre que j'ai déjà donnée (n. 148), de toujours interpréter les réponses directement d'après le sens des propositions ; et comme il est certain que Sergius avait proposé à Honorius la question des deux volontés en Jésus-Christ comme contraires l'une à l'autre, il est certain aussi qu'Honorius les exclut seulement dans ce sens. Ainsi l'on fait encore disparaître cette contradiction évidente , qui, sans cela, existerait dans la lettre de ce souverain pontife. Ces choses forment une preuve

DEMONSTRATION EVANGELIQUE. BOLGENI.

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très-claire et décisive de la catholicité de celle letlre. Mais comment donc un concile œcuménique l'a -C- il condamnée comme hérctique? J'ai fait voir dans les Faits dogmatiques (a. '•>"> et suit.) que les termes d'hérétiques , i'héréiie, dans le langage dos anciens monuments, ne signifient pas toujours ce (|ue nous appelons hérésie formelle, c'està-dire une erreur opposée à quelque article de foi : mais s'emploient très souvent pour désigner quelque chose de contraire à la foi, ou directement , ou indirectement, ou tout d'abord, ou d'une manière éloignée, et tout ce qui fomente et favorise les progrès de l'hérésie. J'ai prouvé cela par un très-grand nombre de témoignages des Pères et des conciles, auxquels M. Cuadagnini n'a pas eu même un mot à opposer quant au sens de ces expressions, et auxquels on ne peut, en effet , rien opposer; et nous avons encore l'exemple du concile de Latran sous saint Martin I", dans la condamnation du Type de Constant, faite uniquement, parce qu'il favorisait les progrès du monolhélisme, et faite avec la qualification d'hérésie (Faits dogm., 11. 180). Quand donc le concile œcuménique condamne comme hérétique la lettre d'Honorius, il n'est pas nécessaire de prendre celle expression dans le sens d'une erreur qui contredit la foi, mais on peut et l'on doit l'entendre en ce sens qu'elle fomente et favorise les progrès de l'hérésie. Et de là on peut conclure que le concile n'a pas erré en relevant le sens de la letlre d'Honorius, et en la condamnant comme hérétique, et par conséquent l'infaillibilité de l'Eglise, en décidant sur les faits dogmatiques , est en sûreté.

197. Une personne très-savante et trèszélée contre Ie9 jansénistes m'a objecté que ma défense d'Honorius leur met les armes à la main et rend leurcause meilleure, puisqu'elle autorise les interprétations forcées et arbitraires, touchant les définitions les pins claires de l'Eglise : que, si on admet mon interprétation pour sauver la catholicité de la lettre d'Hono ius , les jansénistes prétendront avec raison qu'on doit admettre leurs interprétations pour sauver la catholicité du livre de Jansénius. C'est un abus intolérable que d'introduire, dans le langage définitif de l'Eglise, des ruses et de fausses subtilités ; j'ai moi-même détesté cet abus dans cet ouvrage, je l'ai reproché aux jansénistes, et j'ai conclu, a\ec raison, qu'un tel langage doit être pris dans le sens ordinaire, naturel, littéral, et d'abord intelligible pour tous (n. 151).

198. Je réponds que, entre mon interprétation et celle des jansénistes , il y a trois différences lrès-nolab!cs, dont la troisième est surtout très-essentielle. l°Quand je prends les mots hérétiques, hérésie, seulement dans le sens de chose favorable d l'hérésie, je ne sors pas du sens dans lequel s'entendaient communément ces mots pendant les dix ou douze premiers siècles de l'Eglise; je l'ai prouvé par des document nombreux cl à l'abri de la critique, auxquels je pourrais en

