‹ Démonstrations évangéliques (volume 3)Chapitre 59 sur 255 · M. LOMBROSO A M. CON90NI · texte numérisé non relu

M. LOMBROSO A M. CON90NI

Mon cher ami, 'J'espère que vous aurez reçu ma lettre du 25 mars dernier, et que vous aurez approuvé les inductions que j'ai tirées du fragment historique dont elle contenait le récit. Je vais maintenant tracer le subséquent, c'est-àdire, la triste époque des persécutions subies par les Israélites après la destruction de Jérusalem, ce malheur irréparable qui les exila de la terre sainle, de leur patrie bien-aiiuéc dépositaire de tant de glorieux souvenirs historiques. Je tiens aussi l'engagement que j'ai pris. Il serait à désirer pour la dignité

de l'homme, de voir disparaître, des annales du monde, toute trace de ces innombrables désastres, si on n'avait la certitude que cette lugubre peinture servira d'utile enseignement aux générations futures.

Je vous ai parlé, dans ma dernière lettre, oe la surprise que j'éprouvai en voyant les juifs, qui auraient dû être les premiers à saluer le christianisme, se montrer au contraire les premiers à le combattre. Je frémis d'horreurensongcantàla part qu'ils ont prise, avec le peuple païen et ses magistrats, au procès , à la condamnation et à la mort de Jésus-Christ. Je me sens saisi d'effroi lorsque je repasse dans ma mémoire les persécutions dont les apôtres furent victimes , lorsque je pense à saint Etienne, lapidé par une populace furieuse, abrutie, et agissant à l'instigation des prêtres juifs , dont l'influence est, selon moi, la cause de l'acharnement que l'on déployait contre les propagateurs de l'Evangile.

Tant que la religion du Christ ne dépassa point les limites de la Judée, les Romains la prenant pour un de ces schismes nombreux qui, à celte époque, déchiraient le sein de la nation Israélite, n'y firent aucune attention. Leur politique rusée, en leur apprenante diviser pour régner, leur faisait envisager avec joie une nouvelle dissension qui devait affaiblir et mettre à leur merci ce peuple encore récalcitrant; mais du moment où ils virent les immenses progrès du nouveau culte, la constance surnaturelle des hommes qui l'embrassaient, ils s'en alarmèrent sérieusement et se joignirent aux Juifs dans le but de mettre obstacle à sa marche rapide, et même de détruire, s'il était possible, cette religion naissante, qui menaçait si hautement leurs revenus et leur suprématie affaiblie, mais non impuissante. Voilà donc les Romains et leurs empereurs ennemis déclarés des chrétiens, qui, bannis de la métropole sous Claude, se voient ensuite persécutés sous Néron, sous Dioclétien et sous tant d'autres de ces odieux monarques. Ici commence cette série sanglante d'horribles martyres auxquels furent soumis les fidèles pendant plus de trois siècles, martyres qui fournirent à l'univers une armée de héros dont le nombre et l'intrépidité surpasse tout ce qu'on peut citer en ce genre des Spartiates, des Athéniens et des Romains eux-mêmes, nations qui furent les plus magnanimes et les plus généreuses de l'antiquité.

Terribles et féroces à de différents degrés, ces persécutions durèrent jusque sous le règnedeConslantin, ce noble cœur qui professa, le premier de tous les empereurs romains, la religion du Christ, et qui, en la déclarant la religion dominante de l'empire, lui prépara la voie du succès dans laquelle elle fit bientôt des pas si gigantesques. Rome fut alors livrée aux pontifes, les chrétiens devinrent puissants, cl, par conséquent, l'existence civile et morale des Israélites se trouva complètement anéantie. La fureur des hommes se déchaîna contre le peuple jadis élu. et le contraignit à se disperser sur la surface

DEMofefrtAttoN i.\ \m.i.i iqi 1:. LbMuiibso ki lunsom.

