‹ Démonstrations évangéliques (volume 3)Chapitre 55 sur 255 · LETTRE II · texte numérisé non relu

LETTRE II

M. LOMBROSO A M. CONSONI.

Mon cher ami,

La lettre que vous avez eu la bonté de m'adresser a été pour moi une source féconde de vives et tendres sensations. Oui, vous avez raison, il y a plus de vingt ans que nous nous connaissons, il y a plus de vingt atts que vous êtes pour moi un ami , uu protecteur, un maître. Le temps et la distance, loin d'affaiblir votre affection pour

[Quinze.)

DEMONSTRATION RVANCKLIQUE. LOMBROSO II CONSONL

«Ci

moi, l'oni fait grandir, cela Bem'étonns pas

de votre pari. Ce qui me surprend, c'est que vous gardiez encore un si exact soutenir de nos entretiens religieux. Il est fâcheux que nous ne puissions nous entendre sur le point principal de nos discussions, et que la différence existant entre nos opinions soil aujourd'hui plus grande que j .1 mais.

Si tous les chrétiens étaient des hommes aussi érudils, aussi tolérants que vous, et si tous les israélilcs avaient profondément étudié les questions religieuses, le préjugé sérail presque détruit par la conviction /<<< le christianisme n'est que le perfectionnement de la loi de Moïse. Cet aphorisme est prouvé par ces paroles de Jésus-Christ : Non veni solvere, sed adimplere , paroles qu'il avait, pour ainsi dire, prises pour devise dès le coinraencemenl de sa mission.

Vous me faites observer, avec votre franchise habituelle , qu'en apprcnanl à quelle nation j'appartenais vous n'avez cessé de m'estimer. Mais si , au lieu d'élre un homme d ^ prît et de charité, vous aviez été un ignorant, un fanatique qui m'eût méprisé, repoussé avec orgueil, auriez-vous jamais pu m'amener à causer religion avec vous? Sans ces discussions, sans mille autres entretiens de même nature que j'eus dès ma plus tendre jeunesse avec des hommes éclairés, ecclésiastiques ou séculiers, serais-je jamais parvenu à comprendre que la foi chrétienne n'est que le perfectionnement des dogmes de mes ancêtres?

Si cela est vrai, si l'israélite, pour devenir catholique, n'a pas besoin de renoncer à ses croyances ainsi que le prouvent tous vos docteurs et l'analogie des deux lois, comment se fait-il que la fatale erreur de croire qu'en embrassant le christianisme l'israélite devienne apostat, ait pris d'aussi piofondes racines? Est-ce abjurer? est-ce apostasicr que perfectionner ses propres croyances?

L'israélite ne fait pas autre chose, comme vous le prouvez par nos Ecritures ellesmêmes, d'après lesquelles nous devons attendre la venue d'un Messie, et en démontrant que toutes les prophéties ayant rapport à ce grand avènement, se sont vérifiées dans leurs moindres détails.

Tout cela irait à merveille pour l'homme d'intelligence. Pour un israélile érudil, rien ne serait plus facile que de se pénétrer de celte vérité. Mais comment la faire seulement pressentir à tant de millions de malheureux qui ignorent, comme vous le dites sagement, ce que leur religion renferme de grand et de sublime? comment la faire seulement pressentir à ces millions de victimes du préjugé et de l'ignorance auxquelles on cache, non-seulement la lumière de la nouvelle loi, qu'ils ignorent complètement, mais bien aussi celle de l'Ancien Testament luimême, dont les préceptes oui été si étrangement altérés par le temps et par les circonstances? comment les convaincre que les chrétiens admettent tout ce que croient les juifs, plus quelques dogmes rcj< tés par ceuxci, et que, par conséquent, toute différence

existant entre l<- deux nations cesse dès que l'israélite, en recevant le baptême* »• renonce à aucun de se- dogmes, mais doit êeulem 'i 1 eestfl qu'il Ut, outre Ml irogunces tdmiêêi f>m h , 1 fn 1 iirrts aussi, d'autres articlei de foi qu'il ignorait ou rejetait, muis qui n'ni sont pa< mmim irait ?

