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M.MoNsiimioN
nous porte â un sons plus éloigné, comme on ne saurait dire, qu'il y en ail aucune dans cet endroit de L'Evangile.
Et s'il est vrai, selon l'interprétation de Calvin, qu'en vertu de ces paroles, ceci est mon corps, le corps de Jésus-Christ est réellement uni à L'âme du fidèle qui communie, ce terme est ne doit pas être seulement entendu, comme s'il y avait signifie, ou bien est lu figure, mais on le doit entendre, selon le même Calvin d'un être réel, physique et substantiel du corps du Fils de Dieu ; or si cela est, le pronom démonstratif, ceci, doit être rapporté â la substance du corps de Jésus-Christ, et ne peut être par conséquent rapporté à la substance du pain : car marquant une substance individuelle , il n'en saurait marquer deux tout à la fois, selon le principe même de Calvin. Il faut donc que les calvinistes, qui soutiennent que les paroles de Jésus-Christ signifient la présence du pain, ne soient plus calvinistes, mais qu'ils se rangent au parti des zuingliens, qui enseignent que ceux qui communient ne reçoivent pas substantiellement le corps de Jésus- Christ, mais seulement par foi, et qu'ils abandonnent l'irradiation et l'union réelle , physique , substantielle de Calvin ; ou qu'ils confessent que le pronom, ceci, ne marquant point la substance du pain, mais seulement celle du corps de Jésus-Christ, le corps du Fils de Dieu est réellement présent, et le pain est réellement absent de l'eucharistie. Mais encore que celle réponse soit solide et appuyée sur les principes mêmes des adversaires , et qu'elle lf s force jusque dans leurs retranchements, néanmoins elleestpeulêtre difficile à comprendre , parce qu'elle suppose la doctrine de Calvin, qui est presque imperceptible et lout alambiquée, si l'on ose se servir de ce terme ; et même que Zuingle l'ayant abandonnée , tout le parti l'abandonne aussi. C'est pourquoi , pour satisfaire plus intelligiblement à celte dernière instance , l'on peut dire qu'à la vérité , si les termes par lesquels il semble que l'Eucharistie est appelée pain étaient aussi précis et aussi affirmatifs que ceux par lesquels elle est appelée le corps du Fils de Dieu, il y aurait raison de croire la présence réelle de pain , à l'exclusion de celle du corps de Jésus-Christ, puisque, selon le principe qui esl commun à l'Eglise romaine et aux novateurs , l'une est incompatible avec l'autre. Mais parce que la proposition qui marque la présence du corps est formelle, positive , précise, affirmative, et que toutes celles qui semblent marquer la présence du pain ne sont qu'indirectes ou manifestement figurées, il esl Irès-injuste de prétendre que la présence réelle du pain ilans l'Eucharistie doive être l'objet de notre foi , préférablemenl à la présence réelle du corps de Jésus- Christ ; car encore qu'à parler et à juger . selon nos sens extérieurs, nous ayons plus de penic à soutenir la présence Au pain, que celle du corps de Jésus-Christ , ce n'est pas néanmoins une raison pour la foi , dans laquelle nous ne devons considérer que la pa-
ÉVANGÉUQi I. 5Î0
rôle de Dieu , pour captiver nos esprits à son obe'issance. La foi , dit saint Paul , est une démonstration det choses qui ne nous paraissent pas. Est uutem flà\ ■■• tperandarum substantia rerum. argumentum non apparentiwh(Hébr.
X). C'est une démonstration , parce que nous devons être assurés qu'il les a dites : et supposé que Dieu ait parlé, nous ne pouvons être plus convaincus d'aucune en que de la vérité de ce qu'il a pronom I ■ : car rien n'est si assuré que la vérité de la parole de Dieu, et toutes les démonstrations physiques ou mathématiques nous convainquent infiniment moins ; de sorte qu'encore que la présence du pain soit plus apparente a dos sens que la présence du corps deJésus-Chcist dans l'eucharistie, il n'en faut pas tirer la certitude de la vérité de ce sacrement. Mais pour préférer l'une de ces deux présences à l'autre, il faut seulement examiner laquelle des deux est le plus expressément et le plus affirmativement énoncée par la parole de Dieu.
Or, comme il a été déjà dit , tout ce qui marque la présence du corps du Fils île Dieu est affirmalif , et ce qui semble insinuer la présence du pain et dit seulement indirectement ou figurativement ; il faut donc préférer la foi de la présence réelle du corps de Jésus-Christ à la foi de la présence réelle du pain.
Nous disons que ce qui marque la présence du corps de Jésus-Christ est affirmalif: cary eut-il jamais aucune proposition plus affirmative que celle-ci : Ceci est mon corps.' et pour la fortifier, Jésus-Christ ajoute , qui sera livré pour vous , ouc/i/i est donné pour tous , ou qui est rompu pour vous.
