‹ Démonstrations évangéliques (volume 3)Chapitre 34 sur 255 · Il a fallu m'arréler un peu sur ce · texte numérisé non relu

Il a fallu m'arréler un peu sur ce

fait, pour dissiper les nuages dont M. fîuadagmni a cherché.! l'envelopper, à l'occasion de mes erreurs de chronologie. El les lecteurs voient clairement que ces inarhrttniinSfl ne tout rien perdre de si force au raisonnement que j'ai lait contre les jansénistes sur ce fait. Maintenant écoutons un raisonnement merveilleux de M. tiuadagnini : « Eosèba cl « Théognis... présentent un mémoire au con- « cile de Jérusalem, dans lequel ils condarn- « nenl l'hérésie d'Arius, el défendent sa per- « sonne et même ses ouvrages, comme le veul 'i M. Bolgeni. Le concile admet non-seulem ni « le mémoire, mais à cause de sa loueur absout « les deux évéques de l'excommunication ian-

« cée contre eux par le concile précédent

« Peut-on prouver par un exemple plus frap- ■ panl que celui-là, que l'Eglise admet la « distinction du droit el du fait, et considère « comme catholiques ceux qui souscrivent « au dogme et en même temps s'opposenl au « fait? Et c'est M. Bolgeni qui fournil celle « preuve triomphante, solennelle, incontesla- « ble contre lui-même (n. 355).» N'attaquons pas ce beau trait do science Ihéologique de M. l'archiprétre, qui appelle Egliie un concile particulier, tel que fut celui de Jérusalem; considérons seulement la fausseté patente qu'il soutien), en disant que, dans le mémoire, sont défondus la personne el les ecrils d'Arius, tandis qu'il fui présenté précisément pour abandonner cette défense. Les Trois obsertationsîoui voir jusqu'à la dernière évidence, depuis le commencement jusqu'à la fin, un écrivain qui, entraîne par l'ardeur de ses affections, écrit à la bonne aventure tout ce qui lui passe par l'imagination, sans faire altontion si ce qu'il écrit est vrai ou faux; s'il s'accorde ou ne s'accorde pas avec le reste; s'il convient au sujet ou s'il est hors de propos.

20(i. Et je puis convenablement parler ici d'une autre erreur d'expressions seulement qui m'a échappé, quand j'ai dit (Faits dogmat ., 11. 18), quelecélèbre Arnaud fut l'inventeur de la fameuse dislinctiou enlre le droit et le lait. Je voulais dire qu'Arnaud fui le premier à remettre en vigueur, avec grand brait, cette distinction qui u'avait pas élé employée depuis plusieurs siècles, du moins avec éclal. et fui le premier à en suggérer l'application au cas de Jansénius. Mais je me suis mal exprimé en me servant du mol inventetir, j'aurais dû me servir de celui de restaurateur. Je savais très-bien que la gloire de l'invenlion revcnail aux partisans d'Arius , et que les jansénistes se contentaient, en ce point et 9ur bien d'autres, de celle de l'un lalion. Par exemple. Floury, dans le passage cité plus haul, raconte le tour d'adresse lait par les deux évéques Eusèbe cl Tbéoguis, en souscrivant à la profession de foi : ils insérèrent un i an milieu du mot Iwmoousios , et écrivit oui homoioufios, el firent ainsi changer essentiellement le sens à la profession de foi (1). Nou9 avons déjà vu une autre fraude employée aussi par l'arien Valeo9

(1) 'Ofxoo'jai'j; coiisulisianiiel , tic la même substance. "O/muntuç, d'une substance semblable, mais non la moine. (Note du traducteur.)

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dans la souscription d'une profession de foi. Voilà les fameux originaux qu'ont su copier courageusement les jansénistes dans la souscription du formulaire d'Alexandre Vil , cornu e nous l'avons prouvé dans les Faits dogmatiques (n. 202 et suiv.), en racontant l'insigne imposture des quatre évêques jansénistes, pour tromper le pape et l'Eglise, et donner naissance à la fable de la paix tant vantée de Clément IX. Je suis étonné que M. Guadagnini nous vienne maintenant remplir les oreilles de cette fable, sans s'occuper le moins du monde de combattre les monumentsoriginaux quej'ai produits pour preuve de sa fausseté. Mais, en somme, celte épigraphe conviendrait très-bien aux Trots observations de M. Guadagnini : Abundant in superfluis, et deficiunt in necessariis.

