‹ Démonstrations évangéliquesChapitre 113 sur 305 · I Y ANGÉLIQUE. S · texte numérisé non relu

I Y ANGÉLIQUE. S

une substance n'est pas une autre substance. Les prétendus réformés concluent p .r cette raison que Jésus— Christ n'est pas réellement présent dans l'eucharistie.

Avant que de répondre précisément à leur objection , il serait bon qu'ils expliquassent comment on peut entendre celle i/ radiation substantielle [AU. Ilj , et cette union r< elle du corps de Jésus-Christ à notre âme, que Calvin tâche de persuader par ces paroles, ceci est mon corps (I Cor. X ). Car si elles ne sontque figurées, el si elles ne peuvent signifier la présence réelle dans le sacrement, pari r, que ce n'est que du pain* y a-t-il raison de croire que sol: interprétation soit plus naturslle el plus convenable aux paroles de l'Evangile, et de salut Paul, que celle de l'Eglise romaine? N'est-il pas plus naturel de dire que ces paroles, ceci est mon corps, signifient tout simplement la présence réelle du corps de Jésus-Christ qu'on entend fort bien, que cette irradiation qu'on ne saurait entendre ? Mais pour répondre précisément, on dit qu'encore que l'Eucharistie soit appelée pain, elle ne laisse pas d'être le corps de Jesus- Christ.

Elle est appelée pain, parce qu'avant la consécration, c'est du pain : et comme la \ erge d'Aaron est appelée verge après être changée en serpent, l Eucharistie est appelée pain, même après la transsubstantiation et après le changement de la substance du pain au corps de Christ, parce qu'elle en conserve encore l'apparence et l'espèce. Elle est encore appelé pain , parce qu'elle nous est donnée comme une viande, et que ce mot de pain est un mol général dans l'Ecriture . qui signifie tout ce qui sert à la nourriture, et dans ce sens , la manne csl appelée pain [Exod. IV et VII) , comme il sera expliqué plus au long ci-après.

Luther et ses sectateurs n'ont pas osé démentir la vérité éternelle en niant la présence réelle, après ces paroles si précises, ceci est mon corps, et ils avouent qu'elles signifient positivement et précisément que le corps de Jésus-Christ est effectivement dans l'Eucharistie ; et comme ils avouent que le corps de Christ est présent dans le sacrement à cause du sens naturel de ces paroles, ceci est mon corps, ils laissent aussi la liberté de croire que le pain y est. à cause de tous les endroits dont il est parlé ci-desSUS, où l'eucharistie c>t appelée pain : mais cette impanation les embarrasse dans des difficultés insurmontables, et ces difficultés ne leur sont pas opposées seulement par les catholiques, mais aussi par Calvin et ses sectateurs ; et voici rembarras.

Si ces paroles, ceci est mon corps, signifient que ce que Jésus-Christ a donné à ses apôtres est substantiellement son COrpS, ce terme ceci marquant une substance singulière et individuelle, il faut nécessairement conclure que. si le pain demeure avec la substance du corps de Jésus-Christ , la substance du pain est tout ensemble individuellement la substance de la chair du Fils de Dieu . ce qui est non seulement absurde, mais impossible ;

MÉMOIRES TOUCHANT LA RELIGION

puisque, comme il a été dit, il ne se peu! faire qu'une substance soit une autre substance , ce qui est pain, est seulement pain, et ne saurait être que pain dans le temps qu'il est pain : ou bien il faut dire que la substance du pain est unie à la substance du Fils de Dieu , comme l'humanité de Jésus-Christ est hyposlatiquement unie à la personne du Verbe divin, et que, comme par la communication des idiomes , les actions de Jésus- Christ Homme-Dieu sont communes à l'une et à l'autre de ses deux natures , et qu'on pourrait dire en le montrant : Voilà le Fils de Dieu, comme saint Pierre le confessa, et en même temps: Voilà le Fils de l'Homme , comme il avait accoutumé lui-même de s'appeler, lorsqu'il était en ce monde conversant avec les hommes, de même en montrant l'eucharistie, on pourrait dire: Ceci est le corps de Jésus-Christ , et ceci est du pain : et à raison de l'union substantielle, tout ce qu'on assurerait de l'une se pourrait assurer de l'autre. Mais comme ce mystère expliqué de la sorte est imaginaire, et que celte union n'a nul fondement, on ne saurait la défendre sans erreur. Cependant les luthériens tombent dans la nécessité d'un paralogisme extravagant, en soutenant leur impanalion , s'ils n'admettent cette union substantielle de l'une et de l'autre substance, c'est A savoir du corps de Jésus-Christ et du pain.

