‹ Démonstrations évangéliques (volume 3)Chapitre 35 sur 255 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

INCONSÉQUENCES, FAUSSETÉS, ETC., CONTENUES PANS LE LIVRE DE M. GUADAGNINI

220. Inconséquences. 1° M. notre arcliiprêtre fait un très-grand cas des brefs d'Innocent XII aux évêques de Flandre, dans lesquels il prétend que le pape a expliqué et tempéré la rigueur des bulles de ses prédécesseurs contre le jansénisme. Cette prétention est entièrement fausse : mais peu importe. Innocent X, dans son bref rapporté par M. l'archiprêlre lui-même, déclare expressément avoir par sa bulle contre les cinq propositions de Jansénius, condamné le sens de Jansénius lui-mêmcetcependant M. Guadagnini ne tient nul compte de celte déclaration, et il essaye longuement de prouver que Innocent X condamna les cinq propositions seulement d'une manière abstraite , et non relativement au sens du livre de Jansénius. 2° Il cite cent fois l'approbation que les papes, et l'Eglise entière par son consentement, ont donnée à la doctrine de saint Augustin ; et il attaque avec violence tous ceux qui ont cherché ou «herchent à donner das idées justes sur l'autorité de ce saint docteur pour s'opposer aux jansénistes qui en abusent étrangement, comme tout le monde sait. Et parce que , d'accord avec tous les théologiens (toujours les jansénistes exceptés), j'ai restreint l'approbation des papes et de l'Eglise aux seuls dogmes soutenus par saint Augustin contre les erreurs des pélagiens et des semi-pélagiens, M. Guadagnini m'accuse de mépriser, sinon de bouche, au moins de cœur, et de réduire à néant l'autorité de ce saint Père. Passons sur cette imposture. Mais pourquoi donc M. Guadagnini ne suitil pas les papes et l'Eglise dans la réprobation solennelle, et plusieurs fois répétée, de la doctrine de Jansénius? 11 me répondra : parce qu'ici il faut distinguer le droit du l'ait, et parce que l'Eglise n'est pas infaillible quand elle décide sur les faits dogmatiques. Mais l'approbation de la doctrine de saint Augustin n'est-elle pas aussi un vrai fait dogmatique? Si dans celle-ci nous voulions distinguer le droit du fait , on pourrait nier la catholicité des œuvres de saint Augustin par la même raison par laquelle les jansénistes nient l'hérélicilé du livre de Jansénius. 3" Pour être autorisé à parler très-désavanlagcusement de la doctrine de Molina, qu'il dépeint toujours comme infectée de pélapianisme, M. Guadagnini se sert plusieurs fois d'une certaine bulle, qu'il prétend avoir été publiée uniquement pour condamner celle doctrine. Pourquoi donc n'a-t-il pas au moins la même déférence pour un si grand nombre de bulles réellement émanées contre le jansénisme? Aveuglement surprenant! un homme de bon sens ne rougit pas de paraître en public, entonnant triomphalement des chants de victoire, appuyé sur une bulle

[Sept.)

