‹ Démonstrations évangéliquesChapitre 111 sur 305 · ÉV ANGÉLIQUE · texte numérisé non relu

ÉV ANGÉLIQUE

dues raisons de nos adversaire* , comment pourrait-oc maintenant nés \ pas soumettre,

puisque nous voyons que depuis plus d'un siècle; l'Eglise catholique s'est toujours affermie dans la même créance; et que depuis la tenue de ce concile, il y a encore eu une infinité de conférences, de disputes, décrits et d'éclaircissements sur les mêmes matières, ensuite desquels l'Kglise est toujours demeurée ferme dans ïa foi des mêmes articles décidés à Trente?

Hien ne peut tant nous assurer de la vérité d'une décision, que lorsqu'après qu'elle a été laite clans un concile , tout le corps de l'Eglise l'embrasse et la reçoit, et surtout quand elle y demeure ferme dans une longue suite d'années , parce qu'autrement Jésus- Christ l'abandonnerait contre son cxpi < Me promesse. El c'est pour cela que saint Augustin dit cjue c'est une très-insoltnte folie d< nr pas se soumettre à ce qui est reçu universellement de toute V Eglise, Si quid tota per orbem fréquentât Ecclcsia,nam hoc quin Ha facitndum sit disputare insolentissimœ insaniœ est. (Aug. Epist. 118. tom. II, cap. 5). Or il n'j a point de doute que la suite constante de plus d'un siècle ne soit plus que suffisante pour établir la juste prescription de ces importantes décisions.

XXVI. — Les prétendus réformateurs diront sans doute qu'ils n'y ont point adhère, et qu'ainsi on ne peut pas soutenir que toute l'Eglisesesoitaffermiedans la même créance. Mais ce qui a élé déjà dit doit servir de réponse à cette objection. Ce n'est pas assez qu'ils n'y aient pas adhéré; il faut savoir s'ils n'y ont pas dû adhérer.

On à fait voir dans les articles précédents que l'Eglise, qui était avant leur séparation, était la véritable Eglise. On a fait voir que l'Eglise romaine, qui est maintenant, est la même que celle, qui était avant la séparation. On a fait voir que ceux qui s'en sont séparés, n'ayant eu aucune raison légitime de se séparer , ils ne peuvent pas ne point passer pour schismaliques. Le défaut donc de leur adhésion à la créance de l'Eglise romaine n'y doit point faire de préjudice: et il n'est pas plus raisonnable d'avoir égard à la résistance des luthériens et des calvinistes . qu'on n'en a eu autrefois à celle des ariens. des nestoriens, des eutychéens et de tous les autres hérétiques que nos prétendus réformateurs condamnent aussi bien que nous , et qui après s être sépares de l'Eglise, n'ont adhéré ni à la décision de ses conciles, ni à la créance dans laquelle elle esl demeurée depuis.

XXVII. — Quelle raison nos novateurs ontils d'établir leurs opinions, que les anciens hérétiques n'aient pu avoir? Ils disent, par exemple , quele mot de transsubstantiation ne se trouve point dans l'Ecriture. Arius disait de même que celui de consubstantiil n'y était point. Cependant l'Fglise a prononcé contre Arius en faveur de la consuhslantialité, et le soulèvement d'une infinité de personnes de toutes sortes de conditions , et même de plusieurs synodes d'évêques, ira

MEMOIRES TOUCHANT LA RELIGION

pu empêcher que la foi de Nicée n'ait été déclarée être la foi de toute l'Eglise, qui prononça lors du soulèvement d'Arius et qui s'est depuis affermie dans cette doctrine , malgré toutes les oppositions et tous les efforU des ennemis de la vérité.

Comme l'Eglise subsiste perpétuellement , elle peut toujours examiner les dogmes sur lesquels il s'élève des disputes. Mais quand elle le fait avant que les auteurs de ces disputes aient eu le temps de faire leurs cabales , et de travailler à gagner les esprits et à les corrompre, il est constant qu'on a moins de prétexte de s'opposer à ses décisions. Ainsi d'abord qu'Arius eut paru, saint Alexandre, évéque d'Alexandrie, examina sa doctrine avec le synode de son Eglise , et la condamna. Et quelque temps après Constantin fit assembler le concile général de Nicée,

