‹ Démonstrations évangéliquesChapitre 110 sur 305 · CONTRE LES HÉRÉTIQUES. — DE L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

CONTRE LES HÉRÉTIQUES. — DE L'ÉGLISE

L— Saint Paul nous apprend que l'ordre de la Providence divine est tel sur les chrétiens que nous ne saurions empêcher qu'il n'y ait des hérésies, Oportet hœreses esse ( I Cor. II).

IL — Dieu, qui sait toujours lirerdu bien des plus grands maux, ne permet jamais que l'erreur se répande, qu'elle ne serve à éclaircir et à affermir la vérité par son opposition ; et il nous fait connaître en même temps le besoin que nous avons de recourir a ses lumières.

111. — Presque toutesles erreurs qui ont paru contre la religion catholique onl été tirées de l'Ecriture sainte mal entendue. Cela n'a pas besoin de preuve, et qui en douterait n'aurait qu'à lire l'histoire de l'Eglise.

IV. — Afin de détruire les erreurs pourl'établissement desquelles on se sert injustement de l'Ecriture sainte, il a été nécessaire que Dieu, qui a résolu de les permettre, et qui, pour nous humilier, a voulu qu'il demeurât quelque obscurité dans ses paroles, ait donne

un interprète pour nous découvrir la vérité : et si nous n'avions celle règle sûre pour arrêter nos pensées, elles s'égareraient continuellement, et l'Ecriture nous serait uno occasion de chute.

11 est donc sans apparence de dire queDieu, eu nous donnant l'Evangile et le reste de ses sainte Ecritures, a suffisamment pourvu à notre instruction, sans que nous ayons besoin de recourir à un autre tribunal pour connaitrela vérité: car puisqu'il est vrai que ceux «lui tombent dans l'erreur, n'y tombent que parce qu'ils entendent mal l'Ecriture, elle ne leur suffit pas pour en sortir.

V. — Ce tribunal ne peut être autre que celui de l'Eglise. Le Fils de Dieu nous commande d'\ avoir recours, el nous oblige sous peine d'analhème de l'écouter.

Si l'eelesiam non audierit, sit t>bi tient ctlmicita et publicmius ( Mat th. XVIII , Quod si qui» non obedit verbo nostro, per epistolam hune notait ci <u- comnùtceamini

MÉMOIRES TOUCHANT LA RELIGION ( I ad Thessal.

cum Mo , ut confundatur XXX).

VI. —Il faut que cette Eglise soit visible et connue de tous les fidèles, autrement nous n'y pourrions pas avoir recours. C'est cette cité bâtie sur la montagne, qui ne peut être cachée, Nonpotest civitasabscondi supra montent posita (Matth.V).

VII. — Comme l'Eglise doit être visible, elle ne peut être composée des seuls prédestinés et d'un petit nombre de personnes saintes, ainsi que les novateurs le prétendent, et si elle était telle qu'ils disent, nous ne la connaîtrions pas. Car il n'appartient qu'à Dieu qui prédestine, de connaître les prédestinés, et à celui qui pénètre les secrets îles cœurs, de savoir qui sont ceux qui out une véritable sainteté.

VIII. — Cette Eglise visible doit aussi être perpétuelle, et subsister visiblement jusqu'à la consommation des siècles. Le prophèteroi l'a prédit par res paroles : Dieu l'a fondée à perpétuité. Deus fundavit, eam in œternum (Ps. XLVIi). Notre-Seigneur a dit dans l'Evangile que les portes d'enfer ne prévaudront point contre elle. Portœ in fer i non prœvalebunt advenus eam (Matlh.XYl). et l'Apôtre qui nous apprend qu'il est nécessaire qu'il y ait des hérésies, ne les a pas limitées à un certain temps. Dieu permettra qu'il y en ait tant qu'il y aura des fidèles. 11 faut donc que le tribunal visible auquel on doit avoir recours pour connaître la vérité, subsiste jusqu'à ce que l'œuvre du Réparateur soit entièrement consommée, et que nous parvenions tous à l'unité d'une même foi et d'une même connaissance du Fils de Dieu, à l'être d'un homme parfait, à la mesure de l'âge et de la plénitude selon laquelle Jésus-Christ doit être formé en nous, afin que nous ne soyons plus comme des enfants et comme des personnes flottantes et qui se laissent emporter à tous vents des opinions humaines, parla tromperie des hommes et par l'adresse qu'ils ont à engager artificieusement dans l'erreur. Uonec occurramus omnesin unilalcm fidei et agnitionem Filii Dei , in virum perfeclum, in mensuram œialis plenitudinis Chrisli. Ut jam non simus parvuli fluctuantes, et circumferamur omni vento doctrinœ in nequitia hominum, in astutia ad circumventioncm erroris.

