CHAPITRE XIV
LE DOCTEUR THOLUCK.
Quand le protestantisme eut brisé la chaîne d'or de la tradition catholique, les prétentions de l'esprit humain étaient pleines d'audace et d'énergie. L'expérience fatale
loi i . i.'Aiiid. CH488AY.
dos siècles païens était ; rofondément oubliée. L'homme, fort de ses conquêtes et de ses progrès récents, croyait pouvoir se | . l«r, il. mis l'avenir, de la tutelle maternelle d ■ la tainte Eglise de Dieu. Les défenseurs do l'autorité iraient beau montrer dans l'avenir le gouffre toujours béant du scepticisme, ou répétait que leurs ternurs étaient folles autant qu'intéressées. Les siècles ont passé, et avec eux les douces et gracieuses illusions qui naissent à l'aurore de toutes lei révolutions nouvelles. L'esprit rationaliste, loin de se consolider dans la complète liberté qui lui a été faite au milieu de nations chrétiennes, s'est déconsidéré par ses applications. Il est à l'œuvre depuis Luther, et il semble écouter toujours avec angoisse quelle voix lui dira les secrets de la vie et de la mort. La tristesse du doute et du découragement semble avoir gagné toutes les âmes que son souffle mortel a touchées! Le principe de V autorité catholique se relève du milieu des ruines qu'ont faites autour de nous les ardents adversaires de la foi. Le soleil des intelligences qui les échauffe et qui les vivifie brille d'un éclat plus pur après avoir dissipé de ses rayons victorieux les sombres nuages amasses par l'orage. L'expérience n'a-l-elle pas encore montré que les fleurs parfumées de la vertu ne naissaient que sur le sol fécond de la vérité? La renaissance du sensualisme païen n'effraie-t-elle pas déjà toutes les intelligences d'élite? Les âmes dégoûtées de la foi se sont cramponnées aux choses du monde avec une ardente frénésie. On a vu les sociétés, foulant aux pieds la tradition chrétienne, retourner aux penchants anarchiques et sensuels de l'ancien paganisme. Les admirables instincts de dévouement que l'Eglise avait versés dans les cœurs, comme une rosée féconde, ont été étouffés par l'égoïsme dévorant du plaisir. La civilisation chrétienne a été menacée dans ses bases ; dans l'esprit de sacrifice et dans l'amour de la vérité. Les développements du rationalisme, que nulle puissance au monde ne saurait plus contenir, deviennent donc pour ses admirateurs une raison d'inquiétude formidable. Les esprits pensifs et prudents se détachent naturellement d'une doctrine dont l'impuissance organisatrice est maintenant démontrée.
Les cœurs jeunes encore s'inquiètent d'un égoïsme qui leur verse goutte à goutte le mouvement et la vie. L'éternelle et vaine faligue du rationalisme a déjà ramené dans l'Eglise bien des jeunes hommes, qui sont maintenant les plus fermes et les plus léles défenseurs de l'autorité catholique. Les immenses agitations du cœur et de l'espril que
(t) Dœllinger, Origines du Christianisme ; Blanc, Précis d'histoire ecclésiastique ; Alzog, Histoire de l'Egliie.
(i) Voir Alfred Maury, art. Apocryphes, ihm IF ncyclopédie moderne.
(S) Uu;c slulla sinit mundi elagil fans, ut confonds! sapienies; et infirma mundi elegil Dus, m mnhiiid.it for lia, et ignobdia mondi et contemplibilia
elegit Deus et ea qoa non sunl, ut ea na sunt desirueret. 1 Cor. i, 57-18. — Ubi sapiens? nbi scribal ul>i conquisitor hajus ssseali ? Nu. nie staltaa Km il faus sapientiam najas mundi! fftid.,tt.
(I) Lt li.ei e-l \i( toria qii.e vin.il mimduin fides noslra. / lotis, v. t. — Nous avons cru devoir reproduire une partie des considérations de ce chapitre dans la deuxième partie du Christ et ïEvanailc.