§ 3. Du journal de Saint-Amour.

207. Quand j'écrivis le livre des Faits dogmatiques, je n'avais pas >ous la main le journal de S tint-Amour, mais je me servis des citations de ce livre, que je trouvai dans les Conférences ecclésiastiques du diocèse d' Angers, éditi n de Paris , 1778. J'avais pleinement lieu de croire fidèles les citations mentionnées dans ces Conférences très-répandues et très-aerréditées en France. Ensuite je parlai ainsi du journal de Saint-Amour ( Faits dogm., n. 3) : Quant à la pur lie historique, je ne trouve pas que ce livre soit réprouvé comme faux et mensonger. Ce fui là, j'en fais l'aveu, une faute grave de ma part. J'aurais dû me rappeler ce fameux proverbe, communément répandu dans la France et dans la Flandre : il est menteur comme un janséniste. Mais comme je ne citais ce journal que pour des choses la plupart défavorables à la cause du jansénisme et irès-peu honorables pour la personne des jansénistes, d'après une règle de critique très-c >nnue, je croyais pouvoir me fier à la véracité de Saint-Amour dans de semblables matières. Et néanmoins, je n'ai pas dit absolument, comme me le fait dire avec une grâce charmante M. Guadagnini ; que ce livre est vrai en tout; j'ai dit : Je ne trouve pas que ce livre ait été réprouvé comme mensonger, quoiqu'il ait été condamné quant à la doctrine, et même brûlé par la main du bourreau.

208. J'ai maintenant sous les yeux ce journal , et j'ai voulu confronter les cilalions nombreuses qu'en fait M. Guadagnini. Il torture le sens, le cache, le corrompt de mille manières pour des interprétations forcées, ayant recours à loules sortes de subtilités ; en un mot, il en abuse de toutes les façons. Que mes lecteurs ne s'attendent pas à ce' que je leur présente quelques exemples de son peu de bonne foi; ce travail tournerai! plutôt à la honte de la personne de mon adversaire qu'à l'avantage de la bonne cause, et par conséquent l'utilité ne rachèterait pas l'ennui. Mais si quelqu'un élar curieux de connaître l'habileté rare de M. l'archiprêtre de Valcamonica, Jean-Baptiste Guadagnini, à pervertir par toutes sortes d'aitifices le sens des auteurs qu'il lit, il suffit qu'il ait la

bonté de parcourir la dénonciation 'qu'il a faite aux tribunaux de l'Eglise de quelques graves erreurs enseignées par moi dans mon livre: De l'étal des enfants morts sans baptême. Cette dénonciation est une brochure de 29 pages ajoutée à son gros volume des Trois observations. Et puisque le mot de dénonciation a échappé à ma plume, il est de mon devoir de remercier publiquement, comme je le fais de grand cœur, M. l'archiprêlre de s'être contenté de dénoncer vingt et une de mes propositions, comme contenant des erreurs graves. Il a été singulièrement modéré, car d'après ses interprétations et les magnifiques raisonnements qu'il fait à ce sujet, il pouvait bien en dénoncer une bonne centaine.

§ 4. De la pratique de f Eglise dans les faits dogmatiques.