du globe, ainsi que la poussière chassée par un vent impétueux. Les livres sainls attribuent cei affreux désastre à la volonté de Dieu, et nous nous humilions avec, r< -pect devant la sagesse de l'Eternel, ear il n'es) pas dans l'ordre naturel de voir l'israélile devenir le jouet et presque la proie de toutes les nations se constituant instruments et ministres de la colère de Dieu. Il offrit au monde, pendant l'espace non interrompu de treize cents ans, le douloureux spectacle d'un peuple malheureux qui traverse les âges et les siècles sans céder ni au temps ni à la persécution, et conserve, malgré tout, son originalité native, tandis que tant de nations puissantes se fondirent dans d'autres et effacèrent ainsi leurs noms des pages de l'histoire et de la mémoire des hommes. Mais l'Israélite, on le voit résistera la force des événements, ainsi qu'un écueil à la fureur des vagues et des tempêtes. Constant dans ses habitudes, inébranlable clans ses croyances, il réunit en lui-même le souvenir de la grandeur passée et le cachet de sa misère actuelle. Naguère encore, hélas I il était considéré dans certains pays, non comme un citoyen, non comme sujet, mais pas même comme un homme, pas même comme une créature du Seigneur. Elles seraient bien tristes, ces pages, si je voulais y retracer toutes les persécutions que cette malheureuse nation a souffertes pendant bien des siècles dans tous les recoins de l'Europe et du monde entier! Dispersée, errante sur la terre, partout elle se croyait opprimée , traquée ainsi qu'une bête fauve. La haine et l'animad version des peuples furent transmises comme un héritage de génération en génération et menacèrent a chaque instant sou existence; mais elle , elle déliait toutes ces rigueurs, toutes ces colères, quoiqu'elle n'échappât à un danger que pour en affronter un autre plus terrible, plus menaçant que le premier.

Survenait-il, dans un événement heureux, un motif d'allégresse publique? le juif seul demeurait en larmes et en deuil, redoutant les effets de l'ivresse populaire, sans cesse exposé à défrayer avec ses économies ces coûteuses réjouissances publiques, auxquelles il ne devait pourtant prendre aucune pari! Le malheur allrislait-il un pays? le Juif demeurait eu larmes et en deuil, car il redoutait alors les persécutions, les avanies, les alrociiés de la populace, toujours prèle à se déchaîner contre lui et excitée par les puissants de la terre qui voulaient l'immoler, le pauvre hère I à leur fureur, le dépouiller pour soulager la misère à laquelle, dans ces temps de barbarie, les peuples se trouvaient souvent en proie ! Eiait-ce un fléau qui désolait une contrée? le juif se voyait accusé d'avoir empoisonné les sources, les puits, les fontaines pour frapper de mort les populations entières. Fallait- il aux princes des richesses, afin de solder des armées destinées à une expédition lointaine? le jaif était force de suppléer à ces dépense- extraordinaires, cl c'était eucore pour lui une faveur spéciale

Me

si, avec ses biens, il ne perdait pas le dernier souffle d une vie toujours menacée par de nouveaux périls I Y avait-il une Victoire? l'asile du juif elail viole, sa fortune pillée par une soldatesque i»re de triomphe ! Y avait-il une déroule? le juif se trouvait expose a la rage barbare d< s vainrOS, qui Pac- • usaient d'éire la cause de tous leurs maux par les prétendues ignobles pratiques de ion colle qui provoquaient la colère ci Ici vengeances de Dieu I

Tout l'ancien continent étail ameuté contre les israeliles qu'on voulail détruire a tout prix; mais, à dire vrai, par des moyens capables de les ranimer. La terre, la mer. les montagnes, les \allces, les cilés, les village-, loul fut rougi du sang des juifs. .Ma plume sa refuse au récit douloureux el dégradant d'un tel carnage inouï I Arabes, Sarrasins, idolâtres, chrétiens, peuples, rois, prêtres, tous se déchaînaient contre ces pauvres vagabonds, sous lesquels la terre elle-même paraissait devoir s'ouvrir pour les engloutir

Ce ne furent d'abord que de simples interdictions; peu à peu on en vint aux violences, puis, aux cruautés, puis aux massacres.

En 212 encore , lorsque Caracalla accordait les droits de citoyen à tous les habitants de l'empire, on ne trouve dans son édil aucune exception pour les juifs. Mais dans le siècle suivant, la haine commença à se développer contre eux, el elle augmenta d'âge en âge jusqu'à ce qu'en U7 on les exclut des adminislrations et des charges municipales, on leur défendit de bâtir des synagogues, et en 4b8 on leur interdit la profession d'avocat, en imposant aux légistes le serment de foi catholique. Plus tard, comme israeliles, ils ne purent plus faire parlie de l'armée; comme non baptisés, ils virent couGsquer leurs biens au prolil de l'Etat; comme non orthodoxes, ils perdirent le droil de succession. On leur defendil enfin de posséder des immeubles, et on les mil ainsi dans la nécessité de s'adonner au commerce, profession d'autant plus vorace à celte époque qu'elle elail plus libre et moins sujette à la concurrence, qui seule peut mettre des bornes à ses béueûces.

