ESSAI POUR LÀ CONVERSION
Rad. Toutes les écoles, les Minimisa et les Nyaya, les Sankhya et les Védanta, croient qu'ils l'ont reçue par inspiration de Iswara; bien qu'il puisse avoir employé différents Munis comme instruments pour leur transmettre ces connaissances.
Laur. Je vois quevousallez bien plusavant au fond des choses que je ne les envisageais alors; quoique je sache combien c'est une opinion répandue au loin dans l'Orient, que l'homme ne peut arriver à la science que par l'assistance (2) de quelque puissance supérieure, je songeais rependant alors aux moyens extérieurs que nous voyons.
Rad. Anciennement on disait que l'esprit élait influencé par Iswara, el qu'il n'était pas besoin des sens pour arriver à la science divine.
Laur. On peut certes toutefois avouer, sans contredire ce sentiment, que Iswara s'est servi des sens pour transmettre à quelques-uns du moins, la science divine.
Rad. Vous me faites craindre de ne pouvoir pas apprendre de vous les choses que je désirais en apprendre , en voyant que vous ne pouvez concevoir qu'il y ail d'inspiration sans le secours des sens ; et le sage Vishnu-serma dit (3) que là où il y a une union étroite avec les sens , l'ambroisie même est un poison.
Laur. Je désire que vous ne vous mépreniez pas sur le sens de mes paroles. Tout ce que j'ai dit esl que, pour quelques-uns du moins, la science divine ne leur a pas été transmise sans l'aide des sens. Si, par exemple , je me mettais à lire les Védas , ou le Manava-dharma-sastra, et que j'y trouvasse des traces d'une sagesse divine, j'atteindrais au terme de cette science par mon esprit, quoique non pas sans l'aide d'un de mes sens, celui de la vue : mes yeux me viendraienlen aide.
Rad. Je crois encore cependant que les sages du temps passé ont acquis la science sans l'aide des sens.
Laur. Puisque nous ne pouvons, à ce qu'il paraît, Radhakant, nous accorder sur ce point, discutons -le plus à fond. L'esprit esl bien nommé Mahat, puisqu'il est la chose la. plus importante pour arriver à la science; mais assurément les sens y servent également. Si nous en jugeons d'après ce que nous voyons autour de. nous, par rapport aux morlels maintenant existants , vous avouerez assurément qu'il est évident que c'est ainsi que les choses se passent.
Rad. Certainement; car le commentateur (k) du Karma -mimansa dit fort bien qu'aucun des moyens de transmettre les connaissances n'est suffisant sans la tradition orale, tradition qui peut être, soit humaine, comme est une pensée juste, soit divine, comme est un texte des Védas.
Laur. Ainsi nous sommes d'accord quant au moyen par lequel les êtres humains existants parviennent à la science, c'est-à-dire quMs y arrivent p;ir quelque chose où il» est fait usage les sens.
Kad. Jo l'admets sans difficulté
Laur. Or, cela étant, nous reconnaissons d'un de nos sens qu'il est utile pour acquérir la science divine; et ce sens esl celui de l'ouïe. Maintenant examinons si un autre de nos sens ne nous est pas utile pour atteindre le même but : je veux parler du sens de la vue.
Rad. Oui, certainement il est utile pour cela. Quand un homme non régénéré aperçoit Surya dans la majesté de sa puissance, sa vue peut conduire son esprit par degrés jusqu'au point de comprendre que Rrahma luit dans les âmes des dévots Dwijas.
Laur. Un grand philosophe de l'Occident, appelé Platon, a enseigné une doclrine qui a bien du rapport avec celle-là : car il a prétendu, comme l'enseignent les Védas (5), que ce que sont le soleil et la lumière pour ce monde visible, le bien suprême et la vérité le sont pour le monde spirituel et invisible; mais que le soleil que les yeux voient ne serait pas d'une grande utilité , si celui que l'esprit voit ne luisait aussi ; et que (6), comme les yeux peuvent être clos, l'esprit peut de même être aveugle, ne voyant pas le soleil, pour un temps; mais que c'est la réunion de ces deux choses qui rend l'homme capable de voir. Aussi, nos livres enseignent-ils que les choses que l'on voit aident aux hommes à comprendre celles qu'on ne voit pas.
Rad. Voilà, oui, voilà vraiment ce qu'ont enseigné nos sages I Gloire à Ganésa qui, dans tout l'univers, enseigne à tous les sa- °;es les mêmes vérités 1
Laur. Or, s'il en est ainsi; si, en effet, le soleil extérieur aide aux hommes à connaître le soleil intérieur, il doit s'ensuivre, ou que les hommes, immédiatement et par euxmêmes, sont conduits par la vue des choses extérieures à penser aux choses intérieures , et en ce cas le sens de là vue est seul employé ; ou bien qu'il y avait quelque tradition fort répandue, qui portail les hommes à croire que le soleil extérieur n'était que la figure du soleil intérieur, et que. la vue de ce soleil extérieur ne servait qu'à lenir présente à la mémoire la connaissance du soleil intérieur; or, la connaissance, en ce cas, se trouve transmise à l'esprit par un autre sens, c'est-à-dire par celui de l'ouïe; mais toujours est-il que c'est par un des sens qu'elle y est transmise. Les morlels, tels que nous les connaissons, ne parviennent point à la science divine sans les seas, ainsi que cet exemple le fait voir ; et je pense, Radhakant, que je puis encore donner une nouvelle raison de penser que c'est, par ce dernier moyen que celle connaissance d'un soleil de sagesse, dans le monde invisible, esl venue à se répandre dans l'univers.
