‹ Démonstrations évangéliquesChapitre 112 sur 305 · U LECTEUR · texte numérisé non relu

U LECTEUR

Je ne sais si l'on ne sera point surpris de voir ce petit ouvrage, après tant de volumes qui nous ont été donnés par les plus savants hommes qui aient paru dans l'Eglise, depuis que les hérétiques ont osé attaquer l'adorable mystère de l'Eucharistie. Comme ces grands hommes n'ont rien laissé à dire après pux pour fortifier la foi des catholiques et ramener à la vérité ceux qui s'en sont éloignés, on "croira peut-être inutile de lire ce que je donne maintenant au public sur ce sujet, parce qu'on n'y trouvera rien de nouveau ; mais c'est ce qui m'a fait entreprendre plus volontiers ce travail.

Je n'ai pas la présomption de croire que je puisse rien inventer sur un sujet si important. La nouveauté serait même très-dangerctisc, la religion ne pouvant être appuyée que 9ur ses anciens fondements. J'ai seulement prétendu ramasser ici ce que j'ai trouvé répandu ailleurs, pour soulager les lecteurs de la peine d'une longue lecture, les faire souvenir des vérités qui ont été si solidement prouvées par ceux qui ont écrit avant

moi , et les engager à recourir à ce qu'ont enseigné les autres, si ce que je produis ne suffit pas pour les satisfaire entièrement.

Les saints pères ne se sont pas contentes des écrits de ceux qui sciaient les premiers opposes aux hérésies qui avaient paru dans l'Eglise : tant qu'elles ont subsisté, ils ne leur ont point donne de repos

Quoiqu'il semblât que saint Athanase n'eut rien omis de ce qui se pouvait dire contre Arins et ses spectateurs, et que le concile de Nicée, dont ce père était le plus invincible défenseur, eût donne aux catholiques d s armes assez fortes pour abattre ce monstre : cela n'a pas empêche que presque tous les autres pères ne l'aient poursuivi après lui, jusqu'à ce qu'il ait été étouffé,

Il en a été de même de toutes les autres hérésies. Il n'en faut jamais laisser aucune en état de respirer. Les docteurs, et principalement les évéques, sont les dépositaires de la foi. Saint Paul les exhorte à garder soigneusement ce dépôt ; et chacun d'eux doit tr.iv ailler selon ses lumières et de tout son

MÉMOIRES TOUCHANT LA RELIGION

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pouvoir à l'entière extinction de l'erreur.

Je combats dans ces trois traités pour In présence réelle de Jésus-Christ dans l'eucharistie, pour la vérité de notre adorable sacrifice, et pour l'usage légitime de l'autorité de l'Eglise, touchant la discipline présente de la communion des laïques sous une seule espèce. Mais, connaissant mes propres faiblesses, je supplie mes illustres confrères, que je regarde comme mes maîtres, de suppléer aux défauts de mon ouvrage. Leur piété et leur science leur donnent beaucoup plus de force que je n'en ai , et je les conjure d'employer ces grands talents, que Dieu a mis en eux, et qui font considérer le clergé de France comme la plus illustre portion de l'Eglise universelle, pour anéantir les restes de la fausse doctrine que j'attaque. Il faut éviter que le malheur marqué par Jésus-Christ n'arrive dans le champ du Seigneur, et que nous, qui sommes préposés à le cultiver et à le garder, ne donnions lieu, par notre assoupissement, à l'ennemi de la vérité, d'y répandre l'ivraie du mensonge, et d'étouffer la semence de la parole de Dieu.

Notre incomparable monarque, si redoutable par sa valeur, si glorieux par ses conquêtes , si éclairé, dans le gouvernement de ses étais , si élevé par cette autorité qui le rend l'arbitre presque de toute la terre, mais bien plus grand par sa religion qui lui donne tant d'application à fairc4que la loi triomphe de l'hérésie, nous anime puissamment, par son exemple, à ne laisser pas inutile le pouvoir que Jésus-Christ nous a donné pour Y édification de son Eglise.

Il esta propos d'avertir les lecteurs, que l'auteur, en relisant ce mémoire, s'est aperçu qu'ayant principalement à combattre, dans le premier traité, ceux qui nient la présence réelle et substantielle de J.-C. dansl'Kucharistie,il les a presque toujours appelés protestants, quoique ce nom général leur soit commun avec les luthériens qui reconnaissent la présence corporelle de Noire-Seigneur en ce divin mystère, au moins dans l'usage. On donne cet avis, afin de ne point faire d^équivoque; encore qu'il soit assez aisé de remarquer que l'auteur a eu dessein, par ce mot, de désigner seulement ceux d'entre les protes-

tants qui croient que Jésus-Christ n'est qu'en signe, en figure ou en vertu dans l'Eucharistie, puisqu'en combattant même par occasion l'erreur des luthériens, il marque qu'ils avouent que le corps et le sang de Jésus- Christ sont substantiellement présents dans ce sacrement adorable.