IX. — Cette même Eglise visible doit aussi être infaillible dans le discernement et dans l'explication des vérités que Jésus-Christ a révélées à ses apôtres. Car il n'y aurait pas de moyen de finir les controverses de la religion, si nous n'étions assurés qu'elle ne peut tomber dans l'erreur. C'est pourquoi elle est appelée par l'Apôtre : Columna et finnamentum veritatis ( ad Timolh. III). La colonne et le soutien de la vérité.

X. — L'Eglise universelle peut être considérée, dans son étendue , comme un corps composé de tous les fidèles , tant laïques qu'ecclésiastiques, unis par la participation des mêmes sacrements, el par la profession dos mêmes vérités, sous Jésus-Christ qui en est le chef. A le considérer de celte manière , on ne peut se tromper, en suivant la doc-

trine qu'elle croit, qu'elle enseigne et qu'elle reçoit généralement partout où elle est étendue. Parce que , comme le Fils de Dieu ne l'abandonne jamais , selon la promesse qu'il lui en a faite, en disant à ses apôtres , et en leurs personnes à toute l'Eglise, dont il leur avait donné le gouvernement : Ego vobiscum sum omnibus diebus , usque ad consummationem seculi {Matlh., XXVIII), Assurez-vous , que je suis moi-même toujours avec vous , jusqu'à la consommation du siècle. Il ne souffre jamais aussi que tous ceux qui la composent tombent dans Terreur.

XI. — Elle peut aussi quelquefois être considérée seulement en la personne de ses ministres , tant parce qu'ils en sont les parties les plus nobles , qu'à cause qu'ils ont l'autorité de parler aux fidèles en son nom, comme les dépositaires des vérités de la religion , suivant cette parole d'un prophète : Labia sacerdolum custodient scientiam (Malach., II), Les lèvres du prêtre sont les gardiennes de la science.

A considérer l'Eglise de cette sorte , l'on ne peut aussi se tromper en suivant ses décisions, au moins dans les conciles universels , qui représentent tout son corps , parce que, comme le Saint-Esprit descendit sur les apôtres pour leur enseigner toute vérité , selon le langage de l'Ecriture, et que lorsqu'ils furent depuis assemblés en Jérusalem, ils ne craignirent point d'assurer que leur sentiment était celui du Saint-Esprit : Visum est Spiritui sancto , et nobis (Acl.W), Il a semblé au Saint-Esprit et à nous ; qui est la plus hardie parole que jamais les hommes fidèles aient proférée : il est certain aussi que le Fils de Dieu n'aurait pas suffisamment pourvu à la foi des fidèles , qui est le fondement de leur salut, si cette même infaillibilité n'avait été transmise des apôtres à leurs successeurs, et si cette parole de Jésus- Christ : Qui vos audit, me audit (Luc, X), Celui qui vous écoule, m'écoule, ne s'étendait encore sur les pasteurs de l'Eglise présente , q uand ils sont assemblés au nom du Fils de Dieu qui leur a promis d'être alors au milieu d'eux : tfbi sunt duo vel 1res congreguti in nomine meo, ibi sumin medio eorum (Matlh. XVIII).