Rad. Comment cela?
Laur. Platon, le philosophe dont j'ai parle, était grec; cl, comme il n'était pas aussi fanatique que la plupart de ceux de sa nation, il dit ouvertement (7) des Grecs qu'ils n'étaient que de purs enfants en fait de science. Or, ou croit généralement qu'il a lui-uiôuie
ISS
DEMONSTRATION EVANGELIQI !.. MORRIS.
rainasse, dans le cours de ses voyages, plusieurs lambeaux de connaissances venues de l'Orienl; il ne vécut en effet que longtemps après que 1rs Védai eurent été rédigés par écrit par Vyasa. C'est pourquoi il n'est pas io vraisemblable que cette doctrine d'un soleil de sagesse était alors assez répandue pour qu'il en ait eu connaissance. Donc, à quelque source que les Ycdas l'aient puisée, il peut en avoir entendu parler (liez quelque peuple qui la tenait d'eux, comme en l'erse, par exemple. Dans ce cas, ce serait le sens de l'ouïe qui aurait été employé pour (ransporler dans l'Occident cet important point de doctrine concernant le monde invisible; et c'est le sens de la vue qui en aurait conservé le souvenir parmi les Grecs qu'il appelle si justement et si humblement de purs enfants en fait de vraie philosophie.
Rad. Mais y a-l-il encore d'autres points dans lesquels il se trouve des traits de ressemblance entre notre philosophie et la sienne?
Laur. Oui, il y en a plusieurs. La doctrine delà métempsycose leur est venue, à n'en pas douter, de vos pères, quoique non pas immédiatement; et bien que je sois en ce moment engagé avec vous dans une conversation plus sérieuse, je puis affirmer, d'une manière générale, qu'il parait y avoir un très-grand nombre de points dans lesquels ils ont tiré leur doctrine de l'Inde. On trouve éparses çà et là, dans leurs poêles et leurs philosophes, des choses qui donnent fortement à penser, pour peu qu'on ait quelque notion des doctrines indiennes, que les Ya— vanas de ce pays étaient un peuple très-peu inventif, qui n'a fait que ramasser, pour s'en faire un trésor, des lambeaux de philosophie barbare, et qui était redevable aux étrangers de tout ce qu'il savait des choses du monde invisible. Voilà, du moins , ce qu'ont toujours cru et enseigné les premiers écrivains du christianisme; et une des principales raisons que j'ai de penser cela, c'est qu'une connaissance plus approfondie, plus complète, de vos systèmes sert comme de clef pour expliquer des choses particulières dans les leurs, et qu'on en peut ainsi mettre au grand jour le but et la portée. Mais en sup posant que ce ne soit là qu'une pure imagination, elle servirait du moins àéclaircir le point en question, qui est de démontrer que la connaissance des choses invisibles est transmise par l'ouïe. La foi est la preuve des choses invisibles, disent nos livres ; or, la foi, disent-ils encore, vient par l'ouïe. D'où je conclus que le Seigneur fait usage des sens pour communiquer ses révélations à l'homme, quels que soient d'ailleurs les autres moyens qu'il emploie conjointement avec eux.
Rad. Vous voulez dire qu'il en fait usage pour transmettre les révélations à d'autres, une fois qu'elles ont été faites.
Lai a. Rien : entendez ainsi la chose, si VOUS le trouvez, bon. Pour ce qui est de la question de savoir s'il est fait usage, des sens dans la
transmission de l.i science divine, peu importe de quelle manière vous l'eoteodiei : cela re\ ienl IO même. Car ce que je prétends \oii- démontrer, c'est qu'en lait, aussi loin que l'expérience, soil que nous la tiiions de l'histoire ou de nos propres souvenirs, peut nous conduire, il est lait usage des sens pour transmettre la science relig eose Cette science, lorsqu'elle est pour la première fois communiquée à un peuple, est aussi nouvelle et aussi importante pour ce peuple que si c'était nue révélation toute nouvelle. Je ne nie pas le moins du monde que, pour rendre cette transmission efficace, l'influence de la divine Prasada sur l'esprit des hommes, avec l'influence simultanée des choses transmises aux sens, ne soit absolument nécessaire. Ce que je prétends ici, c'est que, dans tous les cas auxquels s'étend l'expérience actuelle, cette dernière influence, je veux dire l'influence extérieure des sens, a été mise en usage, quels que puissent être les autres moyens invisibles en même temps employés. Or, s'il en est ainsi pour tous les cas dont nous avons l'expérience, il en résulte une forte présomption qu'il en a été de même pour tous les cas étrangers à noire expérience; présomption qui doit nous servir de guide, jusqu'à ce que nous ayons quelque autre présomption plus forte, et appuyée sur de meilleures preuves, à lui opposer.
Rau. Voudriez-vous donc me faire abandonner comme fausse l'idée qu'il y a des vérités immédiatement révélées par Rrahma, tandis que vous aflirmez pour vous que la loi de Moïse, par exemple, a été donnée par une révélation immédiate?
