‹ Démonstrations évangéliques (volume 3)Chapitre 92 sur 255 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

J.-G. VA1HINGER.

J. G. Vaihinger, pasteur à Grœlringue, a publié en 183G une lettre à M. D>vid-Frédéric Strauss, docteur en philosophie. Elle a pour titre : Des contradictions dans lesquelles s'engage l'interprétation mythique des Evangiles.

Le ton général de ce livre est empreint d'une légère ironie qui fait contraste avec le d iginatisme ardent el absolu des adversaires de l'Evangile. L'auteur se pose naïvement comme un homme qui voudrait connaître à fond les procédés de la science nouvelle. Ce rôle pacifique rappelle d'une manière très-éloignée la liclion des Provincia'es r produites depuis contre les rationalistes par le jésuite Barruel (&•). Une pareille méthode permet de poser à ses adversaires, avec les apparences de la bonhomie la

(\) Nmis avorta reproduit cette réflexion dans Le Christ ri I Evangile, ainsi que nos observations sur la mythologie ;> propos de l'ouvrage de Lange.

Macauley, Revue d Edimbourg ; voir dans les Animiez, iwne v, p. 405.

(3 Roh ha lier, tableau des conversions du xtx° $ièt'e. voyez aussi dans les Annales (lTt scr c), Galerie ntiliolujue de l'Allemagne, par M. l'abbé Eoisset, el (ï s ri i, 1 orner. non fin célèbre Hurler. Ce pieux et profond savant vient de fonder avec d'autres pro-

ADVERSAIRES EN ALLEMAGNE. 6f)4

moins déconcertante, une infinité de problèmes embarrassants. Elle est singulièrement propre à faire comprendre aux gens du monde incapables d'entrer dans le fond des questions théologiques, tous les inconvénients et toutes les lacunes d'un système. L'auteur des Pensées en a singulièrement abusé sans doute, en composant ces lettres que Joseph de Maislre, avec son accablante ironie, avait surnommées les menteuses; mais le succès rapide et populaire d'un libelle composé sur un fonds si mince prouve combien cette méthode est propre à faire impression sur la masse flottante d'espriis superficiels, qui ne pourra jamais suivre une discussion purement ihéologique. Il va sans dire qu'on est obligé, quand on adopte une marche de ce genre, d'éliminer les arguments abstraits el compliqués. C'est ce qu'a fait Vaihinger: il se renferme exclusivement dans les raisons psychologiques et historiques : son travail se rattache donc parfaitement au cadre de questions que nous nous sommes tracé- Il semble a*.oir compris parfaitement le peu d'importance de ces théories vagues qui ne font pas avancer d'un pas le problème qu'on soulève. Il ne nous a pas donné, comme le do. teur Kuh i, de ces spéculations insaisissables sur le Sauveur des hommes, qu'on appelle au delà du Rhin : la Christologie (5).

La publication du livre de Strauss doitelle être considérée comme un malheur ? Est-ce un inconvénient de voir les théories atteindre avec franchise leurs conséquences extrêmes? Vaihinger ne le pense pas. Il croit que c'est un bonheur que les adversaires de la Foi chrétienne soient poussés irrésistiblement dans les abîmes du scepticisme historique. La guerre hypocrite, et sournoise qu'on faisait à la Révélation prend enfin le courage de ses actes et de ses doctrines. Obligées de choisir entre le Christ historique et le pyrrhonisme le plus absolu dans Tordre des faits, beaucoup d'âmes recub ront à la pensée d'une si étrange déraison. Strauss et son école auront beau dire qu'ils conservent toutes les idées fondamentales du Christianisme, qu'ils donnent à la Révélation une réalité scientifique qu'elle ne peut jamais perdre, une escobarderie si naïve n'aura jamais chez nous de succès véritable. On ne comprendra jamais eu France ce christianisme décapité, comme l'a dit spirituellement M. Edgar Quinel (6). M. Cousin lui-même, malgré l'incontestable talent qu'il a déployé dans son coure de 1828 , n'a pu réussir à populariser et à répandre cette monstrueuse invention germanique.

