‹ Démonstrations évangéliques (volume 3)Chapitre 89 sur 255 · LANGE · texte numérisé non relu

LANGE

Lange, pasteur évangélique à Duisbourg, a défendu contre la nouvelle école la vérité historique de la naissance et des premiers événements de la vie du Sauveur. Son livre a pour litre : Dissertation critique sur le caractère historique des Evangiles canoniques, et particulièrement de l'histoire de l'enfance de Jésus, au sujet de sa vie, par Strauss. Duisbourg, 1836.

L'ouvrage est divisé en quatre chapitres. Le premier renferme l'examen du principe qui sert à Strauss de point de départ et l'appréciation de ce principe. Nous en avons déjà parlé avec une certaine étendue.

Le deuxième chapitre a pour litre : Examen du point de vue mythique de Strauss. Ce chapitre contient quelques considérations intéressantes.

L'opinion de la formation mythique des Evangiles renferme une contradiction fondamentale. Lange l'a formulée en ces termes : Les mythes ont formé la communauté chrétienne, mais elle a aussi formé 1rs mythes. La pensée de l'auteur est de mettre en relief, par une expression rigoureuse des résultats du système de son adversaire, tout ce qu'il a d'étrange et d'impossible. On i e peut expliquer en effet la formation de l'Eglise primitive après la mort de Jesus-Christ , si l'on suppose que les apôtres n'avaient pas de sa personne et de sa vie d'autres idées que celles de Strauss. On est donc obligé, pour coin» prendre toute leur manière d'agir, d'admettre dans leur esprit des pensées bien éloignées d'une prosaïque réalité. Supposé que les légendes se soient formées dans le développe-

LE DOCTEUR STRAUSS ET SES ADVERSAIRES EN ALLEMAGNE

ment de la société chrétienne, cela n'explique nullement son point de départ. Le docteur de Wette l'a bien compris (1). Or, quand on vient à examiner le caractère des apôtres, il s'en faut qu'on trouve chez eux la tendance qu'on est obligé de prêter aux organisateurs d'une nouvelle mylhologie. Il est impossible d'être moins doué d'imagination qu'ils ne le sont constamment. La foi ne se forme chez eux que paisiblement et par degrés. Leur conduite après la résurrection suffirait seule pour montrer quelles précautions ils prirent avant d'accepter les merveilles qui s'offraient à leurs yeux. Il serait difficile de transformer un homme comme Vapôtre Thomas en esprit visionnaire. D'ail-

(1) Voyez ci-dessus, chap. v, Strauss et les théologiens spéculatifs.

(2) M. Alhanase Coquerel, dans sa spirituelle Réponse au livre du docteur Strauss, a démontré invinciblement, en parlant de saint Paul, combien il est impossible d'expliquer par l'hypothèse mythique les premiers prédicateurs de 1 Evangile. « 11 est vraiment inutile de s'arrêter à examiner si des faussaires auraient réussi, ou non, à imaginer une telle scène que la vocation de saint Paul sur le chemin de Damas, et à écrire sous son nom telle ou telle de ses ém'tres. Il faut considérer saint Paul tout entier, saint Paul juif et chrétien , saint Paul apôtre et écrivain, saint Paul persécuteur et martyr, saint Paul au supplice d'Etienne et aux approches de son propre supplice, saint Paul l'auteur de l'éloge de la charité dans son Ep'tfre aux Corinthiens , et le rigoureux logicien qui

. compare la foi et l'Evangile dans ÏEpitre aux Romains; sainlPauldevantraréopaged'Alhènes, devant le peuple de Jérusalem, devant Félix, devant Agrippa et devant Néron , et l'on se sent alors profondément pénétré de la vérité de la doctrine et de la véracité du docteur. Est-ce donc là un portrait de fantaisie? Quand la crédulité religieuse fait choix de menteurs et d'enthousiastes pour écrire, de héros pour combattre, d'apologistes pour prêcher et de martyrs pour mourir, la croit-on as>ez habile pour supposer un tel caractère ou pour employer un tel imposteur? Nous parlons d'individualité : quelle individualité approche de celle de saint Paul !

