CHAPITRE XV
ESCHENMAYEK (1).
Jusqu'ici nous nous sommes contenté d'analyser les arguments des adversaires du docteur Strauss, en les modiûanl ou en les fortifiant, el en les dégageant toujours de leurs excentricités germaniques. Maintenant, pour tracer un tableau plus complet de l'étal des esprits au xix* siècle, et pour faire mieux juger le caractère particulier de la controverse chrétienne dans les écoles allemandes, nous allons mettre sous les yeux de nos lecteurs des fragments étendus, tirés des apologies du christianisme dirigées contre le système des mythologues (-2).
« Kschenmayer, dit M. Arnaud Saintes, est né en 1770, à Neuemburg, dans le Wurtemberg. Depuis qu'il s'est occupé des éludes philosophiques, si l'on excepte son début où il paraissait pencher vers le kantisme, il n'a cessé de proclamer que la philosophie de Schelling pouvait le mieux préparer les voies à une restauration salutaire de la toi (3). Ses ouvrages sont nombreux et ils embrassent une foule de quesiions dans le domain" de la nature entière. Mais sa Philosophie de la religion el son ouvrage sur la doctrine de Hegel fonl le mieux connaître la nature de ses études religieuses. Le reproche que le supernaturalisme lui a fait à bon droit, c'est de considérer souvent des accessoires comme devant être le fond d'une doctrine, et de donner comme vérités mathématiquement démontrées de pures probabilités, de ne pas mettre assez de clarté dans ses idées dogmatiques, et enfin de ne pas les concevoir assez nettement pour en faire un tout fortement lié. Ce système pourrait être d'aulant plus harmonieux qu'en opposition à un autre disciple de Schelling (le célèbre naturaliste Okeu, qui, ne voyant rien au delà de la nature, penseque tout naît cl périt avecelle), Kschenmayer, au contraire, excelle à peindre autre chose que la vie animale et le monde matériel ('»). »
L'ouvrage d'Esehcnmayer contre Strauss est intitulé : L'Ischariotisme de notre époque pour serv r d'appendice à l'ouvrage publié récemment et qui a pour titre : La Vie de Jésuspar Strauss, par C. A. Ksclicnmayer, professeur à Tubingut, 1835.
L'auteur fait précéder son ouvrage d'une préface qui contient quelques réflexions in-
(1) Ce qui suil jusqu'à la tin a été écrit en 1849, et n'ava t jamais éM publié.
(2) La traduction île CfS fragments ei de la plupart de ceux qui suivent est due au zèle éclairé d'un nomma du mande de nus amis, que sa modestie
téressantes el que nous croyons devoir reproduire.
pirracE d kschenmayer.
i Depuis l'origine de l'Eglise chrétienne, l<pelil troupeau des adorateurs du Christ • ; «le- dus tie l'Esprit saint n'a cessé de s< péluer au milieu dis contradictions el de> vicissitudes de toul genre; mais on retrouve aussi à travers tous les siècles une autre succession dont le point de dépari est celui qui, le premier, a trahi le Christ el renié l'Esprit saint. Les hommes qui la composent oui loujouis mis en œuvre tontes les ressources de la critique el de la dialec iqne la plus habile, soil pour ébranler la base historique du Christianisme, soit pour porter atteinte à la digniié de la révélation, soit pour réduire la personne de son fond ileur aux proportions d'un grand homme, contrairement au témoignage qu'il rendit de luimême. On penl, à jusle litre, désigner sous le nom général d Jscliariolisme. loutes ces opinions qui viennent si évidemment contredire le sens et la lettre de l'Evangile. Car lorsque l'homme fait servir ce qui est saint à un usage mauvais, cela tourne à sa propre malédiction, comme il e-l dit de Judas Isebariole : El quand il eut mangé, Satan entra en lui. En ellel, soit qu'on nie complètement les faits, soit qu'on les couvre d'un nuage mythique pour les présenter comme le produit légendaire des traditions poétiques, soit qu'on se borne à les dénaturer de manière à écarter lout ce qui peut donner au fondateur du Christianisme le caractère du Messie, et que l'on renvoie tous les faits qu'on admet dans le domaine des combinaisons rationnelles et des réflexions psychologiques, la différence est légère par le bit; le résultat esl toujours le même. L'Evangile cesse d'être l'œuvre de la révélation, Jésus n'est plus le Messie, et par là même aussi Vceuvr< de sanctification, de rédemption et de béatification, but vers lequel tendent loutes mes recherches , se Irouve changée en un vaine illusion.