Il n'est pas nécessaire de faire la même observation dans les deux autres traités, parce que tous les protestants, de quelque confession qu'ils soient, sont également opposés à la foi et aux sentiments de l'Eglise touchant le sacrifice et la communion des laïques sous une seule espèce.

On a objecté à l'auteur de ce mémoire qu'il a tort de tirer avantage de la contrariété qui est entre les protestants sur l'intelligence du chapitreVI de saint Jean , les uns l'entendant de l'Eucharistie, les autres non, puisqu'il y a quelques théologiens catholiques qui semblent n'être pas d'accord sur ce point : mais on peut hardiment dire que, s'il y a eu des catholiques qui aient soutenu que saint Jean n'ait pas eu intention de nous apprendre en cet endroit de son évangile, que Jésus-Christ, dans la conférence de Capharnaùm, parla de l'Eucharistie qu'il voulait instituer, ils sont en petit nombre et se sont trompés. Le concile de Trente s'est trop précisément expliqué sur ce sujet, et la tradition de cette vérité est trop éclaircie pour être révoquée en doute par ceux de l'Eglise romaine.

On a encore opposé à l'auteur, qu'il s'est servi, dans la page 12 du traité du Sacrifice, d'un passage de saint Léon pour montrer que l'Agneau pascal était la figure du sacrifice do l'Eucharistie, quoique ce père en parle comme de la figure du sacrifice de la croix, aussi bien que saint Cyprien dans le lieu allégué en la même page : mais si.l'on y veut prendre garde de près, on remarquera que ces pères n'ont pas moins appliqué en ces endroits la figure de l'Agneau pascal à l'Eucharistie qu'a la mort de Jésus-Christ. L'auteur ayant été averti de ces critiques, recherchées mal à propos pour affaiblir une doctrine si solidement prouvée, on a été bien aise de le faire savoir aux lecteurs pour aller au-devant de toutes lesdisputes inutiles.

DE LA PRÉSENCE RÉELLE DE JESUS-CHRIST DANS L'EUCHARISTIE, ET DE LA TRANSSURSTANTIATION.

I. — La créance de la présence ou de l'absence réélit' du corps et du sany; de Jésus- Christ dans l'Eucharistie ne peu) être indifférente, selon les principes tant de l'Eglise romaine que de la 'prétendue église des nova leurs.

Les catholiques croient que l^dograe de la

présence réelle est un dogme de foi révélé aux apôtres, ei transmis îles apôtres jusqu'à nous par l'Ecriture et parla Tradition.

Les protestants soutiennent que ce dogme de la présence réelle contient une erreur grossière, cl que la créance de l'absence réelle

est le sentiment orthodoxe.

Il f;iut donc qu'ils avouent li !S uns et les autres que Jésus-Christ a révélé aux apôtres, ou la présence ou l'absence réelle, et que les apôtres ont cru distinctement lune ou l'autre.

L'on ne peut pas dire que le Fris de Dieu se soit réservé à lui seul la connaissance de ce mystère, et qu'il n'ait déclaré, ni la présence réelle, ni l'absence réelle, mais qu'il ait laissé à chacun la liberté d'en penser ce qu'il voudrait : ce serait détruire la créance positive de l'Eglise romaine, qui assure que c'est une vérité révélée. Les prétendus réformés ne pourraient pas aussi s'accommoder de cette liberté de créance : car, puisqu'ils condamnent si hardiment l'Eglise romaine, il faut nécessairement qu'ils croient que Jésus- Christ, en instituant le sacrement de la cène, déclara à ses apôtres que ce sacrement n'était qu'une simple figure de son corps, qui devait être livré, et de son sang, qui devait être répandu pour les hommes; autrement, comment pourraient-ils accuser les catholiques d'erreur sur ce point?

L'on dira peut-être que c'est assez qu'une chose ne soit pas révélée pour accuser d'erreur ceux qui en veulent faire un dogme de foi , sans qu'il soit besoin que le contraire soit révélé , et qu'ainsi , encore que Jésus- Christ n'ait pas expressément révélé que son corps et son sang ne sont pas sous les espèces et sous les symboles eucharistiques , ceux néanmoins qui assurent qu'il est de foi qu'ils y sont réellement présents sont dans l'erreur, parce que celte présence réelle n'est point révélée, non plus que l'absence réelle ; de sorte que les novateurs ont raison d'accuser d'erreur sur ce point ceux de la communion romaine, sans qu'il soit nécessairement vrai que l'absence réelle ait été précisément révélée.