Après avoir apprécié l'importance de la

fesseurs de Munich un recueil destina à combattre le proleBtantlsffie et le rationalisme. (Note de 48l(>.)

(4) Barruel, les llelviennes, provinciales philosophiques.

(51 Knhn, la Vie de Jésus, Introduction, § 5(i. Exposition scientifique de la vie de Jésus. § 3'J. Déduction de l idée du Christ.

(6) A propos de J.-J. Rousseau , Génie de» Religion*.

DEMONSTRATION EVANGELIQIE. L'ABBE CHASSAY.

'sus dans les circonstances parlicuse trouve maintenant placée la 6e chrétienne, Vaihinger propose •auss plusieurs contradictions qui nt embarrasser la marche du développement du système mythique.

C'est au siècle d'Auguste qu'on suppose L'invention de l'Evangile. Il y a là une impossibilité radicale que le pasteur de (irœtringue fait sentir avec énergie. Strauss, en effet, pour masquer cette diflicullé essentielle de sa théorie, a été obligé de peindre en traits fantastiques l'époque de la domination des premiers Césars. Ici, comme toujours, l'histoire seule peut saper par la base les vaines Ihéoriei a priori de l'imagination rationaliste. L'auteur que nous analysons oppose avec précision et vivacité aux utopies de son adversaire la vraie peinture du siècle de Jésus-Christ. On regrette seulement qu'il n'ait pas traité celte question capitale avec plus de vigueur et d'étendue. H peint l'étal du peuple israélile, puis celui des disciples et de la basse classe du peuple au milieu de laquelle se formèrent les mythes apocryphes. Mais si le théologien allemand n'a pas donné à ce point capital de la discussion toute l'importance qu'il méritait , on ne peut pas faire le même reproche à M. Athanase Coquercl qui nous semble mieux que personne avoir saisi le véritable caractère de celte époque à jamais mémorable. Il montre, avec une grande vivacité d'idées et d'expressions, l'analogie dû temps où parurent les premiers prédicateurs du : Christianisme avec notre TVin" siècle. Ce qui domine dans les esprits, c'est le sarcasme et l'ironie, le dédain du monde invisible, la passion effrénée du plaisir, le mépris du genre humain poussé jusqu'à ses dernières exagérations (1). C'est dans une pareille situation des idées qu'on est venu proposer au monde l'étrange mystère de la crèche et de la Croix. C'est aux épicuriens successeurs d'Horace que les prédicateurs apostoliques venaient annoncer la fraternité universelle, la mortification des sens, l'immolation de l'esprit et du cœur. On n'y veut donc pas songer, l'ami de Mécènes venait de mourir, et Lucien allait bientôt paraître 1

Cependant M. Coquerel suppose, en prêtant à ses adversaires les propres ressources de son esprit ingénieux , qu'ils pourraient ainsi sortir de ces inextricables difficultés : « Nous accordons, diraient-ils, que tel était l'état de l'Occident quand on y prêcha l'Evangile ; mais ce n'est pas dans le palais de Sénèque ou dans les jardins de Néron que le Christianisme est né; c'est dans VOrient mystique et visionnaire, au milieu de peuples encore enfants et faciles à séduire, qu'il a planté sa croix. Lucien n'était pas à Jérusalem ou à Samaric pour y flageller de ses amères épigrammes les rêveries de quelques pécheurs galiléens. » Telle est l'objec-

(I) Voy. Chateaubriand, Etudes historiques; Franz de Cbampagfiy, tes Césars; Alzog, Mis/, de I F.ijlise, i ; Lelaïul, Démonst. évung.

