‹ Démonstrations évangéliques (volume 3)Chapitre 54 sur 255 · LETTRE PREMIERE · texte numérisé non relu

LETTRE PREMIERE

M. CONSONI A .M. i.OMUKOSO.

Mon excellent ami

Il y a plus de vingt ans que j'ai fait votre connaissance. Lorsque vous m'apprîtes que vous étiez israélite, l'estime que j'avais conçue pour vous ne s'en est point diminuée. J'accueillis même dès lors l'espoir de votre conversion. Doué d'une haute intelligence et d'un esprit méditatif, adonné aux éludes historiques et philosophiques , dans lesquelles je prévoyais déjà les rapides progrès que vous deviez faire , il ne vous était pas difficile de vous convaincre que le christianisme n'est que le perfectionnement de la loi de Moïse. En effet , je remarquais dans vos ouvrages que celte vérité , après avoir commencé à briller à vos yeux, vous pénétrait de plus en plus. Votre Galerie militaire, cet ouvrage vraiment national, pareequ'il est presqueentièrement consacré aux héros de notre péninsule, en est une preuve frappante.

De mon côté, je me plaisais, lorsque les occupations de mon ministère m'en laissaient le loisir , à vous rappeler , ainsi qu'il convient à un ami de le faire, qu'un philosophe ne peut rester indifférent en matière de religion. Moi-même, avant de me décider à embrasser la carrière ecclésiastique, j'ai voulu étudier toutes les religions principales, et me procurer au moins une notion positive des autres. Dans le cours de mes études, libre de ma personne et sans être soumis à aucun sévère censeur, je choisis cet étal) vous diie, de mon propre mouvement, par con-

viction intime , et non sous l'influence d'insinuations équivoques , ou de fius secondaires. A ces aveux que je vous glissais adroitement et comme sans intention, vous me répondiez par quelqu'une de ces mille objections que je suis accoutumé à réfuter quand il m'arrive de parler religion pendant mes voyages, surtout lorsque je me trouve dans des pays réformés ou protestants. .Mais si j'ai souvent accepté la discussion avec des schismaliques, je n'ai pas voulu le faire avec un ami , afin qu'il ne me soupçonnât point de vouloir profiler de l'ascendant que l'amitié me donnait sur lui. Je me souviens cependant que notre conversation se terminait souvent par ces mots : Un homme d'honneur, disiez-vous, ne doit jamais chanqer de rdiqion, parce qu'en général on le traite d'apostnt. Parfois néanmoins je reprenais 1 | ( amie. Tout en admettant que celui qui cbaofl de religion sans conviction est un homme méprisable, je vous fai-ais observer que vous n'étiez point de ce nombre, monsieur ; que vous n'aviez pas même à rr douter l'épithète d'apostat. Des esprits peu éclaires peinent seuls soutenir que l'on doit rester filète à ses croyances quand même on reconnaîtrait que l'on est dans l'erreur. L hommed'intelligen à qui Dieu accorde la lumière de la tenté, doit l'adopter . la suivre sans aélai. En entendant ce langage \ous preniez une attitude grave. Vous ne pouviez dissimuler h lutte qui se faisaiten vous, lorsqu'à pari d'irrécusables arguments, tirés de vos propres traditions , je vous prouvais , qu'en dcvniant cathnlique , non - seulement l'israclile ne change pas de croyance, mais qu'il per-,

DES MOYENS DE CONVERTIR LES ISRAELITES

fectionne au contraire la foi qu'il a, pour ainsi dire , sucée avec le lait.

Il rn'arriva aussi par la suite, en lisant les ouwages publiés par vous , d'y remarquer beaucoup de retenue et même quelque sympathie dans tout ce qui avait rapport au samt-siége ou à Jésus-Christ. Je suspendais alors ma lecture, loulétonnéde voir de telles lignes écrites par un juif. En effet, aurait-on jamais pensé que vous étiez Israélite en lisant ces louchantes paroles, dans votre description des derniers moments de iMurat : Et beau d'une religieuse résignal ion il versa dans un sein compatissant ses peines, ses fautes, et lui demanda et en obtint des paroles de paix, de consolation, de pardon. Puis vous ajoutez : // remplit tous les devoirs de pénitent, de fidèle et de chrétien (Galleria militare, prima série, p. 285). Et plusbas en parlant de la croix ne dites-vous pas : Vénérable étendard, symbole de paix, de soumission, d'amour et de pardon?