Nous disons aussi que ce qui semble marquer la prétendue présence du pain n < »l qu'indirect ou figuratif, et nullement affirmalif. Il n'y a qu'à lire tous les endroits de l'Ecriture où il est parle de pain par rapport à l'Eucharistie. Les trois évangélistes qui ont écrit l'histoire de l'institution de l'eucharistie, ne disent autre chose , sinon que Jésus-Christ prit du pain , le bénit . le rompit et dit à ses apôtres : Prenez , tnangex , ce< î st mon corps. 11 n'y a rien en cela qui signifie la présence réelle du pain dans l'eucharistie : au contraire les paroles signifient la présence réelle du corps de Jésus-Christ. Car encore qu'il soit dit que Jésus-Christ prit du pain , il ne s'ensuit pas que l'Eucharistie demeure pain après la consécration. L'Evangile ne pouvait expliquer autrement l'action du Fils de Dieu. Il est pain quand il le prend avant la consécration , et après la consécration il esl fait le corps de Jésus-Cbrisl par la vertu des paroles. Cependant celait en cet endroit où il était nécessaire de marquer affirmativement la présence do pain , pou- en> f lécher de croire la présence du corps siguiiee par le sens naturel de ces paroles . est mon corps , si le Fils de Dieu n'eût eu intention de nous expliquer le mystère, comme l'Eglise romaine l'enseigne et le croit.
Saint Paul parle de la même manière, et
MEMOIRES TOUCHANT U RELIGION
dit que Jésus-Christ prit du pain , et rendant grâces à Dieu , le rompit , et dit : Prenez et mangez , ceci est mon corps qui sera livré pour vous, ou selon le texte grec, qui est rompu pour vous, Accepit panem , et gratias agens, fregit et dixit : Accipile et manducate, hoc est corpus meum quod pro vobis tradetur (I Cor. 11). Rien ne peulêtre plus affirmatif pour la présence réelle du corps de Jésus-Christ, et moins affirmatif pour la présence réelle du pain.
II est vrai que saint Paul dit après: Toutes les fois que vous mangerez ce pain et boirez ce calice , vous annoncerez la mort du Seigneur. Et ensuite : Qui mangera le pain et boira le calice du Seigneur indignement, sera coupable du corps et au sang du Fils de Dieu, Quotiescumque enim manducabitis panem hune , et calicem bibelis , mortem Domini an— nuntiabitis donec veniat. I laque quicumque manaucaverit panem hune , et biberit calicem Domini indigne, reus crit corporis, et sanguinis Domini (ïbid.).FA de cet endroit et de quelques autres où l'Apôtre appelle l'Eucharistie pain , les ennemis de la présence réelle du corps du Fils de Dieu , infèrent la présence réelle du pain dans ce sacrement. Mais n'estil pas visible que cette conséquence est injuste ; car quelle apparence de comparer cette manière de parler indirecte avec celte proposition formelle, affirmative et positive, ceci est mon corps?
Saint Paul ne dit pas que Jésus-Christ ait prononcé de l'eucharistie dans la consécration ou après la consécration , ceci est du pain, comme il dit qu'il prononça : Ceci est mon corps.
U est vrai que cet apôtre dit bien , par forme d'instruction : Quiconque mangera ce pain , et boira le calice du Seigneur indignement, sera coupable du corps et du sang du Seigneur. Mais on ne saurait raisonnablement rien inférer de celte manière de parler contre la présence réelle du corps et du sang du Fils de Dieu , et contre l'absence réelle de la substance du pain.
Lorsque saint Paul rapporte , après trois évangélistes , que le Fils de Dieu en communiant ses apôtres , leur dit : Prenez , mangez, ceci est mon corps , il fait un discours affirmatif qui nous assure que l'eucharistie est le corps de Jésus-Christ; mais lorsqu'il l'appelle pain, son discours est seulement énoncialif, quiconque mangera ce pain , etc. Lorsqu'il dit que l'Eucharistie est le corps du Fils de Dieu, il explique l'essence et la substance du mystère , et lorsqu'il appelle l'Eucharistie pain, il explique seulement les dispositions avec lesquelles on doit recevoir ce sacrement. Le sens du premier discours est physique , le sens du second est moral. Enfin , lorsque cel apôtre parle du pain que le Fils de Dieu prit avant la consécration j il dit simplement qu'/7 prit dû pain accepit panem, sans marquer qu'il J cul rien de particulier dans ce pain. Mais il ne parle pas de même après la consécration , car il témoigne qu'il considère le pain eucharistique comme vue espèce de pain toute singulière. Toula
les fois que vous mangerez ce pain, le pronom ce marque une sorte de pain extraordinaire; cependant à la vue, à l'odorat, au toucher, au goût , le pain eucharistique semble le même , après la consécration , qu'il était devant ; les paroles sacramentelles n'y ont fait aucun changement extérieur et sensible ; il faut donc que le changement soit invisible. Ce changement invisible est la transsubstantiation du pain au corps de Jésus-Christ qui ne tombe pas sous nos sens ; et si l'Apôtre ne laisse pas d'appeler l'eucharistie pain après la consécration , c'est parce qu'encore que l'on reçoive réellement le corps de Jésus-Christ dans le sacrement , on le reçoit comme du pain , on le reçoit sous les espèces et sous les apparences du pain , on le reçoit par manière d aliment , et que tout aliment dans l'Ecriture est indifféremment appelé pain ; mais il ne l'appelle pas simplement pain , et il ne dit pas seulement, quiconque mangera du pain indignement , il dit : Quiconque mangera ce pain indignement : comme il ne dit pas seulement , quiconque boira indignement, mais quiconque boira indignement le calice du Seigneur. Parce que, après la consécration , la viande qui est entre les mains du prêtre et le breuvage qui est dans la coupe sont autres que ce qu'ils étaient avant la consécration ; c'était un pain commun , après la consécration c'est un pain singulier et surnaturel. Ce vin auparavant était un breuvage ordinaire , après la consécration, c'est un breuvageadorable; c'est pourquoi il est appelé le calice du Seigneur.
