‹ Démonstrations évangéliques (volume 3)Chapitre 81 sur 255 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

parodies nu système: mythique.

Le temps impuissant à détruire son image gigantesque la transformera en un mythe, et un professeur démontrera

que Napoléon liona parte n'est autre chose que ce Titan qui a dérobé la lumière aux Du'uv, et qui a été pour cela exilé sur uue roche isolée au milieu de t'Océan. 11. Heine.

Nous ne dissimulerons pas que les parodies nous semblent avoir une grande valeur Ci utre certains systèmes el contre certaines idées. Nous ne voulons pas, certes, ramener la discussion frivole du xviii siècle, ni faire

(1) Celle excellente parodie a été insères dans son entier dans le tome lui, p. 216 des AiuiuU* dt piiU chiét.

proce n e». pas ces sorte* de parodies que nous voulons parler. Mais qfjj pourrait trouver mauvais qu'on applique les principe»* d'un système ou qu'on en lire les conséquences! I si-, I quelque aboea de plus rigoureux el de plus logique qu'une telle méthode ? S'il » a la quelque ironie, c'esl de celle bif* veillante et douce

ironie sec relique qu'il n'est jamais interdit

d'employer pour la défense du sens coron un. Ce n'est pat là certainement ce r\><- hrirole et sans portée, celle plaisanleris MM bonne loi, ce sarcasme effronté que l'école du avili* siècle a pris souvent pour de la science. La parodie, telle que nous l'entendons , a cela d'excellent qu'elle fait comprendre aux masses les principes des doctrines qu'on discute, par leurs applications. Il va sans dire qu'elle ne doil pis dégénérer en charge. La caricature n'est jamais une application d'un principe. Nous croyons devoir citer comme modèle de ce genre, la spirituelle brochure qui a pour litre : Comment \apoléon n'a jamais existé. Une parc i le réfutation ne vaut -elle pas tout ce qu'on pourrait dire et faire contre les dix \olumes in-8 de VOrigine de tous les cultes? Vos principes sont bons, votre érudiiion profonde , vos conséquences lumineuses : vous ne trouverez d ne pas mauvais que je les applique à un personnage dont l'existence est facilement acceptée du vulgaire 1 Eh bien ! jugez de votre ouvre : Napoléon, c'est le soleil ; sa mère, c'est l'aurore ; ses quatre frères, les saisons de l'année; ses douze maréchaux sont les signes du zodiaque , el le reste à l'avenant (lj. Nous ne voulons pas déprécier la -cience des Saint-Martin , des Visconti, des Testa, des Paravey, des Cuvier, des Halma, des Champollion, des Le ronne ; mais nous croyons que, sans avoir recours à leurs doctes travaux, l'artillerie Lgère dont nous parlions tout à l'heure suffit pour démolir les lourds bataillons de la critique de Dupuis.

L'heureuse application qu'on avait essayée delà parodie au système du rationaliste français dc\ait naturellement donner l'envie d'en ïaire une épreuve sur les quatre volumes du docteur de Tubingue. Ce genre a'esl p il populaire eu Allemagne comme en France. La discussion y prend rarement les (ormes incisives el pénétrantes du bon sens populaire. Quand les Allemands veulent imiter la facile aisance du génie français, ils m'ont toujours l'air de zéphyrs en bottes fortes. Voyez, par exemple, M. Henri Heine, l'allemand le plus spirituel que uous connaissions. Nous ne voulons pas dire pourtant que les parodiel allemandes du système du docteur Btrauas ne renferment pas d'excellentes idées ; mais cela manque souvent de légèreté CI degr&cfe. C'esl solide ei roide comme une disserl ition. On remarque facilement que ces bons Allemands ponent assez m, il celle armure loulo française. IN > conservent ce qu'ils peuvent

LE DOCTEUR STRAUSS ET SES ADVERSAIRES EN ALLEMAGNE

garderde leurs formules savantes : on s'aperçoit qu'ilsont plutôten vue leur public lliéoïogiqueque le peuple auquel i faudrait faire comprendre l'étal de la question. Nous connaissons une p-irodie du système de Strauss, composée tout à fait dans le génie de noire pays. L'espérance que nous avons de la voir publier pir son auteur nous empêche d'en parler ici (1). Ce petit travail nous semble parfaitementdémontrer la. supériorité de ce que nous appellerons volontiers la façon française sur toutes les méthodes germaniques.