C'est alors que la dispersion des juifs prit une plus grande extension ; car au milieu de la barbarie du moyen-âge, ils devinrent les dépositaires de tout négoce, les seuls médiateurs entre les catholiques et les mahométans. A une époque où le commerce de l'Orient n'était connu que des Yéniiiens, où, le système féodal étant en activité, les barons mé- I r saienl tout ce qui ne Se rapportait p immédiatement à l'art de la guerre, et leurs \ issaux ne pouvaient se détacher de la glèbe, toul trafic et, par conséquent, loul profit devait lonber inévitablement entre les mains des juifs. Or, comment recouvrer les richesses qu'on leur avait livre s en leur livrant le commerce, sinon au moyen des abus do pJUV ir ! des violences? C'est ainsi que mirelie l'esprit humain, dans ses aberrations : l'erreur le mène à l'erreur, le crime ap £*iUie ; continuons.

DES MOYENS DE CONVERTIR LES ISRAELITES

Si je ue nie trompe, ce fut en 1009 que l'histoire souilla pour la première fois ses pages du triste récit des meurtres collectifs auxquels ont succombé les populations ou, pour mieux dire, les communautés israélites. La Palestine , celte même contrée , jadis le théâtre de leur prospérité, fut la première qui vit couler à flots le sang des juifs au milieu de la paix la plus parfaite. Un sultan avait profané le saint sépulcre; on ne pouvait demander compte qu'aux niahométans du sacrilège d'un mahométan ; et pourtant on en fil porter la peine aux juifs. On les chassa impitoyablement de la ville, des villages ; on les jeta dans les fleuves ; une multitude féroce se joignit à des bourreaux implacables , afin de les massacrer, au milieu de tortures si atroces que, pour s'y soustraire, les malheureux ne reculaient pas devant le suicidel

Un roi d'Angleterre (Jean) avait déjà commencé à maltraiter ces pauvres exilés , afin d'en tirer l'argent nécessaire pour combattre ses barons révoltés. On connaît la cruauté inouïe avec laquelle on arracha alors une à une toutes les dents à un banquier israélite de Bristol , dans le but de lui faire révéler l'endroit où il avait caché ses trésors.

Ces atrocités , et bien d'aulres encore que je passe sous silence , pour l'honneur de l'humanité, ne furent que le prélude de celles que l'on devait commettre à l'époque des Croisades. Les fanfares belliqueuses furent alors le signal d'un arrêt de mort pour les pauvres israélites, massacrés sans miséricorde, sans pitié, par ces guerriers rapaces qui osaient pourtant s'appeler les champions de la Croix 1 Bâle, Trêves, Coblentz, Cologne, Césarée, Alexandrie, virent périrquatrecent mille victimes sous la rage furieuse, sous la soif de carnage de ceux des croisés qui croyaient peut-être rendre leurs épées plus tranchantes pour les Sarrasins, en les trempant dans des flots de sang juif. A partir de ce moment , les israélites furent mis au ban de l'univers entier, quoiqu'on ne pût leur reprocher aucun nouveau crime , si ce n'est rattachement qu'ils professaient pour leurs croyances.

Jusqu'ici ce ne sont que des massacres partiaux, des violences isolées , commises dans un seul pays à la fois par des populaces sans frein ou par des armées féroces. Nous allons voir maintenant les gouvernements eux-mêmes déployer leurs rigueurs contre les juifs en masse , et les chasser d'abord d'Angleterre, puis de France, puis d'Espagne, et ensuite peu à peu do presque toule l'Europe.

Edouard IV donnera l'impulsion. Après les avoir exilés de ses Etals continentaux, il les expuhw a de toute l'Angleterre. Près de vingt mille de ces infortunés se réfugièrent en France, où les attendait un sort encore plus cruel. Louis IX inaugure son départ pour les Croisade» par des ordonnances conlre les

juifs ; Philippe-le-Bel les fait tous emprisonner en une seule nuit (1305) , les prive de tout ce qu'ils possèdent, et les chasse ensuite de son royaume comme malfaiteurs.