ajouter un grand nombre d'autres, s'il était nécessaire. Depuis quelques siècles, les paroles hérétiques, Itérés e, onl élé restreintes dans le langage ordinaire, pour signifier seulement les personnes OU les doctrines formellement opposées aux articles de foi . et c'est dans ce seul sens qu'elles s'entendent communément. Les autres maniera* médiates et indirectes de contredire la foi ont leurs expressions propres, savoir : Approchant de l'hérésie, y conduisant , la favorisant , etc. Donc, lorsque les pontifes romains et l'Eglise ont condamné comme hérétique la doctrine du livre de Jansénius, c'est aux jansénistes à prouver invinciblement que le mol hérétique n'a pas été pris dans le sens généralement reçu, mais dans quelque autre sens plus mitigé et plus étendu; ce qu'ils ne pourront jamais faire. Donc mon interprétation en faveur d'Honorius ne sort pas du sens naturel, commun et intelligible pour tous, généralement donné à ces mots dans ces premiers siècles : l'interprétation des jansénistes sort tout à fait du sens ordinaire et commun, et c'est pour cela qu'elle est rejetée. 199. 2° Quand je donne le sens de favorable à l'hérésie, par respect pour Honorius, aux mots hérétiques et hérésie, et à sa lellre, je suis porté à en agir ainsi par l'évidence de la catholicité de celle lettre. Le dogme des deux volontés et des deux opérations en Jésus-Christ est exprimé en termes trèsclairs; ensuite la négation des deux volontés regarde évidemment l'erreur des deux volontés dont l'une est contraire à l'autre. On trouve bien dans cette lettre qu'Honorius réprouve les mots de une ou deux volontés, comme nouveaux, et pouvant donner occasion à des subtilités el à des sens faux; c'est pourquoi il impose silence aux deux partis, pour étouffer la dis; ute qui s'élevait alors. Ce fut là véritablement une faute dans Honorius, mais une faute de conduite et non d'enseignement : Yitium conrersationi', non prœdicationis, d'après Tertullien. C'est précisément ce que voulait Sergius. qui se servit de la lellre de ce pape pour faire laire les catholiques: et pendant ce temps-là les hérétiques disséminaient leur coupable doctrine avec moins d'obstacles et plus de succès. L'histoire nous montre combien l'artifice de Sergius et la faute d'Honorius contribuèrent à la propagation et à l'établissement du monolhélisme. Pyrrhus, partisan de Sergius, et qui partageait aussi son erreur, se servit également de la leltre d'Honorius pour corrompre les Eglises d'Occident*; il en forçait le sens, el faisait dire à ce pape ce qui était entièrement contraire à sa i ensée, laquelle élait bien connue de Jean IV , qui avait élé son secrétaire, et qu'il a peul-élre développée. Car, en ayant été averti par plusieurs, et de vive voix, el par écrit, il s'en plaignit hautement auprès du même empereur Constantin III , plus de trente ans avant le sixième Concile, de cette manière : (Juanttun rnim e.r die rsU myi/cst ionibus , //urad nos calervatim venei nul, quinimo et ex ipso quoque auduu didicimus, omnes occidentales par-