La dissertation de Zander sur le passage des Alpes par Annibal , qui n'a pas été faite en vue du système de Sirauss, nous parait cependant "s'y appliquer naturellement. On sait que la principale raison pour laquelle ce théologien conl ste la véracité historique des Evangiles, c'est qu'il est choqué des contradictions prétendues des différents récits apostoliques. Or , le travail de Zander nous apprend qu'il faudrait, d'après un tel principe, supprimer un épisode remarquable d ins l'histoire de l'intrépide Carthaginois. Heureuse chose de rayer ainsi d'un trait de plume les mythes de Trébie, de Thrasimène et de Cannes ! En effet, en y regardant de près, Polybe et Tite-Live ne méritent aucune confiance sur le fait du passage. Il y a longtemps que Niébuhr a prouvé que ce dernier est fort mythique de sa nature. Polybe paraîtrait plus sérieux. C'est un soldat qui n'avait guère d'imagination , et auquel on ne peut pas reprocher d'avoir embelli les légendes des rois de Rome. Malgré cela, ces deux écrivains sont tellement peu d'accord sur les faits les plus essentiels de ce grand événement , qu'on n'< n peut rien savoir de positif. Il y a certainement dans leurs deux récils des dissonances bien plus choquantes que dans aucun passage des Evangiles. Toutes les ressources des commentateurs se sont usées sans avoir pu résoudre ces désastreuses antilogies. Cela va si loin, qu'il leur estimpossible de décidersi le grand capitaine a traversé le Viso, le tîénèvre, le Ccnis, les Alpes Juliennes , le petit Saint- Bernard , le grand Saint-Bernard ou le Simplon. Pourtant on sait que Tile-Live avait consulté toutes les sources contemporaines, et que Pofybe , qui passa les Alpes 33 ans après Annibal, avait pris sur les lieux tous les renseignements les plus détail es comme les plus positifs (2).

Je considérerais volontiers comme une bonne parodie du système de Sirauss , sur les prétendues contradictions de l'Evangile, les ri cherches qu'a faites M. B. Mussard, mwtftire protestant de Cenève , sur les ciri us <mce» de la mort de Charles le Téméraire, tué à la bataille de Nancy :

« Nom avons dans l'histoire moderne, dit le judicifux écrivain, un exemple non moins saillanl de ces divergences qui peuvent exister en grand nombre sans ébranler pour cela la réalité du lait raconté. 11 s'agit de la

mort de Charles le Téméraire. Si l'on en croil Loyens , un coup de lance traversa la Cuisse et les reins du duc, el une hache lui fendit la lête jusqu'à la bouche. La Marche écrit dans ses Mémoires : Ain^ perdit le duc de Bourgogne la troisième bataille, et fui en sa personne atteint, tué et occis de coups de masses. Aucuns ont voulu dire que le duc ne mourut pas à cette journée , mais si fil; el fut le comte de Chimay pris et mené en Allemagne, et le duc demeura mort au champ de bataille et estendu comme le plus pauvre homme du monde. » « Commincs dit que Charles fut tué dans sa fuite par des lanciers allemands qui ne le connaissaient pas. D'aulres, Duclos , par exemple , dans V Histoire de Louis XI, prétendent que ce fut pardes cavaliers que Campo-Basso avait postés dans ce dessein. D'aulres enfin , tels que Jean de Millier, soutiennent que ce fut de la main de Campo-Basso lui-même. Il y a plus : cette mort sur le champ de bataille de Nancy fut niée ; et c'est encore une nouvelle contradiction.Nombre d'années après on croyait le duc vivant; on affirmait qu'il s'était échappé de ses ennemis, et qu'il avait juré de faire pénitence de ses fautes pendant sept ans. Un ermite propagea cette fable ; et comme il avait une certaine ressemblance avec Charles , le peuple le prit pour le duc, jusqu'à ce qu'enfin toule erreur eûl été dissipée par les plusaulhentiques témoignages. Quel thème pour le mylhel Mais qui voudrait, sur de semblables données et sur ces seules divergences, mellre en doule sérieusement la question de l'existence et de la mort de Charles le Téméraire? Assurément ce ne sera pas Strauss. Il peut donc y avoir comme on le voit par ces deux exemples, des contradictions assez fortes sur les circonstances particulières d'un fail historique, sans qu'on puisse pour cela contester la réalité de ce fait. Or, ce qui est vrai de l'histoire profane doit l'être aussi de l'histoire sacrée. Il n'y a pas de raison pour juger à cet égard l'une plus iléfavorablemeul que l'autre. » [Mussarrf, Examen crit. du syst. de Strauss, p. 101 .)

Les réflexions que M. Mussard ajoute me paraissent mériter la plus sérieuse attention. Qu'on suppose, en effet, pour un moment, que les contradictions signalées par Strauss cunme preuve du caractère mythique des Evangiles, soient aussi positives qu'il le [«retend, s'ensuivrail-il qucl'ensemble des fails surnaturels contenus dans ces monuments historiques , soit complètement dénué de valeur scientifique? La question capitale n'esl pas de savoir positivement toutes les circonstances particulières des fails merveilleux de la vie du Sauveur, mais de décider si le caractère divin ne se montre pas évidemment dans la plupart de ses actions. Or, il s'en faut bien que le rationalisme ail renversé cet admirable ensemble qui fait de l'existence du Sauveur une de ces vies qu'où

(1) M. de Yaliroger, auteur de ce travail, l'a publié à sa fin de sa traduction de Tlioluck sous ce litre : Une leçon au collé e de France.

lij TOT. sirr ce point Tlioluck. — Glaubw. der ev. gescliickle, édit. franc, de M. de Valroger.