DEMONSTRATION KVANGLLIQUE. BOLGENL

imaginaire, ou du moins qui n'a pas été certainement publiée , el d'écrire eusuile un livre dirigé contre plusieurs bulles solennclles, dogmatiques, acceptées et vénérée! dans toute l'Bglise. V' Dani le n. 201, notre auteur parle ainsi (le la iiulle d'Innocent X. contre les cinq proposition! : « Je lis el relis la « bulle, et j'y trouve décidé que chacune de cet proposition! est déclarée hérétique, hœreticum déclaramui , et cela se trouve écrit pour le fond à chaque proposition : mais l'uti talemdamnamus in tfnsu Jantenii De s'y trouve jamais. Donc il est très-faux que le pape les ail déclarées liereliqu.es <'/< sensu Junsenii. » Un moment auparavant («. 28), en parlant de Mgr Allnzzi, assesseur du sainl-olOce, qu'il dit avoir été chargé de publier la huile, il s'exprime de la sorte : « Celui-ci déclara nettement dans la huile « contre l'intention du papa , que les cinq « propositions se trouvaient dai.s le livre de « Jansenius. » 11 faudra donc recourir au* intentions des morts, et à. quelque changement dans les paroles, qui d'ailleurs ont le même sens, pour ne pas trouver inconséquents ces deux passages de M. Guadagnini. 221. Calomnies. 1° li dil de tous les inolinisles : « que, quand ils sont serrés de trop « près par l'autorité de saint Augustin, ou dans des circonstances favorables où. ils peuvent sans égards et sans crainte ouvrir leur cœur, ils l'ouvrent sincèrement, et ils montrent le plus grand mépris pour sou autorité, et la plus grande horreur pour sa doctrine (n. GSj. » Il affirme cent et ceut fois que les jésuites croient et disent que la doctrine de saint Augustin et de saint Thomas, et de leurs écoles, est condamnée par les bulles contre le jansénisme, et que je ne me suis proposé d'autre but en composant et en publiant mon livre des Faits dogmatiques, que de faire déclarer hérétique cette même doctrine. Je n'aurais jamais cru un aveuglement pareil dans un homme doué de raison. 2° 11 prétend que les jésuites soutiennent (n. 130), « que la doctrine de i'Au- « gaslinus de Janséuius n'est autre que la doctrine de saint Augustin, dans cette partie qui est opposée à celle de Moliua, spécialement la doctrine de la grâce intrinsèquement efficace, enseignée même par saint Thomas. » Dans les numéros suivants il cherche expressément à prouver cette imposture, quoiqu'il avoue ailleurs explicitement, que quelques jésuites ont fait imprimer de» livres précisément pour démontrer l'opposition de la doctrine de Jausénius avec celle de saint Augustin. 3" 11 cite très au long (n. 155 et suiv.) plusieurs bulles et brefs des souverains pontifes, dans lesquels ils blâment très-fortement et déclarent aveuglés par leur propre malice, et pur l'amour des ténèbres, tous ceux qui prétendaient que les bulles contre le jansénisme avaient aussi frappé la doctrine des écoles auguslinienuc et thomiste sur la matière de la grâce. Ces

nul.

et ces brefs sont évidemment dirigés

contre k» jansénistes et le.s appeiauts. Kl

pourtant M. Guadagnini les cite comme s'ils

étaient dirigés aussi contre les jésuites. Et comme il voit très-bien que l<-> j intéuistes et les appelauti ne peuvent guère tenir compagnie aux jésuites, el qu'il s élèverai! entre enx quelque querelle, il a le soin dfl urer les jansénistes à l'écart pour les couvrir du manteau de sa charité, laissant le- jésuites exposes seuls n. fJ8tfj an coup de ces bulles, el il dit que tous les jésuites taas I n excepter moi-même sont à juste raison . le. Lires par les souv raius poolid ut XI , Benoit XIII et Clément XII, cilomniuleurt, violateurs des bulles, perturbateurs d- lu inmquillitt il" l'Eglise, aveuglés par leur propre malice. '»" Les cinq propositions ont ele condamnées dans le sens de Jausénius; et cependant, au dire de M. Guadagnini , on n'a jamais su, et on ne sait ; as mieuv aujourd hui, quel est ce sens de Jansenius : les papes ne l'ont jamais voulu déclarer , pas plus que les jésuites , quoique délies mille fois de le faire. Il prend de là occasion d'insulter aux souverains pontifes pour avoir porté les ténèbres au lieu de la lumière, et jeté la pomme d'une lalale discorda au milieu de l'Egiise. Celle calomnie patente a pour sœur celle qu'il forge contre moi (n. 78 , quand il soutient que ni moi , ni aucun jésuite n'a jamais pu démontrer que les cinq propositions condamnées sont contenues dans le livre de Jansenius. lit néanmoins, dans mon livre des Faits dogmatiques, j'ai consacré un chapilre bien long à faire un extrait du livre de Jansenius, uniquement pour faire voir que toutes les cinq propositions y sont enseignées, et la première presque dans les même.- termes. Et c'est un • chose connue de tout le monde , que plusieurs jésui;es el nu, jésuites ont montré ce fait avec la demi éviaeuce, et je me Halte de l'avoir démontré aussi moi-même. Si M. l'archiprélre avait dit que je n'avais pis réussi dans mon entreprise, il aurait pu être excusable ; mais il devait dire au moins que je l'ai lestée*, comme l'ont tentée tant d'autres et heureusement exécutée avant moi. 5° Pour prouver que je combats à dessein les décisions des souverains pontifes el de 1 Eglise, il affirme (n. 2) «que Grégoire X, à la tête du ion. « ci le général de Lyon, Eugène IV, à la tète de celui de Florence , ont décide cj i . ■ âmes de ceux qui meurent dans le pe mur tel actuel, ou seulement urijinel, vont aussitôt en enfer ; el M. Bolgesn ne rougit pas de se servir des paroles mêmes de l'hérésiarque Pelage, et de dire tju'il ne sait jkis où ils vont. » 11 parie ici de mon livre : Etat des enfants morts sans baptême; dans lequel j'ai trouvé, a\ oc Mie entière certitude, que la définition de ces conciles ne tombe pas sur ces mots : aller en enler. ou dans un autre lieu, dont i. n'était alors nullement question; mais tombe uniquement sur V époque où ils les enfants iraent. les Grecs prétendant que cela serait différé jusqu'au jour du jugement universel, et le* litis Voulaulque ce fût immédiatement a la mort. Eu outre, j'ai l'ail voir par passages de l'Lcnluic el ^e le

