‹ Démonstrations évangéliques (volume 3)Chapitre 97 sur 255 · QUATRIÈME PREUVE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PREUVE

La quatrième preuve est le caractère des évangélisles.

Depuis lecommencementjusqu'àla fin, les récits des évangélistes se composent d'une série d'événements extraordinaires et d'actions surprenantes attribuées à Jésus , et l'historien ne se lasse jamais de nous présenter des scènes de plus en plus merveilleuses. L'homme porté par l'organisation de sa raison à toujours rechercher le rapport de l'effet à la cause , et habitué à mesurer toutes les forces d'après une loi, voit ici toutes ses peines inutiles. El cependant ce récit n'a point pris naissance dans l'ancienne terre des prodiges , aux temps fabuleux de la mythologie. C'est dans les temps classiques des Romains, après les époques de la plus haute culture des Crées, lorsqu'elle avait eu le temps de se répandre jusque chez les peuples les plus éloignés, c'est au milieu d'un pays où s'étaient conservés les plus anciens monuments du culte divin le plus pur, de la législation et de la civilisation, que se produit ce phénomène extraordinaire

Les évangélistes ne sont point des historiens exercés, dont l'imagination place dans l'âme de leur héros les projets les plus élevés, et qui saisissent le côté brillant et idéal des événements, ainsi que l'enchaînement multiple de toutes les causes qui agissent simultanément. Ils racontent ce qu'ils ont vu et entendu, ou au moins ce qu'ils ont appris des témoins immédiats, et cela d'une manière si simple et si dépourvue d'artifice , qu'elle confond le scepticisme historique et le réduit au silence.

Quiconque est bien pénétré de l'idée du Christianisme soutiendra que ces personnages ont réellement existé , enseigné et agi , et qu'en particulier le héros autour duquel se groupe toute l'histoire ne brille pas d'une lumière empruntée à l'imagination de ses adorateurs, mais qu'il a bien réellement enseigné et opéré ce que lui attribuent les Evangiles. Il reconnaîtra également que tout le passé de l'histoire juive ne peut trouver ailleurs que dans l'apparition de Jésus ses relations les plus profondes et les plus secrètes , et que le point culminant de l'histoire religieuse suppose nécessairement un pareil point de départ.

Mais telle n'est poinlladoctrinede Strauss. Son héros n'est autre chose qu'un grand personnage que les évangélistes ont couvert d'une auréole de traditions légendaires. Quel tissu de contradictions! Les auteurs du premier et du quatrième Evangile sont-ils des disciples de Jésus, oui ou non? S'ils le sont, ce ne sont alors que des imposteurs, puisqu'ils lui attribuent des doctrines et des actions qui ne sont pas vraies. Et, dans ce cas, ce n'est pas la tradition qui ment, ce sont les témoins oculaires. Si les auteurs de ces Evangiles ne sont point des disciples, il faut alors que la parabole du bon pasteur et les dernières paroles que le quatrième Evangile nous a conservées émanent d'un homme plus grand que Jésus, car elles contiennent l'esprit le plus profond du Christianisme. Pourquoi donc cet homme nous est-il resté inconnu? Mais cet homme lui-même n'est qu'un imposteur, carde semblables paroles ne peuvent avoir été recueillies dans les traditions populaires. Nous nous trouvons ainsi placés avec les Evangiles , non-seulement dans un monde de mythes , mais dans le royaume de l'imposture. Certes le père du mensonge a bien le droit de laisser tomber de ses lèvres un sourire de joie ironique, puisqu'il a réussi à faire de l'Evangile un assemblage de mythes, et à traduire de nouveau Jésus devant Caïphe, pour y entendre porter un faux témoignage contre lui.

La main du disciple Jean, se révèle de diverses manières dans le quatrième Evangile.

Jean, 1, \k : « Et le Verbe a été fait chair, « et il a habité parmi nous, et nous avons « vu sa gloire. »

Cli. xix , 27 : « Puis il dit au disciple : « Voilà votre mère; et depuis cette heure-là « le disciple la prit chez lui. »

Ch. xix, 35: « Celui qui l'a vu en rend lé- « moignage, et son témoignage est véritable;

DEMONSTRATION EYANOELKjl E cl i l vrai, afiu que vous le

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Ch. xxi, 'Ik : « C'esl ce même disciple (le « disciple qui De meurt point) qui rend té- « moignage île ces choses et qui g écrit ceci. « Kl nous savons que son témoignage est véritable. »

Cet passages ne peuvent se rapporter qu'à Jean, comme auteur et en même l<mps comme témoin oculaire. Or si le quatrième cv.mgélisle n'est pas Jean, c'esl déjà un imposteur, par là même qu'il se donne pour lui. Il ne peut donc pas être question de légendes par rapport au quatrième Evangile, mais seulement de mensonges. Maintenant, si le monde avait à choisir entre regarder le quatrième évangélisle comme un menteur, ou le livre dont nous nous occupons et qui l'accuse d'imposture, comme une œuvre souverainement inutile et déplorable, nous ne doutons pas un instant du résultat de son choix.

Selon Strauss, l'exposition el l'ornementation du style dans les Evangiles trahissent la manière mythique. Certes, personne n'avait fait cette découverte avant lui. Selon nous , ils ressemblent bien plut t à la chronique la plus simple donl l'auteur raconte ce qu il a vu el entendu sans ornements et sans don ner son jugement particulier.