Mais on répond que dans la question dont il s'agit, il est impossible que la chose soit de la sorte. On avoue que la maxime générale qui vient d'être avancée est vraie, et que c'est assez qu'une chose ne soit pas révélée pour assurer que ceux qui en veulent faire un dogme de foi sont dans l'erreur. Mais on ne peut pas soutenir que Jésus-Christ n'ait distinctement expliqué à ses apôtres, ni la présence ni l'absence réelle de son corps dans l'eucharistie; car si cela était, la cré ince de l'une et de l'autre sérail libre. Les protestants ne pourraient pas accuser d'étrçidolâtres ceux qui adoreraient l'Eucharistie , croyant sans crime que Jésus-Christ y serait présent : les catholiques ne pourraient pas aussi accuser d'impiété ceux qui ne l'adoreraient pas, pouvant en conscience être persuadés que ce n'est que du pain. Or, comme les catholiques ni les protestants ne conviendront jamais de cette liberté de créance . nous devons tous convenir que Jésus-Christ s'esl expliqué de la présence ou de L'absence réelle de son corps et de son sang dans l'Eucharistie.

Nous pouvons dire hardiment qu'il n'a révèle, ni la vérité, ni la lau-M'té des choses dont l'Ecriture ou la Tradition ne nous portent aucun témoignage : mais i! n'en est pas de même de celles dont il est constant qu ri a

DÉMONSTRATION É\ VNGÉLIQI h

entretenu ses disciples, et principalement de celles dont il leur alâisse la pratiquée! l'usage. L'Eucharistie est on sacrement qu'il a institué pour notre sanctification ; il la administré lui-même aux apôtres, il leur a i ommandé de faire la même chose gtn lui et en mémoire de lui (Lac, XXII II était donc important Qu'ils en lussent bien instruits, afin qu'ils fissent cette action de religion dans son esprit. Il leur a expliqué distinctement tous les autres mystères; il leur a eni 03 é encore après sa résurrection le Saint-Espritpour l<ui (jner toute vérité (Jean, XVI); et, s'il n'a point développé la vérité de l'Eucharistie, il est impossible de prouver qu'il ait expliqué en détail aucun article de notre religion, étant constant qu'il n'y en a aucun dont les saintes Lettres et les pères de l'Eglise Fassent tant de mention que de celui-ci. 11 est donc certain que Jésus-Christ a révélé, dans l'institution de L'Eucharistie, que son corps y était présent réellement ou absent réellement. Nul catholique n'en disconviendra jamais, et l'on ne croit pas aussi qu'aucun calviniste en disconvienne: Calvin lui-même, avouant que la connaissance d'un rt grand mystère est tout à fait nécessaire, et que son importance demande qu'il soit exactement expliqué (Calvin, Instlt., I. IV, c. 17. $ 1 .

II. — Comme l'Ecriture sainte est une règle infaillible de la loi , reconnue telle tant par ceux de la communion romaine que par ceux de la prétendue Eglise réformée, il n'y a point de doute que si la présence réelle est clairement ci incontestablement énoncée dans l'Ecriture sainte, non seulement les catholiques la doivent croire, mais que les novateurs mêmes ne peuvent s'en défendre, et qu'au contraire, si l'absence réelle] est clairement expliquée, les prétendus reformés ont raison de la croire, et qu'il faut que les catholiques adhèrent à leur créance.

III. — Que si l'Ecriture sainte n'explique pas si nettement la présence ou l'absence réelle, que le dogme de l'une ou de L'autre ne puisse être contesté à considérer les paroles de L'Ecriture précisément en elles-mêmes, il est au moins très-raisonnable de se soumettre à ce qui y est expliqué par les termes qui paraissent les plus précis et les plus naturels : en sorte que si. dans les endroits où il est parlé de ce mystère, la présence réelle est plus proprement signifiée (pie l'absence réelle, on croie la présence réelle: et au contraire, si l'absence réelle est plus rlai renient expliquée, on croie L'absence réelle, pourvu néanmoins que ces termes plus précis et plus propres à signifier ou l'absence ou la présence 1 celle paraissent tels au plus grand

nombre de personnes habiles, raisonnables,

désintéressées, pieuses, et non préoccupées de leur imagination et des pensées particulières de leur propre esprit; et que l'on ne prenne pas des endroits séparés «lu corps de l'Ecriture, mais que l'on considère, pour former 1 e sens et pour l'attribuer aux paroles de Dieu, t*mt le corps de rEerilure, ou du moins tous les lieux où il est parlé du mystère dont il s'agit.