tion dans toute sa force ; mais qu'il est facile de la résoudre en examinant les faits avec plus d'attention. L'Orient de ces tein; | ne ressemblait en rien aux sociétés immobile! et servi le s de l'Asie orientale et de l'A -it: méridionale. Les soldats d'Alexandre et do Rome avaient porté dans toute la région occidentale de cette partie du monde leurs sciences et leur littérature, l'aul était citoyen romain, civis romanus sum eyo. Il citait aux Athéniens leurs savants et leurs

fioéles. Il y avait à Jérusalem, même sous es yeux du Christ et des apôtres, des épicuriens déguisés qui essayaient de combattre par des sarcasmes ce qu'il disait delà résurrection (2). La domination intellectuelle de Rome, comme cela arrive toujours, s'était étendue avec l'empire de ses armes, l'ourrait-on dire que les vaincus d'Auslerlitz, d'iéua et de Wagram ignorassent les idées religieuses des soldats de Napoléon ? Mais quand même il n'en serait pas ainsi, quand même ou voudrait, par une fi lion insoutenable , comparer l'Asie gréco-romaine aux sociétés immobiles de l'Asie orientale, on n'aurait pas beaucoup gagné. En effet, ce n'est pas à Babylone, ce n'est pas en Perse, ce n'est pas en Arabie que l'Eglise primitive fait les plus grands progrès. Elle va poser audacieusement sa lente dans les cités les plus savantes, les plus sceptiques, les plus remuantes, les plus gangrenées du monde romain. C'est à Antioche , à Ephèse, à Alexandrie, à Athènes, à Corinthe, à Rome enfin, qu'elle ra planter, aux yeux des philosophes, celte croix de bois qui devait sauver et purifier le monde. Etait-ce là éviter la lumière? Etait-ce fuir l'examen? Etait-ce chercher les populations imbéciles et crédules? Est-ce ainsi que se forment les légendes? N'avons-nous pas le droit de dire avec J.-J. Rousseau : « Les « faits de la vie de Socrate, dont personne « ne doute, sont moins attestés que ceux « Jésus-Christ (3). »

Mais seulement, pour sortir de Jérusalem, il fallait que la nouvelle doctrine surmontât d'immenses difficultés. « Le Christianisme , dil très-bien M. Coquerel, est sorli immédiatement de Judée , et s'est avancé triomphant parmi les peuples païens. ,Or, la Judée à celle époque était comme environnée de science païenne, elle en rencontrait partout sur les frontières. D'un côté, la Judée avait à ses portes, en Egypte, la célèbre ville d'Alexandrie, avec ses gymnases, ses écoles, sa fameuse bibliothèque, Alexandrie, remplie alors de Juifs, et dont les relations avec Jérusalem étaient si fréquentes, que dans celte dernière ville il se trouvait une synagogue des Alexandrins. Alexandrie, donl les docteurs connaissaient la mission de saint Jean le précurseur, et où l'on étudiait alors, encore plus qu'à Athènes. Vers l'orient , la Judée voyait l'Arabie, où une partie de la science de la Grèce s'était réfugiée loin de la

(2) Voir >:iim Luc, c. n, et Millt Paul , / Cor. xv. S l . J. Roms—, apologiêlt, dm les Drmonttra* lions de M. Migiie.

conquête et de l'oppression de Rome. Vers le nord , la Judée avait à sa porte les villes de l'Asie.Mineure, presque toutes des foyers de science. Pergame, dont la bibliothèque, longtemps rivale de celle d'Alexandrie, venait sous Cléopâlre d'y être transportée; Tarse, dont saint Paul avait reçu l'enseignement, où la jeunesse même de Rome venait s'instruire, et dont les écoles, selon Strabon, surpassaient celles d'Alexandrie et d'Athènes ; Antioche, à qui Cicéron rend en termes si forts, dans son oraison pour Archias, le témoignage le plus honorable, à cause du grand nombre d'hommes instruits qui y demeuraient..., Antioche où le nom de chrétien commença d'être mis en usage. Le christianisme, au sortir de la Judée, avait à traverser ces centres divers de connaissances historiques, critiques et philosophiques du moment; il avait à passer sous ce contrôle; il avait à subirces jugements entachés de partialité bien plus que de faveur. » Le spirituel auteur peint ensuite de la manière la plus frappante le caractère investigateur el crilique de la science de ce temps-là ; il se demande comment ces esprits inquiets et curieux, si rapprochés des événements, n'ont pas pu faire les étonnantes découvertes dont Strauss voudrait se faire honneur (1).