LE DOCTEUR STRAUSS ET SES ADVERSAIRES EN ALLEMAGNE l'incrédulité leur a autrefois si largement
données, les vaincs illusions dont elle les a bercés, les attachent par le fond des entrailles au calme si doux que Jésus-Christ leur a fait dans sa miséricorde. Le siècle ne séduira jamais plus ces âmes qui ont l'expérience des tristesses du doute et des angoisses de la tempête. La foi est devenue en elles comme une seconde vie qui lea a rajeunis et fortifiés. Le souvenir des folios années perdues dans le scepticisme leur rappelle qu'elles ont beaucoup à faire pour la vertu et pour la vérité. Du sein de la corruption rationaliste sont sortis des soldats du Sauveur, éprouvés par la souffrance et le repentir. Puissent-ils, en combattant l'erreur, rester compatissants et tendres pour ceux qu'elle séduit et qu'elle aveugle encore! Que leur zèle soit celui des apôtres et jamais celui des pharisiens l Puisse encore le sentiment de leur faiblesse passée leur faire- souffrir avec une douce bonté l'endurcissement des uns et les colères des autres 1
Les applications pratiques que le rationalisme a tentées de ces théories ont encore augmenté la déconsidération qui commence à s'attacher à ses pas. Depuis le commencement du xix' siècle, il s'est donné des airs d'organisateur et de réformateur. Après avoir longtemps parlé, sur les tons les plus discordants, de Dieu, de l'homme et de la vertu, il a essayé de se poser comme le législateur de la société moderne. On a laissé aux esprils arriérés les questions purement spéculatives, pour se jeter avec une ardeur de jeunesse dans le domaine des faits. Il n'est pas de si mince penseur qui ne voulût rebâtir, sur un fondement d'airain, l'édiQce chancelant de la société nouvelle. Ces ouvriers de Babel se remettaient tous les matins à l'œuvre avec une merveilleuse naïvclé, qui faisait sourire le bon sens catholique. Le rationalisme vulgaire , bien plus candide qu'on ne l'imagine, jouissait à l'avance du bonheur parfait des sociétés régénérées par la philosophie.
Il faut avoir contemplé de près la candeur parfaite de ces bonnes âmes, pour se faire une véritable idée de l'enchantement que l'esprit de système peut produire dans les masses. Les théories naissaient comme les flots sur une mer tourmentée. On changeait tous les huit jours ce qu'on appelait, arec une majestueuse emphase, le principe constitutif de l'avenir. Toute pierre était bonne à bâtir, sauf la pierre angulaire de l'Eglise. On organisait l'avarice, la volupté, l'égoïsme cl l'orgueil, pendant que l'on déclarait que la charité des Vincent de Paul et des Jeande-Dieu ne pouvait trouver sa place dans le nouvel ordre social (1)1 Les années qui suivirent la révolution de 1830 ont vu sortir des théories rationalistes mille projets de réforme, à l'instant renversés par la résistance du bon sens national. Les hommes d'intelligence supérieure se sont vile aperçus que le ralio-
(1) Voyez L. Reybaud, Etudes sur le* réformateurs. — Tout cela s'est reproduit en 1848. Voy. Alphonse
nalisme tendait à l'anarchie sociale, en même temps qu'à la confusion des idées les plus essentielles au bonheur des nations. Jugé comme système spéculatif, le rationalisme était aussi jugé comme théorie de réforme et d'organisation sociale.