Ces Iragmentselbien d'autres encore épars dans vos ouvrages trahissent non-seulement une propension au christianisme, mais j'oserais presque dire une adhésion tacite à ses saints dogmes. Dans votre Vie privée de Napoléon (p. 163) vous promettez même de vous occuper de ses doctrines.

Toutes ces remarques successives me déterminèrent à vous prier, aonom de l'amitié, de lire et même de faire lire quelques pensées récemment rédigées par moi. Malgré votre maxime que {'honneur empêche l'homme de changer de religion , je ne désespère pas qu'en méditant dans 'le recueillement sur mes réflexions , vous ne parveniez à apercevoir combien est fragile la barrière qui s'oppose à votre régénération

En disant que l'homme d'honneur ne doit point changer de religion , c'est absolument comme si vous souteniez que le grec, le réformé, le protestant, le musulman ainsi que le juif et le catholique ont raison de professer chacun la sienne. Comment se fait-il donc que plus tard vous aiûrmiez que cependant la loi de Moïse avait été dictée par le Dieu vivant lui-même? Vous craignez donc, vous aussi, pour ceux qui, quoique de bonne foi, prennent l'erreur pour la vérité? vous admettez donc, vous aussi, que l'indifférence en matière de religion est impardonnable? En tout cas , Dieu seul jugera si , doué de vos moyens, vous avez assez approfondi cette question.

Pour moi je vous ai répondu en vous démontrant qu'un israélite, en embrassant le catholicisme , loin de renoncer aux dogmes de l'Ancien Testament, trouve dans la nouvelle loi l'accomplissement de l'ancienne et les promesses de Dieu. Les grecs, les protestants et les réformés sont dans le même cas. Pour devenir catholique, le juif n'a qu'àdire : Jésus- Christ est le Messie ; les dissidents n'ont qu'à accepter tous les enseignements de l'Eglise— mère.

Il faut donc maintenant déterminer quel parti doit prendre celui qui , professant une religion fausse, apercevrait la vérité dans une autre. Ne serait-il pas déraisonnable d'affirmer qu'après avoir découvert cette vérité on doit la rejeter plutôt que de changer de religion, plutôt que de laire subir à sa propre croyance une modification qui la perfectionnerait? Donc, celui qui, professant une religion fausse ou erronée , découvre la seule vraie , doit l'embrasser sans hésitation ; s'il ne le fait pas, sa conscience sera contre lui.

Pour vous en convaincre, vous n'avez qu'à v Que penserait-on d'un homme qui , malgré

ses convictions intimes , résisterait au progrès des sciences humaines? On le trouverait coupable d'une folie indigne d'un être doué de raison, car il ne rejeterait la vérité que parce qu'elle s'opposerait à ses anciennes croyances, à ses habitudes, à ses anciennes théories. Comment alors qualiûer celte résistance lorsqu'il s'agit de science divine, de vérités essentielles? Renoncer à l'erreur pour suivre la vérité partout où elle so trouve, est un acte digne de l'homme sensé Mais pour vous, monsieur, il ne s';igit pas d'un changement de foi ; je vous l'ai dit, je vous le répèteetje vouslc répéterai sanscesse. Vos progrèsdans l'étude de notre religion me font pourtant espérer que déjà vous serez d'accord avec moi sur ce point.

D'après vos livres sacrés, que nous respectons comme le fondement de notre religion, vous devez espérer en la venue d'un Messie. La Bible vous fixe l'époque à laquelle il doit venir et vous fournit les moyrvs d'en reconnaître l'identité. Même en cherchant avec l'œil du philosophe, on ne peut, si l'on est sincère, révoquer en doute que tontes les prophéties se sont réalisées dans leurs moindres détails. Laseulecirconstancequi aveugle les juifs, c'est qu'ils attendaient dans le Messie un grand conquérant. Jésus-Cbrlft le lu'

vous demander si cette maxime est un axiome incontestable comme le prétendent certains demi-philosophes , ou bien une erreur fatale, un vain fantôme, un préjugé qui entrave le progrès. Ce préjugé, et c'en est un, s'évanouira bientôt pour vous, car il est la seule barrière qui s'élève entre vous et la vérité ; vous l'avez avoué vous-même implicitement.