MEMOIRES TOUCHANT LA RELIGION

ma

Cette troisième proposition suit nécessairement des deux précédentes ; car, s'il est vrai que Jésus-Christ a révélé la présence ou l'absence réelle, s'il est incontestable que l'Ecriture sainte est une règle infaillible de la foi et par conséquent des vérités révélées, et que les catholiqnes et les novateurs ne peuvent se défendre de croire celles qui sont intelligiblement «t incontestablement exprimées dans l'Ecriture, ils ne peuvent pas se défendre aussi de croire celui des deux dogmes de la présence ou de l'absence réelle , qui est le plus apparent dans l'Ecriture, dans toutes les circonstances et avec toutes les précautions qui sont marquées ci-dessus; autrement Dieu ne nous aurait pas parlé sincèrement, il ne nous aurait donné son Ecriture que comme un piège pour nous faire tomber dans l'erreur; il ne nous aurait pas dû assurer par son apôtre que tout ce qui est écrit est écrit pour notre instruction , et que nous devons trouver notre consolation dans les saintes Lettres (Rom., XV). Car quelle instruction recevrions-nous de l'Ecriture, si elle devait être entendue dans un sens opposé à celui qui paraîtrait lui être le plus naturel, et quelle consolation aurions-nous de l'Ecriture qui ne servirait qu'à nous tromper?

L'objet formel et le motif de la foi est ce qui s'appelle, dans le langage de l'Ecriture et do l'école, la véracité de Dieu, Est autem Drus verax (Rom., III). Cette véracité ne consiste pas seulement à connaître la vérité et à ne pouvoir être trompée , mais encore à ne tromper jamais personne. Or, si les paroles de Dieu , en les examinant dans toutes leurs circonstances, formaient, dans l'esprit des personnes raisonnables, pieuses, intelligentes et désintéressées, une idée contraire à la vérité et à ce que Dieu lui-même connaîtrait, il nous induirait à l'erreur, ce qui détruirait celte partie de la véracité de Dieu , qui fait qu'il ne peut tromper personne cl qui nous assure que ses paroles sont toujours sincères.

IV. — Si l'obscurité est si grande dans l'Ecriture qu'il y ait des difficultés qui fassent raisonnablement balancer les esprits équitables à choisir le parti qu'ils doivent prendre de la présence ou de l'absence réelle, il n'y a point de doute qu'il faut avoir recours à des témoins qui soient irréprochables, tant à l'Eglise romaine qu'à ceux de la communion de Calvin.

Celte quatrième proposition ne saurait être contestée, supposé que la première soit véritable; car s'il est vrai que la présence réelle ou l'absence réelle» ait été précisément révélée aux apôtres, et distinctement crue d'eux , que les fidèles aient toujours dû régler leur foi sur celle des apôtres, et que la foi des apôtres ait toujours élé conservée daifs l'Eglise, encore que l'Ecriture ne parle

f»as assez clairement pour mettre d'accord es romains et les protestants, il faut nécessairement avoir recours à des témoins qui ne soient reprochés ni des uns ni des autres, et qui puissent nous faire connaître parleurs dépositions lequel des deux dog-

mes a été distinctement cru par les apôtres , et en quel sens ils ont parlé, ou, pour mieux dire, le Saint-Esprit a parlé, par leurs bouches ou par leurs plumes, quand ils nous ont laisse dans les saintes Lettres ce qu'ils ont écrit de ce mystère.

V. — Nous ne saurions raisonnablement chercher des témoins plus recevables et moins reprochables que les saints pères contemporains des apôtres, ou ceux qui ont été les plus proches de leur siècle, et qui ont écrit de ce mystère. Leur sainteté nous doit assurer dé la sincérité de leur parole , elle temps auquel ils ont écrit nous doit empêcher de douter de la conformité de leur doctrine avec celle des apôtres.

VI. — Outre le témoignage de ces premiers, l'Eglise romaine reconnaît que le consentement de tous les siècles postérieurs nous doit encore empêcher de douter de la vérité, et les plus éclairés d'entre les prétendus réformés ne. rejettent point cette preuve, et avouent que Dieu ne souffre pas que tout le corps des fidèles tombe dans l'erreur , autrement il ne serait pas avec son Eglise jusqu'à la consommation des siècles, comme il l'a promis.