« Ce qui rend celte puissante originalité de la gloire de saint Paul si précieuse dans la défense du christianisme, c'est que son histoire est mêlée à celle du christianisme d'une manière intime ; le nom du Sauveur et celui du plus grand de ses ministres tiennent désormais l'un à l'autre, c'est un lien formé par l'Esprit-Sainl et que rien ne peut briser. Le docteur Strauss lui-même ne l'a pas essayé. Ce lien consiste en ce point que le Christ n'a été envoyé, ainsi qu'il le déclare, qu'aux brebis égarées de la maison d'israël (Matlh. xv, 24), de sorte que son action immédiateetpersonnellen'cstpassortie delà Judée;cependant, dés le principe, le Christ a enseigné l'universalité du Christianisme, et c'est saint Paul qui a été chargé de renverser le dernier mur de séparation entre les Juifs et les gentils, et de montrer à tous les regards que le soleil de justice ne se levait pas seulement pour l'horizon d'Israël , mais pour verser sur le monde sa lumière. Qu'un homme tel que saint Paul se soit laissé tromper ou ait voulu tromper tou- < li. ml la nature de la religion, qu'il exportait du sol juif sur le sol païen, qu'un homme de ce génie, l'auteur des Èpîtret que nous possédons dans le Nouveau Testament, ait pris pour des faits contemporains d'anciennes légendes restaurées selon les be-

(a) / Cor., m, 22 et 23. Voyez aussi Mussard, Examen

n suslrme de Strauss. — Paul el ses épîlres et surtout Pa-

ley, Hor. Paulinœ, trad. Levade , et Littleton : La Religion

DfcMONST. ÉYANGÉLIQUE. XVIII.

leurs leur silualion périlleuse vis-à-vis de la Synagogue était bien propre à calmer les imaginations les plus ardentes. On voit dans toute leur vie une tendance sérieuse, positive et pratique, qui ne s'accorde guère avec l'habitude des rêveries qu'on veut bien leur prêter (2). Ils transmirent en mourant à l'Eglise primitive ce caractère de simplicité héroïque et d'antipathie pour la poésie légendaire. Fabulas devita (I Tint. iv,7), avait écrit saint Paul, et les premiers chrétiens conservèrent celte devise. Ils écartèrent de la tradition véritable toutes les imaginations arbitraires qui se trouvent dans les Evangiles apocryphes (3).

L'histoire deces légendes, et nous nous

soins du temps, ou qu'un homme de ce caractère, en se sacrifiant comme il s'est sacrifié, ainsi que ses lettres le témoignent, se soit rendu le complice d'une si flagrante imposture; dupe ou complice ce sont là deux impossibilités morales, en opposition directe avec la nature humaine, sans analogue dans les annales de l'humanité, et mille fois plus invraisemblables et plus incroyables que tout l'Evangile. Non, l'homme n'est point lait ainsi, et un homme tel que saint Paul n'est pas un témoin qu'on récuse. Mais ne craignons pas de dire qu'en lui l'apôtre prouve l'apostolat; les Epîtres prouvent l'individualité de l'écrivain ; de sorte (on nous pardonnera cette manière de parler) que si Paul est réel, le christianisme l'est aussi ; si Paul est un apôtre, Jésus est le Messie ; si Paul a véritablement planté, Dieu a véritablement donné l'accroissement. La gloire que le Seigneur a dispensée à cet instrument d'élite retourne à sa source ; et l'excellence de l'œuvre est attestée par le choix de l'ouvrier.