209. Pour établir l'infaillibilité de l'Eglise en décidant sur les faits dogmatiques, j'ai apporté pour première preuve (Faits dogm.t n. 62 et suiv.) la pratique constante et universelle de l'Eglise, que j'ai démontrée parles définitions de plusieurs conciles généraux , dans la condamnation des écrits et des livres des hérétiques, et qui a toujours été faite de la même manière, dans les mêmes termes, sous les mêmes peines et ensuivant la même marche qu'on a employée et suivie en condamnant les hérésies. Notre auteur, après avoir rapporté mes paroles, répond (n. 3k6) : Personne ne s'y oppose. Au reste, il prétend que de là ne découle pas la conséquence que j'ai voulu tirer, savoir, que l'Eglise ne fait aucune différence quand elle procède à la condamnation des erreurs et à celle des livres qui les contiennent. « 11 y a toujours deux « différences notables : la première , c'est « que, en condamnant les erreurs, elle pro- « cède toujours par voie d'examen de la pa- « rôle de Dieu écrite ou orale, et en condam- « nant les livres qui contiennent les erreurs, « elle procède par voie d'examen des preuves « humaines, etc. » Il fait consister la seconde différence notable en ce que l'Eglise ne permet jamais que l'on révoque en doute, ou que l'on soumette à un nouvel examen la décision qu'elle a prise louchant certaines erreurs ; tandis qu'elle ne traite pas d'hérétique celui qui, condamnant les erreurs, défend les livres, et permet qu'on en fasse un nouvel examen. Pour établir ce dernier point il ne donne d'autre preuve que le fait de la condamnation de la lettre d'Honorius, dans laquelle, malgré la décision du sixième concile œcuménique, plusieurs écrivains catholiques, et moi entre autres, loul en condamnant l'erreur des monothélites , défendent la catholicité d'Honorius et de sa lettre. El pour ce qui me concerne, il dit : « Toutefois « M. Rolgcni dans ce cas particulier distingue « très-bien le droit du fait : tandis que, quant « au droit, il accepte sans le moindre doute « comme infaillible la décision de ce concile « général , en condamnant avec lui l'béré- <( sic monolhélite ; au contraire pour le fait, « non-seulement il met en doute la vérité dé-

Dl MONSTRATION i > \' ROI GKNL

« finie parce concile, maii vin s cérémonie il la

déclare ouvert» menl fausse Kl il donne

ne m i s un éclatant démenti au concile

« et à l'Eglise que i • îtu-ci représentait, «'n di

« sant que c'est une < iio - c; non-si uleinenl pro- <• bablc, mais bien etatre al r rta:nc,qu'llom>- « rius n'enseigna ni n'approuva l'erreur tt>s

monolliclili'- [n. .T»<>). C'est là toute la ie- N ponse de mon adversaire à ma première « preuve, après quoi il conclut ainsi d'une « manière triomphante : donc celte première « preuve qu'il apporte ne vaut absolument « rien (n. 8V7). »

210. Ce- ta contre-cœur que je me sers des mots de calomnie, (['imposture , de mensonqe solennel, expressions très-familières à M. liuadagnioî ; mais dans certaines occasions j'y suis contraint par la nécessité , puisque le langage humain n'a pas d'auli ; s expressions qui représentent l'idée juste des choses. .Mon adversaire répète plusieurs fois que je fais usage de la distinction entre le droit et le fait pour l'appliquer à la défense d'Honorius et de sa lettre. Mes lecteurs voient clairement que cela est évidemment faux, je n'ai jamais fait usage de celte distinction que je détesle.et dans le cas des ariens, et dans celui des jansénistes ; et mon livre des Faits doqmatii/nes esl entièrement dirigé contre elle. Je fonde la défense d'Honorius sur le sens du mot hérétique que j'ai démontré par des monuments incontestables cl très-nombreux avoir été ordinairement employé, dans les premiers siècles de l'Église, et en particulier dans le siècle où se tint le sixième concile, pour signifier quelque chose de favorable à l'hérésie ; el de plus j'ai l'ait voir que le pape Léon II, qui confirma le sixième concilc, l'avait entendu el explique uniquement de la même manière. Je condamne donc la lettre d'Honorius comme favorable A l'hérésie des monothëlites , sens dans lequel elle fûl condamnée par le concile, et je la défends comme catholique dans le dogme, sens contre lequel le concile n'a rien défini ; el je me conforme ainsi pleinement a la décisio:) de l'Eglise. Où se trouve donc ici l'ombre môme delà distinction cnle le droit c le fait ? Où esl-ce que je déclare fausse ouvertement e! sans cérémonies la définition d'un cond e u'cuménîqu ■? Que je donne un démenti solennel au concile oecuménique et àVEMise? J'aurais mille raisons pour me servi, à l'égard de M. (iiiadau-nini de celte expression par lro;> sold'atës'que ; mais la vérité se Venge assez elle-même <!e M. l'archiprclre cri le réduisant à ne savoir répondre autre chose que ces pauvretés à mes arguments. Il me demande quelque part si j'entends I>* latin ? je lui demanderai à mon tour s'il entend l'italien ? Certes mon livre de. rails dogmatiques esl écrit en italien, et celui <>ui le lira, s'il le comprend, ne trouvera pas la moindre trace de cette distinction que M. Quadagnini affirme avoir été employée par moi pour la défense d'Honorius. Il voudrait me faire janséniste malgré moi.

