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LETTRE XII ET DERNIÈRE

M. LOMBROSO A M. CONSONI.

Nous voici donc arrivés, cher professeur,

DEMONSTRATION EVANGEUQl'E. I.OMWtOSO ET CONSONI.

à la fin de la première partie de la lâche que vous vous été» imposée, d'abord avec moi si ni, et ensuite eu face du publie, je dirait même eu face de l'humanité tout entière, car le problème que nous avons entrepris de retondre intéresse non-seulement la génération présente, mais encore les générations à venir jusqu'à la lin des siècles.

Ce problème consistait à déterminer, lu si le Messie promis aux 9eclateurs de Moïse, et attendu par eux avec tant de constance , pourrait encore comparaître; 2° si, supposant qu'il se présentât de nos jours, ou dans l'avenir, un homme qui prétendît en posséder les caractères, les Juif-, pourraient et devraient le reconnaître pour tel ; 3° si, avec l'aide seulement de leurs livres sacrés, ils pourraient raisonnablement aflirmer que ce Messie est ou n'est pas apparu. Sur ces trois

K oints, l'histoire interrogée par nous s'est aulement prononcée pour la négative Nos investigations se sont alors tournées vers les livres du Nouveau Testament : nous avons recherché d'abord si ces pages immortelles contenaient la vérification des promesses restées indécisesdans l'Ancien Testament ; ensuite si cas livres étaient authentiques; enfin si les auteurs de ces écrits méritaient notre confiance. L'histoire nous a répondu par l'affirmative, nous présentant pour garants une foule immense de martyrs, qui nous ont prouvé solennellement par leur mort glorieuse la vérité des faits et des doc- Irines proclamés dans ces livres. On ne pourrait donc avoir encore des doutes sur ce sujet, sans douter aussi qu'Annibal, Alexandre et César aient existé, et que les batailles de Cannes, d'Arhclles et de Pharsale aient eu lieu.

Supposer, en effet, que les Ecritures sacrées aient pu mentir, en promettant un Messie dont la venue ne se serait pas réalisée suivant la parole des prophètes, ce serait pour les Israélites un véritable sacrilège ; d'un aulre côté, maintenant qu'ils peuvent, s'ils le veulent, vér.fier dans le Nouveau Testament l'accomplissement des divines promesses, et qu'ils ont toutes les données nécessaires pour reconnaître l'authenticité de ces livres, et la véracité de leurs auteurs, ne serait-ce pas de leur part un déplorable aveuglement que de vouloir encore persister dans leur négative opiniâtre, qui, pour un homme raisonnable, n'est plus appujéc sur rien de plausible.

Quant à la ténacité des Juifs pour leur croyance, dans le temps passé, cet ouvrage aura mis en lumière plusieurs causes de leur obstination inconcevable ; mais, pour l'avenir, qu'il me soit permis de faire ce-ser celle lutte si longue el si acharnée, en proposant un armistice, comme cela a lieu souvent, en temps de guerre, entre deux puissances belligérantes. Cet armistice consistera , dans notre cas , à admettre préliniiuairement , comme je l'admets le premier, que Jésus- Christ, Rédempteur du monde, est identique avec le Messie que les prophètes avaient annoncé, el que les Juiù, égares par de

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fausses interprétations, attendent encore par ignorance des véritables caractères qu'il devait présenter. Quant a la paix, elle seia conclue, sous la condition de reconnaître les modification! apportées par lui à l'ancienne loi, comme >les |hi lecliouneuieiils nul »|. ensables, Btiféf par les temps, nar les eireoas- I ai ces et par la nature même de la mi -i u qu'il est venu accomplir suc la terre. Ce sera le sujet de l'ouvrage qui fera suite a celui-ci, et qui sera publie prochainement.