Cependant, on apprécierait bien mal la situation religieuse de la France, si l'on s'imaginait que cette lutte est finie. La Providence, pour laissera la liberté humaine toute .la plénitude de son indépendance, permet que l'erreur soit impérissable dans ce monde en face de la vérité, qu'elle doit attaquer jusqu'à la fin des temps. Ce combat, qui remplira les siècles, a commencé dans le cœur du premier homme, et il ne doit finir qu'avec l'éternité. 11 n'y a donc pas de repos pour l'Eglise. L'épouse du Sauveur, qui porte dans ses mains les destinées du monde, n'a pas, comme le Christ lui-même, une pierre solide où reposer sa tête. Depuis qu'elle est descendue du ciel, elle a toujours subi l'inconsolable ennui qu'on verse dans l'âme des exilés. L'avenir qu'on lui réserve n'est pas plus c ilme que le passé rempli de combats étemels. Le rationalisme, pour dissimuler l'anarchie qui le dévore, pour éloigner les âmes égarées et souffrantes de rentrer dans la paix de l'unité catholique, va s'attacher à développer de plus en plus avec persévérance la seule tactique qui puisse maintenir son empire qui chancelle. Elever contre la doctrine de l'Eglise mille vains systèmes qu'emporte le vent de la tempête, c'est faire peu de chose contre une doctrine qui n'a qu'à vivre pour voir bientôt mourir ses adversaires d'un jour. Les systèmes d'impiété, d'ailleurs, se combattent si bien les uns les autres , qu'il suffît de les laisser s'entreégorger dans leur arène de gladiateurs. Do haut des tours de l'éternelle cité, l'Eglise voit passer dans la plaine ces combattants fougueux, avec leurs mille drapeaux flottants et leurs cris tumultueux de victoire, bien sûre qu'elle est de les voir bientôt s'endormir fatigués dans la mort. Aussi , depuis Arius jusqu'à Voltaire, quels puissants génies elle a brisés par son calme et sa douceur invincibles! Vivre vis-à-vis du rationalisme, c'est triompher
Je ne m'étonne pas si les esprits clairvoyants du parti ont senti le besoin de modifier profondément toute leur tactique guerrière. On avait beau dire aux défenseurs de la foi : Le surnaturel est impossible, toujours ils répondaient : Mais le surnaturel brille partout à vos yeux dans l'histoire! Qu'y a-t-il de plus surnaturel que la sainteté, l'unité, la perpétuité de 1 Eglise catholique au milieu de la corruption et des agitations du siècle? Qu'y a-t-il de plus merveilleux que l'établissement du christianisme par les pécheurs de Galilée, vainqueurs de la sagesse et de la force conjurées contre la plus étonnante faiblesse qui fut jamais? Qu'y a-t-il de plus surnaturel que les faits de la vie du Sau-
de Milly, Etudes sur les défenseurs de la propriété, dans l'Université catholique.
DEMONSTRATION EVANGELIOlï:. L'ABBE UIASSAY.
\eiir, attestés par des hommes qui se sont fait é/orgcr pour sceller do leur sang leur témoignage et leur parole? Qu'y a-l-il de plus surprenant que celte suile de prophètes, qui dessinent bien des s è< les à l'avance les traits mervt i leux du Sauveur des notions? Comment ex|ili(|ucr eetle suite de miracles qui remplit l'ancien monde, el (|ui prépara parties moyens divins et prodigieux tontes les men cilles du monde nouveau?
Pour répondre A ces formidables objections, il faudrait démontrer la théorie que nous allons résumer en quelques mots :
La doctrine catholique n'a ni l'unité, ni la Sainteté, ni la perpétuité qu'elle s'attribue. Elle a, comme les doctrines humaines, grandi par des causes naturelles. Elle a rama.» se sur sa roule, dans l'espace el dans le temps, les préjugés et les opinions contemporaines. Son origine n'est pas plus divine que son développement. Les livres du Nouveau Testament, ^ur lesquels elle s'appuie pour démontrer la divinité de son fondateur, n'attestent nullement les faits surnaturels. L'Ancien Testament ne peut servir à prouverl'exisience d'oracles ou d'événements destinés à prédireou bien à préparer le Christ de l'avenir. Le système historique sur lequel l'Eglise s'appuie esl donc posé sur un fondement ruineux (1)1....