DEMONSTRATION BtAffGHJQUB. L*ABN I BA8S4X

n'invente pas, comme dit J.-J. Housse. m. 9b iimus permettra de nous tenir calmes et fermes sur ce terrain, qui ne peut manquer

sons nos pas. Après cela, <|iie Strauss s'in- (juièle de lavoir s'il y avait un ou deux aveugles de guéris à Jéricho, s'ils ont été

guéris en entrant ou en sortant, si le jeune

nomme de Capharnaûm élait (ils d'un courtisan ou lils d'un centenier, combien de fois le coq a chanté après le reniement de saint

Pierre , si le Christ est entre à Jérusalem sur un Anon ou sur une ânesse, si on lui a donné sur la croix du vin amer ou du vinaigre; nous le laissons volontiers amasser sur ces points capitaux de pesantes dissertations , d'interminables chapitres. Tout esprit impartial et droit s'apercevra facilement qu'il faudrait terriblement de ces chicanes de l'exégèse allemande pour renverser l'indestructible histoire de l'Evangile. Nous comprenons qu'une telle méthode fasse illusion aux esprits prévenus et sans instruction véritablement théologique; que M. Saisset, par exemple , la juge originale et hardie, nous avouons pour notre compte ne trouver là que préoccupation systématique déguisée avec une gaucherie toute allemande.

Nous allons maintenant parler des parodies proprement dites, composées précisément dans l'intention de montrer toutes les folles conséquences historiques qu'entraînerait le système mythique, si l'on essayait d'en faire l'application à certains faits de l'histoire purement profane. La première de ces brochures a été publiée dans le Journal de littérature rédigé par le docteur Guillaume Mcnzel, 5 août 1836, n°79. Elle a pour titre : La Vie de Jésus du docteur Strauss est une légende du xix" siècle, par le docteur Keyserlingk. L'Ami de la Religion a déjà fait connaître en France par la traduction de fragments assez ïongs , ce petit ouvrage, qui renferme quelques vues véritablement ingénieuses. Il est à regretter que la forme en soit évidemment tout à fait lourde et compliquée. L'idée fondamentale est, selon nous, des plus heureuses et des plus piquantes. La prétention d'appliquer à Strauss lui-même les principes de la Vie de Jésus , pour transformer en légendes poétiques la vie si nécessairement prosaïque d'un théologien allemand rationaliste, paraît au premier coup d'œil un pur rêve d'imagination. Pourtant nous sommes convaincus que si le docteur Keyserlingk avait tiré tout le parti possible de son idée, son travail eût été un des plus neufs et des plus intéressants qu'eût pu produire une controverse qui a tant remué les esprits en Allemagne. Il nous semble, avant toute autre considération, qu'au lieu de dater sa brochure du 5 août 1836, il aurait dû bien plutôt la supposer écrite en l'an 3000, aGu de se mettre par rapport à la vit de S troues dans une position analogue à celle que ce théologien a prise relativement aux laits évangéliques. Il eut été bien plus facile, dans celle situation , d'user d'un grand nombre d'arguments dont il n'a pas même •OUpÇOnbé la valeur , et de faire en même

temps dispir.iiti equelquesconsidérations <)ui n'ont rien de ipécieui ni de bien piquant.

Au nouveau point de vue que nous indiqoosu. l'idée du docteur Keyserlingk nécessitait de» applications tout a lait naturelles. Sa pensée

principale consiste a profiter des contradictions, des improbabilités que renferme tout ce qu'on dit du célèbre professeur de Tobingue, pour contester l'aatorité historique de ces récits , empreints de circoastai i

d'exagérations mythiques. Il s'en faut £>ieu pourtant qu'il lire parti de toutes ce» contradictions, qui présenteraient cependant des contrastes et des applications intéressantes. Il sa -,ais dire qu'il n'ose pas nier la possibilité scientifique de l'existence d'un docteur Strauss quelconque.

L'auteur de la Vie de Jésus sait bien aussi laisser a sou histoire un pâle fond de réalité. Conserver une vie abstraite au divin fondateur du christianisme n'est pas ce qui coûte beaucoup à l'exégèse allemande; aussi l'auteur de la par .die que nous analysons devaitil rendre générosité pour générosité.