Lalk. C'est ce que nous allons bientôt discuter : pour le moment, je désire vous expliquer plus clairement encore le sens de ce que j'ai dit, de peur qu'il ne reste dans votre esprit une fausse impression quant à la part d'influence que j'ai voulu attribuer aux sens dans la transmission de la vérité religieuse. Or, par la transmission de cette vérité, j'entends ici la communication qui en est laite à un être par un autre, soit que ce dernier être soit un homme ou Dieu; et je suis tout disposé à affirmer que nous n'avons point connaissance d'aucune révélation émanée directement de Dieu, en ce sens et de celte manière qu'il n'ait été fait nullement usage de moyens extérieurs agissant sur les sens. A une époque ou à une autre de l'existence d'un homme auquel il a été fait des révélations, cet homme y a clé formé et préparé par quelques-uns de ces moyens extérieurs, soit précisément dans le même te ps, soii dans un temps différent.
Rad. A quelque époque d • son existence 1 Admettex-vous donc qu'il y ait eu différentes époques pendant lesquelles la même âme ait anime différents corps .'
Laob.Noo. Je me suis seri i du mot époque dans un sens tout différent, en l'employant pour désigner la première péri ide de la vie présente d'un homme; mais vous venex de me suggérer une idée qui me servira I expliquer ce qwe j'allais vous dire. Observez
ESSAI POUR LA CONVERSION
seulement que ce n'est que comme explication que je l'emploie. Si je ne me trompe, vos Pandits ont cru que les semences de toute espèce de connaissance ont été déposées en nous pendant un état préexistant à notre état actuel.
Rau. Oui; et il est impossible de prouver qu'elles ne l'ont pas été en effet.
Laur. Il est également impossible de prouver qu'elles l'aient été. J'avoue que quelques philosophes (8) de l'Occident ont pu croire qu'ils pouvaient démontrer qu'il y a eu en effet de ces étals de préexistence. 11 ne paraît même pas incroyable que le système actuel du monde ne puisse être la conséquence ou le résultat de quelque état passé dont nous ignorons complètement l'existence (9) Mais affirmer que nos âmes existaient dans ce système ou ces systèmes qui ont précédé le système actuel du monde, et lui ont peutêtre donné naissance, c'est une chose tout à fait différente, et qui n'est pas à beaucoup près aussi probable. C'est pourquoi si, au lieu d'inventer d'abord une théorie pour expliquer l'origine de nos connaissances actuelles, et d'affirmer ensuite la vérité de cette théorie, parce qu'en effet elle l'explique ou que nous nous imaginons qu'elle le fait; si, dis-je, au lieu de cela nous nous renfermons dans cette petite portion de noire existence que nous connaissons (10) actuellement par notre expérience, nous verrons que, tout en admettant que l'existence de ces semences de connaissance est aussi clairement démontrée , toujours esl-il que ces semences ne peuvent nous être d'aucune utilité dans l'usage des sens.
Rad. Cela paraît assez vrai par rapport aux connaissances ordinaires; mais je pensais à des communications d'une nature extraordinaire, comme celles que Vyasa, Manu et Valmiki ont reçues de Rrahma.
Laur. Ce que je désirais savoir, c'est si nous avons quelque communication absolument certaine que Rrahma ail transmise entièrement par le moyen des sens, en les éclairant ou du moins en les formant de telle sorte qu'ils fussent propres à être le canal d'une pareille communication. Or, sachant que les Védas étaient d'une date trop reculée pour que nous connaissions rien de certain sur la manière dont ils ont été donnés au sage Vyasa; ayant en outre également appris que Vyasa , quoique divinement guidé dans son travail, n'a fait cependant que compiler et arranger des révélations déjà existantes, et que les Védas eux-mêmes font appel aux anciens qui les ont précédés (11), il me semblait que, ne sachant rien de certain quant au mode de leur formation, nous devions, comme Gotama avoue qu'on peut le faire, arguer de ce que nous savons à ce que nous ne savons pas. Ainsi nous voyons que dans la transmission de la science religieuse, dans la partie du gouvernement de Iswara , que l'expérience nous a fait connaître, il a été l'ait usage des sens : la présomption est donc qu'il en a été fait également usage dans la communication de celte même science, dans les
époques reculées du gouvernement d'Iswara que nous ne connaissons point par expérience, mais uniquement par tradition. Or, celte tradition, loin d'être opposée à celte présomption , ne fait que la confirmer : car l'action d'arranger des révélations actuellement existantes suppose nécessairement que celui qui les arrangeait en avait entendu parler ou les avait vues; c'est-à-dire qu'il les avait reçues, par le moyen des sens, de quelque chose d'antérieur.
Rad. Voilà une manière étrange d'envisager les choses, pour quelqu'un qui croit à la révélation. Expliquez -moi de nouveau si vous pensez que loule science révélée vienne par les sens.
