DES RAPPORTS MULTIPLIÉS DE L'ESPRIT AVEC
LA M Ull M,
L'œil et l'esprit s'instruisent l'un l'autre. S. Ei'iuiK.u. Adv. Senti, xlv.
LirjREKT. Vous avez vu, Kadhakant, comment il se fait que dans vos anciens livres il s'est conservé une partie d'une ancienne tradition, qui contient la vraie doctrine plus ou moins défigurée; et une des raisons pour lesquelles il s'en est conservé une portion ei considérable dans l'Inde, ce son! sans Con-
dans une note; je me contenterai donc de l'opinion générale exprimée par Windisilimann sur un sujet que je m'avoue incapable de traiter d'une manière approfondie et satisfaisante. Voici comment il exprime son opinion, p. 12: i Tout ce qu'on peut conclure de l'examen le plus sérieux et le plus approfondi du système Rumérique des Chinois, et de la chronologie de cet empire, c'est que le récit deMoïse, dans les points même les plus insignifiants, est aussi peu inlirmé par celui-là que par les systèmes de l'Inde, de Babylone ou de l'Egypte, qui, dans leur signilicalion et leur valeur astronomique, sont à tous égards des calculs parfaitement exacts. » A cela je puis ajouter, pour empêcher qu'on ne se prononce tout à coup en faveur de la chronologie des Septante qui paraît se rapprocher davantage des nombres qu'on peut déduire des calculs païens, le passage suivant de Schubert, Gesch. der natur, vol. i, p. 176 : « Eine deram mechsten liegenden Ausgleichungs-perioden ist das vom Allerthuine ofi erwyehnte zehnmonatliche Jahr (Censor. de Die nat., vin, xxi, etc., etc.) welches zugleich als eine fur die Entwickelungsgeschichle des Menschenleibes, da er die zeit der Sclrwangeischalï, die zeit der Augestaltung des im Leibe der Mutier, umfasset, die des zehn-monallichen Jahr beslund namilich nicht aus zehn synodischen, soudern ans zehn siderischen oder knotenmonaten. Hiermit wurde es eben zu einer Ausgleichuii-i des Sonnenlaufes mit dem Mondenlaufe. Demi am 274 sien Tage endigt der zehnle siderisclie, und zugleich auch der neuule sonnennionat, oder das neunle Zwœllïheil der sonnenjalires. Esscheinl daher dieserdem Menschensonahe liegende Ausgleiehungsperiode im frùchesten Alterlhùue œfiers zuui Behul einer kùnsUicher Zeilreclinung gebraucht woiden zu seyn, deien spuren wir in se(>tuaginta, und in anderen chronologischensysteuien linden(m.v. meinen Lehrbuch der sternkuud. zweiie auf. in dem Abschnitt, die Zeilreclinung «1er Vcclker). >
(79) Manu, vui, 25, 26 : « Que par des signes extérieurs, par la voix, la eouleur, le geste, l'altitude, les yeux et l'action il (le juge) discerne l'être intérieur des hommes. A 1 attitude, au geste, aux mou vemenis du corps, au langage el aux changements de l'œil et du visage on découvre el on reconnaît l'intérieur de l'àine. n Voyez Cicéron Pro Rose. Amer., cap. 23.
(80) Manu, vin, 17 : « En vérité, la justice est le seul ami qui nous suit même après la mort; tous les aulres périssent avec le corps. » L'autre passage auquel on vient de faire allusion se trouve v. 15.
(81) Windisch., p. 11)00, cile des exemples qu'il tire de Gotania.
(82) Voyez les exemples rapportés dans la note 29. Je pourrais ajouter ici que l'ancienne ira lilion y est envisagée de la même manière que 1 envisage aussi H. J. Sclunilt, Urofj'enbarung, pref. p. îv, v, ouvrage que je n'avais pas encore vu, mais dont le plan, à en juger par la préface, est t 1, qu'il est vivement à désirer qu'il soit mis au jour. La partie déjà publiée n'a rapport qu'aux Chinois.
trodit les mœurs austères de vos anciens prophètes. Car, par l'abstin«Mice des biens de celle vie, l'âme est purifiée el rendue digue île voir les biens de l'autre vie. Le calme de l'esprit, ainsi que l'aptilude à recevoir les biens de l'autre vie, naît de la dévotion el de la piété du sannyasi, qui abandonne père, mère, maisons el terres, el tout ce qui lui est cher, dans le seul espoir de voir ce qu'il croit être la vérilé. Mais pour les chrétiens qui agissent ainsi, notre divin Maître leur promet le centuple en celte vie, c'està-dire, ici bas la joie et le calme de l'Ame ,
DEMONSTRATION I YAM.n.lQŒ. MORRIS
et dans le monde futur une vie qui ne Boira point. J'ai dit que fOS anciens sages sont parvenus par les lapas à découvrir un grand nombre de saintes vérités ; la discipline qu'ils observaient les rendant aptes à transmettre la vente, en même temps qu'ils étaient capable! de la voir et de la comprendre, parce qu'ils n'étaient pas une troupe dissolue comme les (irecs, chez lesquels la . latte même des prêtres était souvent licencieuse , et ne cherchait pas la chasteté et la sainteté par une discipline sévère, mais par plusieurs inventions dont il serait honteux même de parler (1). Aussi l'un d'entre eux, qui était un homme plein de finesse et de sagacité, at-il pensé que voire philosophie et celle des Juifs ne faisaient qu'un, et un autre, qui appartenait à la même école 2), a dit que toute la sagesse des sages, dans les choses profondes, dérivaitou des Juifs (3)ou des hrahmanas de l'Inde, car il les appelle par leur nom. 11 est donc manifeste que dans l'Occident même vous passiez pour être les héritiers d'une grande sagesse ; et, sans contredit, s'il exista une source, commune de toute sagesse dans la tradition, il se peut bien faire que vous et les Juifs ayez beaucoup de choses qui vous soient communes.
lUniiAKWT. Voulez-vous revenir sur votre doctrine à l'égard de cette source commune des connaissances, où les anciens , avant même que l'art d'éirire fût connu, ont puisé toute sagesse, afin que je puisse m'assurer mieux que je comprends ce que vous voulez me dire.