Au premier bruit de ces excès, le pape Grégoire IX s'était interposé par une bulle (1235) qui ordonnait de les faire cesser, et menaçait de l'anathème ceux qui ne se soumettraient pas à cette injonction. Mais hélas 1 celle protection charitable ne fut pour les juifs d'aucune utilité. Dans un coin de l'Europe , on déterra leurs cadavres pour forcer les parents des défunts à payer leur pesant d'or pour les racheter. Victimes ailleurs de la prétendue conspiration des lépreux , et accusés d'empoisonner l'eau avec trois sortes d'herbes imbibées de sang humain el d'urine , ils furent non-seulement massacrés, mais livrés vifs aux flammes, ce qu'un poêle italien ne rougit pas de tourner eu plaisanterie (1).

En H81 , les familles israélites qui habitaient l'Espagne furent condamnées à en sortir, sans pouvoir emporter m'en or, ni en argent, le prix de leurs immeubles, de sorte que l'on vit, ainsi que l'atteste un bon curé, en déplorant ces rigueurs inouïes, troquer une maison contre un âne , donner une vigne pour une pièce de toile. Qu'aurait-il dit, ce pieux ecclésiastique , quelles lamentations ne nous eût-il pas léguées dans ses écrils , s'il eût vu ces mêmes infortuné* échapper à la mort en assouvissant la rapacité des Espagnols, tomber sur les côtes d'Afrique, sous le fer des Maures de Fez? Ceuxci les évcnlraient, dans le seul but de s'emparer de l'or qu'ils les soupçonnaient avoir avalé, pour le dérober à leurs oppresseurs , et qu'ils espéraient trouver encore dans leurs intestins. El pourtant, à celle époque, on sévissait contre la ténacité des juifs , et on pardonnait à ceux qui égorgeaient leurs semblables pour s'emparer de leur or 1 On fait monter au nombre de huit cent mille les victimes immolées à cette occasion , soit en Espagne, soit pendant l'émigration.

Cependant le fanatisme des guerres religieuses s'élant attiédi par degrés , on commença à sentir le besoin de préserver d'une destruction complète cette race désormais indispensable au commerce des pays où on voulait bien , où on devail peut-être la tolérer. Alors les massacres cessèrent simultanément , ainsi qu'à la fermeture de la (liasse, on cesse de poursuivre les oiseaux, pour leur laisser le temps de se reproduire. Mais le sort des israélites n'en fut guère meilleur. On inventa pour eux un nouveau genre de supplice plus lent, mais non moins redoutable, une agonie qui commençait avec la vie et ne finissait qu'avec elle, et qui livrait ses victimes au mépris, à la ris,ée, à la honte, par des lois, lesquelles, malgré le progrès de la civilisation , ne sont pas encore entièrement abolies dans bien des localités ; par des lois qui, partout où elles furent en vigueur,

Où l'on entend gémir un Juif décrépitnnt au centre du hacher. (Paiuni, Lu Tournée, rlianl B.J

DEMONSTRATION EVANGEUQUE. I.OMRROSO ET CONSONI.

«Mit laissé dos (races ineffaçables dans le caractère des juifs sur lesquels pesait leur terrible influence.

Quoique l'Eglite (1) se fût ouvertement prononcée en faveur des juifs, quoiqu'elle rôt décidé de ne rien négliger pour les soustraire aux sacs et aux supplices , cependant beaucoup d'ecclésiastiques appuyèrent implieitemenl ou par l'exemple, les mœurs et les luis qui étaient cause de la mort de ces malheureux , prononcée par les codes et sanctionnée par la volonté de fer des princes et des peuples. Ces institutions, qui étaient en vigueur depuis bien des siècles dans tout l'univers, ne servaient qn'à rompre tout lien entre la nation israélite et les autres nations; jointes aux mœurs et à la haine universelle, elles mettaient le juif dans l'impossibilité de captiver l'affection de tout autre que de ses coreligionnaires, et lui enlevaient, avec le penchant pour la vertu, l'estime de la société, qui en est la plus douce conséquence, la récompense la plus suave et la plus flatteuse. On les réduisait à cette abjection en les excluant de la magistrature et des charges, en leur fermant les portes des gymnases, des lycées, des universités, des académies, en leur interdisant la carrière des armes, celle de la noblesse, l'usage des armoiries , le droit de

f»osséder des immeubles, et quelquefois même 'élection d'un domicile. On alla même jusqu'à leur défendre toute cérémonie funèbre , religieuse et même de simple luxe. Tout cela équivalait à un décret de proscription morale; tout cela, au lieu d'effacer ou d'affaiblir, par des lois prévoyantes, une naliona-