Lorsque Dieu voulut faire pleuvoir la manne pour nourrir les enfants d'Israël , il leur fit dire que le lendemain au matin ils se rassasieraient de pain* dont le défaut les avait fait murmurer contre Moïse. Dès te matin vous serez rassasiés de pain [Exode, XVI). 11 appela pain une chose qui n'était pas du pain , mais il lui donna ce nom par analogie et par rapport aux effets du pain , parce que comme le pain sert à la nourriture ordinaire des hommes , il voulait aussi que la manne servît à la nourriture ordinaire des Israélites : de même encore que l'Eucharistie ne soit pas plus réellement du pain que la manne , saint Paul ne laisse pas de lui donner ce nom, tant parce que, selon l'intention de JésusrChrist , elle doit servir à la nourriture de nos âmes , que parce qu'il donne aux espèces et aux apparences extérieures qui demeurent après la consécration , la vertu de produire les mêmes effets que produirait la substance du pain, si elle y était encore ; car l'Eucharistie nourrit et nourrit non-seulement spirituellement, mais même corporcllement , aussi bien que le pain commun et naturel.
Cette comparaison de ce pain de manne et du pain eucharistique est d'autant plus considérable, que la manne était la figure de l'Eucharistie, non seulement selon le sentiment de tous les pères de l'Eglise, mais selon la parole même de Jesus-Chrisl , au chapitre sixième de saint 'eau ; et comme il est certain, selon saint Paul, que touj ce
DEMONSTRATION ËVANGÊLIQUE.
qui arrivait d'extraordinaire aux Israéllti s , leur arrivait en figure des vérités qui «lovaient un jour être accomplies par Jésus- Christ, plus nous découvrons de convenance entre les figures et les vérités, et plus nous connaissons clairement les vérités des mystères.
Pour appliquer cette règle au sujet présent, nous pouvons dire que ce que Dieu lit en faveur des Israélites, lorsqu'il leur donna celte manne , est une des plus claires et des plus intelligibles figures qu'il nous ait données dans 1 Ancien Testament, et que la vérité que saint Paul nous enseigne dans le onzième chapitre de sa première lettre aux Corinthiens , d'où les adversaires prétendent tirer leur objection , se rapporte très-neltement à ce qui est écrit au chapitre XVI de l'Exode.
Moïse dit que le peuple d'Israël ayant murmuré de ce qu'il manquait de nourriture dans le désert, Dieu commanda d'annoncer à ce peuple ingrat et charnel que dès le soir il aurait de la chair en abondance , et qu'il lui donnerait le lendemain au matin du pain pour se rassasier. J'ai oui , dit Dieu à Moïse, le murmure des enfants d'Israël, dis-leur de ma part : Vous manyerez dès ce soir de la chutr, et demain au matin vous serez rassasiés de pain , et vous connaîtrez par là que je suis votre Dieu. Il arriva donc dès le soir u'une grande troupe de cailles couvrit tout e camp, et le matin parut une rosée tout autour, etc., Locutus est Dominus ad Moysen dicens : Audivi murmurât iones fdiorum Israël, loqueread eos.vespere comedetis carnes, et mane saturabimini panibus , scietisque quod ego sum Dominus Deus vester, et ascendens coturnix cooptruit castrum, mane quoque ros jacuit per circuitum castrorum (Exode, XVI).
Dieu promit deux choses à Moïse pour le peuple d'Israël , et lui commanda de lui en porter la parole; l'une qu'il lui donnerait de la chair , l'autre qu'il le rassasierait de pain.