De plus, avant de se répandre en dehors de la Judée, il était nécessaire que la nouvelle doctrine fût complètement organisée. On est donc obligé de supposer que ce fut au sein des populations hébraïques que s'est formé tout l'ensemble des légendes chrétiennes primitives. Je suis convaincu que J.-.T. Rousseau aurait été révolté d'une hypothèse si intolérable : n'avail-il pas été frappé de l'étonnant contraste que produit, aux yeux les plus prévenus , l'admirable douceur de l'Evangile et le caractère des Juifs de ce temps-là : « Où Jésus avait-il pris chez les siens celle morale élevée et pure, dont lui seul a donnéles leçons et l'exemple? Du sein du plus furieux fanatisme, la plus haute sagesse se fit entendre et la simplicité des plus héroïques vertus honora le plus vil de tous les peuples. » ( Emile. ) Il y a dans ces quelques mots tout le germe d'une puissante objection contre l'hypothèse mythique. Nos adversaires ne devraient pas oublier ce qu'était la nationalité juive au siècle de Jésus-Christ ; sonl-ce ces pharisiens orgueilleux, calculateurs, politiques el avides, qui ont fourni à la première communauté chrétienne l'idéal de la vie et les opinions du Rédempteur? Est-ce dans ces âmes égoïstes et glacées qu'a pu naître un jour la pensée de régénérer l'humanité souffrante et dégradée?Nous les connaissons, ces docteurs de, la loi, juges habiles de chicanes minutieuses. Nous les connaissons ces scribes avides de puissance et d'argent, toute celle aristocratie sans zèle et sans grandeur. Leur portrait est éternellement buriné dans les

(1) Coquerel, Réponte au livre du docteur Strauss, p. 22, 23, 24.

(2) Voir Alzog, t. i, 102 iil ; Slolberg, n, p. 499-

monuments contemporains. A côté de ces calculateurs hypocrites s'élevaient aussi dans les grandes positions sociales les Saducéens , épicuriens déclarés (2). Dédaigneux des traditions anciennes, amis du plaisir et du sarcasme , ils avaient effrontément retranché de la loi tout ce qui faisait sa force et sa grandeur morale. A quel esprit calme el sensé fera-t-on jamais croire que celle tourbe d'intrigants, d'hypocrites et de viveurs, ait jamais pu inventer l'Evangile ? Quoi ! les humiliations de la crèche, la vie cachée, la croix qu'il faut porter, le calice d'amertume, l'angoisse de Gethsémani , l'agonie du Calvaire, tout cela serait de la poésie inventée par les grands seigneurs juifs, de pures légendes aristocratiques 1 II est clair qu'on ne peut pas recourir à de pareilles chimères pour expliquer l'origine de l'Evangile. La seule chose qu'on puisse dire avec une certaine apparence de raison, c'est que celle merveilleuse doctrine n'est que l'écho des prolétaires souffrants, que c'est en elle que se résument les désirs, les misères, les consolations de la foule opprimée. L'Evangile serait l'épopée du peuple, poésie douloureuse el plaintive, pleine de larmes et d'angoisses. La plèbe de Palestine, pour charmer ses douleurs, aurait rêvé l'Evangile, comme la Grèce opprimée répétait ses chants patriotiques et guerriers (3). C'est là le seul raisonnement qu'il soit possible «le faire; mais qu'il est misérable quand on le compare avec L'histoiro 1 Ce n'est pas ainsi qu'est la poésie du peuple. Elle est pleine de rage et de colère; c'est une Marseillaise foudroyante , chanis de guerre retentissants d'éclals et de fureurs. II n'y a pas de peuple au monde capable d'imaginer jamais les tendres et douces paroles de l'admirable sermon sur la montagne.