L'erreur n'avait pas encore fait assez de progrès pour former un parti qui pût balancer l'autorité de toutes ces assemblées : et l'Eglise qui était alors , étant la véritable Eglise sans aucune contradiction , usa aussi de l'autorité qu'elle avait reçue de Jésus-Christ. Mais quand l'hérésie eut acquis assez de force, et qu'elle se fut emparée de l'esprit d'un si grand nombre de personnes de toutes conditions , et d'évéques mêmes, que l'Eglise en fut toute défigurée : dans le concile de Rimini les évéques ariens, qui n'osaient proposer aux évéques catholiques de nier la consubstantialilé, les trompèrent par une confession de foi équivoque, et auraient par ce détour malicieux ruine la foi du concile de Nicée , si Dieu n'eût soutenu son Eglise , qu'il a promis de ne jamais abandonner. La vérité avait été mise en sûreté par l'autorité du cancile de Nicée, composé des pasteurs qui gouvernaient l'Eglise dans le temps que l'erreur s'était élevée , et qui étaient encore dans toute la pureté de l'esprit de Dieu. De sorte qu'il n'y avait que ceux qui étaient dans la doctrine de ce concile qui pussent prononcer sur les questions qui agitaient l'Eglise, parce que, comme elle doit être toujours la même, et que l'Eglise , que ce grand et saint concile représentait , était sans aucune contradiction la véritable Eglise , toutes les assemblées qui s'élevèrent ensuite pour s'opposer à la foi de Nicée , avaient visiblement le caractère des faux conciles. De sorte que le concile de Rimini , celui de Sirmium et tous les autres conciliabules qui furent tenus par les ariens , ou demi-ariens , firent assurément , un grand mal à l'Eglise; mais elle ne laissa pas de conserver toujours la vérité dans son entier; et le succès a fait voir depuis qu'il s'en fallait tenir à ce qui avait été prononcé dans le temps que l'erreur s'était élevée. Caria plaie de l'Kglises'élant enfin fermée, et Dieuayant détruit l'arianisme , tous les fidèles se sont affermis dans la foi de Nicée, et ont uni ver— senement rejeté le concile de Rimini, aussi bien que toutes les autres fausses assemblées ?nnemies de la consubstantialilé.

Dieu a tenu la même conduite presque pour toute» le9 autres hérésies qui se sont élevées

dans l'Eglise ; et il est assuré que pour bien discerner les sentiments orthodoxes , il faut régulièrement remonter le plus haut que l'on peut , et consulter les premières décisions que l'Eglise a faites dans le temps le plus voisin de la naissance ou du prétendu renouvellement de la doctrine qui est en controverse. Et si dans la suite des temps l'Eglise s'affermit dans ce qui a été décidé , comme il est arrivé à l'égard du concile de Nicée, il n'y a plus aucune raison ni même aucun prétexte de douter.

Si nous appliquons ces règles aux contestations que nous avons avec les luthériens et les calvinistes, il sera aisé de convaincre tout esprit équitable , qu'ils doivent acquiescer à ce qui a été prononcé contre leur prétendue doctrine renouvelée ou réformée.

L'Eglise qui était lorsqu'ils ont paru , et qui était la vraie Eglise ( car il n'y en avait point d'autre) a prononcé d'abord en plusieurs assemblées particulières. Nous pouvons de plus dire hardiment qu'elle a prononcé avec plénitude d'autorité dans le concile de Trente. Car il était composé des pasteurs qui gouvernaient l'Eglise lorsque ces novateurs se sont élevés , ou de ceux qui leur avaient succédé, et qui étaient demeurés dans la même communion. 11 n'y a donc point de doute qu'il est raisonnable de se soumettre aux décisions de ce concile. Et comme notre Eglise s'est affermie dans celte même doctrine par un consentement universel depuis ce temps-là, et qu'il se trouve manifestement être la suite de l'Eglise universelle qui était lorsque Luther et Calvin ont paru, puisqu'elle professe (comme il a été déjà dit ) la même doctrine , qu'elle a les mêmes pasteurs, les mêmes sacrements les mêmes cérémonies, et qu'elle est par conséquent la même Eglise et la vraie Eglise ; n'est-il pas juste que ceux qui s'en sont séparés y reviennent et se rendent à son autorité?

Il est assuré que nos prétendus réformateurs ne nous peuvent rien opposer de si fort que ce qui vient d'être dit.