Ce serait un blasphème et une impiété de dire que Dieu fût moins fidèle en l'une qu'en l'autre de ces deux promesses : il les accomplit toutes deux également; cependant il n'y en eut qu'une qui fut accomplie selon la signification ordinaire et vulgaire des termes ; l'autre le fut seulement sous un terme métaphorique.
Dieu donna à manger de la chair aux Israélites en leur donnant des cailles, mais il ne leur donna pas du pain effectif, mais seulement de la manne, sous le nom de pain, parce que la manne, comme il a été dit , devait faire en eux le même effet que le pain a accoutumé de faire en ceux qui en mangent.
Saint Paul dit de même deux choses de l'Eucharistie, dont l'une doit être entendue littéralement, et l'autre (iguralivcmcnt : il dit affirmativement , on rapportant les paroles du Seigneur , que le corps du Fils do Dieu fut donné aux apôtres lorsqu'ils communièrent do sa main , et comme il n'y a rien qui puisse être «fit plus positi-
vement et plus formellement, nous le devons entendre selon la signification naturelle. H parle ensuite de cette même Eucharistie comme d'un pain ; mais parce qu'il ne le dit pas avec affirmation, mais seulement par manière de discours et d'instruction morale, et que d'ailleurs la présente réelle du pain est incompatible avec la présent e réelle du corps de Jésus-Christ, selon le *en* formol do ces paroles :6'ecï est mon corps, comme il a été déjà pleinement expliqué : il no faut entendre ce mot de pain dans l'Eucharistie , que figurativement et métaphoriquement. Et comme les paroles de l'Exode , par lesquelles Dieu promit à son peuple de lui donner de la chair, lurent accomplies littéralement, nous devons de mémo entendre ces paroles : Ceci est mon corps, de la véritable chair de Jésus-Christ; et comme ce qui est dit au même endroit de l'Exode, que Dieu donnerait du pain aux Israélites, ne fut accompli que métaphoriquement en leur donnant la manne , de même les paroles de saint Paul , qui appelle l'Eucharistie pain , ne sont que métaphoriques. Et même pour mieux marquer ce mystère dans la figure , Dieu donna celte chair réelle et physique aux Israélii le soir : Vous mangerez ce soir de la chair , et ce pain métaphorique de la manne le malin , et demain au matin vous serez rassasiés de pain. Pour signifier que dans l'Eucharistie nous devions recevoir la véritable chair de Jésus-Christ ; mais que nous ne la recevrions que dans l'obscurité , et que la seule foi nous assurerait de cette rente; le Fils de Dieu qui est appelé le soleil de justice, ne voulut instituer ce mystère que lorsqu'il fut près de mourir et de s'obscurcir dans le tombeau pour accomplir la figure qui avait été donnée aux Israélites , qui ne mandèrent celte chair que Dieu leur donna que lorsque le soleil se couchait. Mais le pain métaphorique de la manne fut donné le malin , pour marquer que le pain eucharistique qui ne serait pas réellement de pain , non plus que la manne, nous serait donné sous des espèces visibles , et dans la lumière de nos sens : car, nous le vo\ons, nous le touchons, nous le sentons , nous le goûtons , nous le mangeons comme du pain ; cependant ce n'est non plus du pain que la manne, et comme ce serait une extravagance de soutenir que la manne eût été du véritable pain , quoique Dieu même lui ait donné ce nom , après que l'Ecriture nous assure que c'était une rosée qui ressemblait à de la coriande, de mémo il n'y a nulle apparence de dire que l'Eucharistie ■•oit réellement du pain , après que Josus- Christ lui-même nous a assuré que c'était son corps , encore que saint Paul l'appelle pain.
Moïse, en parlant de la manne, après que Dieu l'eut donnée, on parle à peu près dans les mémos termes que S. Paul parle do 1 Eucharistie, après la consécration. Los Israélites témoignant de l'étonnement en voyant la manne , et ne sachant ce que cotait, bfota leur dit: Voilà ce pain que l<- Seigneur mus e donne .pour votre nourriture, et saint Paul
MÉMOIRES TOUCHANT LA RELIGION
après avoir rapporté l'histoire do l'institution de l'Eucharistie, et après avoir dit que Jésus- Christ avait donné son corps en communiant ses apôtres , ajoute, c'est pourquoi quiconque mangera ce pain indignement sera coupable du corps du Seigneur , les pronoms en l'un et en l'autre endroit de l'Exode et de l'Epi— tre de saint Paul, marquent un pain extra^ ordinaire et métaphorique.
Nous pourrions encore ajouter que l'Apôtre dit: Quiconque mangera ce pain. D'où il semhle inférer que tous ceux qui communieraient à l'avenir, mangeraient le même pain individuel, ce pain , ce pronom est démonstratif. Or nous ne pouvons pas manger le même pain qui fut consacré par le Fils de Dieu , si la substance du pain demeura après la consécration , mais si nous l'entendons du corps de Jésus-Christ , nous mangeons la même chose que mangèrent les apôtres , car nous recevons le même corps individuel que les apôtres reçurent.