Cette venté une fuis prouvée, on aurait détruit l'opinion d's juifs el même de bien des chrétien-, qu'un Israélite ailulle ap< slalieen embrassant le catholicisme ; car «m ferait ainsi tomber l'accusation din >ee jusqu'à ce jour contre lui d'abjuration de dogmes et de ces croyances qui furent pendent si longtemps la base de sa loi et de ses espérances. C est là lécueil contre lequel se brisent tous les cœurs sensibles aux conceptions sublimes du christianisme. Le théologien, le philosophe et surtout le philanthrope devraient attacher une grande importance au développement de celle vérité, <iui seule pourrait, en brillant dans toute sa «pleudeur, élre l'avant-coureur de celte ère nouvelle que hs Pères de l'Eglise ont prelite et qui, comme j'espère le démontrer plus loin, n'est peut-être pas éloignée e non».

Que les hommes de cœur a qui Dieu en a accordé les moyens s'appliquent donc à celte œuvre charitable. Qu'ils examinent si le juif en se baptisant apostasie ou perfectionne su religion; qu'ils dérident si le mépris dont on accable l'israélite qui embrasse le christianisme est mérité ou non; qu'ils résolvent cette grande question, laquelle est aux deux cultes ce que l'isthme de Panama est aux deux océans, une barrière infranchissable empêchant leur jonction. 11 ne s'agit pas d'exciter les juifs au baptême; il suffit do rechercher si, comme on le prétend, ils sont blâmables, lors (u'éclairés et convaincus par l'étude, ils se rangent sous la bannière du Chiist.

Quant à moi , je consacrerai volontiers mes faibles moyens au sujet important que vous m'invitez à discuter. Mais avant d entrer en matière , il me semble net essaire, pour la délicatesse de la thèse et pour atteindre le but utile que nous désirons, et qui sera notre récompense la plus chère ; il me semble nécessaire, dis-je, de chercher à introduire quelques modifications dans l'opinion injuste el malheureusement universelle que l'on a du peuple juif, de ce peuple si célèbre dans l'antiquité.

Pour obtenir ce résultat, il faudrait cependant que bien des volontés réunissent leurs efforts simultanés, afin de coopérera une œuvre si thantabio, dans un même but, sinon parles mêmes voies : le» juifs en captivant la faveur des hommes populaires; ceux-ci en prêchant l'amour, l'estime. l'aide mutuel entre les Dations, entre les peuples, entre les gouvernements, entre le citoyen et le monarque, entre le sujet el son seigneur; les journalistes surtout, dont les productions quotidiennes passent par toutes les mains, en encourageant ce peuple malheureux à marcher dans la voie du progrès, en lui en iudiquai 1 les moyens, ce al-

tirant sur lui

DES MOYENS DE CONVERTIR LES ISRAELITES

l'amour et la bienveillance de ses semblables, en publiant avec empressement chacun de ses pas, chaque amélioration survenue dans son sein. Que fait-on au lieu de cela? On le persillé, on l'insulte, on excite les populations à le haïr, à le mépriser 1 Veut-on introduire dans un roman ou dans une nouvelle un personnage vil, avide, abject, un courtier, un intrigant, un usurier; on fait jouer ce rôle à un juif. Heureusement on ne peut le prendre pour type lorsqu'il s'agit de peindre un grand criminel. Et si par hasard il arrive que du sein du judaïsme sorle un misérable dont le nom devienne célèbre pour quelque crime, vous voyez aussilôt accoler à ses prénoms et condition la qualité de juif; pourtant la loi ne frappe que le criminel parce qu'il est seul coupable, seul responsable de ses propres méfaits. Pourquoi donc faire peser une sorle de solidarité sur sa nation, dont le sépare son forfait? pourquoi mettre, en quelque sorte, sa faute sur le compte de sa religion, lorsque celle-ci l'en détourne par une rigueur mâle et salutaire?

.!e m'écarterais trop de mon sujet si je voulais passer en revue toutes les choses désobligeantes que les feuilles périodiques prodiguent à I Israélite même, et surtout en France, où il est égal à tout Français devant la loi, où les frais de son culte sont à la charge de l'Etat. Pour en citer un exemple entre mille, il nous suffira de rappeler ici ce qui arriva, il y a peu d'années, au Sujet de Mlle Rachel. Quand elle débuta dans la carrière théâtrale, on mentionna à peine qu'elle élait juive, mais on le répéta à l'envi lorsque, devenue la première tragédienne de France, et peut-être d'Europe, elle exigea des traitements aussi considérables que < eux des autres célébrités contemporaines. Pourquoi ne s'esl-on déchaîné que contre l'artiste juive, tandis qu'elle méritait d'autant plus de respect qu'elle élait plus sublime que les autres, plus nécessaire par sa grande habileté à faire ressortir les chefs-d'œuvre de l'art tragique de celle haute école qui peint les vices et les crimes des grands, comme la comédie peint les faiblesses des classes moyennes et du peuple?