ECONOMIE DE LA FOI CHRETIENNE

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les tcandalizatee turbantur, fratre nostro Pyrrho patriarcha per litteras' suas hue atque Mue transmissas nova quœdam et prœter régulant fidei prœdicanle, et ad proprium sensum quasi sanctœ memoriœ Honorium papam deeessorem nostrum attrahere festinanle, quod a mente calholici patris erat penitus alienum ( Epist. ad Constant, imp., ap. Labbe, tom. V Conc, col. 1761) ; ce qui prouve la catholicité d'Honorius, et nous avertit de l'abus quo Taisaient les hérétiques de la lettre du même. Il n'est donc pas étonnant qu'à la vue de ce dommage porié à la foi, les Pères du sixième concile, animés d'un saint zèle, aient condamné Honorius et sa lettre comme favorables à l'hérésie, et dans ce sens hérétiques. Environ trente ans avant le sixième concile, précisément pour la même raison de favoriser les progrès du monothélisme, fut condamné et appelé scélérat, impie et hérétique, le Type de Constant, par le concile de Latran et par saint Martin I*r, quoique le même concile et le même pape ne relèvent, dans ce Type, aucune erreur de dogme. Ainsi, trouvant moi-même dans la décision du concile des expressions qui peuvent avoir deux sens très-différents, selon la manière de les entendre, reçue à cette époque, j'ai recours à l'unique moyen qui me reste pour en déterminer le sens précis, c'est-à-dire à l'examen de la lettre d'Honorius, et je trouve que le mot hérétique ne peut avoir, dans ce passage du concile, d'autre sens que celui de favorable à l'hérésie. Mais de nos jours le sens du mot hérétique est fixé par l'acception commune, et signifie proprement Vhérésie dans le dogme, et c'est pour cela que le janséniste doit se soumettre promptement à la décision de l'Eglise, sans examiner ni chercher autre chose, et doit sans délai croire hérétique dans le dogme la doctrine du livre de Jansénius ; mais quand même l'on permettrait aux jansénistes d'examiner la doctrine de ce livre, ce serait à eux à montrer avec autant d'évidence la catholicité de l'ouvrage de Jansénius, quant au dogme, que nous montrons nous-même la catholicité de la lettre d'Honorius. Avec tous leurs efforts et toute la torture qu'ils ont donnée à leur esprit, ils n'ont jamais pu réussir dans cette entreprise : non, par la grâce de Dieu ; non, jamais. Ils l'ont prétendu à la vérité, et ils le prétendent même de nos jours ; mais une inGnité de catholiques, et dans les temps passés, et dans les temps présents, ont démontré et démontrent évidemment le contraire. De sorte que, tout au plus, en leur faisant même une trop large concession, nous dirons que le cas de Janséuius présente quelque chose d'obscur, de douteux et de contesté, tandis que dans le cas d'Honorius personne n'a jamais pu montrer dans sa lettre une véritable erreur de dogme; il y a seulement des expressions contraires au langage dogmatique, lesquelles d'ailleurs, d'après le contexte et le but vers lequel elles sont dirigées, peuvent être entendues dans le sens catholique, et seulement donnent occasion aux hérétiques d'en abuser et d'accuser ce pape d'imprudence et

de faute de conduite. Voilà encore une seconde différence très-remarquable entre mon interprétation et celle des jansénistes.

200. 3 Le pape Léon II, dans la lettre à l'empereur Constantin Pogonat, pour confirmer le sixième concile, explique dans quel sens on doit prendre le mot hérétique, appliqué à Honorius , en disant que, « au lieu de « purifier cette Eglise apostolique par la doc- « Irine des apôtres, il a pensé renverser la foi « par une trahison profane. » Hanc apostolicam Ecclesiam non apostolicœ traditionis doctrinn lustravit, sed profana proditione immaculatam fidem subverlere conatus est. (Ap. Labbe, tom. VI, col. 1117.) Ces expressions sont assez énergiques; mais dans Labbe ou cite à la marge une autre leçon : Hanc apostolicam Ecclesiam immaculatammaculari permisit. Fleury, écrivain nullement favorable aux papes, dont nous avons cité plus haut la traduction (Flist. eccéls., liv. xl, n. 28), a suivi la première leçon; mais il en a adouci le sens, comme nous avons vu. Et qu'en effet l'on doive entendre ces paroles du pape Léon seulement dans le sens de négligence à défendre la foi et de prétexte favorable fourni à l'hérésie, et non dans le sens d'une véritable erreur contre le dogme, c'est ce que prouve la lettre du même pape, écrite aux évéques d'Espagne, dans laquelle, en racontant ce qui s'est passé au sixième concile, et parlant de la condamnation des hérésiarques monothélites , qu'il caractérise par le nom de rebelles contre la pureté de la tradition apostolique, adversum apostolicœ traditionis purilatem perduelliones, il parle aussi d'Honorius, mais en termes bien différents. Il ne lui reproche d'autre faute que de n'avoir pas, par l'autorité apostolique, éteint dans son principe la flamme de l'hérésie, mais de l'avoir laissé croître par sa négligence, et fomentée : JEterna condemnatione mulctati sunt Sergius, etc., cum Honorio, qui flammam hœretici dogmatis non, utdecuil, apostolicam auctoritatem , incipientem extinxit, sed negligendo confovit. ( Labbe, ibidem, col. 12k5. j Le pape Léon fut constant dans ce sens de seule négligence attribuée à Honorius, même dans une autre lettre écrite à Ervige, roi d'Espagne, dans laquelle, distinguant les hérésiarques d'Honorius, et appelant ceux-ci hœreticœ assertionis auctores, il se contente de dire de celui-ci, que, immaculatam apostolicœ traditionis regulam maculari consensit. (Labbe, ibid.,col. 1252.) Et cette même dislinclion entre les véritables hérétiques monothélites et le pape Honorius , entre la faute de ceux-là, qui était une véritable hérésie, et la faute de celui-ci, qui n'était qu'un prétexte favorable fourni à l'hérésie, est faite par les papes, après Léon II, dans la profession de foi qu'ils faisaient publiquement après leur ordination, et quia été rapportée par le Père Garnier, dans son Journal des papes, édition de Vienne en Autriche, 1762. Auctores rrro novi hœretici tloijmnli* Sergium, l't/rrhum, Petrum et Puulum CP. num una ciim Honorio , qui pravis eorum assertionibus fomentum impendit> etc.