Laur. Je crains que vous ne vous mépreniez tout à fait sur le sens de mes remarques. Je ne conteste nullement l'absolue nécessité d'une grâce intérieure et invisible, agissant simultanément avec des moyens extérieurs, qu'on peut voir ou entendre. Tout ce que je persiste à affirmer, c'est que, autant que nous sachions, les sens sont nécessaires pour atteindre à la science divine. Je ne dis pas qu'en toute circonstance donnée les moyens extérieurs et les moyens intérieurs doivent nécessairement coexister, ou, en d'autres termes, qu'il ne puisse y avoir de révélation; mais ce que je dis , c'est que , autant que je sache, il n'y a jamais eu d'homme, auquel il ail élé fait des révélations, qui n'ait pas été préparé à les recevoir, pendant quelque période de son existence, par lo moyen de quelque communication transmise par les sens (12). Je regarde comme une chose de la dernière importance, d'une importance immense, de ne perdre jamais de vue, mais d'avoir toujours clairement présent devant les yeux, le grand usage que Iswara fait de* sens dans toutes les connaissances qu'il nous transmet, quoique ce ne soit pas une raison suffisante et péremptoire d'affirmer que ce sont là les seuls moyens par lui employés.
Rad. Je ne saurais pleinement admettre ce que vous voulez dire. Nos sages ont enseigné pour la plupart que les objets de nos sens ne sont point réels, mais de simples apparences.
Laur. Jls enseignent aussi, cependant, que le Rramachari doil écouter les instructions de son Guru ; de sorte que, quelle que soit la théorie que vous professez a l'égard des sens, il ne peut faire un pas vers le quatrième degré sans l'usage des sens. Mais supposez que nous descendons pour un instant des hauteurs de la science sacrée, et voyons si des exemples tirés de. la science ordinaire ne serviront pas à mettre dans une plus grande évidence encore ce que j'ai avancé. N'y a-t-il pas donc plusieurs arts aui nous rendent la vie plus agréable?
Rad. Certainement.
Laur. Or, quand ou considère ces arts, on voit qu'ils ont reçu dos perfectionnements dans le cours des âges. Mais les progrès qui y ont été déjà faits sont quelque chose d'evlérieur et de visible, et 1 habileté qui profite de ces inventions existantes est quelque chose d'intérieur. Ces inventions existante»
demeurent souvent lm temps enseveliéa dans l'oubli, jusqu'à ce qu'on homme (!■■ nie vienne ,i s'en emparer el à le- mettre en
lumière. I.es invenliuns encore brotei el sans
publicité smii comme les aelioni d'un héros
(pli n'a pal «le chanté par le poète : qu'un barde en lasse le sujet do ms chants, elle-, dcvienni'ii' alors glorieuses el ailles aux mortels. TODJODTS 68l il que si ces allions
n'avaient jamais été faites, il n'aurait jamais pu venir à L'esprit du barde de les chanter.
Quand nous considérons les premiers inventeurs de ces arts, nous reconnaissons qu'ils sont redevables à des choses extérieures et visibles; nous ne nions pas cependant qu'ils aient été inspirés ou guidés par ie ciel dans leurs invention-, tout en affirmant qu'ils ont été secondés par d s choses extérieures. Oui d'entre vous s'est jamais imaginé que Nareda n'ait pas été guide par Bralima dans l'invention du Yina , parce que !a gourd- et autre s objets sensibles étaient nécessaires pour airiver à cette invention? Ces objets sensi! ne pouvaient pas seuls lui en donner l'idée, bien qu'ils fussent nécessaires p ur qu il pût accomplir celte invention. Peut-être ne fut-ce pas seulement l'œil qui voit la gourde, mais l'oreille même qui entend le vent souffler où il veut, qui en lit entrer l'idée d <ns son esprit. De sorte qu'affirmer l'usage des sens ce n'est pas nier l'absolue nécessite de quelque chose de plus que les sens, comme le montre cet exemple, soit qu'il s'agisse de science ordinaire ou de science sacrée.
Rad. Dans ce que vous dite, du vent, qu'il .souffle où il veut, v;,u- supposez que le veut a une volonté ; et ainsi il peut avoir parlé (si je peux m'exprimer ainsi) à Nareda
Laur. Vous pouvez vous exprimer à cet égard comme il vous plaira; toujours est-il que vous supposerez l'intervention el l'usage des sens. Permettez-moi de déclarer ici «ju'in disant que le vent a une volonté, je l'ai f.il à dessein, parce qu'il me paraît entrer dans v>s idées de le représenter ainsi. (Juand même je penserais pour mon compte qu'une semblable représentation n'est d'aucune importance quelconque, vous comprendrez, je l'espère, combien il est à propos pour moi d'entrer dans votre manière de penser, et de signaler les choses qui peuvent s'y accommoder dans le système chrétien, quoique peut- être ce système n'insiste pas beaucoup sur ces points. Il a été inséré dans cette révélation des choses qui peuvent s'accommoder aux différentes manières de penser propres aux difl'ércnls esprits; de sorte qu'elle se fait « tout à tous » dans les points qui ne sont pas fondamentaux. Je taçnlioone ici ce fait, pour ne pas trop nous livrer à des digressions étrangères au sujet sur lequel doit rouler, je l'espère, notre , nlrelien.Ce que je désirais donc vous taire admettre, c'est que dans les arts de la vie, dans les découvertes ou les révélations , appelez-les du nom qu'il vous plaira, on ne peut pas se passer de l'aide des sens.
