‹ Démonstrations évangéliques (volume 3)Chapitre 60 sur 255 · DÉMONST. ÉV ANGELIQUE. XVIII · texte numérisé non relu

DÉMONST. ÉV ANGELIQUE. XVIII

très nations sont exemptes. Il a à supporter les frais de culte, de bienfaisance, d'instruction publique; il faut qu'il contribue à payer les émoluments des maîtres , des rabbins partout ailleurs qu'en France, à faire soigner et traiter les pauvres malades, à les entretenir, lorsqu'ils sont bien portants , à acheter le terrain pour l'inhumation de sa commune, sans tenir compte de ces taxes de tolérance, arbitraires etdé^radantes, qu'il est obligé de payer dans bien des localités. Comprenez-vous maintenant , mon cher ami , combien son avidité était excusable?

. Quoique développée en lui par des causes étrangères à sa volonté, cette avidité n'en contribua pas moins à comprimer chez lui tout noble essor de l'intelligence en le vouant au mépris du genre humain tout entier.

Quels hommes pouvait-on demander à une telle dégradation, et quels hommes en a-l-on obtenus en effet? Restes malheureux d'un peuple jadis puissant, mais disséminé, agité maintenant ainsi qu'un navire au milieu des tempêtes ; dégradés , opprimés , avilis , foulés aux pieds, ils passaient leur misérable vie enfermés dans un quartier spécial , dont ils ne sortaient qu'aux jours et aux heures choisis par leurs gardiens, pour se voir en bulle à la risée universelle, au mépris, à l'insulte; car sur leur chapeau ou sur leur habit se trouvait une marque dont ils ne pouvaient se séparer, et qui criait à la foule : voici un juif 1

Ces barbaries ont peu à peu disparu , il est vrai; mais elles ont laissé chez l'israélite des traces fatales , un sentiment de haine contre ses oppresseurs, une grande défiance de lui-même, l'avidité des bénéfices , la sordidité dans ses dépenses , la ténacité pour ses institutions, et l'ignorance complète de celles des autres nations. Il était vraiment digne de pitié et admirable de constance ! Et pourtant on l'a honni, méprisé, haï tout à la fois, quoique la haine étant la passion du faible , qui ne peut tirer vengeance du fort dont il est opprimé , semble incompatible avec le mépris , ce sentiment du fort pour tout ce qui est faible etservile.

Mais si on «st parvenu, par l'oppression, à inoculer dans le juif la nature de l'esclave, toujours égale à tout âge et sous toute influence, toujours courbée, toujours abjecte, toujours dissimulée , on n'a pu heureusement compléter en lui le caractère du serf. Il n'en a point le cachet le plus terrible, la férocité, la soif de vengeance et de révolte. Parcourez l'histoire des peuples, des nations, des tribus , des individus opprimés par l'esclavage : combien de pages sanglantes vous y verrez dans le récit de leurs tentatives d'émancipation! Quel triomphe ne sera-ce pas pour la religion du Christ, cette envoyée du ciel , qui a pour mission de délivrer et non d'opprimer, de délivrer tout le genre humain et non un seul peuple ; quel triomphe ne sera-ce pas pour elle, si elle parvient à émanciper le juif sans employer d«tutrcs armes que la charité et la parole de 'Dieu 1

Le fragment d'histoire que je viens de tracer n'a oas besoin de commentaires : le»

[Seize.)

lM.MONMUviloN hVAV.l.UQUK. LOMBROSQ il COH80NI.

causes , les effets y parlent d'eux-mêmes. Détournons donc notre pensée de ces luguhres souvenirs : assez de larmes , assez de gémissements ! Il est temps d'ouvrir le creur a la joie; rarun monarque moulé sur le trône Impérial d'Autriche , a la fin du tiède tl» nier, prit à lâche de rendre le sourire au\ lèvres du juif, hlémies par la douleur et la honte.

Accordez-moi quelques jours de repos, et je vous donnerai dans ma prochaine lettre la dernière partie de ce résumé historique. Votre tout dévoué,

Lohbhoso.

Milan, ce 50 avril 184C.

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