.Mais si tout ce qu'on raconte de la Vit dé Jésus mérite si peu de foi , que faut-il donc penser d'un livre dont ri est impossible de nier la sérieuse influence?. M. Keyserlingk avoue bien qu'il y a quelques raisons qui porteraient à accepter son authenticité, mais on ne peut, dit-il, donner à ces raisons aucun caractère véritablement scienliûque. De même qu'un partisan de l'école mythique pourrait facilement supposer que le nom de Jean mis en tête du quatrième Evangile n'est pas celui de l'apôtre bien-aimé, il est impossible pareillement de démontrer d'une manière rigoureuse et qui réponde à toutes les objections , que le nom de Strauss qui précède la Nouvelle Vie de Jésus, soit réellement celui du professeur de Tubingue, dont on raconte d'ailleurs tant de choses contradictoires. Tout porte à croire que cet ouvrage célèbre n'est pas, comme Strauss le suppose, le dernier Evangile, une Action d'un ho mue isole , mais bien plutôt un recueil d'opinions puisées à différentes sources , et qui peindraient au naturel les résultats les plus outrés du rationalisme théologique d'une c rtaine école du xiv siècle. Tout ce que la science voudrait imaginer au delà, soit sur l'auteur du livre , soit sur l'ouvrage luimême, rentrerait dans les pures conjectures, qu'on n'a pas plus de raisons de contester que d'accepter. Dans un temps où i git de se débarrasser enfin de toute préoccupation systématique et d'asseoir l'histoire sur des bases définitives, il est de la plus haute importance de ne s'attacher qu'aux données positives , et de séparer de la science tout élément légendaire.

Une des plus spirituelles parodies que l'on ait utiles du système de Strauss a été publiée à Tubingue eu 1830, par M. Frédéric Wurm. Elle a pour tilre : La Y ie de Luther soumise à un examen critiqué, par le docteur Casuar, Mexico, 1936. Ce petit livre a déjà obtenu une haute approbation , celle du doci< ur Tholuck qui, dans son Indicateur littéraire,

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a été jusqu'à dire qu'il lui paraissait suffisant pour renverser tont le lourd échafaudage scientifique construit par l'exégèse de Slrauss. Ce n'est qu'une flèche, mais qui va au cœur de l'ennemi. Ce qui fait le piquant de. cette brochure, c'est que la façon de Strauss y est généralement bien reproduite ; ses principales formules trouvent des applications dans la vie du moine de Wittemberg. Tout l'esprit de sa critique sceptique semble avoir passé dans son prétendu admirateur. Il manque bien quelques développements à la thèse de l'auteur : tous les points de vue originaux ne sont pas entrevus , la touche n'est pas toujours assez vive ; mais avec ces légères imperfections, ce petit travail signale bien les conséquences énormes du système mythique , dès qu'on vient à l'appliquer aux faits les plus certains.

Le début est spirituel : « Les hommes de science et d'observation sont enfin unanimes pour reconnaître que les historiens des temps de ténèbres , appelés par les Européens le Moyen-Age, ne sont rien moins que de l'histoire, mais qu'on doit les considérer uniquement comme des romans de chevalerie et des légendes monacales. A l'époque de la réformation, au contraire, dit-on souvent, la lumière des temps historiques brillait de tout son éclat; voilà pourquoi on n'a pas osé encore appliquer assez sévèrement les principes de la science critique à la vie de Luther. Jusques à quand les efforts de quelques humanistes italiens , de quelques voyageurs grecs doivent-ils porter le nom de restauration des sciences? Depuis l'époque où la lumière a dû paraître il s'est pourtant écoulé près de M)0 ans avant que la science n'ait conquis ses droits pour la première fois! Même alors elle n'a été accessible qu'à un petit nombre d'élus ; car le grand Hegel s'est élevé bien au-dessus de son siècle, et le peuple des savants ne prit pas la peine de le lire, et les misérables pvgmées qui lui ont mis pour épitaphe : l'intelligence est morte — Le monde est vide, n'ont su employer contre un si grand génie d'autres armes que la raillerie vulgaire I »

M. Wurm commence, comme Strauss, par contester l'autorité des monuments historiques sur lesquels on pourrait s'appuyer.

Nous lui empruntons quelques indications que nous avons cru devoir étendre et compléter.

Les monuments de la Vie de Luther sont tout-à-fait insignifiants : la biographie qu'on attribue à Mélanchlhon est trop mesquine et trop écourtée pour venir d'un témoin des faits. Slcidan se proposait évidemment pour but l'apologie de Luther, et ne mérite par -là même qu'une confiance trèsréservée. Cochlée, à cause de son point de vue catholique, devient suspect par une raison toute différente. Scckendorf écrivait quand les mythes étaient déjà formés, et la scène critique ne doit pas lui donner plus d'autorité qu'elle n'en donnerait à Clément romain ou à Irénée, par rapport aux circonstances de la Vie de Jésus. Je sais bien qu'on prétend trouver, pour la vie de Luther, une