XXVIII. — Si ces raisonnements ne sont convaincants, il faut nécessairement tomber dans toutes les rêveries de Sbcin , qui , pour détruire la foi de tous nos mystères, soutient que, bien loin que les conciles qui ont condamné les hérésies (comme relui de Nicée l'impiété d'Arius; celui d'Ephèse l'erreur de Nestorius , celui de Calcédoine celle d'Eutichès, et ainsi des autres) aient éclairci et affermi les vérités de la religion, ce sont au contraire des assemblées qui ont établi les erreurs de la Trinité, de l'incarnation et ainsi successivement de tous les autres mystères qu'il dit n'être que des inventions humaines, des illusions et des fantômes.

XXIX. — Il n'y a donc rien de plus raisonnable que de conjurer nos frères séparés do revenir dans le sein de noire commune mère. Ils y trouveront l'union qu'ils ne trouvent pas parmi eux. Car il esl Constant , comme il q été déjà remarqué , qu'encore qu'ils paraissent extérieurement unis, comme nous savon* que les calvinistes admettent depuis quelques

années les luthériens à leur communion, ils m' ^i>nt pas néanmoins dans la principale communion , qui es! celle d une même poc

trine et il'uiic même foi. selon eette parole de saint Paul, Vna filles [Ephis. IV).

XXX. - Il n'es! pas besoin de parler des autres divisions qui leur doivent rendre leur prétendue Eglise suspecte. La romaine demeure dans la profession d'une même doctrine. Si quelquefois il s'élève des disputes dans nos écoles, il n'j a personne qui ne soumette tous les dogmes au jugement de l'Eglise ; et comme eue ne peut pas toujours être assemblée dans un concile , pour prononcer en corps et solennellement son jugement , le chef visible de l'Eglise parle à toute l'Eglise, ou chaque pasteur parle à sou Eglise particulière, et sur leur parole, on se tient en paix et dans le respect , sans s'élever et sans se diviser. C'est l'ancien esprit de l'Eglise, l'ancien usage et l'ancienne discipline consacrée par une tradition constante et perpétuelle depuis les apôtres jusqu'à nous.

XXXI. — La difficulté de croire les mystères n'est pas uni; bonne raison pour demeurer hors de l'Eglise. Par exemple, que le mystère de l'eucharistie soit incompréhensible à notre esprit, il ne l'est pas plus que le mystère de la Trinité etqueceluidel'incarnation : et pourvu qu'il y ait une autorité légitime et infaillible, sous laquelle nous puissions et devions captiver notre raison, nous ne devons pas avoir plus de peine à croire la présence réelle de Jésus-Christ dans le saint sacrement, que de croire que trois personnes distinctes subsi-

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slenl en une même nature, OU que deux natures subsistent en une néme personne.

Ce n'est pal la clarté particulière du mv stère qui doit convaincre notre esprit, mais < 'eal l'obligation indispensable que nous avons d'être persuadés que toute- les i hos ■ que Dieu, qui est la souveraine et infaillible t ente, a révélées, doivent être crues de tous les lid< l m, quelqu'incroyables qu'elles nous parussent si Dieu ne les avait pas révélées. Or si nous sommes assurés par l'Eglise visible, p tuelle et qui nous parle de la part de Dieu avec certitude et avec infaillibilité, que la présence réelle de Jéses-Cbrist dans l'eucharistie et les autres vérités que non- proli H sous ont été révélées par Jésus-Christ à -es apôtres, quelque peine que notre esprit paisse avoir à les croire, prises en elle-- mêmes et séparées de la révélation divine , il faut nécessairement conclure que ceux qui refusent de les croire renoncent en même temps à la loi de la div inilé de Jésus-Christ.

XXXII. — 11 n'y a rien à ajouter à tout ce qui a été dit. sinon que les adversaires do l'Eglise romaine se«persuadenl que ses sentiments sont tout autres qu'ils ue sont en beaucoup de choses particulières , sur lesquelles ils la blâment; et il n'y aurait rien de plus aisé que de les détromper s'ils voulaient se dégager de la prévention qu'ils ont contre elle ; ce qui n'est pas difficile à une personne sincère, éclairée et qui cherche la vérité sans autre intérêt que celui de la vérité même, de son salut et de la gloire de Dieu.

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