ECONOMIE DE LA FOI CHRETIENNE

mot enfer a plusieurs sens, et qu'on l'emploie très-souvent pour désigner des lieux très-différents de celui où les pécheurs actuels, qui sont damnés, souffrent le tourment du feu. M. Guadagnini fait semblant d'ignorer (ouïes ces choses , et fonde hardiment son imposture sur cette ignorance prétendue. J'ai dit, il est vrai, que je nesais où vont les enfants morts sans baptême ; mais j'ai voulu seulement parler du lieu déterminé : Pelage parlait du lieu qui suppose qu;' ces enfants jouissent du bonheur. Jl répète les deux calomnies évidentes , dont il a été question ci-dessus dans la dénonciation de mes graves erreurs renfermées dans xxi propositions, où il soutient que « mes propositions citées sont « clairement hérétiques, en tant qu'elles « contredisent directement les définitions « "très-claires des deux conciles de Lyon et « de Florence, et ne reconnaissent pas dans « les décisions de l'Eglise la révélation di- « vine. »

222. Raisonnements biscornus. 1° Notre auteur cite un bref d'Innocent XII, dans lequel il dit (n. 36) que le pape a déclaré « que les cinq propositions avaient été conte damnées, et devaient être condamnées par « tous in sensu obvio, quem ipsa verba prœ se « ferunt :ce qui détruisait les prétentions des « jésuites, c'est-à-dire qu'elles avaient été « condamnées in sensu Janscnii. » Admirable raisonnement ! Les papej avaient souvent déclaré et décidé que le sens de Jansénius était parfaitement celui qui est présenté par le sens ordinaire et naturel des cinq propositions; donc le bief d'Innocent Xlï ne détruisait pas ce que prétendaient les jésuites, mais le confirmait plutôt entièrement. Les jansénistes s'opiniâtraienl à soutenir, comme le soutient encore M. Guadagnini , que le sens condamné dans les cinq propositions n'était pas celui de Jansénius , mais celui de Luther et de Calvin : pour enlever aux jansénistes ce subterfuge, les souverains pontifes ont déclaré et défini, que le sens du livre de .lansénius était le même que le sens ordinaire et naturel des propositions condamnées. Si les souverains pontifes avaient voulu dire ce que prétendent les jansénistes, ils auraient dit que les cinq propositions ont été condamnées in sensu Lutheri et Calvini. 2" Voiii un passage curieux de M. notre archipiétre (n. 129). « Admettons comme « vraie la supposition calomnieuse et fausse, « qu<- (les jansénistes) aient détendu ces pro- « positions (celles de Jansénius) dans le sens « condamné : quand est-ce donc qu'ils les « soutenaient ? Avant la condamnation , ré- « pond M. Bolgeui ; au nom de Oieu, donc « ce n'est pas après la condamnation; et « cela de son propre aveu ne peut être révo- « que en doute. » lit moi, au nom de la logique, non-seulement je révoque en doute, mai» je nie absolument voire induction. J'avais beaucoup d'estime pour votre science, pour votre modération et votre urbanité, avant que vous eussiez écrit le livre des Trois observation» ; doncje n'en ai plus après que ce livre a été écrit. Un tel raisonnement