Laur. J'ai pensé, depuis notre dernier entretien, à me servir, pour en expliquer le sujet, d'une (able que je vais vous raconter. Il fut un temps jadis où toutes les rivières du monde se réunirent sous terre pour s'entretenir ensemble d'un phénomène qu'elles avaient observé, et dont elles avaient parlé de temps à autre une à uneavec leurs sœurs, mais qu'elles ne pouvaient parfaitement comprendre qu'en se réunissant en concile général. Elles avaient observé qu'il croissait sur les bords de chaque rivière certains cristaux, de formes anomales, que leurs eaux ne pouvaient aucunement fondre. 11 y en avait beaucoup qu'elles dissolvaient aisément, beaucoup qu'elles réussissaient après un long temps à absorber dans leur propre essence, mais il en restait toujours quelquesuns qu'elles ne pouvaient aucunement dissoudre. Sur ces entrefaites, une ou deux des grandes rivières de l'Europe vinrent trouver une très-large rivière, dont la bouche et la face étaient toujours tournées vers l'Asie, et lui apporlèrenl quelques-uns de ces cristaux. Celle-ci trouva qu'elle pouvait en dissoudre très-facilement plusieurs, mais qu'il en restait toujours quelques-uns qui défiaient ses propriétés dissolvantes, ne voulaient pas se laisser absorber dans son essence, mais s'attachaient opiniâtrement à ses rives partout où ils pouvaient, et résistaient à tous les cmbrassemenls et à loules les caresses délicates de ses ondes folâtres et joyeuses. Celte singulière circonstance engagea les rivières
eurupéenn s à considérer plus attentivement s'il ne se trouvait point le long de leur- rives quelqu'autre chose qui pût jeter quelque lumière sur le sujet en question, ne voulant pas donner a leurs sœurs d'Asie I I peine de se rendre à une assemblée générale, <l'autant plus que beaucoup d'entre elles demeuraient
a une |j grande dislance qu'il leur eût fallu
entreprendre un long voyage, et qu'il
aussi probable qu'elles ne pourraient réduire les cristaux récalcitrants à un étal sullisant de dissolution pour qu'on pût en i \ iminer la nature. C'est pourquoi les ri\ euopéennes considérèrent si les arbres qui croissaient sur leurs bords étaienl pour quelque chose dans la conspiration des cristaux à résister à leurs forces réunies. En comparant leurs notes, elles reconnurent que, quoique les arbres qui étaienl sur leurs rives eussent beaucoup de trails de ressemblance, il s'y trouvait cependant quelque petite différence qui pouvait peut-êire affecter le sol sur lequel croissaient ces végétaux, et il se trouva en effet qu'il en était ainsi dans certains cas. Elles commencèrent alors à penser que si elles pouvaient classer eea variétés d'arbres el rattacher chacune des différentes espèces du genre qui lui est propre, elles pourraient peut-être analyser toute la difficulté et découvrir ce qui les empêchait de dissoudre ces cristaux réfrac taires. I a procédé fut aussitôt mis en œuvre, et l'on reconnut d'une manière assez certaine qu'il réussissait dans un grand nombre de cas. Quand on eut examine l'i n fluence d'une ed'arbres sur le sol, on s'expliqua alors comment tels et tels cristaux étaient formés, et celte découverte leur suggéra unmoven poor les dissoudre. Mais ce moyen ne les satisfaisait pas ; lesujeten question elailev idemment toujours couvert d'un nuage, el elles convinrenl, en conséquence, qu'un concile général de toutes les rivières du inonde était l'unique cho-e qui pouvait pleinement éclaircir toutes les difficultés relatives aux cristaux et aux arbres. Cependant, comme c'était là une affaire fort difficile à traiter, elles nommèrent des députés, et quoique je ne puisse me rappeler le nom de tous, je me contenterai de citer seulement quelques-uns des plus e mine nls. C'étaient la Tamise pour l'Angleterre , le Rhône pour la Erance el les pays voisins : le Danube pour une étendue immense de pays; le Tibre, qui avait tourné si longtemps le dos à l'Asie qu'il avait tout-à-fail peur de s'y rendre, et, en outre, plusieurs riv iéres de Russie, distinguées par leur rang el leur importance. En Asie, l'Oxus, letîange. l'Euphrale. l'Indus et plusieurs autres qui se présenteront d'eux-mêmes à noire mémoire. Après plusieurs essais tentés par l'Eupbrate, il trouva qu'il ne pouvait aucunement arriver à une parfaite solution des cristaux; çà el là ils cédaient à ses sollicitations, mais pour la plupart lout ce qu'il pouvait obtenir, c'était qu'ils laissassent paraître quelques lignes presque imperceptibles, qui indiquaient la direction dans laquelle ils leudaient à se rompre : el même dans un bien
ESSAI FOUR LA CONVERSION DE L'INDE PHILOSOPHIQUE
plus grand nombre encore de cas le succès n'allait pas jusque-là. Laissant de côté tous les autres essais de ce genre, je ne vous étonnerai pas en vous disant que ce futle Gange qui expliqua comment on pouvait les dissoudre tous, et comment les arbres plantés sur leurs rives avaient influé sur la production de ces cristaux, ce qu'aucune des rivières de l'Occident n'avait pu expliquer.
Rad. Voilà une fable comme je les aime; mais dites-moi maintenant ce que signifie cette fable, ce que sont ces rivières, ces arbres et ces cristaux.
Laijr. Eh bien I écoutez. Les eaux (k) des rivières sont les peuples ou les nations de la terre , et les cristaux sont leurs langues. Quand un peuple i e peut fournir de données pour les inierpiéter, il faut alors avoir recours à un autre; et quand les petites eaux et celles qui sont les moins anciennes ne peuvent pas éclaircir les difficultés d'une langue , il faut alors recourir à d'autres. L'ancienne langue des Golhs peut éclaircir les difficultés d'un grand nombre des langues de l'Europe, en fournissant d'anciens mots et d'anciennes formes de noms qui sont tombés en désuétude chez les autres peuples. Voilà donc, Radhakant, ce que signifie cette dissolution des cristaux. Mais on ne peut pas toujours expliquer les difficultés de la langue d'un peuple par la langue d'un autre; il nous faut aussi considérer comment les arbres qui croissent sur les rives peuvent affecter le sol. Ces arbres, ce sont les coutumes des différents peuples , leurs lois , leurs usages et leur religion. On en peut tirer beaucoup plus d'éclaircissements; et quelquefois le peuple le plus ancien fournira à cet égard les moyens d'expliquer des choses relatives à la langue d'un peuple moins ancien. Le Danube peut représenter la langue gothique ; la Tamise, l'anglo-saxonne; le Rhône, la langue celtique; et le 'libre, la langue romaine ou latine, dont l'inlluence (5) dans toutes les langues de l'Europe est immense. Mais sur les bords du Danube, ou du moins assez près pour l'y rattacher, habitait un peuple appelé les Hyperhoréens (6); et c'était, d'après un très-savant géographe, un ordre sacerdotal qui avait apporté sa science de l'Inde. On peut leur associer les Saces, qui étaient venus aussi de l'Inde, et avaient répandu dans le monde la science de l'Inde, soit pure ou impure, soit corrompue ou non corrompue. Le nom de ces derniers s'était répandu si loin, que les Egyptiens qualifient du titre de Bach (7) un écrivain sage, et qu'en latin le mot sncer s'emploie pour dire saint. Mais quoique l'examen et la comparaison de ces langues aient beaucoup fait pour arriver à des notions plus claires sur leur structure et leur formation, et établir l'élude du langage sur une base plus solide, toutefois, jusqu'à ce qu'on soit allé trouver le Gange, que le Vayu-Purana appelle fort bien l'assemblage de tontes les eaux saintes (8); car ce nom convient Irès-bien à notre mythe ou fable, il n'avait encore clé comparativement rien fait, uour éclaircir les difficultés relatives tant à
la formation des mots quaux coutumes auxquelles il est fait allusion dans les différentes langues. Gomme un puissant dissolvant, la langue sanscrite, quoique inconnue pendant tant (9) de siècles en Occident, et ayant cessé elle-même en fait d'être communément parlée, dès que le grec fut en pleine vigueur (10), le sanscrit, clis-je, fit fondre les cristaux devant lui; comme le dissolvant universel de l'alchimiste, les institutions de Panini firent tomber en poussière devant elles les plus durs et les plus forts d'entre eux. Les coutumes des anciens Indiens ont servi à expliquer une foule de choses jusqu'alors inexpliquées; et les peuples d'Occident virent combien c'était en vain qu'on irait aux eaux de Babyl ne (11) pour avoir une solution claire des difficultés des langues européennes. Le mythe (ou la fable) est fini, ô Radhakant, ainsi que son explication; oui, c'est fini 1
Rad. Mais quel rapport tout cela a-t-il avec le sujet de noire entretien, savoir, la propagation de la science sacrée dans le monde?