XII. — Des principes ci-dessus, qu'on croit être très-solides, savoir, qu'il est nécessaire que , puisqu'il faut qu'il y ait des hérésies , que ces hérésies se tirent de l'Ecriture sainte mal entendue , il est nécessaire qu'il y ail une Eglise visible, infaillible et perpétuelle , qui soit l'interprète du vrai sens de l'Ecriture ; qu'on se doit adresser à elle pour être éclairci delà vérité, lorsque quelque chose est en controverse sur la religion , et que tout fidèle est obligé de conformer sa créance à la foi de cette Eglise, on lire nécessairement toutes les conséquences suivantes :

1° Que, lorsque Luther et Calvin ont paru, il y avait une Eglise avec toutes les conditions ri-desSUS expliquées ;

2" Qu'il y en a encore une maintenant qui a les mêmes conditions ;

3° Que l'Eglise présente doit être confor-

me à celle qui était au temps que Luther et Calvin se sont élevés ; et qu'elle en doit être une suite. OU, pour mieux dire, qu'elle doit être la même :

h Hue les luthériens, les calvinistes et (cuv de la communion romaine sont obligés d'examiner de bonne loi et sans aucune passion ni préocupation , où est l'Eglise qui a ces conditions ;

5" Qu'ils doivent tous avoir recours à cette Eglise quelle qu'elle soit, se soumettre à ses décisions , et conformer leur créance à la sienne.

XIII. — On ne croit pas qu'on puisse dire que le parti de Luther , ni celui de Calvin soit conforme à l'Eglise qui était lorsqu'ils se sont élevés. Car puisqu'ils soutiennent euxmêmes qu'ils l'ont réformée non seulement en ses mœurs et en sa discipline, mais encore en sa doctrine et en sa foi , tant s'en faut qu'ils puissent prouver que leur prétendue Eglise soit conforme à celle qui était quand ils s'en sont séparés, qu'ils font gloire, au contraire, de dire qu'elle est toute différente par leur réformation qui l'a purgée des abus et de toutes les erreurs qu'ils disent qu'ils y ont découvertes.

XIV. — Puisque la prétendue Eglise des réformateurs n'est pas conforme à l'Eglise qui était avant leur réformation, elle n'en peut pas être une suite, ni la même. Elle ne peut donc être la véritable Eglise , et il faut nécessairement qu'ils confessent, ou qu'ils se sont éloignés de la vraie Eglise, et ainsi qu'ils ne sont ni l'Eglise, ni n'appartiennent à l'Eglise ( car ils avouent sans peine qu'il n'y en peut avoir qu'une), ou qu'ili aient recours à une Eglise invisible, en disant qu'ils professent ce que les gens de bien croyaient en particulier avant leur séparation, qui est une chimère qui a été détruite ci-dessus , quand nous avons montré que 1 Eglise doit être visible, et qu'elle ne peut être composée des seuls prédestinés; ou qu'ils soutiennent qu'il y a eu une interruption de l'Eglise , et qu'ils l'ont rétablie , ce qui détruirait entièrement sa perpétuité que l'on a montré être absolument nécessaire; ou enfin qu'ils continuent d'assurer que l'Eglise était alors dans l'erreur, et qu'ils l'ont corrigée, ce qui anéantirait son infaillibilité, sans laquelle l'Eglise , non seulement serait inutile, mais nuisible ; puisqu'elle ne servirait qu'à nous exposer à l'erreur.

De plus en faisant l'Kglise faillible, on démentirait la parole de Jésus-Christ qui lui a promis son assistance jusqu'à la consommation des siècles, ou l'on aurait lieu de dire qu'elle pourrait tomber dans l'erreur, nonobstant l'assistance continuelle de Jésus- Christ, ce qui serait un blasphème.

XV. — Il ne reste donc que l'Kglise romaine qui puisso être la véritable Eglise , puisqu'ayant la même doctrine, les mêmes pasteurs , les mêmes sacrements , les mêmes cérémonies qu'avait celle qui était avant la séparation, elle en est nécessairement une suite et par conséquent la même Eglise. Car l'unité de l'Eglise consiste principalement

DEMONSTRATION f \ Wt.l.l.HjUK.

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en l'unité '!<• sun esprit , dan» tous les temps aussi bien que dans tous les lieux où elle est répandue.