211. Mes ai e preuves sont appuyées sur la prarniàre, «t elles ont toujours pour hase

la pratique de l'Eglise. L*1 réponses de mon adversaire sont si bizarres, qu'elles < ni \r ment lieu de surprendr . Il faudrait îd lei copier en entier pour faire voir l'inutillti des efforts que pÇttt f.iir.- un li m e i la vérité qui le presse de toutes parti. sons une citation courte et fidèle. H établit pour uni seconde preuve. « que la sainte

I BgNae n'a jamais vnftlu admettre la dislinci tion que faisaient q^Aelf(Oes-uhs entre les « hérésies el les livré! des Hérétiquef, i D

« damnant rêll *-là et défendant ceux-ci. »

II répond que je je fais moi- me e celte distinction d;;ns le Cas du pape Honoriul'Egli e ne l'a p s roalu admettre, je me déclare do;ic moi-même hérétique monothé- Nte. Ensuite il épui e son habileté à présenter sous un faui jour le fait d'Edièbê et de Théoguis , et à f élever nies erreurs aceid nlel es el de peu d'importance sur ce fait, i mployant pour cela di\-s 'pi pages entier s. et c'est là toute sa réponse.

21:2. Voici ma troisième preuve : « Quand « il s'agil de condamner les écnls et \< s 1- « \ res contenant un': doctrii|e erronée, l'E- « glisc ne se contente pas d'une obéissance, «d'une soumission purement extérieure; « mais elle demande positivement une sou- « mission d'esprit et une véritable croyance « à ses décisions. » Il répond (n. :i62) que celte doctrine est vraie, mais qu'elle a besoin d'une explication pour qu'on en sépare l'erreur que je veux y joindre : voici donc quelle est celte explication : il dit que l'Eglise exige la condamnation de tous les livres des hérétiques anima et or*, non quand ei le ;.'a pas encore prononcé son jagem ht légal, comme elle ne l'a pas pronom e dans le fait de Jansémus. mais quand elle l'a prononcé dans les formes. « Les écrits de Jan- « sénius. ajoule-l-il, n'ont été condamnés par « aucufi : ijnod" universel, ni par la sainte « Eglise catholique et apostolique, pas même « par le siège apostolique par un jugement « on règle. » C'esl là, c . me on voit, l'exceplion de l'exa:nen fa l OU non fait légitimement : exception qui soumet les decisi 'ils de l'Eglise au jugement particulier, m me au caprice et à la bizarrerie de chaque homme , el qui ren I justes et saintes les calomnies des luthériens et des cal» inistes cou- Ire les définitions du concile de Trente. Gonsidérons m. intenant M. nolic archiprélrc envcloppédansses propres filets, se débattant do tous cotes, sans pouvoir en sortir maigre tous Ses efforts -, l'EgWk donc, co :ime il l'accorde e pressentent, exige Ib condamnation vmuv et ork des livres des h ritiq tes, quand die a prononcé son juge ..cnt dans l s formes : dans ce cas l'Église est inïaiilible «R n mi iin li?re commi bérétfque, d re

est infaillible dans un fait que sans infaillibilité I de cèl ii

la cr.iva.ice, n ne peut y a de soumission d'esprit, de croyance Lnlér'u-u . e, de la part le celui qui doit et i.'. si Ici que \i. <i ad gnini se 'a-

giie » lolemmeiTi. Il ; e, oud ■

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proposition hérétique : ensuite elle exige seulement une foi humaine pour le fait. Nous avons fait voir ailleurs l'absurdité d'une pareille réponse. II rétorque de nouveau contre moi l'argument de la condamnation d'Honorius, èl puis il se met à dire que les jansénistes ne défendent pas Jansénius-, car ils se taisent (n. 362 , p. 3W). En vérité la chose devient visible, et l'on voit bien que M; l'arebiprêtre veut égayer ses lecteurs.