Il faut avouer de bonne foi que tout ce qui vient d'être dit de celte figure , ne convaincrait pas démonstrativement l'absence réelle du pain , s'il n'y avait autre chose qui nous la persuadât plus clairement. Encore que les figures soient des figures des vérités , nous ne méritons pas toujours que Dieu nous découvre précisément en quoi elles sont véritablement figures , et qu'il nous révèle tout le particulier et le détail du rapport qu'elles ont avec les vérités qu'elles représentent , d ■ sorte qu'il se pourrait faire que le rapport qui a été expliqué de la manne et de l'Eucharistie , et de la manière dont l'Ancien et le Nouveau Testament parleuljde l'une et de l'autre, ne serait peut-être pas assez clair pour nous persuader que comme la manne n'a été qu'un pain métaphorique , l'Eucharistie n'est pas aussi un pain réel, si nous n'en avions pas des preuves d'ailleurs : car il n'y a pas une suite et une conséquence absolument nécessaires de l'une à l'autre, quoique l'une étant la figure et l'autre la réalité, il soit assez raisonnable d'en discourir, comme nous l'avons fait. Mais comme il faut, autant qu'il est possible, soumettre noire esprit à l'obéissance de la parole de Jésus- Christ, quelque éloignée qu'elle soit de nos pensées et même de nos sens, etquec'esten cela que consiste le mérite de la foi et le sacrifice que nous devons faire de noire misérable raison à la souveraine et infaillible lumière de la sagesse élernelle , nous devons croire que Jésus-Christ ne nous a point trompés et qu'il nous a parlé sans équivoque , quand il nous a dit positivement et affermait vemenl : Ceci est mon corps, puisqu'il ne nous a marqué par aucun terme qu'il nous ait parlé en figure; et parce que, selon les principes de la doctrine de l'Eglise romaine, et même selon ceux de la communion calvinienne, la vérité de ces paroles , Ceci est mon corps , prise à la lettre, ne saurait subsister avec le dogme de la présence réelle du puin : l'on soutient très-raisonnablement que lorsque saint Paul appelle L'Eucharistie puin, il ne parle pas d'un puin réel , mais seulement
d'un pain métaphorique , et ce d'autant plus qu'il ne parle pas par affirmation de ce pain, comme Jésus-Christ a parlé par affirmation, en disant que l'Eucharistie qu'il donnait à ses apôtres était son véritable corps : Ceci est mon corps qui sera livré, ou qui est donne' , ou qui est rompu pour vous.
Or comme il est très-raisonnable de tirer des paroles de Jésus-Christ, la conséquence que nous tirons de la présence réelle de son corps dans l'Eucharistie, il est aussi trèsraisonnable d'appliquer la figure au mystère, avec plus de rapport et de justesse qu'il est possible ; de sorte que d'un côté le sens naturel des paroles de l'Evangile et de S. Paul nous persuadant que la substance du pain est absente de l'Eucharistie qui contient réellement le corps et le sang de Jésus-Christ , et de l'autre toutes les parties de la figure de la manne se rapportant très-bien à cette vérité, ce rapport , qui ne suffirait pas tout seul pour convaincre tout esprit, doit être d'un grand poids, étant joint au raisonnementtiré des propres paroles de l'Evangile. Et comme dans la physique, il n'y a point d'esprit raisonnable qui ne se rende à une démonstration qui se tire de la cause, lorsqu'on peut fortifier celte démonstration de quelque effet sensible, de même il faut qu'un chrétien veuille de gaîtédecœur s'opinâtrer contre la vérité, et irenneplaisir à s'aveugler pour ne pas soumettre son esprit à la créanced'un mystère, lorsqu'il voit que la vérité de ce mystère, qui est tirée du sens naturel des paroles de Jésus-Christ, se rapporte parfaitement à la figure que Dieu en a autrefois donnée, et principalement s'il est de la foi que c'est de la propre figure du mystère dont il s'agit, comme on ne saurait désavouer que la manne soit la figure de l'Eucharistie, après ce que Jésus- Christ en a dit lui-même au lieu que nous ! avons marqué ci-dessus. ,
On est assuré que les adversaires de l'Eglise romaine ne sauraient marquer aucun endroit de l'Ecriture, où il soit dit par affirmation que l'Eucharistie est un pain naturel, comme il est dit qu'elle est le corps de Jésus-Christ.