XVI. —Puisquel'Eglise romaine est la \<ritable Eglise, on ne lui peut disputer l'avantage d'être la colonne et le soutien de la vent.- , ni lui ôter l'autorité de juL'ir r<- qa( est en < mitroverse : et ceux qui l'en lOfH sépai

doivent revenir, comme di s branches souhaiteraient, si elles étaient capables de <i. •«![--. d'être réunies à l'arbre dont elles auraient été séparées. Car selon la parole de saint Paul : Non tu radiées purin- , ted radia t<- (Rom. XI) , ce ne sont pas les branche* qui portent la racine, mais c'est la racine qui les soutient.

XVII. —Luther même, et Cahin, et tous leurs sectateurs auraient bien dû reconnaître l'autorité de cette Eglise, pour s'accorder entr'eux. Caries uns croient la présence réelle ; les autres l'absence de Jésus-Cbrisl dans l'Eucharistie, et chacun prétend que sa créance est fondée sur l'Ecriture. Ce ne sera pas le parti de Calvin qui jugera si le sentiment de Luther est orthodoxe, ni celui de Luther qui décidera si l'opinion de Cahin est lionne.

Qu'y a-t-il donc de plus raisonnable que de dire qu'il faut que ce soit l'Eglise qui était lorsque leurs controverses sont nées, dans laquelle ils ont tous deux \ecu longtemps, et dont ils sont sortis, qui juge l'un et l'autre'.'

XVIII. — Que si les prétendus réformateurs disent que la négligence des papes, des évêques et des prêtres, le dérèglement de leur vie , et leur ignorance a\ aient non seulement laissé autoriser le me , mais encore glisser imperceptiblement les erreurs que Luther et Calvin prétendent avoir été découvertes , selon cette terrible parole de l'Evangile : Cum uutem dormirent /tontines, venit inimicus ejus , seminavit zizania in medio tritiei , et abiit (Mattlt. KllI), Pendant qui le* hommes dormaient, l'ennemi du pire de famille est venu et a seine' de l'ivraie par t!es.*us le Ole; et qu'il faut revenir à l'ancienne doctrine des siècles les plus purs : on répond qu'il est néanmoins impossible, comme il a été

dit ci-dessus , que l'Eglise soit tombée dans l'erreur. 11 se pourrait bien faire que quelques particuliers y seraient tombés par la négligence que les pasteurs auraient eue de les instruire; mais il est impossible que tout le corps de l'Kglise tombe dans l'erreur. Si c, la était, Jésus-Christ qui en est le chef, et qui est la souveraine vérité , aurait cessé de l'assister.

XIX. — On opposera à (elle réponse que les férités révélées aux apôtres ont toujours subsisté, puisque Dieu nous a toujours conservé les saintes Ecritures, el que cela suffit pour dire que la foi de l'Eglise n'a point péri, mais que les hommes y ont ajoute leurs propres pensées; que c'est ce que les réformateur! ont retranché, et qu'ainsi ils ont toujours conservé la véritable foi de l'Eglise qui était avant leur séparation; qu'ils ne s'en sont point éloignés; et par conséquent . que leur Eglise esl une suite de la vraie Eglise . laquelle était avant leurréfbrmalion, et qu'elle

MEMOIRES TOUCHANT LA RELIGION

doit être aussi considérée comme la véritable Eglise.

On répond à cette seconde objection , que l'infaillibilité de l'Eglise consiste précisément à discerner les vérités que Jésus-Christ a révélées , des dogmes qu'il n'a pas révélés ; qu'elle ne serait pas moins tombée dans l'erreur, en 'prenant des traditions purement humaines pour des révélations divines , que si elle avait nié effectivement, que les choses révélées ne le fussent pas; que l'Eglise qui était avant la séparation , et lors même de la séparation, croyait comme articles de foi divine ce que les prétendus réformateurs ont retranché. D'où il faut conclure , ou qu'elle était tombée dans l'erreur, ce qui est contre les principes qui ont été ci-dessus établis , ou que la prétendue Eglise des réformateurs y est tombée elle-même; qu'elle ne peut être par conséquent une suite de l'ancienne Eglise, et que s'étant séparée de la communion de celle qui professe les mêmes choses que cette ancienne professait, et dont elle est la véritable suite, il faut nécessairement qu'elle soit schismatique et une fausse Eglise.