Lai h. Ecoutez donc. Voici une explication de l'explication. Le Gange est, dit-on, le fleuve qui efface (12) tous les péchés; les saintes paroles (13) aussi effacent tous les péchés. On dit que le Gange est sorti (ik) du pied ou du doigt de Siva, suivant la différence des versions. Eh bien! supposons, dans cette explication, que c'est le doigt, et ne perdons pas de vue que c'est le langage qui a été le canal de la tradition ; le langage qui , selon Golama (15) , est venu des dieux , et est une inspiration. Si donc l'ancienne et vraie doctrine fut indiquée d'abord à l'homme (16) par le doigt même de Dieu, il ne sera peut-être pas hors de propos de faire du Gange le représentant de celle ancienne et pure doctrine qui , par sa plénitude, aplanit les difficultés et les perplexités de tous les peuples, el qui pouvait parler aisément des choses sur lesquelles ces peuples ne pouvaient encore que bégayer imparfaitement et n'avaient que des exposés obscurs , ou exagérés, ou défigurés de la vérité. En effet, quels fruits (17) les longs travaux de la philosophie ont-ils produits? A quoi ont servi tant et de si grands labeurs? N'est-il pas vrai qu'ils n'étaient lous gros que de veni,et incapables de mettre au jour ce qu'ils avaient conçu? Ils n'avaient eu que des avortemenls, jusqu'au moment où ils ont été éclairés de la lumière de la connaissance de. Dieu. L'ancienne tradition, consignée dans les livres de Moïse, a pu éclaircir beaucoup de choses qui avaient toute l'apparence de la vérité, et, en les éclaircissant, faire voir clairement aussi que ce que possédaient les autres nations du monde n'était que de fausses apparences et des ressemblances non réelles de la vérité : car l'objet de celte ancienne tradition était de conduire les hommes à Dieu. En vain les hommes voulurent-ils adorer Dieu , lant qu'ils ne l'adorèrent pas tel qu ri t'était révélé lui-même. Or, de même que la langue sanscrite, quoique si longtemps ignorée, ayant cessé d'être parlée environ quatre
DEMONSTRATION l.VANU.UQUE. MOHMS.
cents an* avant Jésus-Cbrist, si bieo que pendant presque mille ans de l'ère chrétienne il n es fui pour ainsi tllre plus qu (Ion on Europe; de même, dis-je, que la lanpue s nsrrlle donne la possibilité de découvrir el d'é lairclr beaucoup de choses dans les langues d • l'Europe, qui probablement faciliteront les co municalions entre li i différents peuples, conduiront à l'élablissemeni d'un comn erce el de rapports paisibles et amicaux entre eux, et seront inévitablement pour eux un grand bienfait, ainsi en sera-til de la \ i aie révél lion : quoique longtemps Inconnue aux antres n. liions, elle deviendra la source de grands et inestimables avantages, d'inestimables bienfaits.
IUn. Vous m'avez expliqué la cause des ressemblances qui existent entre la loi de Moïse et celles des autres nations, en \ous appuyant sur l'hypothèse d'une ancienne tradition conservée avec pins ou moins de pureté par le; différents peuples; mais vous ne m'avez pas expliqué d'où sont venues ces ressemblances, en apparence d'un ordre différent, dont vous venez de me parler.
Lacb. Je vous ai enseigné, si vous vous le rappelez, que ce ne fut pas celle révélation lout entière qui fut transmise aux hommes par la tradition, mais seulement certaines semences ou certains germes de cette même révélation, absolument nécessaires, comme tout le monde sail, pour arriver à la connaissance de Dieu et de la vérité. 11 peut y avoir des exemples de peuples qui, sans alphabets ou lettres, aienl conservé de mémoire (18) une mesure plus abondante de vérité, que d'autres avec des moyens même meilleurs ; mais il n'existe pas , que je sache, de preuve qu'on soit jamais parvenu par le raisonnement à la découverte de ces principes élémentaires, quoi qu'ail fait le raisonnement pour les confirmer, une fois qu'ils ont élé connus. Si donc ils ont été communiqués aux hommes par le sens de l'ouïe, qui esl, suivant nos livres, le moyen employé par Dieu pour communiquer la substance des choses qui ne se voient point, ils oui pu, faute de trouver des oreilles attentives, se perdre insensiblement et par degrés. Or, les péchés des hommes font qu'ils cessent insensiblement de se trouver disposés à entendre la vérité religieuse; et c'est ainsi qu'ils en retranchent des parties dont l'omission fausse et défigure le lout. Voilà peut-être un moyen d'expliquer comment la venté s"csl trouvée faussée el défigurée chez les autres peuples. Comme donc, suivant nos livres, c'e-t par l'oreille (19) de nos premiers parents que la mori est entrée d'abord dans le monde, c'est encore par l'oreille qu'elle continue d'y entrer, et c'est également par l'oreille que doivent y entrer aussi la vérité el la vie.