218. Il répond en second lieu à celte troisième preuve, que « l'Eglise se sert dans ses « décrets de la distinction du droit et du fait, « car par eux elle condamne (es personnes a et les livres de ces hérétiques sans nommer « les erreurs, et par conséquent la distinction i réprouvée par M. Bolgeni est ici solennel- « lement approuvée par l'Eglise et par le « saint-siége. » Cela s'appelle mettre en pièces les décrets de l'Eglise. Les personnes et les livres (quand ceux-ci sont condamnés dogmatiquement) sont condamnés par suite de la condamnation des erreurs, et celles-ci influent nécessairementsur celle-là. Et comme l'Eglise exige 1| condamnation des erreurs et des livres, de la même manière, anima et ore, j'en infère l'infaillibilité dans la condamnation des unes et des autres. Mais, réplique M. Guadagnini , « dans ces décrets l'Eglise « oblige à condamner anima et ore, non-scu- « lement les écrits des hérétiques, mais én-

« core les personnes Et malgré cela, le

« même M. Lîolgeni prouve fort au long dans « le chapitre 19, que l'Eglise n'est pas in- « faillible dans la condamnation des person- « nés. » Cette réponse serait excellente, si je n'avais prouvé dans le chap. xixde mes Faits do g hw tiques, qui est cilé, que l'Eglise ellemême dans ses explications fait une différence essentielle entre la condamnation des livres et la condamnation des personnes, ce qui ne devait pas être dissimulé par M. Guadagnini. Qu'il prouve que l'Eglise elle-même fait celle distinction entre la condamnation des erreurs et la condamnation dogmatique des livres, et alors sa réponse sur ce point sera victorieuse.

214. Ma quatrième preuve suppose l'infaillibilité de l'Eglise dans l'usage des deux pouvoirs, l'un d'enseignement, l'autre de règlement. J'avance que, par le pouvoir d'enseignement , l'Eglise enseigne, fixe et décide les dogmes pour régler la foi de ses enfants. Ai. Guadagnini me répond ainsi : « A mer- « veille. Donc, si ce pouvoir sert à décider les « dogmes, il ne sert point à décider les faits « (n. 365). » C'est là un très-mauvais raisonnement. Me ce qu'on affirme une chose, on ne peut pas en bonne logique inférer la négalion d'une chose différente, qui n'est ni contraire, ni contradictoire. L'infaillibilité de l'Eglise sert à décider les dogmes , et même les faits, non pas tous en général, mais les faits révélés et les faits dogmatiques ; j'ai déjà fait voir précédemment (n. 177) que la dérision dans [es faits dogmatiques propreni< i i i «dément est une décision de dog- : — cliose que M. l'archiprêtie ne pareil pas avoir jamais comprise. Il uvou« en-

suite (n. 366) « que l'Eglise exerce sans « doute le pouvoir d'enseignement en con- « damnant les livres des hérétiques ; » mais, pour toute réponse, il introduit subitement la distinction entre le droit et le fait; c'csl-àdire qu'il tombe sans cesse dans une pétition de principe, fondant ses réponses sur ce qui est en question el sur ce que je nie constamment. Ensuite il prétend que l'Eglise exige ane(o\ divine pour la décision du dogme, et une foi humaine pour la décision du fait.