VIL — Si la prévention des uns ou des autres est encore si grande après cet examen, que l'on ne puisse tomber d'accord et que l'on ne convienne pas du sens des paroles de ces premiers témoins, ni de la doctrine universelle des siècles suivants, on ne saurait raisonnablement désavouer qu'il ne faille avoir recours à l'Eglise, à laquelle Dieu a donné l'infaillibilité, non pas pour faire de nouveaux articles de foi, mais pour discerner les vérités anciennes qui ont élé révélées aux apôtres ; et si on ne s'arrête au moins à ce dernier moyen , il faut avouer qu'il n'y a point de religion assurée, et qu'il faut laisser la liberté à tout le monde (Ephès. IV), d'<?tre flottant à tout vent de doctrine.

VIII. — Toute la gradation des articles précédents est selon la règle de l'Evangile.

Les romains et les protestants s'accusent réciproquement d'erreur. Ils ne sauraient pécher plus grièvement les uns contre les autres, ni se scandaliser davantage; et comme chacun croit avoir raison, chacun aussi doit, par celte charité qui oblige à la correction fraternelle, employer tous les moyens que Jésus-Christ nous a donnés.

Le premier est de reprendre ceux que l'on croit être en faute d'une repréhension douce et particulière. Si peccaverit in te fraler (uns, rade et corripe eum inter te et ipsum solum (Mat th., XVIII); et c'est ce que l'on fait quand on veut montrer la vérité par l'Ecriture, qui est commune aux prétendus réformés et aux romains.

Si ce premier moyen ne suffit pas pour convaincre l'opiniâtreté de ceux qui ont failli, Jésus-Christ veut que l'on appelle drs témoins. Si autem te non audierit, aahibe tecum adhuc unum vel duos ( ll>id.), et c'est ce que l'on veut faire en produisant les saints pères de l'Eglise.

Qu > si leur dureté est si grande qu'ils ne

su

ie rendent pas encore, le dernier moy< n

iV / ecowê à V Eglise. Quodsi non audierit

ie Eeeleeiœ [Matth. X\ m C esl aussi

ce qui <'sl proposé J;ms l'article précédent.

Et enfin, si l'on ne soumet pas l'esprit de < <mix qui érrenl à l'autorité de l'Eglise . il les faut considérer comme des infi an/rut Eeclesiam non audierit sil, tibi sicut ethnieus et publica us (Ibid.).

I\. puis donc , comme il a été remarqué, que tes romains et les protestants «e sauraient mieux se reprendre les uns et b s autres, et d'une repréhension plus douée et plus particulière que par l'Kcriture sainte, qui est. une régie qui leur est commune, corrige eum inter te et ipsum solum, voyons si ceux de la communion romaine ont raison de repousser par l'Ecriture le scandale qu'ils croient que l'Eglise reçoit des protestants, ou si les protestants peuvent convaincre par la même Ecriture ceux de l'Eglise romaine d'être dans l'erreur et d'entendre mal les paroles de Jésus-Christ sur le mystère dont il s'agit ici.

X. —Des quatre évangélistes trois ont écrit l'histoire de l'institution de la cène eucharistique, et ils nous assurent tous trois (■ne Jésus-Christ dit à ses apôtres, eu leur donnant la communion : Prent s, ceci est mon (orps : Àccipite hoc est corpus meum ( Mallh. XXVI, Marc. XIV, Luc. XXII). Saint Paul dit (juil a appris du Seigneur ce qu'il nous a laissé par écrit, c'est-à-dire, quelanuit que Jésus- Christ fut livre, il prit du pain et roulant (jrâces à Dieu, le rompit , le donna à ses disciples, et leur dit : Prenez et mangez, ceci est mon corps. Ego enim accepi a Domino quod et tradidi vobis, quoniam Dominas Jésus in qua nocte tradebatur accepit panem, et gratias agens fregit et di.iit : Accipite, et manducate : JÏ oc est corpus meum (I Cor. XI).

Cette manière de parler marque, par la signification naturelle des termes, la présence réelle de Jésus-Christ dans l'eucharistie.

Les catholiques croient devoir convaincre les hérétiques, par l'évidence de ces termes de l'Evangile et de saint Paul; que c'est une erreur manifeste contre la parole de Dieu que de nier la présence réelle du corps de Jésus-Christ dans le sacrement de la cène.

Les prétendus reformés n'ont aucun passage qui marque naturellement, et formellement l'absence réelle: il est donc juste, nar la règle du second article, qu'ils adhèrent à la créance de la communion romaine.