Comment! celle plèbe de Palestinequi montra au siècle de Jésus-Christ une rage si exallée, un fanatisme si invincible, qu'on brisa tant de fois sous les pas des légions, qu'il fallut semer jusqu'aux extrémités du monde, celte foule-là aurait imaginé la céleste douceur, le calme ravissant, l'irrésistible sérénité qui brille pour ainsi dire dans chaque ligne de nos saints Evangiles 1 Le Messie qu'elle rêvait n'était pas le Messie du Prétoire et du Golgolha. Ce peuple de fer n'a jamais compris, ni la crèche, ni le calvaire. Le Christ qu'il lui fallait à lui, c'était un fils terrible de David etd'Aza. 11 était prêl à suivre jusqu'au bout du monde le premier fanatique qui voudrait commencer par fouler aux pieds les aigles triomphantes. Voilà les hommes qu'il admirait, qu'il a rêvés ; qu'on lise plutôt Josèphe(k).Ccs idées terrestres el charnelles étaient si profondément enracinées dans tous les cœurs, que le Christ lui-même pouvait à peine les déraciner de l'âme de ses apôtres. L'esprit national , si rude el si tenace, se montre à chaque instant dans leurs pensées, la haine de Rome el le royaume d'Israël pa-

524; F. (le Schlégel, Philosophie de t'hist., leç. 10.

(3) Voy. Fauiicl, Chants de la Grèce moderne.

(4) Josèphe, Guerre des Juifs contre les Romains.

699 DF.MONSlli.ViiuN k\ w.l.LIQl.'E. L'ABK CBA8S4Ï. : |

raissent les occuper bien plus que le rela- br ioir satisfaire les v.i Miaaemeul du règne de Dieu dans l'humanité caprice-, ia I imagination indienne. Tel i déchut1, bien loin de pouvoir in\ enter la ria tau pat la Dieu du Binai qui avait l.iii jaillir el la parole «In Sauveur, ils pouvaient à les mondea de la nuii pmfaaidfl de aéaet. peine les comprendre. L'idée d'Incarnation était, de leulci les t onl.e doc'eur Néander a fait, de ces ronsidé- ceptiOM , celle qui défait le moiaj la ileretia i générale!, d'ingénieuses applications ment s'enraciner dane l'esprit do peuple bé» a un point très-important do l'histoire évan- breu. Celle na i m tenace et rebelle a congel que (I). Nous allons essayer «le donner serve pour elle tonte son antipathie. K t-il nneidée des réponses proposées par le savant donc possible de supposer que la masse ii/noprofesseur de Berlin, ran'e du peuple se soit emparée lout d'un L'bisloire de l'Annonciation et de l'Incar- coup d'une idée si étrange à l'eaprit national nation du Fils de Dieu dans le sein de la pour embellir le berceau pau\re et nu de Vierge, (îlle de David, est certainement un l'enfant de Bethléem? Peot-on admelire endos passages les plus significatifs de ibis- core que celle foule aveugle el crédule toire de l'Evangile. On sait que c'est à pro - soit plue à faire naître d'une Vierye le Saupos de la naissance des grands hommes que veur désiré des national Bet-CO que la virl'esprit poétique des peuples enfants déve- ginilé était une idée populaire «liez les Juif? Ioppe toutes ses ressources d'imagination. Est-ce que les llébreux oui attribue ce pri- Ccpendant, il ne faut pas oublier que les v ilé^e à un seul de leurs grands boum fleurs légendaires dont on a couronné le ber- Nous ne sommes pas ici dans la pairie du ceau des béros rappellent toujours à l'esprit célibat, nous ne sommes plus sur les bord* la nature du sol qui les vit naître. Toute la du Ganse. C'est par des confusion! de ce tendance des mythologies grecques, bond- genre qu'on peut faire illusion aux esprits dhisles , chinoises et indiennes, se révèle superficiels el sans instruction peoiiive. M. il dans les naissances de