Il est encore une autre source d'où purent procéder ces semblants de vérité. Car le même malin esprit qui trompa Eve, la mère d i tous les virants, inventa aussi de pe rudes
apparences de vérité pour les tromper à leur iniir dans la suite. Quand une fois les hommes eurent été divisés eu différentes lan-
;> d'un grand péché dont le soutenir s'est ronservé de temps immémorial en C une ("i"), il ne leur lui plus sas
;rii à la i ai e de -< m, chargée de transmettre la vraie doctrine. Satan sut se prévaloir de cette confusion amenée i m le
dans le langage, |>"U' dét< urner de
plus en plus les hommes de la vérité. In effet, celte confusion vint surprendre les hommes lorsqu'ils travaillaient i bàlir une
tour pour délier le ciel; <• il persil probable
qu'ils (h ingèrent alors, pour eu parler plusieurs autres nouvelles, la langue qu'ils
avaient tous en commun : car, à moins d'avoir perdu leur première langue, I ur ouvrage n'aurait pas été tout a coup arrêté. Ce fut donc ■ ar suite d la perte que firent toutes les autres familles de la langue primitive, et c mmune. qui ne subsista pi s que dans une d'elles, que la construction de leur lour fut arrêtée; et comme, par l'introduction de ces nouvelles langues, ils se trouvèrent étrangers les uns aux autres el dans l'impossibilité de s'entendre, il y eut parmi eux des guerres et des sujets de divisions, occasionnés par la diversité des langues ("21). C'est ainsi que non-seulement ils ne purent plus, mais ne voulurent méms pus recevoir la vérilé de la main les uns des autres, et qu'ils devinrent une proie facile à l'erreur, d'où il leur fut moins possible de se retirer, après y êire une fois lombes. Ainsi, les malins esprits voyant que les autres peuples n'avaient plus d'accès auprès du peuple hébreu , chez lequel la vérité s'était conservée par la famille de Sem,en mirent dans l'esprit des hommes diverses apparences qui, par leur ressemblance avec elle (22), étaient propres à diminuer le crédit de la vérité, ou p ulol à le faire passer de leur côte el le tourner à leur avantage) et comme ils savaient quelle et lit la vérité, et qu'ils avaient beaucoup à craindre de ses succès, ils semblent avoir pris un soin tout particulier à jeler dans l'esprit des hommes plusieurs doctrines d'incarnations (23) dans le monde. Aussi, quoique les Védas ne parlent pas, je crois, d'incarnations, il esl question ce; end. ml de dix parmi vous. De toutes ces incarnations, celle de Crisbua, surtout, contient cert.nns points plus particulièrement i r | res a jeter dans l'erreur. 11 est dit qu'il fut élevé parmi les vaches, et qu'il donna dans sa jesjnSSSS des preuves précoces de sa force surnaturelle, choses qui portent de grossit r> traits de ressemblance avec ce nue l'histoire raconte de celui qui s'est réellement incarné. Ou pourrait citer encore plusieurs autres traits semblables; mais j'ai île ii répugnance à comparer, même de celle manière, des choses sacrées pour moi avec des choses qui, ainsi comparées, ne peuvent éire | oui moi que des choses prolanes. Si cependant la nature du sujel VOIS v engage, nous considérerons quelques-unes des autres manières par lesquelles le tradition, qui bstvenne iv l'ouïe, B'esl perpétuée; mais alors il nous faudra évidemment examiner uou-seulement ce que les moyens suruulurels ont fourni
309 ESSAI POUR LA CONVERSION
aux hommes de secours pour arriver à la connaissance de la vérité, mais aussi ce que de semblables moyens leur ont fourni de contraire à la vérité.
Maintenant que je crois avoir démontré ce fait d'une manière suffisamment claire et évidente, je puis continuer à faire ressortir l'importance des sens. Vous ne vous imaginerez plus, je l'espère, que je nie l'absolue nécessité d'un secours surnaturel pour arriver à la connaissance des vérités relatives au monde invisible, puisque je pose en principe, ce que tous les peuples ont plus ou moins cru, qu'il y a de malins esprits (2k) qui agissent sur nos âmes et leur présentent sous un faux jour les vérités morales et religieuses, aussi bien qu'il y a de bons esprits qui les leur présentent sous leur vrai jour. Or, Kanada (25) convenant comme Gotama (16) qu'il faut remonter finalement à quelque chose de plus que les sens pour la connaissance des règles du Dharma,nous pouvons regarder cela comme un fait établi, et procéder à un examen plus approfondi de l'usage que le Maître de la création a fait des sens pour amener des créatures à la connaissance des choses divines. Je ne fais qu'affirmer de plus en plus l'absolue nécessité de la divine Prasada conjointement avec eux.
1* Je commencerai donc par montrer en quoi consiste leur coopération mutuelle dans les choses ordinaires et communes. Or, nous savons que notre mémoire peut contenir en elle un nombre considérable de connaissances. Personne n'y peut entrer et découvrir où elles sont. Elles (27) n'y occupent point de place; tout en y habitant, elles n'en épuisent ni la vigueur ni l'élasticité; et quoique l'homme ne soit qu'un être simple et d'une nature simple, considéré sous le rapport de l'âme, sa mémoire cependant est quelquefois tout aussi ignorante de choses qui néanmoins, comme on le reconnaît dans la suite, y étaient contenues, bien qu'on ne puisse dire, à proprement parler, qu'il les connût alors. En effet, il est des circonstances particulières où il nous est impossible de nous rappeler le souvenir d'une chose sans le secours extérieur de quelqu'un de nos sens. La moindre chose extér.eure et visible est quelquefois, comme nous le savons tous, absolument nécessaire, comme condition indispensable, pour que la faculté intérieure et invisible de la mémoire (28) puisse exercer aucune de ses fonctions. De plus, il y a un grand nombre de découvertes importantes , par rapport au bien-être de l'homme, 'lont, nous le savons tous, l'esprit n'aurait jamais été frappé, sans l'aide de quelque petite chose insignifiante, qui s'est offerte en môme temps au contact des sens. Ainsi l'analogie semblerait devoir nous conduire à penser que nous pouvons être grandement redevables aux sens, comme moyens d'arriver à la connaissance des vérités surnaturelles, puisque le moyen par lequel le Seigneur nous conduit aux vérités naturelles entraîne l'usage de ces choses extérieures,
malgré la coexistence des dons intérieurs les plus grands.
2° Le corps aussi doit être dans un certain degré de santé pour la pleine vigueur de l'âme. Je dis un certain degré (20), parce que je regarde la pleine vigueur de l'un et de l'autre à la fois comme deux choses tout à fait incompatibles. C'est une nouvelle preuve de la dépendance dans laquelle nous nous trouvons relativement à nos corps.
3° Ces choses, prises collectivement avec les considéralions suivantes, pourront peutêtre avoir de l'importance. Toute notre manière de penser et d'agir, dans les choses de la vie présente, suppose que nos corps et tout ce qui nous "environne est réel : c'est pourquoi on peut les considérer comme réels, par rapport à toute espèce de but pratique. 11 me paraît, par conséquent, inutile d'imaginer une philosophie aussi peu pratique que l'est quelquefois celle des Védanta, qui contredit tout le système sous lequel il a plu à la Providence de nous placer. Car nous voyons que, pour la science même la plus sacrée, nous sommes faits dépendants de nos sens : ce qui semble fortement indiquer que les sens doivent être regardes comme ayant en eux-mêmes de la réalité, et que leurs objets sont réels, autant du moins que nous sommes en rapport avec eux. Nous sommes placés dans un système où le genre humain doit traiter avec nous; et nous devons, en dépit de toutes théories contraires, traiter avec le genre humain comme si les objets des sens étaient réels. D'où il s'ensuit que celte philosophie ne me paraît nullement pratique, qui conduit les hommes à regarder ces choses comme n'étant pas réelles.