grande ressource dans ses propres ouvrages, où il revient souvent sur les détails de son existenceainsi que sur sa doctrine. Pourtant, en examinant lesfaits de près, on se convaincra facilement de l'illusion d'une pareille garantie. Quand on fit les plus anciennes collections des lettres de Luther , on comprend aisément que la vanité, la cupiditéou l'esprit de parti purent les multiplier prodigieusement; c'est ainsi que dans les premiers temps on attribua aux apôtres et à leurs disciples un grand nombre d'épîtres tout à fait apocryphes. 11 est impossible d'avoir aucune preuve d'authenticité par rapport à un genre de productions que l'auteur ne destinait pas à la publicité. Quant aux autres ouvrages de Luther, le compilateur Walch qui les a réunis n'avait point de critique. D'ailleurs si on les considère au point de vue des critères internes, on y trouve tant de contradictions sur les mêmes points, qu'il est difficile de discerner maintenant l'enseignement personnel de Luther d'avec les interpolations postérieures. Aussi, voyez comme dans l'histoire, Luther et son œuvre sont jugés d'une façon singulière !.... Je demande si le Luther de Y Histoire des variations ressemble à celuidela ira gédie de Werner? Dan» Bossuet, c'est une conscience flexible, un génie tout à la fois éloquent et grossier, un esprit plus agissant que rêveur, qui mêle les chansons de table aux discussions théologiques. Dans Werner , c'est un idéal insaisissable et nuageux, une âme romantique du xixe siècle, égarée dans le pêle-mêle guerrier du xvie. Je voudrais savoir encore si le Luther de M. Michelel (Mémoires de Luther) ressemble à celui de M. Audin (lie de Luther)! Il est clair que sur le fond singulièrement obscur de cette vie légendaire, l'esprit de parti s'est ainsi amusé à construire un caractère tout idéal, embelli par l'admiration ou noirci par la haine. Ce qu'il y a de bizarre, c'est qu'on ne peut pasmêmeconnaître le caractère véritable de ce qu'on appelle laréforme. Est-ce une œuvre de défense légitime ou de révolte, de lumière ou de ténèbres, de liberté ou de servitude ? Le genre humain doit-il s'en féliciter ou la maudire? l'histoire ne nous permet de rien décider làdessus. Comparez M. de Chateaubriand (Etudes historiques. — Introduction) et M. Guizot (Histoirede la civilisation en Europe); Charles deVillers (Influence de la ré forme) et M. lialmès [Le protest, et le cathol. dans leurs rapports, etc.); et puis jugez, si vous pouvez. On'trouveque le Christ de Jean diffère de celui des synoptiques : encore les synoptiques sont -ils d'accord? c'est trois contre un ; mais je voudrais savoir si l'on trouve seulement deux Luther qui se ressemblent et deux réformes qui aient produit des résultats à peu près analogues. L'histoire du passé est pleine de problèmes et de mystères que la science superficielle n'avait jamais compris.

Après son Introduction, Strauss passe à l'examen détaillé des circonstances de la vie de Jésus-Christ, afin d'en mettre en relief les

8*7 DEMONSTUAÏION EVàNGILtQUfi

improbabUitéi. M. Wurm le suit sur ce terra in. Ce i issagr de sa lnorliureesl assez curieux Cl assez piquant pour que nous cri) ions devoir le reproduire dan» son Intégrité.

« La variété îles relaliotis sur la circons- Iqncs qui porta Luther à enlrer danl DO • luîire, prouve le caractère mythique de tous î'sréiils qui lui sont relatifs La légende Cherchai! à réfuter par tous les moyens l'idée que Luther ait suivi son propre penchant en etnhrassant la vie claustrale. La foudre Irappant un ami de Luther est une exagération du récit biblique relatif à la conversion de saint Paul devant Damai. Le TOyage de Luther à Home est une pure légende qui n'a point été forcée sans dessein. L'd'uvre entière de la réforme est proprement celle de Mclanchlhon ; il a dirigé les premiers pas de Luther, tout en se tenant derrière la scène. C'est évidemment le seul moyen d'expliquer les ménagements dont Luther a usé envers un homme qui contrariai! si souvent ses idées. C'est une erreur de croire que Mélanchlhon n'ait été appelé de Tuhingue qu'un an après les commencements de la réforme; la discussion de Leipsig est un mythe qui a pris sa source dans la nécessité de faire succédpr une polémique orale aux thèses écrites. Le silence gardé jiar les protocole* suffit pour nous faire reconnaître une légende dans l'histoire de la diète de Worms. Des motifs faciles à deviner viennent encore rendre tout à fait incroyable que Lu'her soit allé à Worms? Qu'aurait-il été faire à Worms? se justifier de sa doctrine devant la diète ? pouvait-il l'espérer? reconnaître ses ouvrages et les rélracter? On pouvait lui demander à Willemberg s'il y était disposé. Pouvons-nous donc regarder ses adversaires comme assez imprtt* dents pour arranger ou permetire, sans aucun but, le voyage de l'homme qu'ils craignaient, voyage qui eût dû faire partout la plus grande sensation et augmenler le nombre de ses adhérents? et comment ses amis l'auraienl ils exposé au péril évident dont on prétend l'avoir averti en partant?

« Le» historiens crédules croiront toutefois délruire tous les doutes, en s'appuyant sur le naturel inimitable du rérit. Luther, le champion de la vérité , y parle sans crainte comme sans ostentation, et déclare devant l'assemblée entière que la parole de Dieu a seule le pouvoir de le convaincre. Le voilà tel qu il est, et t< I qu'il devait cire; cetle scène es! fort belle assurément , seulement ePe n'esi pas vraie ! Luther a combat la avec courage et -ans relâche en paroles; il a môme fait un feu de joie des bulles et des décrétâtes, là où la protection d'un prince garantissait sa sécurité. Mais où est donc la preuve qu'il ait eu l'intrépidité d'aller ouve tement au-devant de ses ennemis ? Celle légende est une imitation de l'histoire du si police de Jean Huss. Le réformateur ne devait pas, devant un danger de mort, resu-dessous de son précurseur.