« Ces réflexions n'offrent aucune pétition de principes, et ne sont nullement renfermées dans un cercle vicieux; elles reposent sur une alternative irrésistible : si le Christ est le fils de Dieu et le sauveur du monde, s'il est venu réconcilier, non un peuple , mais l'humanité, si l'Evangile est 1 histoire réelle et inspirée de sa mission sur la terre, saint Paul se conçoit ; on comprend très-bien que, dans le compagnon des bourreaux d'Etienne , le Seigneur ait vu de loin l'auteur des Epîtres et l'apôtre des gentils; et tout ce qu'il y a dans ce Paul d'extraordinaire, d'unique, d'individuel, vient à l'appui de la tâche qu'il accepte et de la foi qu'il répand. Mais si le Christianisme est une mythologie, l'Evangile un recueil mal assemblé de légendes populaires, et Jésus un moraliste, un philosophe, leSocrate de Nazareth, comme on a voulu lenommer, saint Paulneseconçoit plus, ni comme un enthousiaste qui est trompé : il a trop de pénétration et de science ; ni comme un imposteur qui trompe : il a trop de dévouement et de vertus. En un mot, qu'on nous explique saint Paul avec un Christianisme fabuleux, ou un Christianisme fabuleux avec saint Paul ! ni l'un ni l'autre ne se peut. Que reste-l-il donc? Il reste la certitude que ses épîlres sont un témoignage vivant de la vérité des Evangiles; il reste la certitude que si, selon ses vives expressions, Paul est à Christ, c'est que Christ est à Dieu ("). >

(3) Nous nous proposons de traiter un jour dans toute son étendue , l'imporlante question des évangiles apocryphes; nous nous bornons pour le moment à citer ce passage de M. Coquerel , qui suffit pour donner une idée de l'importance de la question : < A toutes les époques, il est vrai, la fable s'est mêlée à l'histoire, el le Christianisme n'a pas échappé à cette

chrétienne démontrée par la conversion et l'apostolat de saint Paul, irad. Guénée, dans les Démonstrations , t. ixt p. G44.

(Vingt-deux.)

DEMONSTRATION E\ AM.I LKjlE. L'AMIE CHASSA Y.

proposons do le démontrer un jour, sullit

Mule (unir l'apologie da l'Eglise piimiiivc.

In ru f,i sanl un pele-méle d'enthousiastes vis on h .du i| , on n'a pas iixbcz réfléchi sur lo i.ii.iiliTi' que l'Insloire lui conservera lu ijotirs. L'éminciile saiulcU* de |«*| premiers lidclcs, leur paiilOB pour || vérité, les dan-

sen qu'il leur fallait courir pour leur foi la leui I lih.iii garder avec une admirai le vigil;i me. L'apôtre des nalions n 'avait-il pas

condamné comme laarilége. lo les les altéra»

(ions de ce dépôt sacré? N'avnil-il pas dit encore qu'il ne faudrait pas croire un auge qui prétendrait tenir du ciel un nouvel Evangile (1)? D'ailleurs il y a un fait décisif qui prouve l'antipathie qu'avait pour les légendes toute l'Eglise primitive. Si, connue on le suppose, elle s'est plue à suspendre au gibet sanglant du fils de Marie tant de fleurs de poésie, pourquoi n'a-t-elle pas mis d'outrés couronnes sur la tête des disciples du Sauveur, compagnons et continuateurs de son œuvre? Pourquoi a-l-elle conservé avec tant