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L'origine de celle prolesoon de foi es) fi\ par le l'ère Garni er aux premières aune du v 1 1 1 * siècle. J'ai loin suivi, dans mon interprétation, la pen-ée et le sens de ce pape, qui continua le sixième concile et l'esprit de ses prédécesseurs. Que les jansénistes, pour soustraire la doctrine du livre de Jansénins à la censure de vérilaide hérésie, dans le sens rigoureux de ce mot, nou- prouvent qu'ils se conforment au sens et à la pensée de quelque pape qui se soil assis sur ia chaire de saint Pierre depuis Innocent \, et alors je confesserai que la parité est la même.

201. J'ajoute maintenant le raisonnement suivant : Si les paroles du sixième loncile, dans la condamnation de la lettre d'Hononus, sont prises dans le seul sens que leur donne le pape saint Léon dans son explication, dans ce cas nous sommes d'accord, et celui qui défend la catholicité de cette lettre ne porte nullement atteinte à l'infaillibilité de l'Eglise dans ses décisions sur les faits dogmatiques. Cette lettre n'a pas été condamnée comme hérétique parce qu'elle attaquait le dogme , mais comme hérétique parce qu'elle favorisait l'hérésie, et c'est seulement dans le premier sens que nous la défendons; et tous veulent prendre le second sens dans le sens vrai et rigoureux d'hérésie, attaquant directement le dogme; alors je dis que ce sens, n'étant pas confirmé par le pape , n'est point et ne peut être appelé sens d'un concile œcuménique , sens de YEqlise catholique. Sans l'union des sentiments et du langage avec le pape, chef de l'Eglise, il répugne, d'après l'institution de Jésus-Christ, de donner le caractère et le nom de concile œcuménique et u"Eglise, à une assemhlée d'évéques, quelque nombreuse qu'elle soit, comme je l'ai démontré dans l'appendice ajouté à mon livre des Faits dogmatiques, et dans d'autres ouvrages que j'ai composés et que j'ai rendus publics. Dans, ce cas, la condamnation de la lettre d'Honorius serait uue condamnation faite par un concile particulier faillible , qui n'intéresse nullement l'infaillibilité de l'Eglise dans les faits dogmatiques.

202. J'ai voulu insister sur ce fait d'Honorius, parce que les jansénistes en tirent un argument très-puissant au premier aspect, pour attaquer l'iulaillibilité de l'Eglise dans la condamnation de la doctrine du livre de Jansénius, et parce que M. Guadagnini ne cesse de me le présenter comme une preuve triomphante contre moi, comme si jamais je n'avais rien répondu pour lever les difficultés qui résultent de ce fait. Au rc: le, si quelqu'un n'était point persuadé par les raisons que j'ai exposées plus haut, et qu'il voulût insister, en disant que nous devons considérer la lettre d'Honorius comme condamnée, dans le sens rigoureux d'hérésie | us le dogme, que nouo devons aussi la < oiidiinner comme telle, et expliquer ainsi dans le sens ordinaire cl naturel , comme ou les entend communément de nos jouis, les paroles de la définition du sixième concile , je ne coû-