4° Une autre preuve de cette idée que la Providence a voulu que nous considérassions la matière comme réelle, c'est que Dieu n'a jamais permis, autant que je puis le savoir, qu'il vint à notre connaissance un seul cas où l'on pût même soupçonner qu'aucune espèce de matière (30) se trouve anéantie, tandis qu'au conlraire ie fait, que la matièro est susceptible de si prodigieux changements dans son mode d'existence, comme on le voit dans plusieurs cas, par example, dans le cas de la glace qui peut se convertir en vapeur; de plusieurs gaz , qui , étant produits sous une pression suffisante, peuvent être rendus liquides, bien que l'essence des gaz en ce dernier cas, et celle de l'eau dans le premier, demeure entièrement intacte et complète; ce fait, dis-je, est une présomption directe que la matière est susceptible d'autres nouveaux changements encore plus merveilleux, sans tomber jamais dans l'anéantissement. Par conséquent, si une révélation présente les sens ou le corps en général comme une condition nécessaire, ou comme un canal des moyens de salut dans tous les cas ordinaires, notre expérience n'offre, dans le fait, absolument rien qui contredise cet enseignement, quoi que puissent faire nos théories. Or, comme c'est l'expérience et non la théorie qui doit nous servir de guide en fait de pra-
DKMUNSTuATION EVAV.KUOlT MORRIS.
tique ; comme, de |)lus, les hommes souvent attirent sur eux-mêmes et sur les autres de bien grandi malheurs, même eu cette vie,
en sunant opiniâtrement leurs théories Bel choses au lieu de se conformer à l'enseignement des hommes d'expérience ; c'est uno question tout-à-fait sérieuse pour vous que (elle de savoir si vous ne devez pas être en état de prouver d'une manière beaucoup plus démonstrative la vérité du système des védanta, avant de le laisser exercer la moindre influence sur votre pratique. Or, le choix. «Mitre le christianisme et le brahmanisme est une question pratique, et qui vous paraîtra d'autant plus sérieusement intéressée dans l'idée que vous vous ferez de nos relations avec la matière, que vous connaîtrez davantage le christianisme. Qu'il me soit permis d'ajouter, comme par précaution, que je ne prétends pas du tout soutenir que la matière soil indestructible, ni qu'elle sera ou ne sera pas effectivement détruite ; mais ce que je prétends ici, c'est que si dans une révélation il se trouvedes choses parliculières qui, dans notre manière actuelle d'envisager celle révélation, paraissent fondées sur l'hypothèse de l'éternelle durée de la matière, nous ne pouvons, à ne consulter que l'expérience que nous avons actuellement du gouvernement de Dieu dans ce monde, et non nos théories sur ce qu'il peut être, nous ne pouvons faire de ces choses particulières aucune objection contre cette révélation. A plus forle raison ne pouvons-nous pas en faire une objection contre la révélation, si nous voyons qu'elle insiste sur la nécessité de la matière ou des sens pendant la durée du régime sous lequel nous vivons dans un état d'épreuve.
Kad. Il y a dans tout cela plusieurs choses qui distraient mon esprit en y faisant naître différentes pensées nouvelles. Mais il est une chose que je désire plus particulièrement vous demander, savoir, d'où vient que vous, qui insistez tant sur l'usage des sens , vous vous élevez si fort, comme font tous les chrétiens, contre le culte des idoles. Il me semble à moi que si les sens sont d'une si grande importance pour conserver la religion dans le monde, c'est surtout dans ce cas qu'on en fait pleinement usage. Pourrais-je donc vous demander comment il se fait que vous professiez ici des opinions si contradictoires?
Lu n. Si vous pouviez prouver, Kadhakant,que ces idoles aient été établies par ordre de la révélation, je me croirais tenu de répondre à cette question ; mais si elles ne sonlque le fruit de votre propre imagination, je ne suis nullement tenu d'y répondre. Il est juste , en effet , de montrer que ce que nous éprouvons sous le gouvernement naturel de Dieu, loin de contredire ce qu'on nous dit de son gouvernement révélé, se trouve au contraire parfaitement d'accord avec ; mais il serait lout-à-fait hors de propos de montrer (|iie sous son gouvernement naturel il y a des choses qui cadrent avec Ici propres inventions de l'homme, dans le but do le
servir ('M) lui ou les autres êtres. Quand il nous dévoile une portion de son gouvernement inftsible, c'est alors pour nous un devoir de chercher des points de ressemblance dans la partie de ce couterneuienl qui est placée sous le domaine de notre expérience; mais l'homme n'a pas le droit de décider par lui-même et de sa propre autorite ce qu est le système invisible «les cfaew I, et d'en conclure qu'il cadre avec le système visible ; car ce serait faire de nous des dieux, et nous donner comme connaissant ce qu'est le gouvernement invisible de Dieu. Les Védas, je crois, ne font nullement mention du culte des idoles, de sorte que vos plus anciennes révélations s'accordent ici avec la notre (88) à les rejeter.
Rao. Vous m avez précédemment laissé apercevoir que vous éliezdé> idémenl opposé au polythéisme ; mais je voudrais bien savoir ce que vous avez à objecter contre, indépendamment de la raison que vous venez d'alléguer, qu'il n'a pas été révélé à l'homme. Je ne prétends pas du tout chercher à justifier la croyance (33) de plus d'un Etre suprême, quoique notre pratique soild'adorer encore d'autres êtres ; toutefois il me semble que ce que vous avez dit de l'importance des sens tend à justifier cette pratique.
Laur. Je pense qu'il y a sur ce point un très-grand nombre d'objections à élever, bien que la plus forte de toutes, à mon avis, parraisse être qu'il n'y a jamais ea d'images dans aucun pays que quand la religion est venue à se corrompre. Les hommes ont certainement de la tendance à dégénérer (3i), et c'est précisément à mesure que cette dégénération est venue à s'opérer que l'adoption des images (35) a commencé à prévaloir, ce qui me paraît être une présomption très-forte contre leur usage. Tous les hommes reportent leurs regards vers les âges primitifs, comme plus purs que le siècle où ils vivent, et notre divin Maître s'est exprimé, conformément à ce que vos livres disent du kaliyuga (36), de manière à faire entendre que lorsqu'il viendrait jui*er le monde il ne se trouverait presque plus de foi sur la terre. A différentes époques, quand, parles jugements qu'il a exercés sur la terre, il a fait trembler les consciences humaines par l'attente d'un jugement plus définitif encore avenir, il a puni très-sévèrement les nations de les avoir adorées, et ce n'est que par un jugement sévère de ce genre qu'il a guéri le peuple juif de celte pratique.