Si un homme d'honneur ne doit jamais changer de croyance, je ne vois guère pourquoi on discuterait sur les différentes religions , puisqu'on chercherait inutilement quelle est la plus rationnelle. Et si tout honnête homme doit rester fidèle à ses croyances, ne faut-il pas en déduire que les religions sont toutes vraies ou toutes fausses? La première proposition n'est qu'absurde, la seconde est impie et athée. S'il s'agissait ici d'une leçon de philosophie religieuse pour mes élèves , l'ordre logique exigerait un exposé de la question dans ses rapports avec ces deux propositions. Ayant affaire à un homme d'intelligence, il me suffira de prouver que l'on ne doit admettre qu'une seule croyance, celle qui présente les caractères de la vérité, et rejeter toutes les autres qui par conséquent ne peuvent être que fausses ou erronées.

DEMONSTRATION EYANGELIQUE. LOMBROSO ET CONSONI.

rependant nu plus haut degré , puisqu'il a opéré de si rares prodiges avec la seule puissance de sa parole ; mais il n'était pas entouré de cette auréole de majesté, de celle force brutale des armes dont les monarques ont besoin pour étendre leur pouvoir : et c'est pour cela que les juifs n'ont pas voulu le reconnaître.

L'homme supérieur, qui contemple les œuvres de Dieu et les merveilles de la nature, peut aisément se convaincre que celui qui, par la verge de Moïse et par le bras de ses élus, opéra en faveur de son peuple cette longue série de prodiges dont l'histoire étonnée conserva le souvenir à Iravers les siècles; celui-là est le même qui apparut comme homme d'abord , et mystiquement ensuite sur la terre, et la remplit de son nom par des moyens que tous les sages de l'univers ont considérés comme incapables d'opérer des miracles aussi éclatants, aussi nouveaux. Quel est le conquérant qui a vaincu autant d'ennemis que ce même Jésus-Christ cruciûé par les Juifs? quia renversé autant de trônes, autant d'autels? qui a pu atteindre à un si haut degré de gloire par d'aussi faibles moyens , par la voix de quelques pêcheurs ignorants?

Sans m'en apercevoir je me laissais entraîner dans une digression peu nécessaire pour vous. Vous n'ignorez pas quels germes sublimes renferme la religion de Moïse à laquelle vos coreligionnaires sont trop attachés ainsi qu'à la force du préjugé. Ils devraient point i ii i connaître aussi bien que vous , monsieur, les hautes conceptions du grand législateur, les miracles des anciens temps , les sublimes inspirations des prophètes. Ils devraient remonter aux causes divines dont découlent tant d'événements extraordinaires, tant de riches promesses au sujet de la mission du Rédempteur.

Mais revenons à notre sujet principal : Vos rabbins ainsi que les ministres des sectes hétérodoxes ont prétendu, à différentes époques, que nous avions altéré les livres de l'Ancien Testament. Celte assertion est calomnieuse et complètement fausse. L'Eglise a professé de tout temps les mêmes doctrines qu'elle enseigne aujourd'hui, et ces doctrines se basent sur la Bible telle que vous nous l'avez conservée. Il seraitinutile de faire ici une comparaison entre l'ancienne et la nouvelle loi ; vous n'avez nullement besoin d'être éclairé là-dessus, et d'ailleurs un tel sujel ne pourrait être développé en quelques lettres. Vous êtes assez instruit sur votre religion et la mienne pour reconnaître la vérité de ce que j'affirme. Vous savez qu'excepté pour ce qui concerne la liturgie, l'Eglise caiholique n'a jamais .-'■iilleri aucun changement dans le fond de ses croyances, qu'elle est encore dans la plénitude de son autorité. Si de cupides passions n'avaient introduit le schisme dans son sein, elle jouirait même a notre époque de cette coucorde primitive qui aurait dû durer jusqu'à la fin des siècles, ainsi que se conservera à jamais l'Eglise catholique,