L'AKo-f. nu^SAi".

(I) Tholuck, CrédibUin 11V t'Insi. de PfîlSSJflfaj tfSd de M. 11. de Yalroger. — Il y a dans ce passage plu-

« Le séjour de LOthOf à II Warlbourg est un rétit mylhiqllSj à '<» lecture de II surprise par 'le, cbevalieri masqués, on croit tenir entre ses mains un roman fanlasti Le nom de Wurtbowtg lui-même e-i inventé. On reniait déstgnei pat la teèeurp; où Luther de» ail attendre (Wurten), le m ruent où il pourrait se moulier de nouveau. Luther, comme un Klie ou co une Jésus, devait passer quelque lemps dans le désert. La k gende de la protettalion déposer à Spire, qui. i I Ileurs, comme la il, ne méiPe aucune créance, é ut destinée à expliquer l'origine du nom des pr$tettant$ Le colloque de Msrbenrg est un mythe qui a pour hut de montrer, sur le même cha np de bataille, les deux (hefs de parti, Luther et E tringle. »

L'éditeur ajoute les observations suivantes comme supplément :« Appliquée à un événement à peine éloigné de nous de ,'100 ans, celle critique ne nous parait pas seulement improbable, mais encore absurde.

Klle peut toutefois tracer dans 10ii() soi d'ici ta caricature de l'histoire de la reforme avec la même apparence de cmdeur et de science qu'elle cherche aujourd'hui à répandre un nouveau jour sur l'histoire él ingélique. Mais de quelque éclat que brillent les lumières trompeuses, quelque loin que s'étende la clarlé passagère, quan I «lies seront éteintes, la vérité projettera encore ses rayons de splendeur éternelle. »

Dans sa réfulalion du système de Stranil, dont nous avons parlé, el que nous nous proposons de faire connaître bientôt à nos ïei teurs dans toute son étendue, le docteur Tholuck présente quelques réflexions intéressantes sur l'application du | o ni de vue mythique à la vie du fondateur du protestantisme: ■ Lorsque l'histoire de Luther sera au*si loin dans le passé que l'est à présent celle de Paul, si un nouveau théologien réformateur dans les principes de Slrauss, veut essayer de nous présenter la vie de Luther comme un simple reflet de celle de Paul, sa lâche ne sera pas difficile. Le. doux et modéré Slaupitz, maître de l'apôtre protestant, n'est-il pas la copie du maître de l'apôtre chrétien, du doux Gamaliel ? Le chemin d'Erfurt et l'éclair n'estil pas la copie du chemin de Damas et de la lumière céleste ? El si les remords que le meurtre d'Etienne avait excites dans le cœur de Paul étaient l'occasion subjective de la vision céleste, qui peut sonder, pourrait dire le critique subtil en poursuivant ses conjectures, qui peul sonder la profondeur du m\ slère qui enveloppe I histoire, problématique d'Alexis, des malheurs duquel Mélanculhoo parle si obscurément, qu'un crime se. r. t parait s'y attacher, crime qui aurait poussé dans la cellule du cloître le coupable Luther.' El si les remords ont fait trouver à l'apôtre des gentils la doctrine de la réconciliation* qui ne voit encore ici l'imitation dans l'apôtre protestant, fondateur de la doctrine de la jusiifiialio.i , I

Bit m i.l, es dont nous laissons à l'auleur.U respoo-

saliilu. .

LE DOCTEUR STRAUSS ET SES ADVERSAIRES EN ALLEMAGNE

11 paru» à Leipsig, en 1836, un écrit qui portait pour titre: La Vie de Napoléon soumise à un examen critique , traduit de l'anglais , avec quelques applications à la Vie de Jésus de Strauss, par R. — Celle publication contient certainement les germes d'une intéressante discussion historique, iillo a celaaV spécialement curieux, qu'elle sert à constater les emprunts que le rationalisme théo ogique de l'Allemagne fait perpétuellement aux libres penseurs de l'Angleterre. Nos éludes personnelles nousavaientdepuis longtemps mis à même de soupçonner celte analogie d'inlenlions et d'idées. Le philosophisme du siècle dernier n'a pas pu prendra racine dans le bon sens du peuple anglais : il lui fallait, pour devenir une puissance véritablement formidable, l'incertitude naturelle et l'obscurité du génie germanique. Il y a des existences maladives qui ne supporteront jamais le grand air et le soleil.