loi des annales humaines. Dès les premiers temps de l'Eglise, dos évangi1 es apocryphes, inventés et colportés ou par la crédulité mi par I imposture, ont dispnl" la place aux Evangiles vé ilables. Mais quand il s'agit de co In l'aiie, liai s un récit supposé, des événements 'l'une nature aussi spéciale <|ue ceux de la mission tin Christ, des événements circonscrits dans un très-court espace de temps et sur une très-petite étendue de pays, 'les événements arrivés au milieu de circonstances politiques auxquelles rien n'a ressemblé peu d'années auparavant etaprès, des événements ci fin qui oui eu pourtmn insel pour acteurs un peuple aussi dillcrenl de tous les autres que le peuple juif, un sacerdoce aussi fortement caractérisé que le sien, il foulque l'imposture soilexploiléeavec unehabileté bien rare, ou que la crédulité soit bien servie par le ha-:.rii pour que la fraude et la fab'e ne percent point de tous côtés. La vérité de l'Evangile n'a rien perdu de sou éclat , quand «les inventions humaines ont tenté de lui f.drc rivalité. Dans Ips commencements de la chrétienté, et lorsque le Christianisme après la chue de Jérusalem et la ruine de la nation juive, s'éloignait de ; lus en plu* de son berceau, un assez gr; n I nombre d'évangiles apocryphes ont été répandus, dont plusieurs ont trompé quelque temps la foi de quelques Eglises. De ces livres il faut soigneusement il slinguer d< ux espèces : les uns étalent des livres sérii ux, auxquels sans nul doute saint Luc faisait allusion dans |i prc(acede son Evangile ("). Ecrits sur des documents, des témoignages, des traditions respectables, ces livres reproduisaient plus ou moins exactement les récits des évangéllstes, en y ajoutant de, actes et surtout des paroles du Christ, que les évangéllstes ont omis. Rien ne doit ici étonner la piété la plus timorée. Saint Luc allé le positivement, en terminant sa dernière page, que n ire divin maître a dit et fait infiniment plus de ch «es qu'il n'en nppoile. Sa ni Paul, dans les Actes | \x, 55), cite un mut du S. igneiir : Il ij a plus de bonheur à donner qu'il recevoir, qui ne se retrouve dans aucun des quatre Lva giles, pas même dans celei de saint Luc. Il , -l évi lent que la plupart des entretiens, des répnn- .1 ■ .1 -Us, ne sont donnés qu'en ré mué; Un seul

exemple montre assez comment des paroles du Liirist, non rapportées dans les I vres sacr s, nnl pu se conserver dans la mémoire des fidèles et être plus tard consignées par éci il , le Seigneur sur le clniuin d'Emmaûs, conversa longuement avec deux disciples, et,

(•) Voir lo vorict I, du rliap. i". commençant ainsi : • Puisqu'il y a eu plusieurs personnes qui oui entreprit

de fidélité la ilute'e de leurs cœars , la p.ir. -s iir icnr jntelli renea, la souvenir de leur abaadoa, enfin lo .1 ce qui àaaa l'imag nation d lllie f.jil'e ..nie J 11 lin nciileuX , il. \,ut

siii.'iilureuieii! ; pelisser les proporlien», de leui c ir.n 1ère?

te n'. si pas aioai qu'agit la poésie I | n dairt. Bile peiol Roland et Renaud tout aussi grands nue Qbarltmagna. Les fils d'Odin, dans les /i'/fin», se placent avec une audacieuse m.ijesle autour du trône formidable du Jupiter des Scandinaves. Ici, les choses se seraient passées tout autrement : l'I primitive, qui avait un si grand intérêt à peindre sous des trails meneiilcux les premier! prédicateurs de l'Evangile, leur a laissé toute la rudesse prosaïque, les p< nsées populaires des rudes pécheur galiléi ris. Il est impossible d'admettre tout a la fois, dans l'Eglise primitive, une extr.ivigante passion du merveilleux en un me temps qu'un sentiment si vif de la m rite historique. M. Edgar Quinet disait à Strauss,

commençant par Moïse, et continuant par tons les prophètes, il leur exp'iquail ce qui est dit de lui dans toutes les Ecritures (S. Luc, xxiv, 37). Est : b'e de croire que Cléophas et son compagnon, si profondément frappés de cette Instruction divine, n'en avaient rien gardé dans leur mémoire, et lien redit dans leurs prédications et leurs entretiens? I1 esi hien inutile d'ajouter que tous ces ouvrages étaient sans inspiration, sans autorité divine.