apostolique, romaine, malgré tons les efforts des hommes pour l'étouffer, para; qu'elle est la seule vraie, infaillible et divine. De ce que l'Eglise grecque a refusé de croire que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils, et nié la primatie du pontife, s'ensuit-il par hasard que l'Egli-e catholique ait modifié ses anciennes croyances? Cela ne prouve autre chose , sinon que nous croyons tous ses dogmes admis par les grecs , plus deux articles de foi qu'ils n'acceptent point. II en est de même pour tous les schismatiques : notre symbole apostolique contient tous leurs dogmes, plus quelques-uns qu'ils ne reconnaissent, point. Jamais cependant nous n'avons apporté dans notre religion aucun changement, si ce n'est dans le rite. Et ces modifications ne peuvent pas nuire au salut des fidèles.

Un idolâtre ou un mahométan pourrait reculer devant l'idée d'embrasser le catholicisme; car il devrait, en recevant le baptême, renoncer à des dogmes positifs de son culte. L'un serait forcé d'avouer que ces astres, ces images, qu'il regardait comme des puissances indépendantes des causes premières, ne sont que des instruments, des créatures du Dieu vivant. L'autre devrait convenir que cet homme, considéré par lui comme un prophète, un envoyé de Dieu, ne fut qu'un heureux chef de parti, dont les lois perdent et perdront de plus en plus leur force, ainsi qu'il arrive à loutes les institutions humaines.

Mais la position de l'israélile grec , du schismatique, est tout à fait différente, Pour devenir catholique, ils n'ont besoin de renoncer à aucune de leurs croyances , car nous les tenons pour traies. Us n'ont qu'à admettre celles des nôtres qu'ils refusent maintenant d'adopter, soit par ignorance , 501/ par malice.

Si je m'adressais à un homme moins instruit dans l'histoire, je ferais ici l'énumération de tous les hommes célèbres par leur naissance, par le rang qu'ils occupaient, ou par leurs talents, qui, malgré les idées de leur époque et les préjugés de leur enfonce , ont rendu un hommage éclatant à la vérité. Mais vous, monsieur, vous les connaissez, ces hommes vraiment grands, et je désire , j'espère même voir bientôt votre nom figurer au milieu des leurs. Ainsi qu'eux, vous mettrez de côté tout respect humain, el vous avouerez sans honte vos erreurs en matière religieuse. Puisse votre vif désir de connaître la vérité ne jamais s'affaiblir; poissiezvuus la saisir enfin et la suivre 1 Ne suivez pas l'exemple de ces hommes qui, bien que doués d'intelligence et indépendants par leur condition, se laissent aveugler par le préjugé.

Permettez-moi , mon ami, de vous rappeler que, quoiqu'il existe bon nombre de sciences utiles el même nécessaires, la seule indispensable est celle de la religion. Ce n'est que par elle que l'homme peut atteindre le but pour lequel Dieu l'a créé, le bonheur éternel.

DES MOYENS DE CONVERTIR LES ISRAELITES

Tout cela n'est point nouveau pour vous ; car si certain brnit n'est pas faux, vous seriez même l'auteur anonyme d'une brochure sur l'utilité et la vérité de la religion catholique. Et pourtant il est encore en vous quelque chose qui vous fait hésiter, qui vous inquiète, qui vous absorbe; il est un obstacle qui vous empêche de prendre une détermination si capitale et dont dépend votre bouheur dans cette vie et dans le ciel. Ne serait-ce point, par hasard, la pensée qu'il faudrait peut-être vous séparer de votre femme, de vos enfants, perdre des biens héréditaires ou dotaux, et l'affection de vos proches, qui déjà désapprouvent votre|propension à la vérité? J'avoue qu'il n'est pas aisé pour un homme comme vous, attaché au monde par mille liens, de renoncer soudain à tout; je ne vous conseille pas d'agir avec précipitation ; mais je ne vous conseille pas non plus de négliger les inspirations de Dieu qui semble vous appeler affectueusement et vous éclairer. Ne mettez plus de retard à la confession et à la profession de cette foi dont dépend le salut éternel.