XI. — Lesprotestans opposentqu'il n'est pas raisonnable de prendre toutes les façons de parler de l'Ecriture a la lettre (11 Cor.XUI) : qu'autrement il faudrait dire queJésUS-Cbnst serait réellement une porte Jean, X I, qu'il serait réellement une pierre [ICor.X,* .qu'il serait réellement une Vigne (Jean. W . el plusieurs autres choses qui lui sont attribuées métaphoriquement dans l'Ecrit ure sa iule.. Niai s il esi aisé de répondre à cette objection. Il est vrai qui! ne faut pas toujours entendre les manières de parler de l'Ecriture sainte. selon le sens littéral et naturel des termes pris en eux-mêmes et séparés du corps de

DEMONSTRATION ÉVANGÉL1QUE.

l'Ecriture; mais il ne s'ensuit pas aussi qu'il faille toujours prendre ses termes comme s'ils étaient figurés. Dieu a parle aux homn dans l'Ecriture . et leur a parle comme étant raisonnables, de sorte qu'il a voulu qu ils se servissent de leur raison pour discerner les lieux ou il leur a parle en figures , d'avec ceux où il leur a parlé simplement.

Les ligures sont Fréquentes dans l'Ancien

Testament, et elles n'\ 80 lit pas seulement dans

les termes et dans les mois, mais encore dans les ( hoses signifl ies par les mets : i est pourquoi saint Paul dit que tout était donne en ligure aux Juifs ( 1 Car. X).

Dans le Nouveau Testament, Jésus-Christ et ses apôtres ont parlé quelquefois en paraboles et en figures, mais bien moins souvent que dans l'Ancien.

El voici, ce me semble, la règle qu'on doit tenir pour faire le discernement des façons de parler figurées d'avec les simples.

Pour l'Ancien Testament . les figures étant accomplies par les ré ilitésdu Nouveau, il n'est pas fort née* ssaire d'en parler.

Quant au Nouveau, il est constant que, lorsque nous trouvons une façon dé parler figurée, la figure nous est marquée par quelque terme qui la découvre à tout esprit raisonnable: par exemple, Jésus-Christ dit qu'il est la porte; le texte de l'Evangile marque formellement qu'il parle en parabole. {Jean X, Jésus leur dit, dit le texte sacré , ce proverbe ou cette parabole. Quand saint Paul dit que J»sus-Chrisi était la pierre de laquelle découlait l'eau dont les Israélites étaUcbèrent leur soif dans le désert, il est clair que ce n'est qu'en figure* qu'il le dit. Car Jcsus- Cbrist ne pouvait être réellement cette pierre, puisque le fils de Dieu n'était pas encore incarné au temps de cette pierre. .Mais cette pierre signifiait Jésus-Christ, duquel la grâce derait découler comme l'eau découlait de celte pierre ; aussi l'Apôtre parle-t-il tout -spirituellement , ils buvaient, dit-il, de l'eau de la pierre spirituelle , et Jésus-Chriil étant cette pierre , etc . 11 marque enfin que tout cela n'était qu'un, figure. Or tout cela, ajoule-l-ii. (1 Cor. 10 ) a été fait en figur, . De même lorsque le Eils de Dieu dit , qu'il est la vigie et que nous sommes les branches . ses paroles sont si clairement figurées, qu'il n'\ a pas de moyen de les lire sans en comprendre la figure (Jean, XV' il dit qu'il est la vigne, etqu, son père est le vigneron. Qui ne voit que le l'ère Eternel qui n'est point incarné, ne peut être pris pour un homme cultivant une vigne , sinon en ligure î II dit que nous sommes les branches, il parait que cela est ligure, et la ligure est encore mieux expliquée en ce qu'il ajoute, que celui qui ne demeurera pas attache à lui , sera rejette comme une branche rétranchée de la vigne . et mis dans le feu , comme le sarment qui ne sert qu'à brûler , quand il est coupé . ce qui marque bien net- I nient qu'il ne parlait qu'en figure et par comparaison, II en est de même des autres manières de parler figurées dans l'Evangile. Mais dans l'institution de l'eucharistie, tant s'en faut que. Jesus-tihrijt ait marqué par

MEMOIRES TOUCHANT LA RELIGION

El i

aucun terme qu'il parlait en figure , qu'au contraire tout marque que ses termes sont simples et naturels.