Le Fils de Dieu dit bien , qu'il est le pain de vie, quil est le pain vivant , qu'il est le pain descendu du ciel : Ego sum panis vitœ , Ego sum punis vivus qui de cœlo descendi , ( Jean, VI), mais ces façons de parler, quoiqu'elles soient affirmatives, sont toutes figurées; car il n'y a point de pain naturel qui soit vivant, il n'y a point de pain naturel qui soit descendu du ciel; ces manières de parler sont donc métaphoriques , et elles ne doivent point être entendues dans le sens naturel et selon l'idée simple que leurs termes formeraient s'ils étaient pris en eux-mêmes et séparément. Nous savons bien précisément ce que signifie ce mol de pain et ce que signifie séparément ce mot de vie ; mais joignant l'un à l'autre, ils ne forment plus l'idée d'un pain naturel et d'une vie naturelle , mais d'un pain métaphorique et d'une vie surnaturelle et toute spirituelle.
Celte proposition affirmative, voici un pain,
Dl M0.NSTRAT40M É\ tNGÉLIQUB.
pourrait être naturelle , s il n'j avait rien qui
marquai la ligure , mais parce que L'Evangile ajoute, qui est descendu du ml, et que nous savons que nul pain naturel n'est descendu du ciel, celle addition nous marque la métaphore : au lieu (jue quand Jésus-Christ ajoute a celte proposition affirmative , ces paroles: Ceci est mon corps , </ui doit être livre pour vous, ou qui sera livre pour vous, tant B en faut que celte addition affaiblisse l'affirmation de la proposition , qu'au contraire elle la fortifie , parce qui; Jésus-Christ a donne son corps naturel pour nos péchés , et nous formons naturellement ce jugement, que ce que Jésus-Christ donna à ses apôtres en les communiant était, son corps véritable et naturel qu'il livra volontairement le lendemain à la mort de la croix , pour racheter nos crimes. De sorte qu'encore que nos sens , qui sont extérieurement frappés des espèces du pain et du vin, ne nous portent pas à croire que c'est le corps et le sang de Jésus-Christ, n< uunoins cette vérité supérieure, par laquelle nous sommes assurés que ce que Dieu dit est véritable, quelque opposé qu'il soit à nos sens, nous empêche d'hésiter, et nous oblige de soumettre notre esprit à sa parole. On peut même fortifier ce raisonnement parles propres paroles de saint Paul, dont on a formé l'objection. Cet apôtre dit que quiconque manyera de ce pain indignement , sera coupable du corps et du sang du Seigneur ( 1 Cor. II ). Donc ce que saint Paul appelle pain est le corps de Jésus-Christ : et puisque manger indignement ce pain , et boire indignement de ce calice est la même chose que de pécher contre le corps et contre le sang du Fils de Dieu ; il n'y a rien de plus naturel que dédire, que ce pain eucharistique est le vrai corps de Jésus-Christ, et que ce qui est contenu dans le calice est son vrai sang ; il dit ensuite , que celui qui mange ce pain et boit le calice du Seigneur indignement, mange et boit son jugement. Pourquoi ? parce qu'il ne fait pas le discernement du corps du Seigneur, Quicumque manducat et bibit indigne, judicium sibi manducat et bibit, non dijudicans corpus Domini ( Ibidem ). Que veut dire ne pas faire ce discernement? n'est-ce pas confondre le corps du Seigneur avec les viandes communes et ordinaires. Or le pain est une viande commune et ordinaire : quiconque donc prend l'Eucharistie comme du pain véritable, ne fait pas le discernement du corps du Seigneur. Il est vrai que l'on pourrait dire que ce pain étant élevé à un être sacramentel plus saint que n'est celui du pain ordinaire, il faut aussi le recevoir avec plus de respect, et qu il faut le discerner d'avec le pain vulgaire et profane. Mais si l'Apôtre nous avait voulu simplement signifier ce discernement d'un pain à un autre, il n'aurait pas fait tomber ce terme de discernement sur le corpsdu Seigneur; ne faut-il pas renoncera toute l« bonne foi, pour ne pas entendre ces paroles de saint Paul de la vraie et naturelle présence du corps de Jésus-Christ? el Dieu ne semblerait-il pas nous avoir tendu un piège pour nous faire tomber dans l'er-
n ur, s'il a\ait inspin a ion apôtre d( s termes qui signifient si naturellement le contraire de la vérité du mystère qu'il nous
annonce ?