En examinant les évangélistes compilateurs (1), on n'y découvrira pas plus de traces de légendes que chez les évangélistes disciples. Marcel Luc, aussi bien que les disciples, sont contemporains de l'activité publique de Jésus, el il leur était facile de se mettre en rapport à chaque instant avec les témoins oculaires et de s'approprier ce qu'ils en apprenaient.

Nous devons ce pendant convenir qu'il existe ane différence entre les documents qui regardent la naissance el l'enfance de Jésus, et ceux de sa vie publique. L'introduction des mythes est d'autant plus inadmissible, que les narrateurs sont plus rapprochés de la source à laquelle ils puisent. Les circonstances de la naissance et de l'enfance de Jésus, que les évangélistes nous racontent, se trouvent naturellement antérieures de trente années à sa vie publique; mais ce temps est encore bien loin de suffire pour jeter sur les événements le voile d'une obscurité complète, et pour ôler aux évangélistes Matthieu et Luc, qui nous ont transmis les détails les plus circonstanciés, la possibilité de prendre des informations auprès des témoins oculaires encore vivants, lui effet, quoique le berceau entouré de prodiges mulconcevoir cependant que efface dans la génération se réveillera de nouveau si cet enfant, devenu homme, acquiert une grande célébrité et provoque ainsi la génération nouvelle à prendre des informations près de celle qui l'a précédée. Il faut sans doute une grandi» circompecliou pour distinguer le vrai du faux, le certain de l'incertain, ce qui est légendaire de ce qui est bis—

d'un enfant soit lipliés, on peut le souvenir s'en suivante ; mais il

torique, mais après tout celle tâche n'excède pas les forces d'un esprit impartial. Nos cri- Uqoei saveul-ilf donc de science certaine nue les évangélistes n'ont pris aucune information de ce genre, el qu'ils le sont contentes de nous raconter des légende! H d> s bruits populaires? Strauss porte ici jusqu'à soixante ans le temps que les légende! ont eu pour se former, ce qui est coin faux. Car autre, chose est le temps où les

renseignements ont pu se prendre et les documenta se recueillir, ce qui a pu arriver MM au bout de trente ans. et le temps auquel le fruit des recherches est parvenu à la connaissance du public. Si l'on s'étendait davantage sur celle question, il est certain que le poids des argument! ferait pencher la balance du côte de ceux qui admettent des rensi ignemeut! antérieurs pris par les disciples, à une époque où il élail facile de distinguer les légendes de la vérité.

Mais il en csl tout autrement lorsque la personne du Ciir s', arrivée à toute sa force, parait sur le théâtre de la vie publique, enseignant et agissant. Là les faits se eonsi rventdans la mémoire dans loute leur frai cheur, et la véracité des disciples que nous pouvons supposer sans difficulté ne permet pas d'admettre qu'ils aient dénaturé les faits. Les évangélistes sont des hommes dont le caractère garantit le témoignage. Que l'armée des critiques et des sceptiques se mette en campagne, qu'ils aillent dans l'arsenal de la science chercher leurs armes les mieux trempées, elles seront impuissantes co tro la vérité du Verbe fixée maintenant par iTBcrilure, et il leur arrivera comme aux ouvriers qui ont rejelé la pierre qui est devenue la pierre angulaire. Celui gui tombera sur cette pierre s'y brisera; et elle écrasera celui sur qui elle tombera M ut. h. xxi, 1'»). Le roc solide sur lequel l'Evangile est bâti ne peut être entamé par le marteau de la critique; toutes les armes s'emoussent contre lui, et les critiques peuvent se comparer au petit animal de la fable qui s'était eeorche en cherchant à ronger une lime, et suçait son propre sang avec la plus grande satisfaction*

Ne se lassera-t-on point à la fin de suspecter toutes les sources, de dénaturer le caractère des évan>jélistes, de se moquer des promesses de Jésus et de renier l Esprit saint? Les apolres sont des témoins remplis du Saint-Esprit, et Jean en particulier, qui ne quitta pas Jésus un seul instant jusqu'à sa mort, el pénétra dans son esprit plus profondément que les autres, semble avoir été appelé à compléter ce que tes synoptiques n'ont point traite. Soupçonner cet homme de Dieu d'une falsification, c'esl é lier contre l'Esprit saint. I.a critique moderne devait arriver jusqu'à rel al ime ; «.'lie a atteint maintenant les dernières limites du négatif, dans lesquelles la religion chrétienne d rail complètement. Or lé ù cesse la religion, là commence le d> poir, comme nous vous vu chez Judas lschariole. Notre cri est .

(1) C'est ainsi qu'Escheiuiiayer appelle Bainl Marc et saiut Luc.

LE DOCTEUR STRAUSS ET SES ADVERSAIRES EN ALLEMAGNE

Liberté de 1 esprit; vous voulez qu'il prenne son essor 'Jans toutes les directions, soit en politique, soit en histoire, soit en religion ; je n'ai rien à dire à cela, mais je sais que celui qui a perdu le respect pour ce qui est saint, peut servir le monde, mais est inutile à Dieu, et je sais encore plus certainement que quiconque nie le Fils, n'a pas non plus le Pore pour lui (/ Jean, h, 23).

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