‹ Démonstrations évangéliques (volume 3)Chapitre 88 sur 255 · I.Mj · texte numérisé non relu

I.Mj

disciples eux-mêmes sont toujours disposés à saisir les paroles du Christ dans le sens de l'ancienne loi, c'est-à-dire dam le sens matériel? N'y a-t-il pas contradiction perpétuelle entre le règne !<>ul spirituel annoncé par le maître cl le règne temporel attendu par le peuple? La plupart des paraboles ne finissenl-elles pas par ces mots ou autres équivalents : A la vérité, il parlait ainsi ; mais eux ne l'entendaient pas? Preuve manifeste, preuve irréfragable, que l'initiative et l'enseignement, c'est-à-dire l'idéal, ne venaient fias de la foule, mais qu'ils appartenaient à a personne, à l'autorité du maître, et que la révolution religieuse, avant d'être acceptée par le plus grand nombre, a été conçue et proposée par un législateur suprême. »

(\llem. et Italie, t. il, p. 382.)

Dans le deuxième cbapilre Harless signale les résultats de la critique de Strauss par rapport à l'histoire de l'Evangile. Il le montre renversant avec un invincible sang-froid les circonstances les plus insignifiantes de la vie du Sauveur. M. Quinet a eu raison de dire : « Le Christ a souffert, sur le Calvaire de la théologie allemande, une passion plus dure que celle du Golgolha. »

Harless fait remarquer tout ce qu'il y a d'arbitraire dans la manière avec laquelle Strauss conteste tous les détails de l'histoire de l'Evangile. Quand un des écrivains sacrés se tait sur une circonstance racontée par les autres , il se hâte d'en conclure que, dans ce cas particulier, le témoignage de cet évangélisle seul mérite la confiance. Le but visible de Strauss, c'est de réduire au fonds le plus mince tous les magnifiques développements de l'existence du Sauveur. Une pareille tactique, capable de faire illusion aux esprits superficiels , ne pourra jamais tromper les hommes véritablement compétents. M. de Ségur, en racontant la campagne de Russie, passe sous silence tous les événements du 18 brumaire. En faudra-l-il conclure que MM. Thicrs, Walter-Scott et Norvins n'ont raconté, en parlant de l'histoire du consulat, que des événements tout à fait mythiques? C'est pourtant avec une pareille méthode que Schleiermacher, Schullz, Sieffert.Schneckenburger et Usteri ont déprécié l'autorité de quelques-uns des évangiles!

Dans presque tout le deuxième chapitre, Harless étale, avec une impitoyable rigueur, tous les résultats de l'exégèse nouvelle. Son but avoué est de montrer à ses admirateurs et à ses défenseurs ce qu'elle prétend laisser du Christianisme historique. En effet, de Luther à Strauss, quelle route n'a-t-on pas parcourue ! Victor Hugo a dit admirablement : « L'abime attire! » Que dirait donc l'âme mélancolique de Mélanchthon, lui qui pleurait déjà, dès le temps de Luther, tous les scandales de la réforme? Leibnilz, avec son regard d'aigle, ne voyait il pas s'élever dans l'avenir de monstrueuses erreurs qui prépareraient le règne de l'athéisme? Le grand évoque de Meaux n'enlrevoyail-il pas avec terreur comme une résurrection de l'auneu paganisme? Nous ne croyons pas

maintenant qu'il soit facile , pour aucune âme rraimenl chrétienne, de faire l'apo de li méthode protestante. L'arbre a porté ses fruits amers : qu'on juge maintenant du sol qui l'a nourri ri de la sève qui l'a fait grandir. La Providence donne aux sociétéi modernes une grande, une terrible leçon. Le schisme et l'hérésie font aux peuples les promesses les plus flatteuses, puis tout finit par la discorde ou par le despotisme. Strauss vient après Luther, et les despotes de Coustanlinoplc après Pliotius.

Dans le troisième chapitre l'auteur examine les principes qui ont conduit Strauss à ces résultats étranges, et quelles sont les preuve! qu'il donne de ces principes? il montre que la consiction de Strauss était faite par le rationalisme avant l'examen sérieux de l'histoire de l'Evangile. Il était convaincu, à l'avance et grâce à la philosophie de Hegel, de l'impossibilité de l'ordre surnaturel. A chaque ligne, pour ainsi dire, cette conviction éclate: c'est elle qui entraîne tous ses jugements. Il y a des âmes qui veulent emprisonner la providence de Dieu dans les limites bornées de leur esprit, et qui retranchent impitoyablement tout ce qui dépasse ce nouveau lit de Procuste. C'est celte sorte de déraison qu'on appelle maintenant de ta philosophie.'

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