Persée, de Bacchus , la science véritable sait percer ce Iragile d'Apollon, de Sakia-Mouni, de Lao-Tseu, de tissu pour aller jusqu'au fond des choses, Viclinou el de Kiichna. Ce fait est admis de pour atteindre les réalités solides et vivantes tous les savants et n'a pas besoin de démons- de l'histoire. La méthode de l'exégèse aliénation. S'il en est ainsi, dans le os où l'in- mande pourra plus d'une fois séduire les carnation du Clirisl serait imaginée par l'es- Ihéologiens improvisés de nos Revues franpril populaire, elle devrait avoir un carac- çaises. Cela n'a rien d'étonnant. La science 1ère essentiellement judaïque, à moins qu'on de la religion est ce qu'il y a de plus rare ne démontre que ce mythe prétendu est une dans un certain monde qui se pique pourimportation étrangère. Or, qui s'aviserait de tant d'érudition. Mais, tant qu'il restera sur dire que ce sont les Yoguis de l'Inde ou les la terre de France un seul prêtre catholique, prêtres de Bouddha qui onl imaginé la nais- il lui sera permis de protester au nom du bon sanec miraculeuse du Fils de Marie? Si une sens national contre toutes les rêveries gertelle idée a pu germer dans quelques tètes , maniques. L'admirable intelligence de notre le chef de l'école mythique a ici nie devant patrie a fait bonne et rapide justice de la méune pareille absurdité, lia mieux ainiésup- taphysique allemande. Kent, Hegel el Schclposer que les Juifs avaient copié leurs Iradi- ling u'ont pas fait oublier chez nous Bossuet lions sacrées, qu'on avait donné au philoso- el Pascal (-2). Espérons aussi que l'esprit si phe de Nazareth une naissance merveilleuse clairvoyant de notre pays appréciera bientôt comme celle d'Isaac, de Samson ou de Sa- à leur juste valeur, les Schleiermacher, les muel; mais il n'a pas remarqué une difli- de Wetle, les Paulas el les Strauss, culte capitale qui rend tout à fait impossible Après avoir démontré le desaccord de l'hyune explication si superficielle et si inlolé- polbèse mythique avec les donne s les | lus ribledcs faits. Qu'on relise avec attention positives de l'histoire, Yaihinirer met en rol'Ancien Testament, ce qu'il raconte de la lief une contradiction psychologique qui naissance de quelques grands hommes du ressort du fond même du système. Cette peuple élu. II n'y a pas là un seul mot qui contradiction, qui n'a guère été remarpuisse rappeler l'idée d'Incarnation, idée si qu.'e, n'en est pas moins une îles plus choctrangère aux habitudes et aux préjugea du quanics de l'hypothèse mythique. Strauss peuple juif. Belhleem et Nazareth ne sont suppose en effet que les Juif, du lemps de pas la terre classique des Avatars. Il ne faut Jésus-Christ attendaient an lleeaie dont la pas, par une illusion d'imagination, nous vie merveilleuse ferait oublier I- lie e! I.li«t'. transporter d'un seul bond des rives du On croyait, de l'aveu même de Sirause, que Jourdain aux bords de la mer du Bengale, ce Fils du Ciel reproduirait dans sa pro li- Lcs suppo itions de Strauss donneraient à giense eeiotenco lame lea oraeleedoe Voya II croire que les Hébreux se faisaient de Je- d'Israël. Les | euples l'alleu soient comme les hnrali, 1 Eternel, an nom 'rois fois saint et plantes deeséchées attendent la lo-eo du incommunicable, la même idée que les brah- soir. Il circulait clans tout l'Orient connu.' inanes ont de leur complaisant el facile \ieh- une rumeur d'attente et d'enthousiasme. non, qui descend vingl fois dans les lenè- Tons les peuples lavaient que le Saint al ail