Hao. Je voii maintenant que jusqu'il i vous
DEMONSTRATION EVArJGI LIQ1 ! , MORRB. 228
u'ave/ pas prétendu que les tous soient le
prim ipe de toute connaissant
Lai a. Bien loiude l< prétendre, vous v au contraire que le jugement une je porta
îles ails ordinaires qu'ils ne sont
susceptib es d'aucun progi fs suis l'aide, de quelque chose d'inP- i .;<-ssus et en
dehors des -eus. quoique l'on lasse usage de clioses qui tombent sous les sens pour arriver a ce perfectionnement* Ainsi, jusque-là
je me trouve d'accord ave- \ en re-
présentant 1 1 unie le fruit
de l'inspiration.
I. h. \ i.us voudriez donc me faire conclure que le jugement que vous portez de l'importance des s, ni i . -c pas la loi à l'ac lioa d'un être invisible, mais qu'un examen plut approfondi des «buses qui , au premier aboid, semblaient n'être que le pur résultat des sens, montre que là même on ne peut attribuer aux sens se ls toute la déco n i rit* Ladk. Voilà que vous saisissez maintenant parfaitement le sens de mes paroles. Faisons encore une autre supposition par rapport aux découvertes dans les arts qui reniiest noire vie présente plus lie reui supposition qui nous ramènera aux découvertes de la volonté divine, qui doiven aussi rendre notre vie future plus heureuse. I arts donc paraissent avoir existé à différents degrés de perfection, cbez les différents peuples. Les instruments de musique (13), par exemple, lurent pour la plupart inventes en A B , el oui conserve des noms asiatique.- , même après qu'ils ont passe en Europe. Supposant donc que nou- puissions découvrir le pays où ils ont pris naissance , nou9 devrions rapporter la gloire de leur invention, quelque habitant de ce pars. Qsjofcquesperlectio.inemenlsqu'ils aientn ç: - 1 le premier travail est sans contredit le p:us difficile, et réclame par conséquent la meilleure p;.rl de gloire. D'un autre cote, il p. ut se trouver des cas où , loin u avoir reçu perfectionnements, ces instrumenta paraissent avoir ete gales ou altères , en ce qu'on en a retranché certaines parties (15) dont ou ne voyait pas bien l'usage , ou qu'on a outil.é certaines choses qui menaient en action certaines propriétés de l'iusiruuseut ; ou bien encore il se peut taire qu'on ail attribué 1 invention de ces instruments à des hommes qui n'ont (ait que les apporter d'un autre paje} ou enfin que ces instruments aient e>e complètement oublies ltij et inventes de nouveau avec telles ou telles modifications. Dans tous ces cas, nous devrions mesurer nos louanges ou notre blâme, suivant qu'ils oui ele perfectionnés ou altères par les différents peuples ; mais toujours esl-il que nous devons dire que le | rentier peuple qui les a inventes est celui à qui en doit revenir la principale part de gloire . quels que s '.eut les lieux qu'il habile . tandis que nous devons taire peu de cas de ceux qui auraient perdu toute notion «Je l'habileli i -me pour les inventer el qui les anraieni altérés par leur ué ..n.wiut . que, . je m'attache à un seul sens,
ESSAI POUR LA CONVERSION DE L'INDE PHILOSOPHIQUE
celui de l'ouïe, qui joue le rôle principal en matière de musique, aussi bien que dans la transmission des vérités sacrées.
Hui. Mais n'en es».— il pas de même de la
Vue?
Laur. Quelques hommes ont cru qu'il en était ainsi à l'égard d'une aulie invention fort utile qui tendait à fixer et à revêtir d'une forme visible et permanente ce qui n'existait d'abord qu'en son. Je veux parler de l'invention des lettres de l'alphabet. Car, comme on peut faire remonter au Dwanagari toutes les lettres des différentes parties de l'Inde, quelques-uns ont pensé qu'on pouvait démontrer que toutes les lettres de tous les peuples de l'univers ont entre elles des affinités et des ressemblances (17) , dès qu'on vient à apercevoir les anneaux intermédiaires qui révèlent la manière dont elles ont procédé l'une de l'autre. Quoique je ne connaisse qu'un seul peuple (18) qui possède des documents auxquels on puisse se fixer sur l'invention de son alphabet , ce peuple même avait plusieurs alphabets pour lui servir de base; si bien que pour ces formes extérieures qu'ont revêtues les choses transmises par l'ouïe, je ne peux pas plus dire que pour les chants et les instruments qui rendent des sons divers, qu'elles ont été en tout et partout inventées sans qu'on eût déjà des bases sur lesquelles on pouvait s'appuyer (19). Or je prétends que, puisqu'il en est ainsi pour diverses espèces de connaissances pro ânes , il en a été aussi de même pour les connaissances révélées. Un peuple les a conservées plus pures que les autres peuples; mais tous, du reste, ont puisé à une tradition primitive; et quand cette tradition a cessé d'être orale en venant à être écrite, alors, chez chaque peuple, suivant qu'il a été plus ou moins fidèle gardien de la tradition primitive , les documents écrits sont plus ou moins d'accord avec le document écrit de cette nation qui, dans les choses sacrées, tient absolument la même place que notre inventeur de musique en fait de choses profanes. Le peu pie qui avait le plus fidèlement conserve la tradition orale, avait aussi reçu depuis une tradiiion écrite. De plus (20) ceux qui ont rédigé par écrit cette révélation nouvelle ne l'ont pas reçue toute à la fois sans une connaissance préalable des témoignages déjà existants et connus de la volonté divine , mais seulement après. Or, tandis que les peuples occidentaux (21) avaient le malheur d'être entièrement privés d'écritures sur lesquelles ils pussent (ixer leurs regards , il n'en a pas été de même en Orient, en Chine, par exemple , et dans l'Inde, où L'ancienne tradition orale avait été de bonne heure rédigée par écrit, eu même temps qu'elle était révérée par tous les gens vertueux et gardée par un ordre d'hommes que l'on croyait avoir été divinement choisis et séparés des autres pour celle fin.