Mais ce qui doil principalement fixer notre attention, c'est que nos livres représentent le culte des idoles comme ayant des rapports avec le monde invisible , et mettant les hommes en relation avec les dénions ^37); ce qui pourrait bien être en effet l'essence même de l'idolâtrie, si, conformément à voire manière de voir sur ce point, ■l'idolâtrie ne consiste pas lant à adorer l'image visible qu'à honorer les êtres invisibles qu'elle représente. Si donc ces êtres invisibles sonl ou paraissent être des créations de votre propre iuiagiuaUon, fusscnl-elles mémo réellement
ESSAI POUR LA CONVERSION DE L'INDE PHILOSOPHIQUE
inspirées ou animées par ces mauvais esprits, combien ne serait-il pas terrible de s'exposer au danger de regarder comme des dieux des êtres qui ne sont tout au plus que des hommes morls ou peut-être de malins esprits, qui se trouvent assez satisfaits que vous vous prosterniez devant eux pour les adorer, et que vous croyiez qu'ils peuvent envoyer la pluie et donner l'accroissement, bien qu'ils n'aient réellement pas ce pouvoir! Je sais, il est vrai, que quand un peuple a longtemps adoré les idoles, il y a dans ces idoles une sorte de pouvoir magique et vraiment étonnant qui subjugue l'âme et l'attache à elles (38); ce qui ne fait que me convaincre de plus en plus qu'elles ont, comme nous le disent nos livres, des relations avec les malins esprits. Voilà donc, ce me semble, un fait qui nous montre l'homme établissant, de son propre choix, entre lui et la matière des rapports que Dieu n'y avait pas établis : car il me paraît impossible de détruire ce fait que tant de peuples s'avouent coupables d'avoir inventé les idoles , à mesure que le culte simple de leurs pères s'éteignait avec la simplicité de leurs mœurs. Dire que ce qui convient à un âge peut bien ne pas convenir à un autre âge, ce n'est qu'obscurcir une vérité évidente, qu'un siècle corrompu comme celui de Kali n'a pas un culte aussi spirituel qu'un siècle innocent et simple comme celui de Salya. C'est là, à ce qu'il me semble, Radhakant, une chose dans laquelle vos ancêtres étaient plus près de la vérité que vous ne l'êtes, il s'en faut de beaucoup, maintenant. 11 est possible qu'ils aient frayé la route à votre système actuel, ainsi que je l'ai déjà fait entendre. Je vois en cela une preuve frappante de l'existence d'un grand malin esprit, principe et âme d'un système d'opposition à la vérité qui, à différentes époques du monde, paraît avoir essayé de faire prévaloir son système par de faux oracles, par des impiètements graduels sur la vérité, par des miracles mensongers et autres stratagèmes. Je ne sais pas non plus si l'on n'aurait point quelques raisons de penser que quand il voyait qu'il ne pouvait s'emparer de quelque vertueux païen, il le laissait tranquille, sans le molester, dans le but de le faire mieux servir à tromper les autres, qui prendraient cet homme par erreur pour le vrai Messie, le grand modèle de toute sainteté. Aussi ceux qui so son! livrés eux-mêmes à lui comme ses serviteurs, ont-ils, dans un très-grand nombre de circonstances , affecté un air de sainteté, et fait servir la conscience et la religion de prétexte à toutes sortes de forfaits. Ainsi, par exemple , le respect que les hommes témoignent à leurs ancêtres défunts, ou à d'autres êtres qu'à l'Etre suprême, ne paraît au premier abord qu'un acte légitime de devoir et de religion, et que l'on peut, je l'avoue franchement, plausiblement justifier comme ne dérogeant nullement au respect qui n'est dû qu'à Dieu seul; mais l'histoire du momie, qui est le témoignage de l'expérience, nous 4>i malheureusement le contraire, et c'est
la meilleure réponse à donner à toutes les théories et excuses de la pratique. Nulle part l'idolâtrie ne s'est introduite chez les peuples que quand ils ont eu perdu l'austère simplicité delà piété primitive, et jamais, autant que je le puis savoir, elle ne s'est établie sans exercer de grands ravages dans l'âme des idolâtres.
Rad. Ainsi, vous voulez me faire conclure de tout ce que vous avez dit, que, quoiqu'il existe plusieurs relations établies entre nous et la matière, en ce qui concerne nos intérêts religieux, le culte des idoles n'est cependant pas une pratique que l'on puisse prouver par la raison ou par l'antiquité. Or, si c'est là votre manière de procéder , et que vous laissiez la raison de côté, lorsque l'antiquité est claire, comment se fait-il que les relations dans lesquelles vous met la loi de Moïse, comme nous la loi de Manu, avec la matière, soient maintenant entièrement rompues par les chrétiens, qui mangent de la chair comme des Pisachas, et ne se doutent même pas qu'il résulte aucune espèce d'impureté ou de souillure de la matière?
Laur. Celte question, je pense, Radhakant, se réduit à demander comment il se fait que la loi de Moïse n'est plus, en un sens, obligatoire aujourd'hui pour les chrétiens; je crois du moins que vous avez la persuasion que je dois en conscience vous expliquer ce fait, étant convenu que votre loi s'accordait avec la loi de Moïse sur plusieurs points dans lesquels les chrétiens s'en écartent aujourd'hui. Or, dans tous les cas, je dois confesser que je vois clairement que votre question devrait être franchement abordée et résolue, et que je ne puis y répondre immédiatement; mais qu'en essayant de la résoudre, il me faut passer directement et sur-lechamp à cette autre question plus générale : Pourquoi la loi de Moïse n'est-elle plus obligatoire maintenant? Cette difficulté une fois résolue, la difficulté particulière au sujet des impuretés résultant de la matière, se trouvera aussi par là même résolue. Rappelonsnous donc bien ce qui nous a fait quitter le sujet de nos relations avec la matière pour nous jeter dans celte digression, afin que quand la question de l'abrogation de la loi de Moïse aura été discutée, nous puissions revenir à ce qui faisait auparavant le sujet de notre entretien.
I Rad. Il me tarde extrêmement oe voir comment vous y répondrez; mais je n'oublierai pis ce qui était avant cette digression le sujet de notre conversation.
Laur. Toute société est liée ensemble, n'est-ce pas? par la loi.
Rad. Assurément, oui.
Laur. Et si nous considérons les petites politesses et civilités ordinaires de la vie, nous verrons qu'elles ne sont dans le fait quedeslois résultant de la loi de la nature, qui fait des hommes des créatures sociables; n'est-il pas vrai?
Uai>. Oui, certainement.
Lauu. Mais les diverses manières d'exprimer la civilité ne sont que des sigues purement
DE.MONSTKVH0N KV
conventionnels; personne ne m CMM * - 1» I i v^ * -
aujourd'hui il»' saluer les geni de l,i ilaliOO, préc sèment comme Asht.iv.ikra salua Huma t'I Sila dans lTliara Itama-Chcrila (31»; . ou d'inviter les ainanis au Swavamv aram, précisément comme llhmia invita les héros d.ms la Nalopaskjana f»0). Lu effet, ce sont là, n'est-ce pas, autant de choses eoi peuvent
changer, sans ail cler le moins du m mie, le devoir de la ci» ililé dont elles sonl le canal?
Rad. C'est clair aussi.
Lalh. Or, les lois sont de deuv espères ; les lois positives, qui peuvent être ch.i n y«M>s au gré et selon la volonté de l'autorité qui les institue; et les lois morales, qui ne peinent pas être changées au gré de l'autorité qui h s institue, parce (|ue (soit que ces Iota découlent ou non, dans le fait, de la volonté de l'amortie),parloi morale, nous entendons celle dans laquelle reite volonté se m .nilesle d une manière uniforme ;c est pourquoi, sans entrer davantage dans la question de savoir si la loi morale dépend en quelque façon d'une volonté arbitraire (il ) , il nous suffit, pour en avoir urfe idée suffisamment claire pour le but qui nous occupe présentement, de supposer que la volonté qui l'a originairement constituée est une volonté de laquelle il n'y a pas l'appel, et qui ne peut ni s'altérer ni changer. C'est ainsi que nous pouvons concevoir le devoir de la civilité abslraclivement et lout-àfait indépendamment de toutes les formes particulières par lesquelles il est exprimé, et comme un devoir d'une obligation permanente. Ces principes, je l'espère, sont clairs.