215. Mais le morceau suivant est curieux et vraiment inappréciable ; lisons-le avec attention : « Quoique l'Eglise ne soit pas in- « faillible dans le fait, elle a pleinement et « justement le droit de condamner non-seu- « lement les erreurs, mais encore les livres « et les personnes des hérétiques, et d'exiger « que lous les fidèles les condamnent avec

« elle Une mère n'a-t-elle pas pleine

« autorité d'indiquer à ses fils certains ali- « ments comme empoisonnés, cl de comman- « der aux plus grands de les présenter com-

« me lels aux plus Jeunes? Les enfants

« pourront-ils ne pas se regarder comme obli- « gés d'obéir â un si juste commandement, a au moins tant qu'ils ne convaincront pas la « mère de la salubrité parfaite de la nourrice lure, el qu'ils ne dissiperont pas toutes ses « craintes ? ce sont là des vérités palpables , « que je rougis d'être obligé d'apprendre à « celui qui s'annonce dans ses ouvrages « comme maître en Israël, tanquam iïtagister « in Israël (n. 371.) »

216. Donc, puisque j'ai le bonheur de passer de renseignement en Israël à Técole de M. Guadagnini pour connaître les vérités palpables, je le prie de m'instruire complètement pir la solution claire et précise de quelques doutes que je prends aujourd'hui la liberté de lui proposer. 1° Puisqu'il s'agit ici d'une mère, telle que l'Eglise, el de la qualité d'une nourriture, c'est-à-dire d'une doctrine saine ou mauvaise, une telle mère peut-elle se tromper sur ce point ? Pouvonsnous, nous qui sommes les enfants de celle mère, juger mieux qu'elle de la bonté de la doctrine? Apparlient-il aux fils de convaincre la mère, et de se comporter ea maîtres à son égard ? 2° Les fils aînés sont sans doute messieurs les jansénistes, et nous, leurs adversaires, nous sommes les plus jeunes. La mère commune a sans doute désigné, et continue toujours à désigner, comme empoisonné, certain aliment qui se trouve dans la boutique de Jansénius. Cela supposé, je désire savoir si les fils aînés sont dispensés d'obéir aux oril.es de la mère; si en cela ils ne donnent pas mauvais exemple aux plus jeunes ; si dire que la doctrine du livre de Jansénius est catholique, 1res -catholique, c'est présenter comme empoisonné, cet aliment aux plus jeunes, d'après l'ordre si juste de la mère? 3° On demande si ies fils aines en sont venus jusqu'à convaincre la mère touchant la bonté de la nourri ure janséniste? et supposé qu ils ut soient pas encore

Î irrivés à ce point, s'ils peuvent' se r.ire en— anU de celte mère, Undis qu'ils ne se croient

i or»

pas obligés d'obéir à ses ordres si jottei et •i légitimes ? M . (iuadagnini, qui. dans ses 'J'iins observation/ s'est chargé de persuader la mère de la salubrité et de la bonté de la doctrine du livre de Jansénius, est encore très-humblement prié de vouloir bien me con vai ne re moi-même, et de dissi perles doutes que je lui ai proposés, sans se laisser effrayer par mon opiniâtreté, ni décourager, et perdre patience, ayant recours à certaines choscs palpables, qui ne sont pas des vérités.