« Les philosophes pensent, il est vrai, qu'ils pourraient se défaire du Christ évanj;elique pour en reconstruire un nouveau avec leurs formules rationnelles stériles.... Mais tontes ces pensées appartiennent aux aberrations lanl de fois reproduites de l'esprit humain, que nous voyons depuis dix-huit siècles passer à côlé de l'Evangile . comme l'ombre mobile des nuages sur la pente des montagnes.
«JL'idéc pure de la vérité n'a pas une trèsgrande importance, tant qu'elle demeure dans sa notion générale el dan- l'enchaînement logique des système-. Ce n'est qu'en acquérant de la force et de la vie qu'elle devient la lumière des hommes. C'est pourquoi le Christ ne dit pas seulement : J'enseigne la vérité, mais encore, je suis la vérité. En
DOOfl empêche de nommer ici.
(5) On s;ot combien nous sommes oppose à ce point de vue.
(V) Arnaud Saintes. Histoire critique ou raliona~ BiRWffl A icmugin', Théologie spéculative.
LE DOCTEUR STRAUSS ET SES AOYfcuSAIRES EN ALLEMAGNE.
lui la vérité a reçu sa personnification et s'est réalisée dans toute sa plénitude
« Le vénérable docteur Steudel, dans son ouvrage qui vient de paraître : Appréciation de la question de la base historique ou mythique de la vie de Jésus, expose la même idée d'une manière frappante : « Si la nouvelle création de l'humanité, telle que l'histoire et les faits nous la présentent, ne peut exister sans prendre son point de dépari en Jésus-Christ, et si elle ne peut subsister sans revenir continuellement puiser la force et la vie en lui, comme en celui qui a paru dans l'humanité, on ne saurait admettre que des doutes, qui s'élèvent après dix-huit siècles écoulés, puissent dans aucun cas réduire sa personnalité à quelque chose d'indéterminé, que la tradition aurait choisi pour en faire le support d'attributs et de prérogatives très-problématiques. »
« Si donc, pour le fondement éternel de la religion, nous avons besoin d'un point de départ tel que le Messie, dans lequel l'idée de la beauté {la vie) et l'idée de lit vertu (la voie qui conduit au Père) viennent se personnifier, et quit en sa qualité de saint (d'homme sans péché), réunisse ce triple idéal pour le réaliser en lui, il faut convenir qu'il est complètement impossible de tirer un semblable type de l'idéal humain, et encore moins des légendes poétiques et des traditions populaires; en un mot , ce type n'a pu être imaginé, il ne oeut être que le Christ historique, c'est-à-dire \e Fils de Dieu lui-même. Or l'Evangile nous l'offre, ce Christ, et dans une perfection telle qu'il ne manque rien aux qualités qui doivent le distinguer. Et d'ailleurs n'a-l-il pas prouvé lui-même depuis dix-huit siècles qu'il était bien le Messie? Le Christianisme n'eslil pas un fruit céleste auquel nous devons reconnaître l'arbre divin? Jean-Baptiste a dit : Il doit croître, et moi je dois décroître; or tel a été jusqu'ici le sort de tous les fondateurs de religion; le Christ a grandi et s'est étendu sur toute la terre, tous les autres ont décru et décroissent de plus en plus tous les jours. La conquête pacifique de tous les cœurs, la plénitude de l'amour et de la foi, les dons de l'Esprit saint dont on ne peut méconnaître l'influence sur ceux qui reçoivent la parole, la force qui réside dans le nom du Seigneur et donne la victoire sur le monde, et enfin l'extension du royaume de Dieu dans toutes les régions de la terre, sont autant de preuves irrécusables de la vérité divine.
«C'est dans cet espritque j'ai écrit ma philosophie de la religion, et particulièrement la troisième partie qui traite de la vocation et , de la vie de Jésus, et surtout de la révélation | positive faite par Jésus-Christ. Chaque fois I qu'un doute s'est élevé dans mon esprit sur une doctrine ou sur un fait, je l'ai vaincu par la pensée de la nécessité de l'idée du Messie et de sa réalisation dans Jésus-Christ, et il s'est formé à la fin chez moi une conviction si inébranlable de la vérité de l'Evangile (mais de l'Evangile seul)t qu'un livre comme le présent ouvrage de Strauss ne fait
DÉMONST. ÉVANGKUQUE. XVIII.
pas plus d'effet sur mon esprit que le songe d'une nuit d'été.