I'.ad. Vous voudriez donc me faire croire que les Védas sont venus d'une tradition or. le, et n'ont pas été révélés à Vyasa?
Laur. Le nom commun de Sruti n'esl-il
pas une preuve qu'ils sont venus de quelque autre contrée, par le canal de l'ouïe , quelque difficulté qui puisse exister d'ailleurs , quant à la signification précise de ce terme? Car Sankara dit (22) que celui qui connaît les Védas ne va pas se jeter dans aucune interprétation arbitraire de ces livres , mais qu'il a recours à son Guru, qui connaît l'éternel et vrai Purusha et le porte dans son cœur. Cependant, comme l'enseigne le Mundaka Upanishad , il l'a appris de la bouche d'un antre; et le Cbandogya Upanishad déclare que s'il n'y avait pas de langage, il serait impossible de distinguer le juste de l'injuste, la vérité du mensonge, le bien du mal, l'ami de l'ennemi. C'est le langage, dit-il, qui fait connaître leRich et les autres VéJas (23). L'opinion h plus ancienne paraît donc être qu'ils ont été reçus de la tradition ; ce qui fait qu'ils n'ont pis pris naissance sur les bords du Saraswali , mais qu'ils sont venus de quelque autre contrée. Tout ce que nous apprend la tradition à cet égard, c'est qu'ils sont venus du nord de l'Inde et non du midi : donc ils sont venus de la partie de l'Inde la plus voisine du pays dans lequel, d'après le récit de nos saints livres, le genre humain .se répandit d'abord en se dispersant.
Kad. Vods m'avez dit que les Védas sont le résultat ifane compilation de, traditions, que ces traditions sont venues d'un pays éloigné , cl que ce pays est le lieu même où la race humaine a pris naissance. Mais vous ne m'avez pas dit jusqu'à quel point vous pensez qu'ils ont conserve celle tradition dans la pureté de sa forme primitive. Quand vous me représentez les instruments de musique voyageant d'une nalion dans une autre, vous m'avez fait penser au Cbhandas , qui est nécessaire pour que l'on puisse lire comme il faut les Védas ; mais vous m'avez en même temps également lait entendre que, comme par rapport aux instruments de musique, il s'esi trouvé des peuples qui , faute d'un juste discernement, les ont altérés (2't), il en a été de même p.iur la vérité sacrée. Or, jusqu'à quel point la musique sacrée des Védas, leurs accents et leurs chants ont-ils aussi conservé la pureté de la doctrine?
Lauh. C'est là , Radhakanl , une question immense, à laquelle il n'est J>as aisé de répondre; j'essaierai cependant d'y répondre de mon mieux. De ce que je pense que Vyasa et les autres ont reçu la science sacrée par le sens de l'ouïe , il ne s'ensuit pas , qu'on se le rappelle bien, que je nie qu'une faveur d'un ordre surnaturel ne fût également nécessaire pour les conduire à les arranger comme ils l'ont lait, ou pour les guider dans la conservation ou le retranchement de telle on telle chose , de manière à faire servir le livre aux fins qu'ils se proposaient. Maintenant , si vous désirez savoir quelle était précisément la nature de cette assistance surnaturelle, je vais vous raconter ce que rapporte à cet égard une ancienne tradition. Après un certain temps, les hommes qui habitaient la terre se corrompirent et devinrent méchants, et un déluge fui en-
M DEMONSTRATION KV
voyé pour 1rs punir; il no s'en sauva qu'un très-petit nombre ; ils parlaient tous la même langue; mais comme ils en abusaient pour des desseins impies, ils perdirent celle unité de langage; el quoiqu'on puisse remarquer une légère ressemblance dans la langue des peuples les plus éloignés, ils se séparèrent el se divisèrent tous; et la tradition dit que ce fut en soixante-douze peuples, suivant le nombre des anges de Dieu. Ainsi , oulre les cbefs extérieurs cl visibles qui gouvernaient ces peuples, il y avait aussi certains anges préposés à leur garde (25). De là un prince de Perse et un prince de Tyr, ainsi qu'un prince du peuple juif parmi ces anges. Ces anges, suivant qu'ils étaient plus ou moins puissants obtenaient plus ou moins de faveurs pour les peuples qui leur étaient soumis. C'est ainsi que les Juifs reçurent la loi par le ministère des anges, et c'est ainsi pareillement que d'autres peuples , suivant celle tradition, peuvent avoir conservé , à différents degrés , le dépôt de la vraie doctrine. Partout où nous trouvons que la vraie doctrine a été conservée , nous pouvons y supposer l'intervention d'un ange qui a été le messager de la vérité.
Rad. Mais que sont donc ces anges?
Laur. Ce sont des esprits serviteurs qui se tiennent aux pieds du Très-Haut, toujours prêts à exécuter ses volontés.
Rad. Croyez-vous donc vraiment que les Védas ont été inspirés par un de ces anges, en tout ce qui touche la partie invisible et cachée de la révélation?