Il ne se contente pas de dire : Hoc est corpus mewn, quodpro vobis datur (Luc, XXII) quod pro vobis tradelur (I Corinth. 11) ceci est mon corps, il ajoute, qui sera livré pour vous ; ou qui est rompu ou déchiré pour vous ; ou qui est donné pour vous, et il ne dit pas seulement, Hic est sanguis meus qui pro multis effundetur qui pro vobis fundetur ( Matth. XXVI ; Marc, XIV ; Luc. XXII) ceci est mon sang, ou voici mon sang ; mais il dit de plus, <jri« sera répandu; ou qui est répandu pour vous ou pour plusieurs : or c'est son vrai corps qui a été livré , et son vrai sang qui a été répandu pour nous. Il n'y a donc point de raison de prendre ses paroles autrement, que dans leur sens naturel ; et il n'est pas plus juste d'entendre figurément ces paroles , ceci est mon corps, que ces autres, celui-ci est mon fils bien aimé, qui sont celles qui furent entendues lorsque saint Jean baptisa Noire-Seigneur. Un nestorien dirait qu'il est aussi raisonnable d'entendre ce terme de filiation d'une filiation adoptive, qu'un protestant dit , que ce mot de corps doit être entendu de la figure du corps de Jésus-Christ. Et si nous appliquons notre règle qui estque l'Ecriture doit être entendue dans le sens naturel lorsqu'il n'y a rien dans le texte qui nous marque que les termes sont figurés , il est aussi juste d'entendre la présence réelle du corps de Jésus-Christ, par ces paroles , ceci est mon corps , que la filiation naturelle par celles-ci , voici mon fils bien aimé.

C'est une exception peu raisonnable que d'alléguer les répugnances , les disconvenances ou l'impossibilité de ce mystère (M. Claude, en la réponse au 2e Traité de la perpétuité de la Foi, ch. III). Et je ne puis assez m'étonner qu'un savant ministre, pour appuyer son erreur , ait osé dire que la première autorité qui se déclare contre la créance

de Rome, est celle des sens qui déposent

tous unanimement contre la transsubstantiation et contre la présence réelle : et qu'il prétende prouver l'impossibilité de ce mystère, parce que, dit-il, toute la nature aboutit aux sens, et que les actions , les passions, les désirs, les mouvements de tous les animaux en dépendent; parce que encore, ajoule-t-il , les lumières les plus communes et les plus naturelles de la raison rejettent les dogmes de la présence réelle et de la transsubstantiation, tant à cause de leurs conséquences que pour la contradiction qu'ils enveloppent, et surtout parce qu'ils sont d'euxmêmes inconcevables Car nous ne pouvons,

dit-il, concevoir lareproduelion d'un corps déjà existant depuis plusieurs siècles, sans une destruction préalable. Nous ne pouvons concevoir corps existant en même temps en plusieurs Unix sans que ni sa forme, ni sa matière, ni sa substance soit multipliée. Nous ne pouvons concevoir qu'un corps , demeurant le même, subsiste en même temps à la manière d'un corps et à la mavière d'un esprit .

En vérité, il est surprenant qu'un homme qui a youlu nourrir son esprit du pain de la

parole de Dieu, qui veut se renfermer entièrement dans l'Ecriture sainte, qui n'est qu'esprit et vie, entreprenne de réformer la doctrine de l'Eglise romaine, par l'usage et par l'autorité des sens et de la raison corrompue.

Lui et tous ceux de son parti se devraient souvenir que la foi n'a point de commerce avec les sens, qu'elle n'en appelle aucun à son secours, si ce n'est, selon S. Paul, celui

de l'ouïe (Fides ex auditu. Rom., X), qui ne lui sert que pour confondre les autres; que la foi, selon le même Apôtre, est un argument ou une démonstration des choses qui ne paraissent point (Argumentum non apparentium)- Que notre raison n'a guère plus de part à là foi que les sens , que l'Apôtre nous apprend a la soumettre à l'obéissance de la parole de Dieu (In captivitatem redigenles omnem intellectum in obsequium Christi); que la foi est à proprement parler, la croix de l'esprit humain qui, ayant voulu s'élever jusqu'à la sublimité et a la clarté des connaissances de Dieu, a dû être humilié en recevant l'ordre de croire des choses qu'il ne peut concevoir. Ainsi, tant s'en faut que l'obscurité du mystère de l'eucharistie doive causer du trouble dans notre esprit, q u'elle doit au contraire, affermir notre foi, pourvu que la parole de Dieu nous assure de la vérité de ce que nous croyons.