l/cxpèi i> rue que j'ai acquise, jointe aux longues éludes que j ai faites sur le sujet délicat que j'ai eu à traiter jusqu'à présent, m'ont p'eineuienl convaincu qu'on ne doit espérer aucun perf . clionneiiieul religieux pour l'Israélite, s'il n'est d'abord préparé à celle régénération par les moyens que présenie elle-même l'hsloire de l'Evangile, dont les préceptes sublimes ont été promulgués pour tous les vivants el pour toute* les parties du monde. Non, il n'y a pas d'autre moyen, humainement parlant, pour obtenir ce grand résultat, que de rapprocher autant que possible le uioseitedu chrétien. Carquoique les règles primitives de la religion el de la morale lui soient communes a* ec celui-ci, il n'a pu profiter du piogrès et du développement immense qu'ont opéré les docteurs de la nouvelle loi ; c'est pourquoi il lui serait utile de reconnaître que l'Evangile, tantôt en refrénant , tantôt en secondant , mais toujours en dirigeant les tendances naturelles de l'homme, en a failun être heureux, toujours convenable dans lous les temps el dans tous les lieux. Les docteurs lalmudislcs, au contraire, ont mis et ont maintenu le Juif toujours en opposition avec la nature, avec les peuples au milieu desquels il vivait. Il est devenu ainsi , il est vrai, moins susceptible de vices, étranger aux délits, mais en même temps moins cap ible d'actions glorieuses et héroïques, el ennemi de tout piogrès el de toute lumière importune ani eût pu l'éloigner de sa simplicité native : c'est là le fruit amer des habitudes invétérées sous le joug desquelles il gémit, habitudes qui deviennent de j mr en jour plus incompatibles avec un siècle tendanl a la fusion el non à l'isolement, car c't st par elles que les Juifs ont été privés de toul lien social. L'ignorance croissant avec les persécutions, il arriva qu'ils furent peu à peu expulsés de la société et forcés à s'égarer dans les labyrinthes tortueux des profits mercantiles, unique dévoloppenient permis à leurs facultés intellectuelles, ce qui, comme corollaire inévitable du | rincipe établi, servil encore à les rendre plus odieux auv nations.

l'ius l'israélile pourra se comparer au chrétien, plu< i sentira se développer en lui le désir de I imiter, en brisant peu à peu cette ligue de séparation établie jadis par la sagesse du législateur inspiré qui , effrayé 'les turpitudes de l'idolâtrie, n'eut d'autre désir que d'éloigner le peuple qui lui était confié du danger de retomber dans des pratiques abominables. Le Dieu créateur du ciel et de la terre qu'adorent les chrétiens est le même

DES MOYENS DE CONVERTIR LKS ISRAELITES.

que les moséites invoquent sous lé nom de Dieu d'Israël, dénomination dont les temps ont démontré l'insuffisance, puisqu'il est sans distinction celui ie tous 1 s h trames qui respirent sur le globe. On doit donc voir en Jésus-Christ, comme je le prouverai en son lieu, un médiaieur i rès de ce Dieu, médiateur promis depuis l'origine des siècles, annoncé par les prophètes, et conséquemment, on ne tombe dans aucune des transgressions dont Moïse élail si désireux de préserver ses pro élytes. En réfléchissant sur cette vérité, hautement reconnue par le sanhédrin de Paris dans ses décisions citées plus haut, l'israélile sentira sa conscience soulagée des inquiétudes qui le tourmentent, et l'étude lo mettra à l'abri de la t rreur panique que ce sujet éveille en lui, terreur qui, comme toutes celles de sa nature , cesse entièrement aussitôt qu'on est remonté à sa source.

De la comparaison des deux lois, dont j'ose m'engager à lui prouver l'analogie, le moséite, pourvu que sa position dans l'échelle sociale le lui permît tirerait, peut-être encore l'avantage de faire diversion à cette concentration mercantile à laquelle il est continuellement condamné. Celte élude , en tempérant l'ausléiilé des lègles sacrées de l'ancienne loi par la douceur des doctrines de l'Evangile, inonderait son cœur ulcéré par l'oppression, avili par le calcul, d'un bienêtre inexplicable et plein de suavité, et par cette double instruction, il serait conduit pas à pas au perfectionnement désirable tant en matière civile qu'en matière religieuse et morale. Relevé de cette manière à ses propres yeux et à ceux des autres, il se souviendrait de ce qu'il a été; l'histoire ellemême lui apprendrait ce qu'il est et ce qu'il pourrait être, en lui dévoilant les causes de son abaissement, et en lui indiquant la roule qu'il doit suivre, s'il désire ressusciter à une vie nouvelle et heureuse.