(I) Nésnder, Vie de Jésus. Hes maîtres i I UN B amis, les chefs de Is philosophie

(i) 0 peut voir dans la ffrWS dm tleu.r mondes ce contemporaine (Safeaet, iirrite des ./eux moudtt ,

que M. Saisie! pense de ces préiendns grands boni- tsio, De la philosophie positon mes qu A. Cousin appelait il y ;i quelques années :

LE DOCTEUR STRAUSS ET SES ADVERSAIRES EN ALLEMAGNE

paraître (1). Si la vie de Jésus aéléaussi pâle et aussi décolorée que Strauss l'a répéié cent fois, qui donc aurait pu s'aviser de voir dans ce Fils de charpentier, sans éclat et sans gloire, le Messie désiré des nations? Qui donc aurait pu s'y méprendre? D'où viendrait cette étrange ardeur et ce dévouement sans bornes que montrèrent partout les prédicateurs de la nouvelle doctrine? Pour qui connaît les lois éternelles de l'esprit humain, devant un pareil miracle, les morts ressuscites ne sont qu'un jeu d'enfant. L'histoire du Christianisme, si simple et si naturelle quand on veut bien admettre la tradition des faits, devient dans toutes les théories rationalistes un entassement de merveilles et d'impossibilités. Les défenseurs de 1 Evangile n'ont pas a-sez pesé, ce nous semble, cette considération fondamentale. 11 ne suffit pas de déchirer à plaisir les pages du livre sacré pour les jeter au vent. Il faut ensuite écrire l'histoire de cette étonnante révolution morale dont le Christ est l'auteur. C'est alors que le Ql délié des systèmes se brise dans les mains des faiseurs de romans. Bergicr répétait aux écrivains du dernier siècle qu'ils n'en avaient pas fini avec le christianisme ; nous aussi nous osons dire aux ennemis du Sauveur Jésus-Christ qu'ils n'effaceront pas facilement sa glorieuse vie de l'histoire de l'humanité. Saint Augustin disait aux incrédules de son temps : « Si le Christ n'a pas fait de miracles, le monde changé et converti n'esl-il pas la plus grande des merveilles?» Le bon sens catholique a toujours, lui, naïvement supposé qu'il n'existait jamais d'effet sans cause. Ce raisonnement est simple, mais il est concluant.

Vaihinger continue son argumentation.

Quelle a été la vie du Christ, quel a été le caractère de ses miracles ? Est-ce dans l'ombre que s'est passée son obscure existence ?Al-il prêché dans des convenlicules mystérieux? A-t-il fui la lumière? Comment 1 les maladroits faiseurs de légendes, qu'on dit avoir rêvé celle étonnante histoire , choisissaient bien leur temps I En donnant à la vie du Rédempteur un cadre si bien tracé, des circonstances si nettes et si précises, ils choisissaient comme à dessein tout ce qui pouvait faire démasquer et confondre leur folle crédulité. Strauss n'a pas contesté l'authenticité des Actes des Apôtres. Qu'il lise donc dans les premiers chapitres les admirables discours de saint Pierre et de saint Etienne prononces devant la multitude et devant le Sanhédrin lui-même. Quelle vivacité 1 quello conviction! quelle logique l S'il se fût agi d'une simple illusion d'imagination, pourquoi les meurtriers du Christ n'onl-ils jamais essajé de convaincre d'imposture ces disciples simples et naïfs qui les accusaient défaut la nation tout entière du plus grand des forfaits? Pourquoi n'a-l-on pas fait d'en-

M) On peut veir le mol Me.ssie dans les Tables généra'es des Annales, où nu irouvcia îles preuves nonibreufces «!«■ celte bm< riion, el dans Rossignol, Lettres $ur Jésus-Christ , t. I".

(4) Nous avons développé ces considérations dans

quête? Pourquoi n'a-t-on rien imaginé qui fut tant soil peu raisonnable (2) ? Quelque supposition que l'on fasse, ces conclusions du sens commun jetteront toujours à terre les adversaires de l'Evangile. Si, au contraire, il était impossible de contester la publicité des miracles du Sauveur, on s'explique les hésitations, les fausses mesures, les embarras du Sanhédrin. On comprend le changement subit, le zèle et la fermeté des apôtres. 11 est plu» facile d'accepter des miracles que de dévorer toutes les impossibilités des théories rationalistes. Vaines chimères qu'emporte le flot du temps et qui disparaissent plus vile que les nuées poussées par le vent de l'orage I

Vaihinger applique ces réflexions que son livre nous suggère à l'histoire de la résurrection el à la formation de l'Eglise primitive. Il fait sur ces deux points, ainsi que sur le caractère des apôtres, des considérations pleines de bon sens. Il dirait volontiers comme Pascal : « Je crois des témoins qui se font égorger 1 » Nous avons émis nos idées sur ce sujet en appréciant l'ouvrage de Gelpke.