Telles sont, en dernière analyse, les objections nouvelles que l'on fait contre le Christianisme; c'csl là le fond de tous les raisonnements de Strauss.
On doit comprendre assez, d'après cet exposé, l'importance prodigieuse disqueslions d'exégèse. C'est sur ce terrain que doivent se livrer certainement les combats les plus dec si fs de l'avenir. Nous croyons donc tout à fait nécessaire que les défenseurs de l'Eglise travaillent de toute leur force à déjouer un complot perfide, qui menace d'enlever tant d'intelligences à l'action bienfaisante de la foi catholique. C'est celte pensée qui nous a fait donner à ce travail des proportions qui paraîtront peul-éire démesurées, et qui nous a engagé à le continuer dans Le ' hrixt et V Evangile. Nous nous proposions d'abord de ne faire connaître aux théologiens français qu'un maître el qu'une école; mais à mesure t|iie notre r gard plongeait dans les profondeurs de ce monde inconnu, nous avons découvert derrière cet homme, dei. ière cette école, tout une multitude, loul une conjuration (urbul'iile , avec ses chefs audacieux et ses nombreux soldais (2), Nous nous sommes aperçu bientôt qu'il ne s'agissail pas seulement d'un syslè-
(') Dnq-naliipe chrétienne en lutte arec la science, par F. St'.au-s i. I", g it.
(2) Pou ju:er de I au.laee de huis lliéoi 'e- voyez. le- ( iiiiciihi-s cilalut is de I uuvi iv;.' ,1, M. Oll, dans leipn I il juge I. » nouveaux t») sternes germaniques, lit ,i I el sait sy.sl nie.
\7>) Benne (rançuiifi, vj, el 11. de Valreger, Etude*
iur le rationalisme content porain.
(!) Qui il et, Revue des deux mandes, ts -.
(,r>) Voyez pe |U il dit de $lraus8, È*tms, Renais-
\ oltaiiiatusn.e.
(ti) Les Evangiles, par Lamennais, p. 101. 19 ', Mi,
m<\ mais qu'on prétendait mettre en question tonles I. s preuves historique» de l,i Ré— vélaliou divine. Pour un certain nombre d'esprits superficiels en France, il -noble que nous restons loul a lait désarmés il i • Itaqaes imprévues. Le dogmatisme audacieux et tranchant des écoles germ, iniques a produil chez nous, même d .
prils distingués, uni véritiîir fascination. M. tlousin I été trop frappe de se» longs entretiens avec Eichhorn , avec de Wetle, et surtout avec Schleiei mâcher (:j , pour |eg avoir coro()létemenl oublie». Nous avons déjà vu quelle impression l'audace impétueuse de Ces snémea hommes faisai IBI le spuilucl auteur d'Allemagne et d'Italie (1). M, Saisset, tout pénétrant qu'il est, a subi jusqu a un certain point l'admiialiou commune {'■')). Le prélre q i effraye le monde du scandale de son apostasie vienl d'introduire , d ms une sacrilège traduction de l'Evangile, les r >ullais de l'hypothèse de Strauss <i . M. pierre Leroux, dans le livre de \ Humanité, a appliqué a l'Ancien Testament les principe- u système mythique. M. Salvador, dans son livre sur Jésus Christ, a emprunté à l'exér'ese rationaliste son interprétation des prophéties et plusieurs autres idées (7j. Une publication nouvelle el très-répandue popularise les utopies germaniques les plus outrées et les plus impies contre la divinité des livres saints (8). Cependant h s preuves historique^ de la divinité de» évangiles ne peuvent pas élre ainsi jetées à lerre par un souffle d'orage (9). Nous nourrissons dans notre espril le ferme espoir de les rétablir loules les unes après les autres 10). C'e6t là certainement une œuvre de longue baleine; mais, dans cède voie semée d'obst.cles, nous n'ir ns pas au hasard, sans guide el sans appui. On a lait pour la défense de l'Evangile bien plus île travaux approfondis que ne le suppose la crédulité naïve de nos adversaires. Si le Nouveau Testament a rencontré des détracteurs passionnés, il a trouve aussi des défenseurs habiles el zélés en Italie, en angleterre, en Allemagne et en France. Mais coinnu; le rationalisme n'a souci que de ses propres œuvres, il esl loul simple qu'il les ignore ou les dédaigne. C'est là une laclique facile et commod", que l'on inel conslamuienl en pratique quand il s'agît des deteuscurs de la Réi dation.