i La seconde e-pèce des livres apocryphes du Nouveau Testament est bien diflerente de la p emière ; ce sont des recueils d'emprunts faits aux Evan.'ilfS canoniques, mêlés de fables, de légendes, de merveilles tellement puériles, grossières, absurdes, quelquefois impures et plus souvent barbares, que la mythologie du Christianisme, si \ainemenl chérit l'ingenieu-e incrédulité du docteur Sirauss vres sacrés, est là. Cho?e remarquable! ce se t lesouvragesdecetlesecondeclassequi ont». I i naufrage des temps, et aucun travail d apol gelique, aucune introduction au Nouveau Testament, n'est aussi propre, selon notre conviction profonde, à éclairer un incrédule, s'il ne s'est peint perdu dans un système qu'une simple lectme des re tes de >e ramas de mensonges comparés à nos Evangiles, quoiqu'ils affectent de reprodu re les formes des sacrés. La différence est si palpable, si s ,*,..

3 d'elle f>rce la loi, et que se détournant . e ces fables créées par des imagina ions en délire, on se repose avec un pieux déliie au milieu de la divine et louchante majesté de la parole de Dieu. Que ne pouvons-nous f ire lire les deux reçu ils, relui où l'esprit du Seigneur a parlé, celui où • veinions d'homme oui osé contrefaire la vérité < éleste a tous les esprits superlieie's sceptiques de n ■ jours qui ne connaissi ni pas mieux l'un que l'an re, «l qui admirent de confiance le Christianisait le prenJre à sa source el sans reconnaître que cette source est une révélation!

< Nous ne pouvons qu'eflleurer la question des apocryphes, sur laquelle il y aurait à faire un i plein d'intérêt, doutions les éléments sent dans le travail de E..t'ri< ius • t qu'indiquer le p.rallèl s. Utile à tracer emre I. s livres Saints cl ces c< tref.içnns déplorables. \th. Oqucrel, Réponte nu livredi docteur Strauss, pa.\ 55 3n.)

il) Voyez les EpUrtt a Timothéc et aiu laies.

d'écrire l'histoiro des choses qui se sont accomplies parmi uous, etc. »

LE DOCTEUR STRAUSS ET SES ADVERSAIRES EN ALLEMAGNE

en parlant des apôtres : Ce sont bien là des hommes et non pas des mythes! [Ail. et Italie, t. il.) El nous, nous ajouterons, avec J.-J. Rousseau : La vie et la mort du fils de Marie 6ont la vie et la mort d'un Dieu (1).

Le troisième chapitre, intitulé : De la plus haute mythique dans ses rapports avec l'histoire évangéliqne, développe l'opinion personnelle de l'auteur. Lange résume dans une phrase la pensée de ce chapitre : Il est peut-être possible d'établir une idée plus élevée du mythe que celle de Strauss, une notion du mylhisme pur, qui non-seulement s'accorderait avec l'histoire évangélique , mais qui s'y trouverait véritablement réalisme. Nous avouerons naïvement n'avoir pas compris toute la portée des considérations trunscendentalps présentées sur cette question par le pasteur de Duisbourg. Nous allons pourtant essayer de traduire en langage ordinaire les points de la discussion qui touchent de plus près à l'histoire.