Ce mépris, qui pèse de temps immémorial sur un peuple digne d'admiration sous tant de rapports;, et dont l'histoire compte de si belles pages, doit incontestablement avoir des causes surnaturelles; mais il doit en avoir aussi de puissantes dans l'ordre naturel. Je parlerai plus loin de ce qui a rapport à la mission divine accomplie par les Hébreux, en conservant intact le dogme de l'unité, qui attirera sur eux la haine de toutes les nations de la terre, vouées alors au polythéisme. Je me bornerai ici à remarquer que, même en Judée, avec sa loi , avec son temple , avec son sacerdoce , avec son roi, la nation juive n'eut rien à redouter de ce mépris; car en définitive il ne servait qu'à l'isoler, ci cet isolement était le but auquel tendait loule sa législation. Mais dés qu'elle tomba sous le joug des vainqueurs, dès que

ses restes furent épars sur toute la surface de la terre, ces causes produisirent pour elle de terribles effets qui justifièrent en quelque sorte une défaveur non motivée auparavant, en donnant l'impulsion à la décadence d'un peuple jadis l'élu de Dieu, et le pivot de la civilisation primitive. Ce qui milite aujourd'hui encore en sa faveur, c'est qu'il fut la souche de l'arbre majestueux dont les branches vigoureuses s'étendent sur toutes les parties de l'univers, et dont le sommet s'élève hardiment jusqu'aux cieux. Oui, il fut la souche de celle religion chrétienne, dont les hautes et généreuses doctrines remplissent d'admiration le philosophe, le théologien, le législateur.

A mon avis, les deux causes de décadence, desquelles je viens de faire mention, sont les suivantes :

1° L'obstination des prêtres Israélites , lorsqu'au début du christianisme il se manifesta un visible déclin dans l'ancienne loi, et surtout dans son culte, à vouloir en dissimuler l'origine au peuple juif. Ils crurent alors ranimer , élayer l'édifice chancelant par la multiplication des rigoureux préceptes défensifs de la Bible.

2° Le changement survenu dans le système économique de la nation israélite, façonnée à la vie champêtre et poussée par les fois des différents pays dans lesquels ellese répandit, par la nécessité, par les circonstances , à s'adonner exclusivement au commerce, qui fait grandir le penchant de l'homme pour la ténacité et pour l'avidité.

La première de ces causes produisit ses terribles effets aussitôt après la dispersion des juifs. Au lieu d'admettre que la loi de Moïse, rédigée pour les temps et les lieux dans lesquels elle fut donnée, ne pouvait rester en vigueur à une époque différente et dans d'autres pays , non-seulement ils voulurent la maintenir en entier, mais ils l'amplifièrent indéfiniment, ajoutant abstinences à abstinences, prohibitions à prohibitions. C'est ainsi qu'ils firent naître des habitudes nouvelles et étranges , aussi nuisibles à ceux qui les adoptaient qu'inoffeusives pour les autres. C'est ainsi qu'ils déversèrent sur tant de millions de malheureux Une longue suite de maux cruels et d'atroces persécutions.

Nous avons déjà fait observer que la législation de Moïse tendait à isoler le peuple juif, afin d'empêcher toute altération de ses doctrines religieuses, toute imitation des obscénités du paganisme. Les talmudistes amplifièrent la loi par un grossier fatras d'additions prohibitives, afin de rendre impossible toute espèce de communication entre le juif et le catholique accusé par les prêtres d'abord, par les talmudistes ensuite, d'imiter l'idolâtrie que la nouvelle loi avait au contraire pour but de renverser, de détruire. Cette grave faute, en éloignant le peuple israélite du peuple chrétien, produisit la dislance incalculable qui se trouve entre eux, nonobstant que le premier ait constamment vécu, ou pour mieux dire vé-

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