L'auteur dont nous jugeons le livre propose ensuite une difficulté formidable, puisée dans les profondeurs mêmes du sens commun. Si l'on suppose, comme le fait le rationalisme contemporain, que l'Evangile est l'œuvre de l'imagination ou de la ruse, il est impossible de rendre raison de la merveilleuse sublimité de son caractère. « La majesté des E rilures m'étonne , s'écriait l'inconséquent auteur d'Emile, la sainteté de l'Evangile parle à mon cœur. Voyez les livres des philosophes avec toute leur pompe; qu'ils sont petits près de celui-là! Se peut-il qu'un livre à la fois si sublime et si simple soil l'ouvrage des hommes? Se peut-il que celui dont il fait l'histoire ne soit qu'un homme lui-même? Est-ce là le ton d'un enthousiaste on d'un ambitieux sectaire?

Quelle douceur I Quelle pureté dans ses mœurs 1 Quelle grâce touchante dans ses instructions IQuelle élévation dans ses maximes ! Quelle prof nde sagesse dans ses discours I Ou est l'homme , où est le sage

qui sait agir, souffrir et mourir sans faiblesse et sans ostentation (3j ? » Eh bien! ce livre merveilleux, c'est une foule fanatique et visionnaire qui l'a rêvé I Quelques pêcheurs des lacs de Galilée ont fait mieux dans leur enthousiasme naïf que Socrate , Zenon, Cicéron, Kong fou-tseu, Sakia-mouni, Zoroaslre, mieux que la Grèce, mieux que l'Inde, mieux que Rome, mieux que la Chine, mieux que le monde entier. C'est là certes un curieux prodige que nous livrons aux méditations des gens qui ne veulent pas de mirac es I Cette petite communauté de visionnaires el de rêveurs a montré plus de sagesse, plus de raison, plus de bon sens que

Le Christ el l'FA<angiicy l'Allemagne, II, Témoignage des a poires.

(5) Voir dans VKwile, t. iv, p. 105; dans IesZMtt. de M. Miguc, t. ix, p. 1246.

hl M0NSTP.AT10N EYAM.I I

n'en ont eu les plus fortes têtes de l'humanité. Elle fl trouvé clans ses rêves la fralernité universelle, la prodigieuse doctrine du sacrifice, la réhabilitation des enclaves, les droits des peuples, en un mol la civilisation moderne. Que l'on compare, par curiosité, V Ethique d'Aristide au Sermon sur la montagne, le ï'ime'e de Platon et les discours de la Cène, la République du philosophe de l'Académie avec la première communauté chrétienne, et on comprendra peut-être enfin quel miracle c'est que le Christianisme. Ce sont là de ces arguments plus forts que toutes les discussions subtiles, que toutes les argumentations de mots, que tontes les chicanes de l'exégèse. Si nos voisins d'au delà du Rhin avaient quelque chose de ce bon sens viril, ils s'apercevraient de la vanité de toute leur érudition pointilleuse cuutre le colosse de l'Evangile.

Vaihinger, avant de terminer son ouvrage, essaie d'apprécier la tendance et la portée de la nouvelle exégèse. C'est en vain qu'elle se félicite d'être, pour ainsi dire, le dernier mot de la science et comme le résultat nécessaire du progrès des idées. 11 y a bien des siècles que, dans les écoles de l'Egypte et de la Syrie, les esprits téméraires qui se qualifiaient eux-mêmes avec emphase du nom de savants par excellence (rv&xmxoi), rêvèrent aussi une prétendue réforme du christianisme. Le panthéisme était presque toujours la base de leurs spéculations chimériques(l). Ils étaient aussi, comme la nouvelle école , scandalisés de la naissante et de la croix du Sauveur. Ils effacèrent d'un trait de plume de l'histoire de sa vie sa croix comme son berceau. Us dédaignaient aussi la simplicité naïve et la candeur puérile des chrétiens vulgaires (2). Le Christianisme historique était aussi pour eux un tissu fragile de légendes populaires. Mais Dieu, dans la profondeur de ses desseins, a choisi ce que méprisait le monde pour confondre la puissance îles forts et réprouver la prudence des savants (3). Le Christianisme çjnostique ou transcendental n'a pas vaincu le monde; il s'est évanoui comme un rêve ténébreux après le triomphe définitif de la vérité historique. Celle victoire qui a dominé le monde, c'est notre foi, la foi que les Apôtres ont prêchée à l'univers, qu'ils ont scellée de leur sang (4).

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