(1) L'Eglise et ceux de ses ministres qui n'étaient pas aveugles par le fanatisme, demeurèrent innocents île toutes les atrocités dont les juifs furent accablés. Ceux-ci leur durent, au contraire, de ne pas avoir été entièrement exterminés. SaintGrégoire, qui vivait dans le xi' siècle, se déclara hautement leur protecteur, à la face de tout le monde catholique. Saint Bernard reprocha sévèrement aux croisés leur cruau lé envers les israelites innocents et sans défense ; t'est dans le but de faire cesser ces massacres qu'il publia sa célèbre encyclique par laquelle il exhortait avec tant d'énergie les fidèles à ne plus commettre d'homicides , à ne plus verser le sang , à ne plus se livrer au pillage.

Les pontifes suivirent le chemin tracé par les Pères de l'Eglise et par les maximes de l'Evangile dont ils étaient les propagateurs. Alexandre 11 sauva à plusieurs reprises les israélitesdelafureurdu peuple qui voulait les passer au lil de l'épée. Alexandre III et Grégoire IX surtout lancèrent l'anaihème contre quiconque chercherait par des moyens illicites à troubler leur conscience, à les violenter dans leur loi. On est saisi d'admiration en voyant les pontifes éclairés lutter de générosité dans le but de faire adopter, en faveur des juifs, les règles charitables tracées par le Rédempteur lui-même. Clément V leur ouvrit la seule voie d'émancipation qui leur restât encore, celle de l'instruction qu'il voulut leur faciliter par tous les moyens compatibles avec son époque. Clément VI leur accorda un a^ile à Avignon, tandis qu'ils étaient persécutes dans tout le reste de l'Europe. Nicolas 11 adressa à l'inquisition une lettre éuergique pour la déterminer k e plus i<s contraindre par la violence à embrasser le COi iklianisme.

Clément XII calma l'inquiétude desnures israelites, sans cesse exposées au danger de se voir arra-

llté artificielle «t décrépite | loi donna une nouvelle extension , de nouvelles forces , au moyen de dispositions arbitraires , imprudentes, dénaturées.

Mais il y a plus, on osa interdire pendant longtemps aux israelites l'élude de cette loi dont Moïse leur recommandait si chaleureusement l'observation assidue ; l'exercice de leur propre culte , et l'adoration du frai Dieu , du Dieu de leurs ancêtres , du Dieu des chrétiens eux-mêmes I On osa même leur enlever leurs livres saints , ces fidèles dépositaires des prophéties et des événements qui ont prépare la voie au Rédempteur du monde, leur en défendre la lecture dans les synagogues (2) et même dans l'intérieur de leurs maisons.

Si, par ces dispositions, qui devaient mettre fin aux réunions dans les synagogues, on avait voulu éloigner le juif de ses coreligionnaires , afin de le placer dans la nécessité de se rapprocher des chrétiens , quoique Yiolent, et par conséquent coupable, ce moyen eût encore eu son bon côté. Mais il n'en était pas ainsi ; on s'étudia, au contraire, à séparer de plus en plus les israelites des chrétiens ; on défendit aux uns et aux autres de vivre sous le même toit , de manger à la même table ; aux premiers, de se consacrer à quelque profession, à quelque métier que ce fût ; aux secouds , de fraterniser avec les juifs et d'avoir avec eux aucune espèce de communication. Cette terreur du judaïsme est inconcevable, quand on songe que jamais il n'est arrivé, et il n'arrivera peut-être jamais, qu'un chrétien l'ait embrassé. Les fous

cher leurs enfants pour être baptisés malgré elle». Lutin quelle est la plume qui, avant la révolution, provoqua en France l'émancipation des juifs , sinon celle d'un évêque, ainsi que nous le verrons plus loin?