217. Ma cinquième preuve est ainsi développée par M. (iuadagnini : « L'Eglise a plu- « sieurs fuis condamné comme herélique une « proposition, et ensuite ellea proclame celte « même proposition comme catholique, et «'cela à cause du sens différent dans lequel « celte proposition était entendue par les hé- « rétiques , ou par les catholiques. » 11 répond incontinent : Cela est très-vrai , et les exemples qu'il en apporte le prouvent invinciblement (n. 37V). Après avoir un peu raisonné sur la distinction des deux sens , l'un hérétique, l'autre catholique, il demande où je veux en venir avec cette théorie? Mais tout le monde le voit clairement, sans qu'il soit nécessaire de l'énoncer. L'Eglise condamne donc les erreurs cl définit les vérités, non-seulement absolument et par abstraction , mais en concret , et relativement au sens d'un auteur, el c'est là un véritable fait dogmatique. Celle proposition : Le Fils de Dieu est consubslantiel au Père, est une hérésie condamnée par l'Eglise, non pas d'une manière abstraite et absolue, mais seulement relativement au sens de Sabellius el de Paul de Samosale. Celte même proposition prise abstraitement , et sans rapport au sens de ces hérétiques, et entendue dans le sens naturel que présentent les paroles , est un dogme de foi. Ici M. Gaadagnini répond en distinguant entre le droit et le fait, et il assigne pour fait le sens de Sabellius et del'aul de Samosale. Dislinguons-le donc nous aussi. Si l'Eglise peul se Irompcr dans ce fait , comment la décision sur le droit pourra-telle exister el être entendue ? Si le sens de Sabellius el de Paul de Samosale eût été vrai, cl que l'Eglise eût erré en le relevant, la décision du droit eût été nécessairement fuus>e, et l'Eglise aurait erré dans celle décision. C'est là vraiment une vérité palpable , qui frappe tous les esprits par son extrême évidence. C'est la connexion nécessaire, que nous avons dit devoir exister entre le droit el le fait dans la décision des faits dogmatiques ; connexion par laquelle la définition directe du dogme entraine avec elle la définition infaillible el indirecte du fait. Mais il vaudra mieux laisser parler M. notre archiprélre, qui enfin se voit forcé de rendre , d'une manière solennelle, témoignage à cette grande vérilé. Voici ses paroles : « L'Eglise « aurait pu se tromper , ou die n'était pas u pourvue d'une infaillibilité divine pour « fixer le fail, c'esl-à-dire quel fut le sens de « Sabellius, de Paul de Samosale, d'Arius : « mais le fail une fois suppose, vrai ou faux, « comme l'on voudra , elle ne pouvait se

MM').NST!UTI()N F.VANT.F.I.IQI F. KOI.CFM.

« tromper, étant d « pour cela d'une inc la llitolie divine, poui (1er l,ir< r p i\.r-.i « hérétique le sens de ces propositions < on- « damnées par rapport a la doctrine de Sao belhus, de Paul de Samosale, d'Arius, elc, a parce; qu'ici il s'agit du dogme (n. 377). »

218. Loué soit le Seigneur! M. (iuadagnini a su joindre ensemble ici une véritable impossibilité avec une grande vérilé. Q iel espi it suhlime 1 quel phénomène ! Il est impossible que, le fail étant supposé faux, le sens de cette proposition par rapport à la doctrine dt Sabellius, etc., soit pervers el hérétique. Ces deux choses ne peuvent rester ensemble. Si le sens de Sabellius est vrai, la condamnation de la proposition est nécessairement erronée, ou elle n'a aucun sens. Ensuite la grande vérité annoncée par M. Gu idagnini se trouve dans ces dernières paroles : parce qu'il s'agit ici du dogme. Quand on condamne une proposition relativement au sens d'un auteur , il s'agit donc alors du dogme, et c'est ce que nous appelons fait dogmatique. Les cinq fameuses propositions ont été condamnées dans le sens de Jansénius. ou, ce qui i si entièrement la même cl.o-e, le sens il la doctrine de Jansénius sont eond imnes par la condamnation des cinq propositions : Damnavimus in quinque proposilionibus Janseniani libri sensum; damnât uni in quinque proposilionibus Janseniaru libri sensum decernimus , disent les souverains pontifes. Que M. Guadagnini fasse cet aveu, el la paix sera faite entre nous, el toute dispule sur ce point sera lime.

219. En effet, il recommence bientôt à confesser la vérité et à me donner gain de cause. « L'Eglise, dit-il, est sans doute infaillible

■ pour entendre el décider le véritable sens « des Ecritures , des conciles et des Pères, « car sa décision sur cela est une décision du a dogme, pour lequel lui a clé promise l'in- « faillibilité divine , et par conséquent elle « est établie comme l'interprète souveraine « de l'Ecriture et de la traditon. Elie emploie « certainement , cl elle doit employer même « pour a l.i lous les moyens humains, parce

a que Dieu l'a ainsi ordonné Mais

« l'infaillibilité dans cette recherche n'est « pas fondée sur les moyens humains, elle « l'est plutôt sur l'infaillible assistance de