S'il vous reste encore quelque doute, quelque hésitation, communiquez ces lignes à des personnes sages, honnêtes et capables de vous donner un avis. Vous avez des amis, même dans le clergé, consultez-les, consultez toute la chrétienté, s'il le faut, ses savants, ses théologiens en publiant cette lettre et votre réponse, et toutes les lettres et les réponses qui s'ensuivront. Soyez certain que si mes raisonnements n'ont pas le pouvoir de vous convaincre, il se trouvera dans la communion du Christ des hommes zélés et supérieurs, qui rempliront mes lacunes, qui suppléeront à mon insuffisance.

Pourquoi la métropole de la chrétienté que j'ai quittée naguère se trouve-t-elle à 200 lieues de nousl Si j'ai su jadis faire apprécier vos travaux littéraires, avec combien plus de joie ne rendrais-je pas votre baptême mémorable dans la ville de Saint- Pierre 1 La rigueur de la saison m'empêche, hélas! d'entreprendre un aussi long voyage, de mettre à votre disposition tout le crédit dont on m'honore à Rome.

C'est une espérance à laquelle je ne puis renoncer que celle de votre conversion.

Lorsqu'elle se réalisera, ayez soin que votre baptême ne soit point une cérémonie inutile pour les autres, qu'il s'effectue sans aucune espèce d'obstacles. Vous me comprenez? En définitive, cet événement n'aura lieu d'étonner qui que ce soit : vous aurez réfléchi de longues années avant de vous décider. Ce ne sera pas une résolution soudaine que la vôtre. Toute l'Italie lésait, vos ouvrages l'attestent presque à chaque page. Il me semble donc que vos proches ne pourront vous être entièrement hostiles. En tout cas, il ne sera pas en leur pouvoir de vous détourner delà sainte voie dans laquelle vous vous serez engagé par une conviction rair sonnée.

Songez enfin que plus les obstacles sont grands, plus on a de mérite à les surmon-

DÉUONST. ÉVANGÉUQUE. XVIII.

ter. Rien n'est difficile pour celui qui connaît l'histoire des martyrs des premiers siècles du christianisme,

Je ne veux pas vous parler en théologien pour vous persuader, je devrais alors vous tenir un langage plus sévère. Je vous déclare même que si parfois il s'échappe de ma plume quelque phrase ascétique, elle n'est due qu'aux habitudes de mon ministère. Ce que j'ai voulu, ce que je veux , c'est vous entretenir en ami, en homme d'intelligence. C'est donc à mon ami à et sa conscience que j'en appelle. Jamais je n'aurais entamé avec vous ce sujet si je n'avais découvert vos bonnes dispositions pour la recherche du vrai. Mon amitié, mon affection pour vous ont suivi les progrès de votre vocation que j'ai pu remarquer dans vos paroles et dans vos ouvrages. S'ils ne touchent pas encore au plus haut degré de perfection, c'est que les égards humains et des circonstances de famille entravent votre liberté d'action.

L'étude et la réflexion ont déjà fait beaucoup, la lecture de bons livres et la grâce divine que vous invoquerez sans cesse, ainsi que moi, achèveront cette œuvre d'amour. Suivez vos convictions intimes, acceptez le vrai, rejetez le faux, songez que la confiance en Dieu ne peut être trompée, et, méprisant les censeurs téméraires, apprenez au monde, par l'exemple, que l'homme d'intelligence doit coopérer à l'extension du règne de la vérité et de la gloire du Dieu vivant. Votre plume est bien capable d'imposer silence à ces ridicules esprits forts qui ne savent s'exprimer que par le sarcasme pour attaquer des idées trop supérieures à leurs esprits bornés. A cette époque la plus mémorable, la plus heureuse de votre existence, montrez à l'Italie que l'historiographe distingué entend aussi la polémique religieuse. Nous en ferons, mon ami, et, avec l'aide de Dieu, j'espère parvenir à vous faire abonder dans mon sens.

Tournez constamment vos regards vers le ciel, et vous ne faillirez jamais ; n'oubliez pas Dieu, et Dieu ne vous oubliera pas.

Pardonnez-moi à cause de la multitude de mes occupations les négligences de mon style, et faites-moi parvenir au plus tôt de vos nouvelles ainsi qu'une réponse catégorique.

Veuillez me croire votre ami dévoué, Consoni.

Orsinuovi, 2 décembre 1843.

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