« Je ne suis qu'un laïque, mais je remercie Dieu d'avoir laissé ma foi s'affermir avant que je vinsse à connaître les écueils périlleux du nouveau dogmatisme et de la critique actuelle. Maintenant ils n'ont plus pour moi aucun danger, je navigue en sûreté au milieu d'eux , car je connais la véritable route qui mène à la terre sainte. Mais je n'ai pas de peine à comprendre que là où le cœur n'est pas encore attaché à l'Evangile, et où l'esprit n'est pas encore affermi dans la foi à la révélation divine, les artifices de la dialectique puissent séduire aisément l'esprit et le cœur, et faire chanceler la foi.
« L'opinion que Strauss met en avant elle mienne sont dans un rapport directement opposé.
« Simple laïque , mes efforts et mes travaux m'ont introduit, pour ainsi dire, dans l'Evangile, et j'ai toujours été me persuadant de plus en plus de sa vérité comme fait, car je cherchais à me délivrer de l'esclavage des lois de la raison logique et de la nature physique, par la foi à la réalisation de l'idée du Messie, dans la certitude complète que dans les choses saintes l'idée ne peut rien décider. Strauss, au contraire, versé dans l'élude de la théologie, s'efforce de sortir du domaine de l'Evangile, et va toujours se persuadant de plus en plus de son mylhisme, car il cherche à s'appuyer sur ces mêmes lois pour se délivrer des entraves de la foi chrétienne, dans l'assurance complète que Vidée peut tout décider, même dans les choses saintes. »
l'ischariotisme.
Dans le premier chapitre Eschenmayer développe l'idée du Messie, en démontrant sa nécessité par l'histoire du monde, par la liberté et la chute de l'homme; il y expose aussi la réalisation de cette idée en Jésus-* Christ, dont la personne, la doctrine et les œuvres forment le sujet de l'Evangile, éternel témoignage dont l'auteur nous prouve plus en détail l'authenticité, l'intégrité, la suffisance, la simplicité, la popularité et la force interne. Tout ceci est traité contrairement à la doctrine de Hegel, d'après laquelle tout ce qui arrive « est un résultat nécessaire de l'histoire du monde, » et qui détruit ainsi toute notion de péché, de liberté et de rédemption.
Dans le deuxième chapitre : Les oppositions transcendantes, l'auteur distingue ces oppositions, par exemple le [Christ et Satan, la sainteté et le péché, des oppositions immanentes qui se trouvent dans le cercle de la spéculation philosophique, par exemple, la vérité et l'erreur , l'absolu et lo relatif. Ces oppositions transcendantes sont en dehors des limites de notre aperception, et n'arrivent jusqu'à nous que par la révélation. La philosophie confond habituellement ces deux classes. L'idée de Dieu n'est pas un produit de la spéculation, mais elle a été révélée au commencement du (Vingt-trois.)
l>F.MnNSTR'\TION EVANG
monde el Iransniise par la tradition. L'Ev.ingilc contient le rentable lationalisme. l'idee de Dieu, le \éritah I milhisme, l'idée du Messie el le rentable supcrnaluralisme, l'idée de la \ie bienheureuse.
« Nous reconnaissons aussi en même « temps que toute philosophie qui ne s'é- « lève pas jusqu'à ces vérités, el qui veut « trouver dans le domaine de l'aperc plion « naturelle le point de vue de la révélation) « ne l'ail que jouer inutilement av« les « idées et ne peut produire que des résul- « tais sans importance cl vides de sens. 11 « n'y a qu'une véritable philosophie, el c'est « la philosophie c i rétien ne. » — Ge chapitre est complètement allemand , et pour le fond et pour la forme.