Une fois que cette instruction aura été acquise par les moséites, spécialement par la jeunesse, et pour a teindre ce but ils auront besoin d'aide et d'encouragement, qu'on tâche de les introduire dans les officines, dans les laboratoires, dans les ateliers ; qu'on les disperse dans les campagnes ; qu'ils affrontent, dans les armées, les périls de la guerre; qu'ils s'aventurent sur les fleuves et sur les mers ; qu'ils se répandent dans le fond des vallées, sur le sommet des montagnes, partout enfin, excepté dans les dédales loi tucux du commerce, qui depuis tant de siècles a tant contribué à dénigrer le nom d'Israélite , dans tous les pays du monde. Qu'on modifie donc enfin , qu'on déracine celte tendance exclusive que des circonstances impérieuses oui fomentée ; qu'on tempère cet esprit étroit de nationalité que les lois avaient excité, que les abus ont rendu excessif, esprit de nationalité prodigieux par sa trempe et par sa durée, mais devenu maintenant incompatible avec les changements que la propagation du christianisme a apportés dans les mœurs et les destinées des peuples, spécialement depuis les progrès de la civilisation

qui en ont été la suile. La Providence avait voulu que celte nation fùl aussi compacte et entourée de tant de signes de nationalité, afin qu'il fût prouvé, avec tous les caractères oc l'évidence, que le Messie élail réellement sorti du seii» du peuple, de la tribu et de la famille que les prophètes avaient désignés.

Que rcsle-t-il donc à faire à ces malheureux que Dieu a lait nailre au sein de l'ancienne loi croulante de vétusté, aux yeux mèm s de ses adhérents les plus obstinés? que leur resle-t-il à (aire, par quel moyen pourront-ils passer sous l'élendard de la loi nouvelle, qui lient maintenant le sceptre dans tout le monde civilisé? Je l'ai déjà dit , et je ne me fatiguerai jamais de le répéter : qu'ils cherchant à s'instruire , selon que les lois et tes circonstances le leur permettront, et alors au lieu de voir tous les Israélites plongés dans les calculs des opérations mercantiles, nous aurons parmi eux des savants, des artistes , des agriculteurs ; ils embrasseront toutes professions libérales et manuelles. Il n'y a pas d'aulre moyen d'affaiblir d'abord, et de détruire ensuite l'empire de ces idées anti-sociales et anti-évangéliques , qu'on s'est efforcé, et qu'on s'efforce encore de faire prédominer parmi les Juifs, à leur grand détriment; car c'est à elles qu'ils doivent attribuer l'abaissement dans lequel ils gémissent.

Ces idées, malheureusement revêtues de la terrible autorité de tant de siècles, ont fait que l'Israélite, enchaîné à ses coutumes nationales, lanl en France qu'en Allemagne, en Russie, en Italie , en Asie, en Afrique, en Amérique et dans i'Océanie, est resle à peu près ce qu'il était dans le désert et dans la Palestine ; ce qu'il était sous les juges, sous les rois, et à l'époque de la naissance de l'Eglise ; et il resterait tel jusqu'à la fin des siècles si on le laissait dans son isolement, en proie exclusivement à ses antiques habitudes. Sous leur influence, il serait toujours cet Israélite presque contemporain du chaos, cet Israélite , donl le nom seul fait remonter à la pensée plus de 50 siècles, puisqu'aucune histoire ne peut donner une peinture plus exacle de ces temps , que lui-même, enfoncé qu'il est dans les coutumes de ses aïeux. Pour lui, c'est en vain que le soleil a renouvelé chaque année sa révolution sidérale ; c'est en vain que la philosophie, les arls, les sciences, ont progressé parmi les autres peuples ; il n'a rien oublié, mais il n'a pour ainsi dire rien appris de nouveau; et pourquoi ? Parce qu'il n'a pu participer à la vie sociale des chrétiens , parce qu'il ne peut s'introduire que trés-raremeni dans leurs familles, et nouer avec eux des rapports d'amitié , parce qu'il ne peut contracter des alliances matrimoniales qu'avec ses coreligionnaires, et qu'il s'affermit ainsi dans ses usages cl ses habitudes, sans étudier et bien moins encore imiter celles des autres.

Il est c< rtain qu'on ne trouve pas chez le Juif cet ensemble de vertus sublimes et héroïques , qui couvienucut soit au magistrat ,

DEMONSTRATION EV,\NGELIQl!E. LOMUROSO ET CONSOML

soilà l'homme politique, soit au guerrier, cl la raison en esl bien évidente : d'un coté on a étouffé leur développement en comprimant

ses facultés morales; de l'autre, tout en lui est exclusif, tout se réduit à la famille et au commerce. Sa religion elle-même le contraint à l'individualité, et il ne peut renoncer à so\ isolement, sans en violer les préceptes, spécialement ceut qui ont été ajoutés par les talmudisles. Pour sortir de cet état, il n'a qu'une voie : adopter les règles larges, grandioses el cosmopolites du christianisme, et se fondre dans cet océan , de la même manière que les fleuves el les mers moins vastes vont réunir leurs eaux à celles de cet océan immense qui ceint el embrasse de lous côtés notre globe terrestre.