C'est un orgueil insupportable de ne pas croire une chose que Dieu a révélée, parce que notre misérable raison ne le conçoit pas. Concevons-nous les mystères de la trinité et de l'incarnation? concevons-nous la justice des punitions du péché originel, la profondeur des conseils de Dieu touchant la prédestination et l'économie de la grâce; et enfin ne pouvons-nous pas dire qu'hors l'existence de Dieu , dont nous avons des lumières anticipées qui nous sont données avec l'être, presque tous les autres objets de la foi nous sont inconcevables? De sorte que si la résistance des sens, ou de la raison humaine non soumise à l'autorité delà parole de Dieu , était une raison légitime d'incrédulité, il faudrait renoncer à tous nos mystères, et toute la terre se trouverait en un instant socinienne, ou déiste (h'a est enim materia sapientiœ secularis quœ est temeraria interpres divinœ naturœ et dispositionis , ipsœ denique hœreses a philosophia subomantur. TertiUl. I. 1, de Prœscrip. k, c. 7). L'erreur dans la religion est le partage de la sagesse humaine. Cette sagesse dit Terlùllicn, est une interprète téméraire de la Divinité et de ses ordres ; et enfin les hérésies sont les malheureuses productions de la philosophie humaine.

Si ce ministre qui s'est défendu avec de si faibles armes, avait mieux consulté Calvin qu'il n'a fait, il aurait pris un autre tour. Calvin ne pont souffrir qu'on l'accuse de feindre celte impossibilité du mystère , et de faire ce tort à la toute-puissance de Dieu. Mais il est vrai qu'en voulant montrer qu'il donne autant que nous, à l'opération toute

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miraculeuse de Dieu dans ce sacrement, il l'explique d'une, manière beaucoup moins intelligible que la nôlrc. Car il veut que par une irradiation (c'est son propre terme) la véritable substance du corps de Christ soit réellement communiquée (Calvin. I. IV. Inst. r. 17, § 12) et unie à la substance de notre âme dans la réception fidèle de l'Eucharistie : et qu'encore que Jésus-Christ soit dans le ciel, sans acquérir en terre une nouvelle présence réelle dans ce mystère, il ne laisse pas de nous communiquer substantiellement sa chair et son i.nij; qui est une façon d'expliquer la vérité de ces paroles, ceci est mon corps, bien moins naturelle que la nôtre {Ibid., § 24).

Et cette gène que cet auteur de la prétendue réformalion de notre Eglise se donne, pour prévenir le reproche qu'il craignait qu'on no lui fit de vouloir mettre des bornes à la toute-puissance de Dieu, fait bien voir qu'il vaut beaucoup mieux (en soumettant et nos sens et notre raison à l'autorité de la révélation divine ) entendre les paroles de Jésus-Christ dans le sens le plus naturel et le plus simple qu'elles nous présentent. Car il n'y a personne qui n'avoue qu'il est plus difficile de comprendre qu'un corps, dans celte distance qui est entre le ciel et la terre, soit substantiellement uni à notre âme, que de se persuader que ce corps acquière une nouvelle présence et soit en plusieurs lieux, pour vérifier le sens naturel de ces paroles : Ceci est mon corps.

11 ne faut donc point être en peine de justifier la possibilité du mystère, et il faut seulement chercher quel est le sens le plus naturel des termes de l'Evangile. On ne croit pas qu'il y ait personne tant soit peu équitable et dégagée de toute prévention ou de toute passion de parti, qui n'avoue que l'explication de l'Eglise romaine ne soit la plus propre et celle qui fait moins de peine à l'esprit, à prendre les paroles dans leur sens ordinaire.

XII. — L'on oppose encore, que par tout ou l'Ecriture sainte parle de l'Eucharistie, elle l'appelle pain, tant devant qu'après son institution [Jean, VI). Lorsque "Jésus-Christ en parle à Capharnaiim, il l'appelle pain ; lorsque les autres évangélistes en parlent, et saint Paul même, ils disent que le Fils d« Dieu prit du pain, le bénit et le rompit en disant : Prenez et mangez, ceci est mon corps. Les disciples qui allèrent en Emmaiis connurent Jésus-Christ, dans la rupture du pain Et cognoverunt euffl in fractione panis. {Luc, XXIV).

Dans les autres endroits , l'Eucharistie est toujours appelée pain ; les apôtres, dit saint Luc dans les actes, persévéraient dons la communication de la fraction du pain : Et in communicatione fractionis panis (Act., II). Le pain, dit saint Paul, que nous rompons, n'est-ce pas la participation da corps de Jésus-Christ : Panis quem frangimus nonne participatio corporis Domini est (I Cor., X) ? Or si l'Eucharistie est pain, elle ne peut être réellement le corps de Jésus-Christ : car

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