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t •■•. l in pas même sm ce p«MHl. Et quand De j' voudrais bien admettre que la lettre d'Honorius es' h relique dam le sens r;oureux de ce mot, l'infaillibilité du pape n'en MMÏI pas moiii- bOM de toute al1' mie. personne n'admet Mtta infaillibilité, si ce n"> dans les deci-ion» solennelles fuies par le pape, comme on a coutume de «lire, er c ikidnn or, telle n'est pas évidemment la lettre d'Honoriii . Trois conditions -ont Délires, d'après le sentiment commun approuve même ; ar lios net. duns uunuvr qui ne peut être suspect a DOS .idv.r-i -, c'est-à-dire dans la Défense de ia déclaration du r.lcri/i'' d, l<', (mer, alin ijue l'on puisse dire qu uije décision iu pape est faile solennellement <i i thedin. En premier lieu, la matière décidée <k».t appartenir à la doctrine levdée; cet te première condition se trouve dans ia lettre d'Honorius. En second lieu, le pape doit revêtir le caractère de docteur universel, parlant ou ayant l'intention de parler à l'Eglise entière: celte condition manque dans la lettre d'Honorius, qui est adressée en particulier à un évé^ue qui lavait consulté en particulier sur une contrôle mt élevée récemment, et qui ne s'était pas propagée dans un urand nombre d'endroits. Et Honorius, en intitulant — lettre» à SeTfSMB, évêque de Conslantinople, ne manifeste pas vouloir qu'elle soit envoyée aux autres Eglises, ni répandue ;> rmi les peuples chrétiens, comme d'aulres pontifes ont fait de certaines décisions adressées par eux à des personnes nu à des Eglises particulières, lui troisième lieu, le pape doit, en termes cxpi ou du moins clairement équivalents, déclarer vouloir obliger la foi des chrétiens à se conformer à sa décision : telle est la condition essentielle qui ne laisse aucun preiexle aux incertitudes el aux équivoques, et sur laquelle insiste beaucoup Bossuet que nous avons déjà cité. C'est ce caractère qu'on* clairement et incontestablement les bulles des pontifes romains contre les cinq famé propositions et contre la doctrine du I de Jansénius. Mais précisément ce caractère manque à la Ici. re d'Honorius. Toute sa teneur indiqua plutôt un déonal du discipline qu'une décision de foi, le pape se bornant à prohiber certaines expressions el cerla.n langage comme inutiles d'an cote et dangereux de l'autre, ne condamnant jamais ce langage dogmatiquement, el beaucoup moins obligeant les chrétiens à le condamner comme erroné dans la foi. El ce n'esl pas une chose nouvelle dans l'Eglise, qu'un pape, même dans les matières appartenant à la foi, procède, non eu décidant dogmatiquement, mais en décrétant pour aiusi dire di.-ciplmuirement ; c'est ainsi que se comporta le pape saint Etienne dans l'affaire des rebaptisants, dans laquelle il ne décida pas le domine théorique de la validité du b iplem • conlere par les héreliques, mais se contenta de défendre la nouveauté de la réitération du baptême : Xilul innowlur msi quod tru iitum est. Et ce n'e-: pas non plus une chose nouvelle dans l'E,lise, que certaines propositions vraie» el

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certaines expressions soienl prohibées à cause de l'abus qu'on peut en faire au détriment de la foi et au scandale des fidèles : ainsi fut prohibée dans un temps la proposition Vnus de Trinitate cruciftxus est. Ces raisons pourraient encore servir d'excuse à la faute d'Honorius dans la conduite qu'il tint à l'égard de Sergius. Quoi qu'il en soit, il est certain que la lettre d'Honorius n'a pas les caractères nécessaires d'une décision dogmatique ex cathpclra, et par conséquent dans ce fait n'est nullement intéressée l'infaillibilité du pape. Les jansénistes pourront donc épargner à eux-mêmes et aux autres la peine d'insister sur le fait de la condamnation d'Honorius. Ainsi, que l'on dise que sa lettre est catholique ou qu'elle est hérétique dans le dogme, on ne peut en aucune manière rien inférer de .là contre la doctrine de l'infaillibilité du pape, ni contre l'infaillibilité de l'Eglise dans ses décisions des faits dogmatiques.