Laur. J'ai dit seulement qu'il se pourrait faire, pour ce qui est des vérités qu'ils contiennent , qu'un bon ange fût intervenu et leur eût assuré la possession de la somme de vérité par eux conservée. Mais il nous importe beaucoup plus de considérer le mode extérieur que le mode intérieur de la révélalion. Nous nous sommes déjà mis en devoir de prouver que les anciennes doctrines de vos compatriotes sont venues du pays de Cachemire, et ainsi probablement de quelque pays encore plus éloigné , qui touchait de plus près au berceau primitif de l'ancienne Iradition. Quant à ce qui est de savoir combien q/ temps vos compatriotes ont été en communication avec cette source de la tradition primitive, je n'oserais le décider; ce fait cependant, qu'il n'est point parlé d'incarnations dans les Védas , semblerait peutêtre annoncer qu'ils auraient été en communication avec l'antique centre des traditions, inédiatemenl ou immédiatement après l'époque de Vyasa. Je sais, il est vrai, que la doctrine des incarnations (26; fut jadis extrêmement répandue dans le monde (27), en Orient et en Occident; mais je crois qu'elle vous est venue de la tradition primitive, non par le canal des Chinois i28), qui l'ont très-fidèleinent conservée , mais de quelque autre source.
Rad. Mais comment pouvez-vous prouver l'existence 'de cetle tradition primitive; ou bien comment, l'ayant une fois prouvée, si cela est possible , pouvez-vous demonlrer
ANGELIQUE- MOHRIS.
qu'en la prouvant, vous ne renverser pas d'un seul coup les droits si bien fondés , selon vuus , à l'inspiration que vous revendique/ pour Moïse?
Laum. Pour vous qui ne croyez point aux écrits de Moïse, je ne puis vous présenter l'existence de celle Iradition primitive, que comme une hypothèse propre à éclaircir quelques difficultés ; tandis que pour moi, qui crois que les écrits de Moïse et toutes nos autres Ecritures sonl infailliblement vrais, les preuves qui l'établissent sont celles d'un fait qui est plus qu'une simple hypothèse. Je n'ai donc pas, pour le moment, à m'occuper ici de ces dernières preuves, mais seulement des premières; etquanl à votre supposition, qu'eu prouvant la vérité de cetle hypothèse, je renverse les droils qu'on allribue à Moïse d'être regardé comme un auteur inspiré, je pense que vous êtes dans l'erreur. Car, en supposant même que tout ce que renferment les écrits de Moïse existait comme tradition avant d'exister par écrit, supposition que je ne cherche nullement à défendre, il resterait toujours encore assez à faire à l'inspiration pour le guider dans le choix , la distribution et l'ordre des matières, ainsi que dans le langage et plusieurs autres points. Mais loul ce que je prétends , c'est qu'il existait une tradition patriarcale d'où Moïse a tiré une partie de ses connaissances ; que, dans celle tradition , il avait été instruit par un de ses sens, c'est-à-dire par l'ouïe, et qu'il y a des preuves de l'existence de celte tradition. Outre cela, on peut remarquer que , quoique nous n'ayons aucun droit d'attendre que les choses nécessaires à noire éternel bonheur nous soient présentées sous la forme d'un commandement ainsi marqué du sceau de l'autorité, cependant un pareil commandement, lorsqu'il nous est une fois imposé , sans augmenter nécessairement le nombre des règles, préceptes (29) , doctrines et fails déjà existants comme tradition, ne laisse pas que d'augmenter matériellement l'obligation qui en résulte.
Rad. Pourrais-je vous demander une esquisse de la preuve de l'existence de celle tradition, de manière à me signaler les choses que je devrais examiner plus à fond, si je voulais acquérir une plus ferme conviction sur ce point?
Laur. Le genre de preuves à employer peut nous être suggère par les remarques déjà faites sur le syslème de Platon , qui, comme nous l'avons observé, parait merveilleusement s'accorder , sur plusieurs points , avec le système indien. Cet accord est, à mes yeux , une preuve convaincante que votre philosophie el la sienne descendent d'une source commune. Car, après en avoir retranche tous les points de divergence, on Irouve un grand nombre de points fondamentaux dans lesquels elles sont toutes les deux parfaitement d'accord ; or cet accord nous porle à conclure qu'elles remontent toutes les deux à une source eommune. C'est là une vérité dont nous devous être frappés , quelque difficulté que nous puissions avoir
ESSAI POUR LA CONVERSION DE L'INDE PHILOSOPHIQUE
à établir les anneaux intermédiaires de cette chaîne, et que nous devons tenir pour certaine , lors même que les doctrines seraient fausses. Leurvérité ou leur fausseté n'affecte en rien la preuve de leur commune origine. Et ce qui doit nous convaincre encore plus amplement de ce fait , c'est de voir que les poinls sur lesquels porte cet accord sont des points qui appartiennent à un système commun à ces deux philosophies , et non des vérités isolées auxquelles l'expérience de tous les peuples puisse arriver sans aucuns liens de communication, et leur donner comme un corps en les voilant sous la forme d'énigmes et de proverbes indépendants les uns des autres. Or je pense qu'il y a certains points dans lesquels les livres de Moïse sont d'accord avec les Védas et Manu, ainsi qu'avec ceux des autres pays; et j'en conclus qu'ils dérivent d'une source commune. Les différences qui existent entre eux ne font que rendre cette vérité plus croyable , parce qu'elles montrent ce que , d'après les principes déjà discutés, nous pouvions nous attendre à trouver, par l'analogie des découvertes dans les arts et les sciences , parce qu'elles nous montrent, dis-je, qu'à l'égard de la découverte de la volonté du ciel en matière religieuse , il a dû y avoir une certaine base semblable chez tous les peuples qui eurent accès à la découverte primitive, quoique perfectionnée ou altérée par des modiGcalions subséquentes. Or, les anciens livres chinois, aussi bien que les plus anciens livres indiens, s'accordent avec les livres de Moïse à déclarer qu'il n'y a qu'un seul Dieu; j'en infère donc que cette croyance a été transmise (30) par la tradition primitive à tous les peuples, et que les peuples qui ont perdu celte tradition ont oublié Dieu. Mais ce qui est oublié fut autrefois connu. Que si nous considérons les Egyptiens (3i),cet ancien peuple dans la sagesse duquel Moïse était instruit , nous verrons qu'il existe des traces fortement marquées de l'existence de cette croyance parmi eux.