Rad. Oui, vraiment.
Laur. El bienl le code de Moïse est composé de ces deux espèces de lois, de lois positives et de lois morales. Quoique, en tout ce qui concerne les mortels , toules les lois , les lois morales aussi bien que les lois positives, semblent sujettes à changer (42), comme, par exemple, les lois relatives à une chose aussi sainte qui' l'est le mariage (k3) , il y a cependant une certaine notion, une certaine idée du bien et du mal qui ne peut être effacée de l'esprit de l'homme, qui est la propriété commune de tous les hommes de tous les siècles et de tous les pays, au moyen de laquelle, seule, il nous est possible d'entrer, jusqu'à un certain point, dans les sentiments de tous les êtres humains, quels qu'ils soient. Or, cette notion du bien et du mal est telle que l'obéissance ou la désobéissance à celle règle est nécessairement lice à l'espérance ou à la crainte de quelque autre chose (H), espérance et crainte qui constituent, dans le fait, une partie du système de rétribution en celte vie présente , et persévèrent jusqu'à l'heure delà mort, de manière à faire croire, en plusieurs cas, qu'elles doivent vraisemblablement durer au delà même de la tombe. Ainsi, partant «le1 ce que nous voyons, et agissant conlu miment à ce qui, d'après celte connaissance, est le parti le plus sûr, nous pouvons «inclure que ce qui est condamne ou approuvé par ce moniteur intérieur sera également coudamné ou approuve dans un eut lulur;
I lui h. HORMIS,
ou bien, ni d autres termes, que l'obligai ion d'obéir est une nhliga:inn permanente, qui doit iluier aussi longtemps que notre propre evisteui e , ;j u l.i ii I i|ue nous le pouvons -,isoir. P 11 i >hs. i|uc;ht, dire que I elai misérable d'un idolâtré, sur son lit île mort, esi un | ion nt contre l'idolâtrie , c'est connu s, l'on disait i|u'il y a une loi p< rmau ni- 1g Dieu qui DWU délend d elre idolâtres ; et, suppose que nous vojioni cet étal misérable cen>
linui llemenl arriver , nous en d.» rons conclure <)in' !>s hommes, sur leur lit de mort, prévoyant (»5) le < bâtiment qui doit s ensuivre, ont - , par li sliael infaillible de lYnpîétéi en face el i la i ae dfl ce «; ui lui causait des sentiments de haine el d'eltioi, déni et reconnaître la vérité. De telles lois doivent donc être des lois pei m. mentes de la nature, el non des lois positive! el sujettes au changement, Donc, lu t code vannât 4a l'auteur de la nature, do t eécrsfta rem»a4 ne pas las i: inlredire. Voyez comme la loi de Moïse confirme ce qu'anciennement la plupart des peuples paraissent ,-ivoir senti et pensé, par la sévérité qu'elle fait paraître contre l'adoration de loule tsenc Al représentation ou ressemblance de ce qui est au ciel ou sur la lerre. Quoi qu'il en soit, il est certain que la loi de Moïse comprend tout le code moral des autres peuples [46 .dans tout ce qu'il y a de communément admis chez tous les peuples en général. La manière dont elle commence , en prescrivant le culte d'un seul Dieu et prohibant le culte de tout autre, n'a peul-otre pas de parallèle dans les lois de tous les autres peuples. Cela étant, la majesté même de celle loi et sa perfection morale deviennent une raison de prendre les lois positives en confiance, c mine renfermant en elles quelque autre chose qui peut avoir de l'importance dans lous les siée es.
Rad. Néanmoins , je persiste à croire que les \ édas enseignent p .rfaitement loule la loi morale; pourquoi donc n'aurions-nous pas le droit de changer leurs institutions positives (i-7), el de nous en écarter, dans le cours des siècles, lout aussi bien que vou. prétenlez l'avoir de vous écarter de celles de Moïse? Si la loi de Moïse el les Vedas enseignent également les mêmes ventes mora es fondamentales, il me faut quelque autre raison de penser que la partie variable et positive de la loi de Moïse est , dans tous ses détails, bien meilleure que celte même partie de la nuire, avant que je puisse renoncer à l'une pour embrasser l'autre.
Laur. La loi de Moïse , dans toute sa partie positive, a prophétisé jusqu'à Jean, le précurseur du Christ; et, en considérant l'analogie des découvertes dans les arts el les sciences, nous avons certainement d abondantes raisons de croire que loule la portée dune révélation éa ce nenre ne doit pas se révéler (oui à la fois (V8). Hïiiiaoni donc quels m, tifs il y a de penser que les préceptes positifs de Moïse contiennent en eux-mêmes quelque autre sens plus durable nue ce qui en p irait à la surface. Si nous considérons le dernier do lous les prophètes , co n'est pas
ESSAI POUR LA CONVERSION
sur le dernier des livres prophétiques qu'il cherche à attirer l'attention des Juifs, comme étant la meilleure préparation pour la venue du Messie, mais bien sur la loi de Moïse; et quand le Messie est venu, il a dit aussi luimême aux Juifs que s'ils ne croyaient pas Moïse, ils ne le croiraient pas non plus luimême. Voilà, certes, quelque chose de bien remarquable, et qui demande une explication, parce qu'il semblerait, d'après ce texte et d'autres parties du Nouveau Testament, que chacune des parties de la loi serait pleine d'instructions pour les chrétiens. Ajoutez à cela, ce que la loi elle-même donne à entendre, ce que Samuel et tous les prophètes qui l'ont suivi paraissent avoir prêché , que ce n'était ni sur le sacrifice ni sur l'holocauste, en tant que sacrifice et holocauste, mais sur l'o'néissance que Dieu abaissait un regard favorable. Voici comment s'exprime un des prophètes : « Ce n'est point d'holocaustes ni « de sacrifices que j'ai parlé à vos pères au « jouroùjelesaitirésdela terred'Egypte(W); « mais voici ce que je leur ai dit : Ecoutez « ma voix et je serai votre Dieu , et vous « serez mon peuple (Jer. vu, 22-23). » Il est donc tout à fiit hors de doute que, dès le principe, la préférence fut donnée à la loi morale, à l'obéissance et non au sacrifice. Or, s'il en est ainsi , si la partie positive de la loi le cédait à la partie morale, les mêmes raisons pour lesquelles la partie manifestement positive le cédait aux fins morales opéraient aussi, dans certains cas, pour y faire également céder la partie moins manifestement positive. Mais il est évident que toute loi morale peut aussi avoir un caractère positif. Ainsi , relativement au cours ordinaire des choses, le commandement de ne pas tuer est une loi morale; mais il n'en est pas de même relativement au cours surnaturel des choses. Car, comme il est au pouvoir de Dieu en tout temps d'ôter la vie, il peut en tout temps révéler à telle ou telle personne en particulier qu'il veut qu'on mette fin à la vie de telle ou telle autre personne; et, par rapport à ce cours des choses , l'obligation de s'.bstenir de tuer n'est qu'une loi positive. Vie, maisons, terres, femmes (50) et enfants, c'est Dieu qui a tout donné aux hommes, et il peut révoquer, quand il lui plaît, le don qu'il leur en a fait. Un tel système de gouvernement , comme exemples continuellement offerts d'une pareille intervention, ne serait pas, il est vrai, le cours présent et naturel des choses; cependant il est évidemment sup( osaole , sans que sa réalisation puisse entraîner aucune violation du sens moral. Mais si la manifestation de la volonté divine peut changer, dans des cas particuliers, ce qui, dans les cas ordinaires, est une loi morale, à plus forte raison les lois simplement positives peuvent-elles être changées à son commandement. Supposé donc qu'il veuille, dans un cas particulier, figurer quelque chose à venir, il nous est facile de voir comment, pour figurer (elle chose , les loi» qui , dans l'un ou l'autre des deux sens çi-dessus spécifiés, sont positives, devront