La vie des peuples enfants c'est le temps des légendes. Les mythes sont comme un bois sacré qui cache la sonne profonde des peuples. Quand ils se séparèrent de la tradition révélée, tout pleins qu'ils étaient de jeunesse, de passions fougueuses et d'imagination, ils produisirent le monde des fables, mélange bizarre de conceptions sensuelles ou s inguinaires. Mais dans le développement de l'histoire , les nations en vieillissant prennent un caractère positif et pratique. La réalité pâle et sévère déchire les guirlandes fanées de la poésie. Ce n'est pas dans l'âge mûr des peuples que se trouvent les vainqueurs des monstres et les Titans audacieux. Auguste n'est pas, comme le fondateur de Rouie, allaité par une louve; » Thémislocle ne recommence pis les travaux d'Hercule ou de Thésée. Or, la société chrétienne ne s'est pas développée dans la jeunesse enthousiaste d'une nation. Le Christ est né sous Auguste, et il est mort sous Tibère. Il est bien vrai qu'on peut dire que la première communauté chrétienne était aussi un peuple nouveau qui allait verser dans les veines épuisées du genre humain un sang plus jeune et plus pur. L'Eglise do ces tempslà ne peut pas être cependant comparée aux peuples primitifs tout bouillants de passions effrénées et dominés par une imagination tour à tour barbare ou sensuelle. Sa jeunesse n'a p'ts les rêves de l'enfance. Elle n'a pas grandi dans la profondeur mystérieuse des forêts ou des sanctuaires voilés. Elle est née dans la controverse et dans la lumière par le souffle puissant de l'Esprit divin. Elle a, dès les premiers jours de sa vie, foulé aux pieds toutes les illusions orgueilleuses ou sensuelles qui pesaient fatalement sur l'ancien monde. Les premiers disciples du Christianisme n'étaient pas une horde d'Arabes pillai ds et cruels qui racontent autour des

(f) J.-J. Rousseau, Emile, prof. (Je foi du vicaire savoyard; on J.-J., Apolog. de la religion chrétienne dans les Démonsl. de IL Aligne, l. jx, D. 11%. V

{-2) Voyez sur ce point l'ouvrage de Schmitt qui a

feux d'un bivouac les grossières légendes du désert. La première communauté chrétienne n'était pas un chœur de bacchantes gorgées de vin et de débauches , faisant retentir l'air du bruit des cris sauvages et des cymbales barbares. Il y a. de fausses comparaisons qui séduisent les esprits vains et superficiels; mais quand on vient à pénétrer jusqu'à la source même des choses, on s'aperçoit bientôt que le christianisme est né de la vérité, tandis que la mythologie païenne est née de la passion.

Cependant, nous rencontrons ici une objection que nous avons déjà signalée. Il est incontestable, nous disent nos adversaires, qu'il y a entre la mythique des peuples païens et la théologie du christianisme des ressemblances profondes et saisissantes.

M. Pierre Leroux, dans Y Encyclopédie, nouvelle, a beaucoup insisté sur ces analogies, afin de prouver que les fondateurs du christianisme n'avaient fait que développer et populariser tous les principes de l'ancien dogme païen conservé mystérieusement dans les écoles philosophiques ou bien dans les sanctuaires du sacerdoce. Cette objection, qui paraît très-forte au premier coup d'oeil, ne peut véritablement pas supporter l'examen de la science. Ce qui en fait la force c'est la supposition complètement arbitraire que le Sauveur prétendait annoncer à la terre une doctrine jusqu'alors complètement inconnue. Mais si l'on vient à réfléchir que la religion chrétienne se proposait de continuer les révélations de l'Eden et du Sinaï , l'on comprendra facilement que bien avant Jésus-Christ le Christianisme avait de profondes racines dans l'ancien monde. D'ailleurs, du fond de l'abîme de corruption et de servitude où il était plongé, le genre humain devait rêver sans cesse les merveilles de la réparation future. Il y a tant de sang et de larmes dans toute cette histoire déchirante du vieux monde, qu'on comprend facilement que l'humanité, dans ses rêves ardents, entrevît dans les cieux les premiers rayons du soleil de justice. M. Gerbet, dans son profond ouvrage sur le dogme générateur, a fait sentir d'une manière énergique et vive le besoin perpétuel de la présence de Dieu qui dévorait la société païenne. Ce besoin, d'ailleurs, n'avait-il pas sa racine dans une ancienne promesse faite aux ancêtres de la famille humaine (2) ? C'est là le principe mystérieux des Ihéophanies et des Incarnations. Il est essentiel de remarquer que les peuples qui ont conservé le plus longtemps les souvenirs traditionnels ont donné beaucoup plus de développement que les autres à la théorie de la rédemption divine. Il est étonnant que nos adversaires aient méconnu si complètement un enchaînement d'idées pourtant si facile à saisir. La précipitation avec laquelle ils examinent et jugent le

pour titre : De la rédemption du genre Immain, traduction Uenriou dans les Démonstrations éwngi'Uqvet de M. M iime, t. xiu, p. 1083, et dans lis Annales de pitil, chrét., les travaux du I'. Pi émare,de (Hambourg, de Grassellini, de Branati, de B. Bergmau, etc., etc.