On doit espérer que bientôt la puissante irrésistible de la vapeur devra attirer et réunir les peuples dans un accord d'intérêls communs. On verra se confondre pour ainsi dire, dans un même embrasement , nonseulement les capitales les plus éloignées du même continent , mais même les hémisphères placés aux. antipodes. Byzance sera limitrophe de Rome , el le croissant , honteux de sa barbarie , s'inclinera peut-èlre bientôt devant la croix , implorant d'elle ces lois grandioses qui ont fait des peuples chrétiens les plus civilisés du monde. A l'aspect des grandes œuvres du christianisme, à l'aspect de ses lemples, de ses hôpitaux , à la vue de tant de bienfaits , de tant de soulagements répandus par lui sur toutes les misères, le mahométan se convaincra que la force des empires n'est pas dans le nombre el bieu moins encore dans la férocité des populations , mais dans leur vertu ; et que celle vertu , qui consiste à refréner les passions sans les éteindre , ne peul exister là où on les fomente par des plaisirs mondains, et où on ne leur donne pour but que des espérances terrestres.

Les talmudisles sont tombés dans l'extrême opposé ; ils ont rêvé que pour la conduire à la perfection, il fallait comprimer et non corriger la nature humaine. Les lois doivent combattre le vice peur l'éloigner de l'homme; mais eux, ils ont combattu l'homme pour l'éloigner du vice ; de sorte que le malheureux Israélite esl toujours en lutte avec lui-même , en lulte avec la société, en lutte avec les religions, nié . c avec celle qui a tant d'analogie avec la sienne, el qui en esl le

perfectionnement. Voilà le résultat do cette triste, mais véridi que pcinlare que j'ai tracée loui à l'heure des Israël. t l ; voilà le fruit de ces coutumes, qui s ut le plus tjrand, le plus puissant obstacle ù la régénération et mgéliquê des Juifs.

En effet, quoiqu'ils respirent le même air que les peuples au milieu d sqnelf ils vi eut, leurs mœurs ont fait de ces malheureux des êtres tout à fait à pari ; tout diffère en eux, l'apparence extérieure, le langage ou patois, les inclinations, les vertus el les vices. C'est un caractère de nationalité qui aurait dû inspirer le respect, mais au contraire on en a fait un cachet d'infamie qui a contribué à isoler l'Israélite, et à le faire expulser de la société humaine dans lous les coins de la terre. Cet isolement l'a enraciné de plus en plus dans ses habitudes invétérées, dans son attachement à sa loi , et dans son ignorance de celles des autres peuples. L'ignorance a engendré la ténacité, la ténacité la haine, et la haine a produit cet ensemble de calamités donl j'ai fait une peinture courte , mais, je le pense, exacte.

Ce peuple infortuné doit attirer l'altention des personnes éclairées, dans un siècle où tout le monde ambitionne d'élre instruit, ou au moins de le paraître. Mais il n'y a qu'un moyen pour arriver à cet immense résultat , el le sanhédrin de Paris a déjà fail un pas hardi dans la voie qui doiteonduire à ce Lut ; il faut supprimer toul ce qui a été ajouté à la loi de Moïse, el même retrancher de c. Ile-ci tout ce que les circonstances ont rendu inexécutable. On comprendra alors que l'édifice mosaïque ne peut plus se maintenir seul et il deviendra indispensable de faire un choix entre l'Evangile el le lalmud. Celle comparaison fera ressortir la supériorité du christianisme qui devra nous apparaître dans toule sa splendeur, dans louie sa pureté. La loi de Moïse avait isolé L'Israélite dans les frontières de la Palestine; la loi du lalmud l'a emprisonné et comme enseveli entre les murs de la synagogue; la loi du Christ le ferait rentrer dans la société humaine, el lui concilierait l'alleclion des peuples dans toutes les parties du monde.

Continuez-moi votre amilie , el croyezmoi

Votre ami bien affectionné Louuroso.

Milan, 12 septembre 1844.

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