XX. — Nos prétendus réformateurs pousseront peut-être encore plus loin leur objection , et diront que tout le corps de l'Eglise n'a jamais professé les erreurs qu'ils ont découvertes; mais que c'étaient des erreurs qui s'étaient insensiblement glissées; que des particuliers seulement soutenaient ces erreurs , et que l'Eglise universelle ne les avait point autorisées : qu'ainsi il est bien vrai qu'on a eu raison d'accuser ses ministres de négligence, mais que les sentiments de toute l'Eglise n'ont pas été pour cela corrompus dans le fond ; et que l'on a obligation aux réformateurs qui ont découvert ces erreurs , et qui les ont retranchées de l'Eglise qu'ils ont conservée et qu'ils ont purgée.

On répond qu'il faudrait , avant toutes choses , que ces prétendus réformateurs convinssent entr'eux-mêmes de ce quiest erreur et de ce qui ne l'est pas. Ils sont entr'eux presqu'aussi opposés qu'ils nous le sont, non seulement sur les mystères, mais encore sur la discipline. Les luthériens croient la présence réelle de Jésus-Christ dans l'eucharistie, les calvinistes croient l'absence réelle. Les luthériens ontretenu les cérémonies dans l'Eglise, les calvinistes les ont abolies. Les uns veulent èlre gouvernés par des évêques, les autres les rejettent.

Mais pour parler plus précisément, l'on répond qu'il n'y a nul fondement de dire que la doctrine que les réformateurs ont blâmée n'était pas professée et autorisée par toute l'Eglise quand ils ont paru : elle était enseignée dans toutes les Eglises particulières , comme il se peut justifier par tous les rituels et les livres composés en ce temps-là pourl instruction des peuples. Elle avait même été confirmée dans plusieurs conciles, et nos prétendus réformateurs ne sauraient nous prouver qu'il y cul aucune société visible qui ensoignâlen aucun lieu de l'Eglise la doctrine prétendue réforraéede Lutherou de Calvin. Il faut donc nécessairement que la doctrine

qu'ils ont blâmée fût formellement la doctrine de l'Eglise universelle de ce temps-là.

Mais l'on peut encore répondre très-solidement que, quand il serait vrai (ce qui n'est pas) qu'ils eussent découvert des erreurs dans l'Eglise , qui n'auraient pas été des erreurs de toute l'Eglise, ce qu'ils auraient dû faire , pour satisfaire au précepte de l'Evangile , eût été d'éveiller les pasteurs endormis, de leur faire connaître leur devoir, et s'ils ne voulaient pas profiter de leurs avis , d'en avertir l'Eglise ; mais qu'après l'avoir avertie, ils devaient eux-mêmes écouter sa voix: et s'il n'y a personne de quelque qualité , et de quelque condition qu'elle soit, qui ne doive être soumis à l'Eglise , ils ont dû à plus forte raison recevoir son instruction , et s'y soumettre , eux qui n'étaient que de simples prêtres; et en nele faisant pas, ils ont usurpé une aulorité qu'eux-mêmes demeurent d'accord, avec raison , qui n'appartient à nul particulier.

XXI. — Les prétendus réformateurs ont donc tort s'ils soutiennent qu'ils ne se sont point séparés de la vraie Eglise et de sa doctrine. Car il est constant qu'ils se sont séparés de la communion de ceux qui sont demeurés dans la même créance qu'avait l'Eglise universelle, et qu'eux-mêmes professaient avant leur prétendue réformation : et puisqu'il a été prouvé clairement ci-dessus, que l'Eglise qui était avant leur séparation était la véritable Eglise, ne faut-il pas qu'ils avouent qu'ils se sont séparés de la vraie Eglise? et jusqu'à ce qu'ils puissent montrer une Eglise visible à laquelle ils soient demeurés unis , et de laquelle la leur soit une suite (ce qui leur est impossible ), il faut nécessairement conclure que non seulement ils sont tombés dans l'erreur , mais qu'ils y ont encore ajouté le schisme, qui est, selon saint Augustin , le plus grand de tous les crimes.