Rad Mais si Moïse était instruit dans leur sagesse, comment peut-on prouver qu'ils ne furent pas la source d'où il a tiré ses connaissances? J'ai entendu quelque chose des Egyptiens de la bouche des Mahométans; et j'ai pensé aussi qu'ils avaient été de grands ennemis de toutes les vraies doctrines, selon votre manière de voir.
Laur. Probablement que non dans les anciens temps ; et nous pensons que, quoi que Moïse ait pu apprendre parmi eux, c'était Joseph qui avait originairement enseigné toute vraie sagesse aux sages de l'Egypte (32) ; de sorte qu'en ce cas c'était des Juifs que la vérité était venue aux autres peuples (33). Tous les premiers apologistes de la religion chrétienne sont unanimes sur ce point, et s'accordent à dire que c'est ainsi que les Grecs, à une époque subséquente, ont acquis la plus grande partie des connaissances qu'ils avaient en matière religieuse (34.). Pour moi, je suis d'avis que la même ligne de tradition, qui a été maintenue par les prophètes (35) depuis le
DlCMOSST. fcv ANGÉLIQUE. XVIII.
commencement da monde, et qui s'est enfin, pour ainsi dire, convertie en écriture chez le peuple juif, est la source originelle et primitive à laquelle tous les autres ont puisé. Je vous en ai produit quelques preuves pour ce qui regarde une nation, le peuple d'Egypte, et j'espère également vous en produire aussi quelques-unes, pour vous montrer qu'il en a été de même à l'égard des autres peuples.
Rad. Je vois clairement que tout ce que vous avez prouvé jusqu'ici, c'est que Moïse a pu être aidé dans la connaissance qu'il avait des choses sacrées par une tradition qui existait dès les premiers temps ; de sorte que si lui et Vyasa n'ont fait qu'arranger et coordonner des traditions existantes, et que si toute leur inspiration se bornait à assortir et à coordonner ces traditions, et à les adapter à leurs peuples respectifs, la question se réduit alors à demander comment peut-on découvrir quel est le peuple qui a conservé la plus grande somme d'ancienne tradition; quel est, en fait, le plus vrai représentant de l'ancien système de religion, qui fut autrefois, selon vous, la propriété do tous les habitants de la terre. Dites-moi donc quelles preuves avez-vous à offrir en faveur de la tradition de Moïse sur celle des autres.
Laur. Je veux d'abord vous prémunir contre l'idée de croire que, dans mon opinion, toute l'inspiration de Moïse consistait à choisir parmi une tradition existante (36). C'est ce que je n'ai jamais ni enseigné, ni voulu enseigner; je pense, toutefois, que la chose à laquelle nous devons nous arrêter d'abord, c'est aux parties de son système dans lesquelles il paraît ne faire que donner une nouvelle sanction à une tradition existante. Si, en ne prenant que cette partie du système de Moïse, je puis réussir à démontrer qu'elle porte des marques qui prouvent qu'il est la plus vraie révélation , alors tous les arguments tirés du caractère et de la dignité des autres parties distinclives de ce système viendront ensuite corroborer les premières preuves produites en sa faveur. Remarquez bien que ce fait, qu'il y a dans le monde un grand nombre de révélations opposées, dont il ne peut y avoir de vraies que les parties qui s'accordent avec la vérité autrefois connue (37), montre qu'il faut quelque chose de plus que le simple sens de l'ouïe pour assurer la transmission de la vérité. Donc, bien convaincus que, quoique Dieu puisse, dans la transmission de la vraie révélation, choisir de préférence l'usage des sens, afin d'humilier l'esprit orgueilleux de l'homme, il les accompagne cependant toujours en même temps d'opérations intérieures , mettonsnous à considérer jusqu'où s'étend la ressemblance extérieure entre votre loi et celle de Moïse. Comme il n'est pas probable qu'elles aient rien emprunté l'une de l'autre, eu égard à leur ancienneté de date, à la distance des lieux, et autres considérations que je pourrais alléguer, je vais les envisager en tant que dérivant l'une de l'autre (38) de quelque tradition primitive, puis exami-r
[Huit.)