Parmi les apologistes les plus célèbres de l'histoireev angelique qu'ail produits l'épo lue coni'inporaine , un des esprits SM [dus distingues est certainement le doeieur Tholuck,
tic -2i7, m, m,
i7 Voir ibis liant mon travail Mir Salvador, .s Voùr l-'.ncyclopédie modem.. S t. t.. y*, par AI' frfld \l.n:i\ et 'vpocnjpiies, p.u- le meme.
Mous svo is reproduit la plupart de ces consiii dailS la pi due île la 11 partie du Christel l'Evangile.
:!n ( . ,-i ii pensée spH no - l.e Christ et
l'Liiinti /,()an- eq ieln ou -es».i vous. leueJeintreo mire i, - , ivabissemenis du rationalisme loules les preuves de la révélation.
l'antenr de la Crédibilité de l'histoire évangélique.
Ce nom est devenu, par d'immenses travaux, une activiié infatigable, une érudition de premier ordre, est d(>venu, dis-je, justement formidable à tous les adversaires de la Révélation. Sans doute l'éminent professeur est loin d'avoir toutes les qualités que nous antres catholiques avons le droit de demander à un apologiste complet du Christianisme. Il n'a jamais la grâce flexible de Fénelon, ni la vigueur énergique et précise de Bossuit, ni même la finesse spirituelle et piquante de Guénéc; on chercherait en vain chez lui la mordante ironie de Joseph de Maistre, la clarté lucide et la perpétuelle rectitude d'idées qu'on retrouve dans Riambourg.
Le controversisle français auquel Tholuck ressemble le plus, c'est Bergier. Sans avoir son admirable orthodoxie, il rappelle sa manière sous bien des rapports littéraires. Il a quelque chose de sa marche lente, quelquefois même un peu lourde. Il ne redoute pas plus les discussions épisodiques que l'auteur du Déisme réfuté. Il n'e-t souvent ni plus serré , ni plus pressant. Mais qui pourra contester qu'il n'égale toujours la merveilleuse érudition du théologien de Besançon? La science de l'écrivain allemand n'est pas seulement, comme celle de Bergier, principalement spéculative. Il est peu de trésors littéraires qu'il n'ait foullés dans ses immenses travaux. Il touche à tout, comme Strauss l'a remarqué lui-même, parce qu'il sait tout pour ainsi dire. Cependant, au milieu de ces connaissances admirablement variées, ce qui frappe du premier coup d'œil, c'est sa profonde connaissance de l'exégèse. Dans les mains d'un homme comme le docteur Tholuck, cette science devient une arme formidable contre les prétentions du rationalisme. 11 la manie avec le calme et le san;;froid d'un athlète exercé par de longs et pénibles combats. On trouverait difficilement, je crois, rien de plus ferme, de plus vigoureux el de plus concluant que la partie de son livre qui traite de l'authenticité de saint Luc, et dans laquelle il renverse avec une si prodigieuse aisance le formidable édifice d'objections entassées par la patience de 1 exégèse rationaliste. Un seul chapitre comme celui-là suffirait pour assurer la fortune d'un livre, surtout quand il s'agit de questions si capitales cl qui touchent aux bases mêmes du christianisme historique.