Dans le troisième chapitre : Application des propositions émises, l'auteur arri\c à l'essai critique de Strauss sur la vie de Jésus ; il montre sa tendance el -es résultats, il lait des citations longues et détaillées de Strauss sur la personne de Jésus el sur la formation des mythes , et parodie ces propositions d'une manière qui n'est pas sans intérêt , en montrant comment, en partant du point de vue di! l'idée du christianisme, on arrive à des résultais tout opposés. Voici ces résultats : « Quiconque saisit l'esprit du chris- « tianisme doit rester convaincu que la « hase historique sur laquelle repose la vie « de Jésus, rend complètement inadmissible « la pensée de la formation des mythes. 11 « doit voir clairement que Jésus n'est pas « seulement un grand individu, mais qu'il « est réellement le Messie auquel se r..tia- « che une immense et profonde révolution « religieuse pour le salul de l'humanité. Les « évangélislcs participent tellement à la « manière aride avec laquelle on écrivait « l'histoire de leur temps, qu'il est inipossi- « ble de trouver chez eux aucune trace « d'embellissements légendaires dans l'Iiis- « loire de leur maître. — Les prophéties « messianiques de l'Ancien Testament, dont « les chrétiens voyaient l'accomplissement « complet dans la personne de Jésus, four- « nissaient les preuves les plus convaincante tes de la vérité du Messie qui avait paru. « Si l'on réunit toutes ces considéralions, on « sera forcé de conclure que l'admission de « mythes dans toutes les parties de l'his- « toire évangéliquo est une profanation de « tout ce qu'il y a de vrai, de beau, de bien « el de saint. »
Le quatrième chapitre contient une exposition originale des preuves proposées par Esrli nmayer contre le système mythique que nos lecteurs seront bien aises de nous voir citer textuellement.
PREMIÈRE PIIEDVE.
La première preuve est l'esprit du Chrislianinne. Si nous ne pouvons comprendre le point
(1) Nous sommes loin d'être ici de Paris d.Esnbtn> mayer. Le profossi ur de Tubhigue ne connais les immenses travaux chronologiques de Sepp sur la vie de Jésus-Christ, [/ouvrage de Sepp est en effet
e. i.'ARHE enamw. 71c
culminant religieux de l'histoire du monde', point annuel sont subordonnes la politique,
le droit, la morale, el en général toul le développe-..eut de |fl rèffcOn, si nous ne : vons expliquera destruction de l'idolâtrie universelle dans I quelle l'esprit humain était emprisonné depuis des milliei nées sans admettre une injhtenee immédiate', jirotluit (<<■ l'i r/rAce de Itim, ni US avons tenu par la même l'idée du M ,i ur de
laquelle viennent se giouper (butes les nôtres. D'un amre cflté, l'apparition réc le du Mes ie en lésus Christ est démontrée ~i érldemmeui par le* • \ témoins
pl-is dignes de loi nous ont faits de se. œuvres ei de sa doctrine, qu'en n<us metiant dans les circonstances de temps et de lieu, if us devons convenir qu'ils ne laissent rien à 1! 1 us donc dans la balance, d'un
côté, l'espril du Christianisme, et de l'autre, noire c ilique du jour, cl nous verrons quel côté l'emportera.
Slrauss tire les plus forts argumenls en faveur de son système, de ce que jusqu'ici on n'a point encore roussi à établir la concordance chronologique entre les quatre évangiles, et il en conclut que parmi les faits racontés, un grand nombre sont le résultat d'additions laites à un fond vrai, ou même de pures inventions. Parviendra-ton à élever jusqu'à la certitude historique, sous le rapport de la chronologie, les trois années de la vie publique de Jésns? c'est ce que l'on peut encore regarder comme problématique 1 ; mais, dans tous les cas, il y a entre la certitude historique et le mythe une dislance tellement énorme, que, toul en regardant l'ui comme impossible à atteindre, on peut et ou doit rester encore lrè>-éloigné de l'autre.
Les Evangiles pris isolément se mettent, il esl vrai, forl peu en peine d'observer l'ordre chronologique, et leurs transitions d'un événement à un autre ne sont pas des points de liaison historique, de telle manière que l'on trouve souvent au milieu des chapitres le cours naturel des événements complètement interrompu, et que l'on esl en droit d'admettre entre les faits rapportes des espaces de temps considérables et i emplis par des événements toul différent-. Maisce reproche est sans aucune portée, car ce n'est pas seulement à un disciple, mais à tous que le Cîirisl a promis aueVÈsprit les conduirait < ri toute vérité, et leur rappellerait à la mémokn tout ce qu'il leur avait dit. Un Evangile pris isolément peut donc offrir des coupures, des lacunes, dos variantes, des transpositions sous le rapport chronologique, des eu meuts de lieu, des déplacements de circonstances dans le cours d'un événement, des images et des expressions différentes; tout cela n'est rien, pourvu que le récit soit vrai quint à la substance des faits, c'est-à-dire que Jésus a>t véritablement ennigné el opère ce que contiens le récit.