être suspendues. D'après cela, nous voyons que quand il a voulu qu'un événement futur fût figuré, la chose s'est réellement passée ainsi. Toutes les fois, en effet, que nous apercevons de semblables violations , nous pouvons présumer qu'elles ont été voulues (51) dans le but de faire voir aux Juifs réfléchis et attentifs qu'il y avait là une figure de quelque autre chose, et leur apprendre que leur rituel, dans tout ce qu'il contenait de positif, ne devait pas durer toujours. Ainsi , le commandement de ne pas faire d'image fut violé par Moïse lui-même, dans son sens littéral ou positif, lorsqu'il fit élever le serpent d'airain dans le désert. Le commandement de sanctifier le jour du sabbat fut violé par Josné (52), lorsqu'il fit pendant sept jours consécutifs le tour des murs de Jéricho ; sans parler d'un grand nombre d'autres violations de la loi, en tant que positive, quand il s'agissait de figuier quelque événement futur. Mais tandis que les choses se passaient ainsi , les Israélites n'étaient point du tout laissés dans le doute que ces prescriptions n'étaient que pour un temps : néanmoins ceux d'entre eux qui étaient charnels pouvaient bien n'attendre de leur obéissance, comme le font toujours les hommes charnels, que des avantages temporels. Toutefois , il s'en fallait tant que ce fût là lu but proposé, que celui de leurs rois qui a porté leur prospérité temporelle à son plus haut degré d'élévation, leur empire n'étant du reste qu'un empire très-resseiré, comparé aux autres empires, ce qui prouve que la fin de la loi de Moïse n'était pas de simples pro-« messes temporelles; ce roi même, dis-je, s'exprime de la manière la plus claire sur ce point : Tout arrive également, dit-il, au juste et à l'injuste , uu bon et au méchant , à celui qui est pur et à celui qui ne l'est pas ; à celui qui offre des sacrifices et à celui qui n'en offre pus; l'innocent est traité comme le pécheur, et celui qui jure comme celui qui craint de jurer. C'est là un mal, qui se trouve dans tout ce qui se fait sous le soleil: aussi le cœur des enfants des hommes est rempli de malice et la folie est dans leur esprit tout le temps de leur vie, et après cela ils vont au nombre des morts (Eccl. ix, 2-3). Les prophètes parlent aussi dans le même sens, non pas seulement une fois ou deux, mais dans une foule d'endroits et de la minière la plus formelle. Ainsi (53), Ezéchiel les appelle des préceptes qui ne sont pas bons (Ez. xx, 25). Jérémie dit que Dieu n'avait point parlé aux Juifs d'holocaustes ni d'offrandes; Isaïe, que leurs nouvelles lunes et leurs sabbats étaient une abomination ; David, que Dieu n'avait pas pour agréables leurs holocaustes; Samuel, qu'il ne les aimait pas autant que leur obéissance à sa voix ; de sorte que vous voyez tous les prophètes les avertir de la nature transitoire de ces i>réceples,enméme temps qu'ils leur disaient que l'obéissance à la loi était leur principal devoir et leur grand privilège. Si donc ces règles étaient des oracles de Dieu, qui figuraient et annonçaient d'avance quelque graud événement futur, ii serait
DEMONSTRATION KV
facile de concilier ce qu'enseignent (es passages avec ce fait, que la possession de sa loi était regardée comme un privilège I ir on aurait raison de dire que vous n avez pas seulement une loi qui est comme une nouvelle publication el une nouvelle lanction de la loi de nature, loi qui est telle que quand vous n'en auriez pas d'autre, on pourrait toujours dire avec vérité : // n'en a pas agi de la sorte avec tout les peuples, el leê //■ nttl» n'ont pas la connaissance de ses lois (Ps. CXLVil); vous avez en outre un rituel qui ne s'arrête pas à lui-même, mais qui est une prophétie continuelle, et vous lient pir conséquent les yeux toujours fixés vers quelque nouvelle miséricorde de Dieu dans l'avenir, vers quelque loi nouvelle , qui renouvellera les cieux et lu terre et tout ce qu'ils renferment, du moins pour ci; qui vous concerne. D'où il faut conclure que tout ce qui est sous la loi doit être regardé comme des ombres ou figures de biens à venir, lorsque le Dieu éternel ferait quelque nouvelle manifestation (5fc) de sa nature, et que tout ce qui était vieux serait passé, et que tout serait devenu nouveau. Lors donc que tout est devenu nouveau, tout ce qui était sous la loi de Moïse n'a pas cessé d'être la voix de Dieu, il n'en est devenu au contraire que plus précieux pour ceux qui ont été instruits de la nouvelle dispensation , en ce qu'elle ne leur imposait plus de cérémonies pénibles et gênantes dont ils ne saisissaient qu'imparfaitement le sens, et qu'ils ne pouvaient pleinement accomplir, mais leur dictait de nouveaux commandements , des commandements agréables , en même lemps qu'ils sentaient intérieurement qu'il leur était donné les forces ou secours nécessaires pour accomplir ces anciens commandements dans leur sens nouveau et tout spirituel. C'étaient alors pour eux comme les paroles d'un précepteur à un enfant, lorsqu'il est parvenu à l'âge viril, el qu'il aperçoit le sens et la portée ainsi que l'usage ou utilité de ce qu'il ne pouvait alors comprendre , et que parla même qu'il ne le comprenait pas, il s'imaginait ne pouvoir jamais le pratiquer. Ainsi, comme vous le voyez, Kadhakant, la loi ne fut pour les Juifs que comme un précepteur ou pédagogue qui devait les conduire à quelque chose à venir.
IUd. Etes-vous maintenant en mesure de répondre à ma question, pourquoi la distinction entre les animaux purs et les animaux impurs est-elle supprimée? Il paraîtrait, d'après ce que vous m'avez dit, que celte distinction avait aussi pour but de figurer quelque chose à venir; cependant je ne puis m'empêcher de penser que l'accord oui se trouve sur ce point entre la loi de Moïse el la nôtre ne soit une forte présomption qu'il y a vraiment quelque chose de réel dans les impuretés ou souillures provenant de ces animaux.
I un. Eh bien! Radhakanl, essayons de constater jusqu'à quel point cela peut être vrai. Il paraîtrait qu'il fut un temps où les ordres de la création n'étaient pas à une aussi grande distance les uns des autres qu'ils sont maiutenaul. Autrefois les animaux