La Vie de Napoléon a été composée en Angleterre pour déconsidérer le scepticisme historique de David Hume. Ce rationaliste célèbre résume en lui toute la libre pensée de l'Angleterre, comme Strauss résume toute la nouvelle exégèse allemande. Hume complète et pousse à leurs conséquences extrêmes les principes des Collins , des Bolin^— broliiî , des Tindal , des Woolston et des Toland , comme Strauss perfectionne les idées des Krug, des Bauer, des Ammon, des Brelschneider, des de Welle, des Schleicrmacher, des JMarhcinecke, sur le nouveau christianisme rationaliste. On n'a pas assez remarqué l'analogie des principes de Hume en fait de spéculations historiques avec la philosophie de l'histoire de l'école hégélienne. Quesl-ce que Hegel a dune ajouté à V Histoire nulurelle de la religion ? 11 a reproduit presque constamment le philosophed'Edimbourg, comme M. Cousin reproduisait, en 1828, le philosophe de Berlin, Le génie rationaliste n'est pas si inventif que le croient les ignorants ou bien les dupes.

Pourtant il faut être juste : l'espril allemand, dans les emprunts qu'il a faits aux libres penseurs de l'Angleterre, n'a pas été servilement imitateur. L'incrédulité anglaise avait reculé devant certaines exagérations. On a été moins timide en Allemagne. Hume, en comparaison de Strauss, semble avoir des scrupules. On aperçoit bien évidemment la même tendance historique dans les principes que nous allons citer de l'auteur anglais ; mais le professeur de Tubingue est bien plus tranchant et bien plus décidé ; le lecteur va juger : « L'espril philosophique, dit Hume, doit d'aulant plus s'abstenir de porter un jugement, que le récit est plus extraordinaire, cl il ne doit ajouter foi qu'aux preuves les j.lus décisives et les plus incontestables. Nous restons dans le doute el le soupçon à l'égard de loul événement sur lequel les lémoius sont contradictoires, lorsqu'ils ont un caractère suspect, quand ils ont quelque intérêt a constater ce qu'ils allument. » — On

sait que Strauss va beaucoup plus loin, puis qu'il ne reste pas seulement dans le doute et le soupçon, mais qu'il rejette positivement tout témoignage qui atteste des faits miraculeux et qui lui paraît renfermer quelques contradictions. Hume dit encore : « Quand l'esprit religieux s'allie à l'amour du merveilleux, c'en est fini de la raison humaine, et dansdelelles circonstances, le témoignage de l'homme ne mérite plus aucun égard, etc. » Avec ifh pareil accord dans les principes , il est facile de voir qu'un livre écritdix ans plus tôt, en vue de la entiquede Hume, doit trouver une application frappante à celle de Strauss.

Nous allons essayer de donner une idée de la Vie de Napoléon soumise à un examen critique ; nous en reproduirons les considérations les plus intéressantes, en les complélant et les actualisant. Le principal défaut de cet écrit, c'est de manquer presque constamment d'applications frappantes et de rester trop souvent dans les généralités.

Dans quelle source faut- il chercher l'histoire de Napoiéon? 11 règne une si grande crédulité dans les masses, qu'elles redisent, pendant des siècles entiers, les légendes les plus fantastiques avec une assurance que rien ne saurait déconcerter. Pourquoi le peuple, qui a répété si longtemps les poëoies carlovingiens , la légende de Saint-Graal , les histoires de la Table ronde, les quatre Ois Aymon, n'aurait-il pas dans l'imagination quelque légende napoléonienne ? Les conteurs égyptiens en ont une qui vaul bien celle de Charlemagne (1). En Europe nous n'avons pas les poêles des caravanes, fautil en conclure que l'histoire nous arrive d'une façon plus certaine ? Les journalistes sont-ils plus dignes de foi que les historiens populaires du désert? Nous voudrions pouvoir l'assurer. Mais nous sommes trop dégagés de la crédulité vulgaire, trop à la hauteur ue l'esprit de notre temps, pour regarder comme de 1'hisloire les exagérations poétiques payées à tant la ligne, et qui n'ont d'autre but scientifique que de paralyser le désabonnement. Pourtant ce sont là les principales sources de l'histoire du César des siècles modernes

H serait curieux de voir écrire dans cinq cents ans l'histoire des dix dernières années, d'après de pareils renseignements 1 H est probable que les auteurs naïfs de ce lempslà chercheront dans les feuilletons du Constitutionnel, rédigé par M. Eugène Sue, 1 histoire des conspirations des Jésuites au xixc siècle, et que le marquis d'Aigiigny et Rodin feront bien peur à nos arrière- neveux. 11 est à croire qu'on écrira l'histoire morale de noire époque d'après les feuilletons du Journal des Débats, qu'on sait si grave, si sincère, si bien informé. Les Mystères de Paris et les Mémoires du Diable fourniront aux annalistes de notre époque les documents les moins mythologiques et les plus dignes de foi. Qui sait? les phénomènes du Constitutionnel, dont le Charivari

(1) Napoléon en Kgypte, par Barthélémy et Méry. — Notes.