XXII. — Si les prétendus réformateurs se fussent tenus dans les termes du premier dessein qu'ils avaient fait semblant d'avoir dans le commencement, qui était de procurer seulement la réformation des mœurs et même de quelques abus qui s'étaient, glissés dans la discipline , ils auraient rendu un service considérable à l'Eglise, pourvu que ce zèle n'eût point ressemblé à celui des donalistes , qui sous prétexte d'une plus grande pureté divisèrent l'Eglise, et élevèrent autel contre autel ; qu'ils eussent agi , non pas en maîtres, mais en enfants soumis , et qu'ils se fussent contentés de remontrer a\ ec humilité ce qu'ils croyaient êlre des intérêts de leur mère, sans 6e révolter contre elle , et la déchirer impitoyablement comme ils ont fait. Ils auraient même pu , ainsi qu'il a été déjà dit, avertir l'Eglise et ses pasteurs sur la doctrine , s'ils avaient cru remarquer des erreurs en qucl-

Îues endroits, mais sans prétendre aucun roit de prononcer eux-niémes , el beaucoup moins encore de faire une nouvelle église.

XXIII. — Ceux qui sont maintenant leurs sectateurs ont encore moins de droit qu'eux de demeurer séparés. Car on pourrait cher-

cher quelques prétextes pour les premieri auteurs danfl là confusion (lu temps auquel ils ont paru ; mais les choses ayant été éclairdes depuis comme elles l'ont été, ceux qui demeurent séparés ne peuvent plus avoir au- , cune apparence d'excuse de leur séparation. L'Eglise a considéré , a examiné, a jugé la doctrine des prétendus réformateurs , elle l'a condamnée en plusieurs synodes particuliers, ci plus authenliquement dans le concile général tenu à Trente, dans lequel elle a ram.issé presque tout ce qui avait été. déjà décidé dans les autres conciles qui l'avaient précédé. Après cela peut-on encore accuser les pasteurs d'être demeurés endormis?

XXIV. — Il est vrai que les prétendus reformés tâchent de proposer des exceptions contre ce concile. Ils disent qu'il était tout pleiu d*intrigucs, que ceux qui lecomposaient n'agissaient que par des motifs humains, et qui' la vérité y étaitopprimée par ceux qui se servaient de la religion pour leurs intérêts particuliers.

On répond que, pour le défaut de liberté, c'est une exception frivole; qu'il n'y a point d'hérétiques condamnés dans les anciens conciles qui n'aient reclamé contre leur condamnation par quelque semblable prétexte.

Que si les conciles auxquels les empereurs assistaient en personne n'ont pas laissé d'être estimés libres , pourquoi celui de Trente ne l'aura-t-il pas été, puisqu'aucun prince n'y a assisté que par ses ambassadeurs ?

On ne veut pas désavouer que quelquesuns des pères de ce concile n'aient pu avoir des intérêts particuliers et des vues temporelles: mais on ne saurait ne point reconnaître aussi qu'il n'y ait eu de très-grands et de très-saints personnages entièrement dégagés de tout intérêt. 11 n'y a guères eu de concile, où il ne se soit rencontré des défauts en quelques-uns des pères qui y ont assisté : et peut-être que hors ceux des apôtres , nul n'a été dans une parfaite et entière pureté , si l'on veut examiner à la rigueur les intentions de tous les particuliers qui y ont eu part.

Dieu a permis même qu'il y ail eu des contestations entreles apôtres, pour témoigner qu'ils étaient hommes; et saint Paul écrivant aux Galates dit, qu'il avait résisté à saint Pierre, parce qu'il était répréhensible, In faciem ri restiti , quia reprehensibilis erat (Galat., II). Mais cela n'empêche pas que Dieu ne se soit toujours servi de ces sortes d'assemblées pour soutenir la vérité ; et les divisions qui font souvent du bruit dans les conciles , contribuent même à affermir la paix de l'Eglise. Ceuxd'Kphèse et de Chalcédoine furent dans des agitations très-grandes : la passion et l'intérêt y parurent visiblement. Cependant ils étouffèrent les plus dangereuses hérésies qui aient jamais été dans l'Eglise. Et les prétendus réformés reçoivent aussi bien que nous leurs décisions sans aucune contradiction.

XXV. — Mais quand, au temps du concile de Trente, on aurait pu révoquer en doute «es décision» , sous prétexte de ces préten-

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