Le même apôtre dit i ncore en cel endroit, que toutes les fou que nous mangt i ont ce paiu
et que nous boirons ce calice, nous annoncerons la mprtduSeïgnt ui . Q lotietcumqueenim manducabitts pahem hune et cal\ moriem Douant annuntiabilit l Cor. 11 . Ce sacrement donc psi une figure de la mort de Jésus-Christ : or s'il n'est que du pain et du vin , et s'il ne contient pas le corps el le sang véritables du Fils de Dieu . i! est difficile de comprendre quel rapport il peut avoir avec sa passion el sa mort. Mais si nous avouons que, par la force des paroles, le corps est mis réellement sous I espèces du potn , et le sang sous les espèces du vin , comme c'est séparer le corps cl le sang en vertu du sacrement, rien aussi ne peut nous représenter plu-, naturellement la mort de Jésus-Christ, ni nous f ire mieux souvenir de l'épancheinent de son sang sur la croix , quoiqu'en effet , à raison de l'ëtat glorieux de Jësus-ChrisI qui ne peut plus mourir, el par une suite nc< ess lire de sa résurrection, le sang accompagne toujours réellement le corps. L'agneau pascal était là figure de l'Eucharistie , comme les saints pères l'enseignent. Or l'Eucharistie est la figure de 1 i mort du Fils de Dieu : il faut donc que l'Eucharistie représente plus naturellement la passion , qu'elle n'est représentée par l'agneau pascal , qui n'est que l'arrièrefigure. Cependant si le sacrement de la cène ne contient que du pain et du vin , il c-t constant qu'il représente moins la mort de Jésus-Christ que l'agneau pascal qui était une chose vivante el animée, qui était mise à mort, comme Jésus-Christ est mort sur la croix.
Quand même on ne voudrait pas avouer que l'agneau pascal fût la figure de l'Eucharistie , et qu'on voudrait démentir toute l'antiquité , on ne pourrait pas au moins disconvenir qu'il ne fût la ligure de la mort du Fils de Dieu : on ne peut pas aussi désavouer que l'Eucharistie ne nous ait été laissée pour être un mémorial perpétuel de la passion de Jésus-Christ, après ces paroles de l'Apôtre : Toutes les fois ({lie VOUS mangerez cr pain , et boirez ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur. Or les sacrements de la nouvelle loi sont plus parfait- que ceux de l'ancienne. Quelle apparence donc y a-t-il de soutenir que l'Eucharistie, qui esl Un mémorial de ! i mort du Fils de Dieu . ne soi t que du pain f puisque ce serait un mémorial beaucoup plus imparfait que l'agneau pascal de l'ancienne loi, comme on tient de le faire voir.
Saint Paul dit que nous su m mes ta us un menu corps inum corpus nnt'ti suntUS omnrs,
q"ûi de uno pane participanius [ICor., X .parce que nous participons tous à un même pain. Si ces paroles doivent être entendues du pain eucharistique, comme il n'en faut pas douter, elles nous doivent aussi prouver la présence réelle du corps du l'ils de Dieu au lieu de nous prouver la présence réelle du paiu : car si
MÉMOIRES TOUCHANT LA RELIGION
après la consécration l'Eucharistie n'était que du pain, il est constant que nous ne participerions pas tous à un même pain : car le pain qui se mange en un lieu n'est pas le même que celui qui se mange en un autre lieu. Et saint Paul raisonnerait mal en nous voulant persuader l'unité du corps que les chrétiens composent par l'unité du pain auquel ils participent tous. Le pain, par exemple , qui se donne à la cène de Charenton, n'est pas le même pain qui se donne à la cène de Saumur ou de Montauban, non plus que le pain qui se mange à une table commune n'est pas le même pain qui se mange à une autre table commune. 11 y a bien entre le pain de Saumur et celui de Charenton une unité spécifique ; mais si saint Paul n'avait entendu l'unité du pain eucharistique que d'une unité spécifique, il n'en aurait pas tiré un argument pour prouver que ceux qui y participent font plus particulièrement que les autres un même corps. Car ceux qui se nourrissent d'une même sorte de pain commun participent en ce sens à un même pain : et ainsi on pourrait dire par la même raison qu'ils né font qu'un même corps ; mais qui ne voit que celui qui parlerait de la sorte affaiblirait le mystère que cet apôtre a voulu signifier par l'unité du pain eucharistique ? Il faut donc , afin de ne rien ôter de la force et de la justesse de la pensée de saint Paul , entendre l'unité de ce pain mystérieux, de laquelle il conclut l'unité du corps que nous composons , d'une unité plus particulière que n'est l'unité spécifique ; et comme il n'y a point d'unité audessous de l'unité spécifique que l'individuelle, il s'ensuit nécessairement que cepain, par la participation duquel nous faisons tous un même corps, est individuellement le même, c'està-dire que c'est le corps de Jésus-Christ qui est ce pain de vie qui est descendu du ciel, et qui est individuellement un en tous les lieux où il se trouve : de sorte que si saint Paul l'appelle pain, c'est parce que le pain, comme il a été déjà dit, est changé en la substance du corps de Christ, c'est parce que les apparences du pain demeurent toujours après la consécration ; c'est enfin parce que l'Eucharistie nous