La conduite généreuse de toutes ces sommités de l'Eglise ne peut qu'édifier les li Jéles ; car elle, est une conséquence de la sainteté des préceptes de l'Evangile. Nous pensons que nos lecteurs verront volontiers à coté de ces faits, les maximes que prolessaient à ce sujet des personnages non moins élevés dan- la hiérarchie ecclésiastique. Saint Aih.uiase s'écrie : C'est un acte d'exécrable hérésie qu- de contraindre par ta violence ceux qu'on n a pu convaincre par la raison. Saint Justin martyr fait obsernr <p, rien n est plus contraire à la religion que la violence. El saint Augustin, ce grand flambeau de l'Eglise, laisse éclater sa généreuse colère dans ces mots : Osernns-nout bien persécuter ce que Dieu tolère? paroles qui coïncident avec celL s de Lactance, lequel affirme. 1711* la religion imposée par la force n'est plus ta religion . car celle-ci doit persuader et non contraindre. S.imi lternard, cette autre floire da christianisme , résume tous ces aphorisme* et dit éncrgiquemenl : Conseillez, mais ne violentez point.

(i) La preuve de mon assorties se trouve dans la liturgie israélite, voici comment : à peine av.ut-on défendu la lecture du l'autaieu pie d.ins les synagogues, que les Juifs cherchèrent à suppléer à »eite religieuse institution en y substituant quelque autre passage delà Rible; puis, lorsque l'interdit lut levé, ils ne supprimèrent point la lecture de ces fragments, ils la continuèrent et la continuent encore, quoique complètement inutile, peut-être mènse ridicule, parce qu'elle cil faite par des eufaats.

DES MOYENS DE CONVERTIR LES ISRAELITES

eux-mêmes, quoique leur maladie présente des caractères si variés, si étranges, les fous eux-mêmes n'ont jamais manifesté, non-seulement le désir, mais même la pensée de préférer au leur le culte judaïque, à moins qu'ils ne fussent séduits par l'idée de posséder les trésors que l'on croit héréditaires chez les israélites.

Il est aisé de s'apercevoir combien ces lois et ces mœurs devaient développer le penchant des Juifs à l'isolement, si caractéristique dans la nature et peut-être même dans le but de leur culte. De là la plus grande partie des obstacles qui s'opposent à leur régénération morale et religieuse; de là cette atmosphère compacte de judaïsme qui les enveloppe, et empêche toute lumière étrangère de pénétrer jusqu'à eux. Quels hommes devaient être ces israélites n'ayant aucuns rapports , sinon commerciaux , avec leurs semblables, ne fraternisant qu'avec d'autres juifs, dont la presque totalité était adonnée au commerce en général , et dont un bon tiers faisait l'ignoble traGc de la friperie? Figurez-vous un individu entouré de parents, voire même d'aïeux ou debisaïeux, de frères, de beaux-frères , de neveux, de cousins, de fils , de proches , de maîtres , d'amis , de domestiques, tout cela ne respirant qu'égoïsme mercantile, qu'isolement judaïque, que préceptes judaïques, que mœurs judaïques, que jargon judaïque , tout cela uni par les liens du sang , de l'intérêt , par le besoin de secours mutuels ; figurez-vous un tel intérieur, et jugez ensuite s'il était possible que les parties de ce tout resserré, impénétrable, pussent, en s'arrachant à cette masse isolée, se jeter soudain au milieu de l'atmosphère raréfiée du christianisme.

Ne nous plaignons donc pas du juif; plaignons-nous des lois qui , à force de l'opprimer, sont parvenues à le faire regarder, non pas comme un homme libre ni même esclave, mais comme un« brute, comme un reptile venimeux, dont il faut fuir le contact meurtrier. Exclu de toutes les professions, attaché au commerce comme un serf à la glèbe , à une époque où le commerce, par la manière dont il était exercé, ne pouvait qu'endurcir le cœur, contraint par tant de causes à ne connaître d'autre mobile que l'or, d'autre joie que l'utilité personnelle , d'autre frein que son propre intérêt, d'autres limites à ses bénéfices que celles qui restaient en deçà de la punition des lois , le juif dut nécessairement se claquemurer de plus en plus dans son isolement , même en dépit de sa volonté. Ces causes ne sont cependant pas les seules qui l'aient rivé au négoce. 11 n'aurait pu gagner son existence ni en se consacrant à l'industrie ou aux beaux-arts, ni en s'altachant à la glèbe, il ne peut travailler que 215 jours sur 365 ; car il est dans une année 52 samedis, 52 dimanches, et près de 50 jours de fêtes juives ou catholiques, pendant lesquels il se voit forcé à l'inaction ; et le salaire de 215 jours ne suffit pas pour vivre une année , à un juif moins qu'à tout autre; car il a bien des charges dont les au-

Page 1