■■ ur a la publication de Vltchari'oti'sme. On remarquera plus d'une lois d: nr loi .
inayer, .les opinions analogues dont nous ne i nullement la pesponi
LE DOCTEUR STRAUSS ET SES ADVERSAIRES EN ALLEMAGNE
Il s'.igit maintenant de savoir si tous les Evangiles réunis ne forment pas un ensemble qui contienne tout selon la promesse de Jésus. Nous ne craignons pas de l'affirmer, et nous croyons que tout ce qui esl nécessaire au saint des hommes et à leurs rapports avec Dieu esl renfermé dans cet ensemble. Je suis en outre convaincu qu'à l'aide d'un travail de comparaison et de conciliation entre tous les Evangiles on pourrait arriver à établir J'ordre chronologique de l'histoire de Jésus. Le vénérable Hess (1) a déjà rendu de grands services de ce côté, et l'on est encore loin d';ivoir épuisé toutes les données qui peuvent servir à déterminer le classement des faits.
Ne doit-on pas admettre dans les nombreuses prédications du Christ une progression didactique fondamentale, consistant à commencer d'abord par des vérités faciles à comprendre et qui sont encore complètement du domaine delà science et de la spéculation, pour passer ensuite à des vérités où la science et la foi viennent se réunir et s'élever enfin jusqu'aux régions mystérieuses de la foi pure?
A la première classe de vérités appartiennent la connaissance de ta loi et la morale dans le sermon sur la montagne, et il n'y a qu'une seule voix sur l'excellence de ceUe partie de l'Evangile, chez les rationalistes aussi bien que chez les mythiques et les supcrnaturalistes.
Dans 1 s seconde classe viennent se ranger la doctrine du royaume de Dieu, exposée dans ces admirables paraboles, où le Christ dit lui-même qu'il n'est pas donné à tous de comprendre le secret du royaume de Dieu, et la doctrine de l'aptitude de l'homme au royaume de Dieu et des choses qui lui sont nécessaires pour y parvenir, comme la foi , la prière, la pénitence et les sacrements.
La troisième classe se compose de la doctrine du second avènement du Christ comme juge des actions des hommes, et enfin de la doctrine du Père, du Fils et du Saint-Esprit dans leurs rapports entre eux et avec les hommes, en d'autres termes, la doctrine de la Trinité.
L'ordre chronologique établi par Hess fait ressortir assez clairement cette progression didactique dans l'enseignement evangélique.
Dans l'appréciation des Evangiles, il faut bien se garder de confondre les témoins oculaires, Comme -Matthieu et Jean, avec les compilateurs, c inmre Marc et Luc. Les premiers feront bien moins de fautes de mémoire par rappoi l aux temps et aux lieux , parce que ceux qui ont eux-mêmes vu cl entendu ont la mémoire remplie d'une foule d'idées accessoires qui viennent se grouper autour de l'idée principale , et que les autres ne peuvent posséder. La critique ne doit donc pas pous-er 1 exactitude trop loin. L'esprit de la vérité n est point un esprit minutieux; il demande scu!cm 'ni que, d'une part, on ne falsifie rien, cl que de l'autre on D'omelle rien de ce qui est essentiel au prin-
cipe chrétien ; il conserve l'ensemble, sans priver l'individu de sa liberté. Et cel esprit de vérité, qui se manifeste si clairement dans tout le cours des Evangiles, doit être pour nous d'un plus grand prix, et mérite de notre part plus de confiance que lous les critiques qui ne cherebent qu'à se donner de l'importance par leurs recherches subtiles, et ne sont propres qu'à égarer ceux qui ne sont point encore assez fortifiés dans la foi chrétienne. Je pense même que parmi les choses dont nous regrettons l'absence dans l'Evangile, il en esl beaucoup d'omises à dessein, tant pour mettre à l'épreuve la foi toujours méritoire chez l'homme , que pour nous reporter de plus en plus à l'esprit du christianisme, cl nous éloigner des subtilités d'une critique inutile et minutieuse.