DEMONSTRATION EVANCEL1QIE. L'AUBE CIIASSAY.

m ignifique ensemble des fails qui composent l'histoire de lu révélation peul seul expliquer leurs erreurs. Le chrisi i;i ihmih-, qui est une chose si grave, est étudié dans les livres de nos laranti modernes avec une pétulance déplorable qu'on rougirait d'employer s'il s'agissait de fixer la date d'un Pharaon ou de reconstruire le squelette d'un ptérodactyle. Pourtant il s'agit d'une doctrine qui a construit de ses mains vigoureuses le merveilleux édiQce de la société moderne. Il s'agit d'une doctrine de laquelle dépend évidemment la vie morale des peuples, et sans laquelle la force prévaudrait contre le droit , la chair contre l'esprit. Quoi qu'on dise du spiritualisme prétendu de ce siècle , il ne comprend véritablement que les forces matérielles. On voit des hommes qui se disent graves, consumer leur intelligence cl leur vie sur une question de statistique, de chemin de fer ou de canalisation. Mais quand il est question des bases les plus profondes de la religion, de l'ordre et des mœurs, ils répondent avec dédain , comme les savants de l'aréopage répondaient à saint Paul : « Un autre jour nous parlerons avec vous de tout celai » ( Act. , xni, 22.)

Dans le quatrième chapitre, après les préliminaires que nous avons essayé d'exposer, Lange aborde enfin la question capitale de son livre, c'est-à-dire la naissance et l'enfance du Sauveur. Ce point de l'histoire évangélique avait été bien longtemps avant Strauss combatu par les docteurs de l'exégèse protestante. Comme toutes les circonstances merveilleuses de la vie du Sauveur blessaient fortement la tendance naturaliste des écoles antérieures à Strauss, elles admettaient assez volontiers que les deux premiers chapitres de saint Luc devaient être considérés comme de véritables interpolations. La nouvelle critique, dont le point de départ est plus décidé, a positivement repoussé cette hypothèse timide et inconséquente, si ou la borne à certains faits. Lange s'adresse à un adversaire qui déclare hardiment mythologiques toutes les circonstances merveilleuses de la naissance et de l'enfance de Jésus-Chrisl. « Il soumet donc à l'examen, dit Zeller, les arguments à l'aide desquels Strauss s'efforce de représenter l'histoire de l'enfance de Jésus comme une histoire mythique. Il suit exactement les divisions adoptées par Strauss dans sa Vie de Jésus. 11 passe en revue l'annonce el la naissance de saint Jean-Baptiste; la descendance de Jésus de David, d'après les deux arbres généalogiques; l'Annonciation de l'Incarnation de J .-C. ; la manière d'agir de saint Joseph cl la visite «le Miric à sainte Elisabeth; la naissance et les premiers deslins du Messie ; son éducation el son premier voyage au Temple. Lange suit pas à pas 1 interprétation mythique de l'histoire évangélique. Il réfuie les attaques dirigei s contre la réalité de celle histoire. Souvent il reproduit les opinions deOlshausen, sans leur ôlcr leur cachet parti) Dans la Vie du Christ.

ticulier. Il ajoute encore des aperçus sur le> anges, sur la conception , sur les mages el sur leur étoile.

N'/Us sommes obligé de nous borner ici à la simple indication de la marche de l'auteur, parée que nous nous proposons de traiter plus lard avec plus d'étendue ces points importants (1).

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