§ 2. Du fait d'Eusèbe et de Théognis.

203. Dans mes Faits dogmatiques (n. 70), j'ai rapporté le libelle ou mémoire des deux évêques Eusèbe de Nicomédie et Théognis de Nicée, que j'ai dit avoir été présenté au concile de Ni( ée. C'est une erreur de chronologie. M. Guadagnini, qui m'a reproché cet anachronisme, l'appelle un mensontje solennel; il le fait sonner haut et en parle comme d'un triomphe éclatant remporté sur moi. Je pourrais dire que, occupé de la substance de ce mémoire et de l'argument que je voulais en tirer contre les jansénistes , je fis peu d'attention aux circonstances, qui n'étaient nullement importantes, au temps et au concile auquel il fut présenté. Labbe (Tom. Il, col. 59) le place p;irmi les monuments appartenant au concile de Nicée, et même avant la lettre synodique de ce concile à l'Eglise d'Alexandrie. Fleury lui-même, parlant de ce que firent Eusèbe et Théognis dans le concile de Nicée, cite à la marine le susdit mémoire ( Histoire eccl., I. xi, n. 13, Paris, 1713). C'est ce qui m'a induit en erreur cl m'a fait placer ce mémoire hors de son lieu et de son temps. M. Guadagnini a raison de se moquer de mon peu d'érudition et de ma négligence. Je le lui ai déjà dit, et je le lui répèle ; je passe volontiers condamnation sur tout ce qui intéresse ma personne, pourvu que ma cause soit bien défendue. Enfin, quand M.l'archiprélrc aura bien démontré la faiblesse de l'avocat, malgré cela , il faudra qu'il perde son procès , et c'est là tout ce que je demande, et qui me contente beaucoup. Qu'estce que je voulais prouver par ce mémoire? Je voulais prouver que les ariens, pour ne pas condamner Arius et ses écrits, imaginèrent cette distinction si chère aux jansénistes entre le droit cl le fait; que cette distinction fut rejetée par le concile de Nicée, comme une subtilité et une fourberie inventé'1 pour continuer les erreurs d'Arius ; qu'enfin ces évêques furent excommuniés et exiles àcause de leur obstination. On est évidemment persuadé de ces trois points, par la seule lecture

de ce mémoire; et que celui-ci ait été présenté avant ou après au concile de Nicée ou à tout autre concile tenu postérieurement, ces trois points n'en demeurent pas moins certains. Mais à cause de ce mémoire, dit M. Guadagnini, non-seulement les deux évêques ne furent pas envoyés en exil, mais ils en furent délivrés, comme le racontent Socrale et d'autres auteurs. Eh bien ! rectifions celte erreur ; il n'en est pas moins vrai que ces deux évêques furent condamnés à cause de leur obstination à vouloir distinguer le droit du fait, et à ne pas condamner la personne et les écrits d'Arius; ils l'attestent eux-mêmes dans leur mémoire. C'est là précisément tout ce que je demande; et si ces évêques ne furent pas exilés à cause de ce mémoire, ce fut parce que, après avoir cherché d'y justifier la défense qu'ils avaient prise jusqu'alors de la personne et des écrits d'Arius, en terminant leur libelle , ils abandonnent celte défense par amour pour la paix, cl déclarent qu'ils sont prêts à suivre en tout l'exemple des autres évêques qui avaient condamné Arius, ses hérésies et ses écrits. La voilà donc ici (clairement exprimée, la pensée de l'Eglise, <iui rejette et condamne la distinction entre le droit et le fait ; voilà la nécessité de rétracler celle distinction, pour se soustraire à des peines justement méritées. Et M. Guadagnini peut voir ici quel est l'unique moyen qui lui reste, pour recouvrer son honneur perdu et effacer la tache qu'a imprimée sur son front la prohibition de certains de ses livres, faite par le sainl-siége, ainsi que la censure de son évéque, qui l'a privé de certaine fonction; il faut rétracter publiquement des erreurs publiquement répandues au préjudice de la saine doctrine et au grand scandale des ebréttens.

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