DF.MONSTKATIO.N EVANG

s'est Uni moqué jadis, passeront peut-être alors pour de l'histoire. Je crois bien pour mon compte <|ue ce ne sont pas les faits les moins exacts du Constitutionnel (1). Qui pourraitoubliercelte hisloirede la découverte des habitants de la lune, publiée par tous les journaux en 1835? Je sais un de mes amis qui la tenait pour bien plus assurée que la bataille de Wagram. Pourtant j'affirme que c'est une des plus fortes télés de mon canton.

Pourquoi ne pas raisonner sur Napoléon comme Strauss veut qu'on raisonne sur Jésus ? Est-il seulement possible de se faire une idée du caractère de ce grand homme? A-t-il étouffé la révolution, comme le disent quelques-uns (Harbier-7nm6es) , ou bien en lui la révolution s'est-elle incarnée pour étendre sa puissance par le glaive (Thiers)? A-t-il été le plus grand des hommes (Norvins) , ou le fléau de son temps (Walter- Scott), légitime (Thiers-C onsul a t), ou bien usurpateur (Lam&riiiic-Méditations) ? Il est clair qu'il est presque impossible de rien décider sur tous ces immenses problèmes. Nous nous ferions même fort de trouver dans les mêmes écrivains des portraits de Napoléon qui ne se ressemblent pas du tout (2). Il est clair qu'on en disait et qu'on en pensait tout ce qu'on voulait. L'esprit humain tend à donner aux idées un corps et une figure. De même qu'il a incarné en Jésus l'idée de l'humanité considérée dans ses épreuves et dans sa gloire, il a fait de Napoléon le type et l'idéal de ce grand mouvement militaire qui doit rendre à jamais célèbres les commencements du xix< siècle. L'humanité et la France ne sont certainement pas des rêves : s'ensuit-il qu'il faut croire tout ce qu'on racoule de Jésus ou de Napoléon?

Ce qui caractérise surtout la mythologie dans un récit, c'est que les naïfs conteurs, pour donner à leurs narrations plus de charme et d'intérêt, entassent sans nul discernement les improbabilités les plus choquantes. 11 est évident qu'on a modelé la vie de Jésus sur celle des prophètes el des patriarches. En suivant la même méthode d'application, on a réuni dans la vie de l'empereur des Français toutes les circonstances héroïques qu'on raconte des grands capitaines. Encore si l'on avait respecté la couleur locale et la vraisemblance 1 On le fait sacrer par un pape comme au moyen âge, et cela en plein xix' siècle, au temps de Dupuis et de Volney 1 Evidemment c'est une copie maladroite de l'histoire de Charlemagne , comme la transfiguration est une copie de l'histoire d'Elie. On dit qu'il rétablit la religion et qu'il traîna le pape de brigades en brigades. Tout ce qu'on raconte des affaires religieuses de ce temps-là est plein d'impossibilités. On y fait persécuter le pape par le restaurateur du catholicisme, et ce sont les Anglais protestants et les Russes schismali-

(I) Il ne faut pas oubliera quelle époque ce chapitre a été écrit.

ELIQlr;. L'AUUE CHASSAY. fSSÊ

qnes qui lui rendent ses Etats. Cela vaut les guerres de (erre sainte que les romans du moyen âge font faire â Charlemagne, et les Sarrasins de ces Légendei sont ressemblants comme les proieslanls de l'histoire du prétendu Napoléou I

11 n'est pas une circonstance de cette vie qui ne vise évidemment au faniastique. C'est une pièce à tiroir dans laquelle on fait tout entrer pour varier le spectacle. Le drame m passe en Egypte, à Paris, à Moscou, a l'Ile d'Elbe, à Sainte-Hélène, dans l'nniven entier. Ony trouve demiraculeusespéripélies comme dans les pièces romantiques. Le fugitif d'Egypte tombe à Paris premier consul. L'exilé de l'île d'Elbe vole en quelques jours aux Tuileries, avec quelques soldats, porté sur les ailes de la Victoire, comme un prince des mille et une nuits, sur un cheval enchanté. L'hisloire d'Alexandre est cent fois probable en comparaison d'une telle légende. Il est vrai qu'Arrien el Quinte-Curce ne sont nullement d'accord, que l'éloquence de thés est contestable; mais qu'est-ce que ces misères-là? Il faudrait en dévorer bien d'autres pour accepter l'histoire du vainqueur d'Austerlitz ! D'ailleurs, comment concilier les monuments entre eux ? Car on pourrait nous les opposer, par exemple, 'de prétendus bulletins de la grande armée. Mais est-ce que nous n'avons pas des actes authentiques, signés Louis XVIII, roi de France et de Navarre, datés du temps où l'on place ces étranges batailles ? D'ailleurs , est-ce que les journaux anglais des mêmes années qu'on nous a conservés, ne contestent pas piesque tous ces merveilleux événements? Je suis, pour mon compte, de l'avis du célèbre professeur Kant, qui ne voulait jamais croire à la campagne d'Egypte, parce qu'il la jugeait renfermer des impossibilités trop révoltantes pour une raison éclairée comme la sienne.

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