■ Dieu, promise pour cela aux moyens eni- <> ployés par l'Eglise. » Voilà comment la vérilé triomphe invinciblement de lous les efforts contraires. Donc, premièrement, l'Eglise est infaillible pour entendre et décider le véritable sens des conciles cl des Pères : par exemple, quand elle décide que la doctrine dogmatique de saint Augustin contre les pélagiens est catholique. Qu'on trouve maintenant une disparité raisonnable et satisfaisante, d'après laquelle l'I glise n'est pas également infaillible . quand elle décide que la doctrine de Jansénius est hérétique 1 Le sens de saint Augustin cl celui de Jansénius sont également relevés dans leurs ouvrages : saint Augustin n'a pas été un auteur inspire, Jansénius ne l'a pas été non plus : relever le sens de saint Augustin est un fait, comme

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aussi relever le sens de Jansénius ; l'Eglise est autant infaillible en décidant touchant la doctrine catholique, qu'en décidant touchant la doctrine hérétique. Donc, etc., deuxième conséquence ; donc décider sur le véritable sens des conciles et des Pères, est une décision de dogme. Donc, à quoi bon, dans le cas de Jansénius, distinguer le droit , ou le dogme, du fait? à quoi bon s'obstiner à proposer la décision sur les faits dogmatiques , comme une décision de faits et non de dogmes? Arnaud avait bien raison de dire, que celui qui affirmerait que la doctrine de saint Augustin contre les pélagiens, approuvée par l'Eglise , n'est pas catholique, serait hérétique. Et pourquoi ne sera-t-il donc pas hérétique celui qui affirme que la doctrine du livre de Jansénius, condamnée par la même Eglise, est catholique, et très-catholique? Ici l'esprit de l'homme peut épuiser toutes ses ressources; il ne parviendra jamais à ne pas sentir l'évidence et la force de cette parité. J'ai cité dans mes Faits dogmatiques la proposition d'Arnaud que je viens de rapporter ; pourquoi M. Guadagnini a-t-il fait semblant de l'ignorer ? La trop grande clarté de cette proposition lui a peut-être fait fermer les yeux pour ne pas la voir. Troisième conséquence : donc l'infaillibilité de l'Eglise dans la recherche du véritable sens des auteurs non canoniques n'est pas fondée sur les moyens humains, mais sur l'infaillible assistance de Dieu promise pour cela aux moyens employés par l'Eglise. Que sert-il donc d'aller rechercher si les moyens ont été pris; si l'examen a été fait légitimement et dans les formes; si les évêques ont eu des lumières et une science suffisantes ; si les jésuites ont intrigué et formé des cabales, etc.? L'immanquable assistance de Dieu peut-elle par hasard manquer par suite de ces obstacles? ou bien une semblable assistance aurait-elle été promise condilionnellement ? Le seul passage deM. Guadagnini, que j'ai rapporté plus haut , suffit pour détruire tout ce que renferme son livre, et l'édifice des Trois observations, si précieux à cause de la solidité et de la beauté des matériaux dont il est composé, à la première secousse a été réduit en poussière. Cela posé, je me dispense volontiers, et mes lecteurs sans doute me dispenseront d'en dire davantage pour réfuter les pauvretés sans nombre dont le livre de M. Guadagnini est rempli depuis le commencement jusqu'à la fin. Je supplie de nouveau celui qui lira mon ouvrage, de lire en même temps les Trois observations de M. l'archiprélre de Valcamonica,ou même la seule dénonciation dont il les fait suivre; cette lettre seule servira à tous d'une réfutation générale et complète. Et toutefois il ne sera pas hors de propos que j'expose ici trèsbrièvement certaines particularités qui donnent un prix singulier et inimitable au livre de M. Guadagnini. Il ne suffit pas de jeter confusément un regard rapide sur un tableau original d'un excellent auteur pour le bien apprécier; il faut s'attachera en considérer les parties, pour en goûter les beautés dans

DÉMONST. KVANGftUUOr.. XVIII.

les moindres détails, qui révèlent une main de maître dans le dessin, dans l'expression, dans le coloris, etc.

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