vous paraît-il juste et bien déduit? Qu'en diies-vous? Peut-être la conséquence sera juste, mais certainement l'induction ne l'est pas. 3' « Ce ne sont que les hérétiques qui « osent demander un nouvel examen des « décisions qui, de leur nature, sont infail- « libles (n. 224). » M. Guadagnini déduit de ce principe que je devrais condamner comme hérétique une assemblée du clergé de France, qui examina le livre de Jansénius, pour démontrer qu'il contenait les cinq propositions condamnées, après que ce fait dogmatique avait été décidé par le pape. Si ce raisonnement était admis , il faudrait condamner tous les controversistes catholiques, qui examinent les décisions dogmatiques de l'Eglise pour convaincre les esprits rebelles Mais tout le monde sait qu'autre chose est examiner une décision infaillible pour faire dépendre sa propre foi de cet examen, et autre chose l'examiner pour instruire et convaincre ceux qui s'y opposent. L'examen, dans le premier cas, répugne avec le litre de chrétien ; c'est celui que font les jansénistes, et ils sont hérétiques. L'examen, dans le second cas, convient à l'office de théologien, et ne porte nullement atteinte au litre de catholique. k° Je prétends , et même j'ai prouvé dans les Faits dogmatiques , dans un chapitre à part, que les cinq propositions condamnées selrouvent dans le livre de Jansénius, quanta leur sens ordinaire et naturel, et je soutiens que la décision sur ce fait dogmatique (exposé d'ailleurs avec des expressions plus exactes) est un article qu'il faut croire d'une foi divine. Ecoutons maintenant le merveilleux raisonnement de M. notre archiprêtre. A Si vous prétendez , « me dit-il (n. 452), que cela soit un article « de foi divine, il suit, par une conséquence « nécessaire, que ces propositions ne peu- « vent s'y voir (dans le livre de Jansénius) « d'aucune manière; car c'est parla qu'elles « deviennent article de foi divine. Or, n'est-ce « pas un des premiers principes de théologie, « que fides est credere quod non vides; ou « pour parler avec l'Apôtre, est argumcnlum «non ùpparentiumf » Il faut ici rire par force. Quand Jésus-Christ se montrait par un grand nombre d'apparitions visibles et palpables à ses disciples, pour établir la foi divine de sa résurrection, par cela même il rendait donc impossible cette foi, puisque fides est en derc quod non vides, est argumeniuin non apparentium? Quel dommage que M. Jean-Baptiste Guadagnini ne soit | as venu au monde pour l'instruire plusieurs siècles auparavant! 11 nous aurait appris que c'est un abus très-pernicieux, dans lequel tombent tous les métaphysiciens et lous les théologiens, de démontrer l'existence de Dieu pard'.'s raisons naturelles. 11 suit de là, par une conséquente nécessaire, que l'existence de Dieu ne se peut plus croire d'une foi divine, puisque fides est argumcnlum non apparentium, et ainsi se trouve détruite la religion chrétienne dans son article fondamental. Mais mille actions de grâces soient rendues A la mère fortunée, qui a mis au mond«

DKMONSTHATION BVANGELIQUE. BOLGENI.

M. Guadagnini, le restaurateur de l'édifice do Jésus-Christ dans sa base! Je n'ai pas assez mauvaise idée de mon adversaire pour croire qu'il ait sérieusement avancé de pareilles absurdités. La vérité, c'est qu'il écrit à l'aventure tout ce qui lui passe par la télé, sans faire attention à rien, comme je l'ai fait observer plus haut.

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