Calvin est tombé dans l'autre extrémité; car comme il reconnaît en plusieurs endroits de ses œuvres que ce pronom démonstratif, ceci, est un terme singulier , il avoue aussi que ce serait une très-grande absurdité de dire que ce terme peut marquer en même temps deux substances différentes ; c'est pourquoi il a mieux aimé nier la présence du corps et du sang de Jésus-Christ, que de soumettre son esprit a la créance de la transsubstantiation, laquelle il avoue qu'il faut croire par une conséquence nécessaire, si l'on soutient le dogme de la présence réelle comme Luther le soutient.

Mais pour raisonner avec justesse et pour prendre de chacune des deux opinions ce qui est bon, et en rejeter l'erreur, nous pouvons et nous devons dire que Luther a eu raison d'avouer que ces paroles de Notre- Seigneur, ceci est mon corps, signifient naturellement la présence réelle , et qu'on ne la saurait nier, à moins que de renoncer à la soumission qu'on doit à la parole de Dieu ; nous devons dire aussi que Calvin a raison , quand il soutient qu'il n'y a rien de plus absurde que de dire que ce que Jésus-Christ assure elfe son corps est tout ensemble du pain ; et du raisonnement de l'un et de l'autre de ces deux chefs de deux différentes sectes opposées à l'Eglise romaine, nous en pouvons facilement composer le dogme catholique.

Ces paroles, ceci est mon corps, signifient, dit Luther, la présence réelle. C'est en effet leur sens naturel. Calvin dit que ce pronom démonstratif et singulier, ceci, ne peut marquer tout à la fois deux substances , et cela est aussi très-raisonnable; il s'ensuit donc, selon ce qui est déraisonnable dans le senti-

J>KMO\sI. EvANG. 111

ment de Luther quel'on doit avouer la présence réelle du corps de Jésus-Christ, et selon ce qui est juste dans l'opinion de Calvin, qu'on doit reconnaître l'absence réelle de la substance du pain ; et ainsi on conclut le dogme catholique, qui est que par la force des paroles sacramentelles, il se fait un changement de la substance du pain en la substance du corps et du sang du Fils de Dieu, que l'Eglise appelle transsubstantiation.

On poussera peut-être encore l'objection plus loin, et l'on dira qu'il n'y a pas plus de raison de soutenir que ces paroles, ceci est mon corps, doivent être entendues dans leur sens littéral et naturel que celles-ci : Le pain que nous rompons, n'est-ce pas la communication au corps de Jésus-Christ ; car si la signification naturelle de ce mot, corps, nous doit porter A croire la présence réelle de la substance du corps de Jésus-Christ, la signification naturelle de ce i mot pain, nous doit porter à croire la présence réelle de la substance du pain , et même , comme nous devons toujours porter notre créance à ce qui est le plus conforme à la raison et à la nature , dans l'interprétation des paroles de Dieu, il semble qu'il soit plus raisonnable de croire que ce qui est appelé pain, et ce qui demeure pain, selon nos sens, soit effectivement du pain, que de croire que le corps de Jésus-Christ, qui ne s'y voit point, y soit effectivement et réellement présent; et parce que la présence réelle de la substance du pain est incompatible avec la présence réelle du corps de Jésus-Christ, il paraît juste de renverser le raisonnement qui a été fait cidessus , et «le dire : Les termes de l'Ecriture marquent que l'eucharistie est du pain, et leur sens naturel porte à entendre du pain, donc nous devons croire la présence réelle du pain dans l'eucharistie. Or la présence réelle du pain ne peut s'accommoder avec la vérité de ces paroles, ceci est mon corps, si on les entend dans leur sens naturel; donc il les faut entendre dans un sens métaphorique et figuré.

Ce retour d'objection paraît spécieux, mais il est facile d'y répondre, selon les principes mêmes des adversaires de l'Eglise romaine. Pour les luthériens, il n'y a point de difficulté; car ils avouent que ces paroles, ceci est mon corps, marquent formellement Ii présence réelle, elque .ce sens leur est naturel. Quant aux calvinistes, puisque Calvin soutient qu'en vertu de ces mêmes paroles, non seulement Jésus - Christ est reçu eu figure, mais qu'il est substantiellement uni et réellement et physiquement communiqué à l'âme du fidèle qui communie, il faut que ses sectateurs abandonnent son parti ou qu'ils confessent qu'il y a quelque réalité de présence. Or il n'y a point de doute que si ces termes doivent marquer quelque réalité de présence, il est bien plus raisonnable qu'elles marquent la présence réelle, qui est la plus aisée A expliquer , puisqu'il est juste, d'expliquer toujours les paroles de Dieu le plus naturellement qu'il se peut, quand elles ire sont accompagnées de nulle autre qui

{Dix-sept.)

Page 1