Je n'ai pourtant pas la pensée d'avancer que le livre de Tholuck renverse complètement toutes les prétentions de l'exégèse nouvelle. Qu'on ne l'oublie pas, le docteur Tholuck est protestant. Quand on nie la tradition catholique, on mo' tre toujours à l'ennemi des places où l'épee peut frapper. Les écoles luthériennes éprouveront toujours un certain embarras quand il s'agira de défendre dans toute sa plénitude le christianisme historique. Comme les preuves de l'Eglise sont aussi celles de la Révélation, jamais un esprit protestant ne montrera, sur le terrain
ADVERSAIRES EN ALLEMAGNE
des faits, ce sang-froid profond, ce calme parfait, cette tranquillité sereine, qu'on remarque pour ainsi dire dans chaque page de l'admirable Histoire des variations.
La plupart des défauts que nous avons signalés dans le docteur Tholuck ont complètement disparu dans l'édition française publiée par M. l'abbé de Valroger. Le savant professeur allemand a singulièrement gagné en traversant l'atmosphère du bon sens pratique de la France. La traduction que nous avons sous les yeux a certainement plus d'unité, de précision et de clarté que l'original allemand. On a retranché de cet arbre vigoureux cette végétation parasite d'épisosodes et de discussions chimériques, qui gâtent les meilleurs travaux de l'Allemagne savante. Les écrivains de ce pays racontent souvent seulement pour raconter, discutent pour discuter, et la régularité parfaite et l'enchaînement rigoureux d'un plan méthodique sont presque toujours la dernière de leurs préoccupations. Il est donc facile de comprendre pourquoi les lecteurs de notre pays, habitués au mouvement rapide et à l'heureuse vivacité des écrivains français, éprouvent un ennui si sérieux et si invincible quand il s'agit de la science d'au delà du Rhin. D'ailleurs, il est rare que les écrivains allemands, surtout les auteurs protestants, ne chargent pas leurs meilleurs travaux d'hypothèses aventureuses et fantastiques. II paraît qu'en Allemagne ces sortes de longueurs fastidieuses sont la distraction la plus douce, el pour ainsi dire la poésie des savants.
Si l'on veut donc utiliser les travaux de la science germanique pour la défense de nos livres sacrés, il faut s'en servir avec uno réserve prudente et même défiante. Il est dans la destinée de l'esprit catholique de tout transformer et de tout purifier. Il y a une sorte d'éclectisme supérieur dans la science , qui sait ramener à l'unité et à l'harmonie les éléments les plus variés. Les défenseurs de l'Eglise, fortifiés qu'ils sont par sa parole et par son enseignement, peuvent trouver dans les écrits mêmes de ses adversaires bien des faits et des arguments propres à défendre un jour la vérité. La Providence céleste ne permet pas que le travail de l'erreur soit complètement stérile. Plus d'une âme égarée, en épuisant sa vie pour le triomphe d'une utopie, travaille souvent, sans s'en douter jamais, peut-être, po ;r 1 impérissable vérité. Quand Bullus publiait sa savante Apologie du concile de Nicée, contre les nouveaux ariens de l'Angleterre , il croyait travailler seulement à la défense de l'Eglise établie par la loi. L'évêque anglican ne défendait-il pas pourtant alors un des points les plus importants de la tradi.ion catholique? Ne nous fournissait-il pas à l'avance des armes contre les adversaires de la divinité du Verbe, qui devaient s'élever après lui parmi nous et braver avec audace l'enseignement de l'Iïglise? Le grand Bossuet n'avait-il doue pas raison de dire, avec celle admirable naïveté d'expression qui est un
/Il
«1rs caractères de ce beau génie : « Dieu bénisse le savant Hullus! » Heureux ceux (Je nos fières égarél pour lesquels la défense 'le la vérité devient un commencement d'amour et de foi pour l'épouse immaculée du Olirisl! Telle a été l'heun use destinée des Tieck, dei Frédéric de Scblégei, des Zoéga, des Novalis, des Adam Mulet-, des Joseph (îœrres, des Brandis, des Philips, des Werner, des Slolherg, des Overbeck el des Hurler!...