est proposée par forme de nourriture et d'aliment , et que tout aliment est appelé pain dans l'Ecriture : mais s'il est appelé un, c'esi à cause del'unilédu corps de Jésus-Christ. XIII. — On opposera sans doute encore que saint Jean , dans le sixième chapitre de son Evangile, dit qu'après que Jésus-Christ eut expliqué le mystère qu'il devait instituer de la communion de son corps et de son sang, quelques-uns de ceux à qui il parlait, s'étant scandalisés de ses paroles , et trouvant qu'il était dur de dire qu'il donnerait sa chair à manger et son sang à boire, il leur répondit que In chairne servait de rien, Caro non prodest (piiilquam : verbaquœ ego locutus sumvobis spiritus, et vilà sunt (Jean, VI), et que les paroles quil venait de proférer étaient esprit et vie; d'où quelques-uns veulent tirer celte conséquence: qu'encore que Jésus-Christ ait parlé de manger sa chair et de boire son sang, il ne faut pas entendre ces termes charnelle-
ment et grossièrement , mais spirituellement et en figure. Celte objection n'est pas de tous les ennemis de la présence réelle du corps de Jésus-Christ dans l'Eucharistie. Car il y en a plusieurs d'entre eux qui témoignent être persuadés que Jésus-Christ ne parlait pas de l'Eucharistie à Capharnaùm, et que le sixième chapitre de saint Jean ne regarde point du tout ce mystère; mais puisque les plus éclairés entendent ce chapitre de 1 Eucharistie , comme en effet c'est de ce mystère adorable dont Noire-Seigneur parle en cet endroit , l'on répond qu'il n'est pas juste de détruire des paroles aussi claires que sont celles dont le Fils de Dieu s'est servi pour montrer la présence réelle de son corps et de son sang, lorsqu'il en a institué le mystère , ceci est mon corps, par d'autres qui sont obscures et par lesquelles on prétend prouver que le discours du Fils de Dieu ne doit point être entendu naturellement.
Mais pour ne point répéter ici les raisonnements que nous avons faits sur ces paroles des autres évangélistes et de saint Paul , Ceci est mon corps, et pour nous lenir seulement à celles de ce sixième chapitre de saint Jean, il faut remarquer que Jésus-Christ fait comparaison entre la manne qui était la figure et ce mystère qui est la réalité. Vos pères, ditil, ont mangé la manne dans le désert et sont morts. Voici le pain qui descend du ciel, afin que celui qui en mange ne meure point , Patres vestri manducaverunt manna in deserto , et mortui sunt : hic est panis de cœlo descendons ; ut si quis ex ipso mdnducaverit non moriatur (Jean, VI). Il est assez difficile de comprendre en quoi consisterait celte grande excellence de l'Eucharistie par-dessus la manne, si nous ne mangions que du pain à la cène : la manne au contraire était plus miraculeuse, puisque c'était un présent du ciel tout extraordinaire, au lieu que le pain est un aliment ordinaire et naturel. Le Seigneurporteensuite son discours bien plus avant, en disant qu'il était lui-même le pain vivant qui était descendu du ciel, Ego sum panis vivus qui de cœlo descendi. Si quis manducaverit ex hoc pane vivet in œlernum . et panis quem ego dabo, caro mea est pro mundi vila (Ibidem) , Que celui qui en mangerait vivrait éternellement, et que le pain quil donnerait était sa chair pour la vie du monde. Sur quoi l'on doit remarquer que Jésus-Christ parle toujours affirmativement et formellement, quand il dit que l'Eucharistie est son corps et sa chair, afin de ne laisser aucun doute de la vérité du mystère. Celte explication du Fils de Dieu donna occasion à une grande dispute qui s'éleva enlre les Juifs, pour savoir de quelle manière il leur pouvait donner à manger sa chair ; les Juifs, dit l'Evangile, disputaient entre eux , en disant, comment peut-il nous donner à manger sa chair 7 Lit;gabant ergo Judœi ad invicem dicentes , gn modo potest hic nobis carnemsuam darc ad monducandum (Ibid.). Ce qui marque qu'ils entendirent ses paroles selon leur sens naturel. Cependant le Fils de Dieu ne les reprit point de la grossièreté de. leur intelligence , mais au contraire il les y confirma en leur repli-
quant -.Je vous ms *n vérité que vous n'aurez point la vie en vous-mêmes, si vous ne mangez la chair (lu Fils de l'homme et si vous M ft»M rz ton sang. Celui qui mange ma chair rt Unit mon sang a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour. Car ma chair est une véritable viande, et mon sang est véritablement un breuvage ; celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. 'Amen, amen dico vobis, ni si mandueaveritis earnem filii hominis, et Mberitis ejus sanguinem, non hubebitisvitam in vobis, qui manducal meam earnem et Mbit meum sanguinem , habet vitam icternam, et eqo resuscitubo eum in novissimo die : caro enim mea are est cil/us, it sanguis meus vere est potus , qui mandueat meam earnem et bibit meum sanguinem, in me manet, et ego in eo {Jeun, VI). Sur quoi plusieurs de eeux qui étaient présents continuant d'entendre ces paroles dans leur sens naturel, dirent que ce discours était trop dur pour l'écouler plus longtemps : et le Fils de Dieu connaissant leur murmure , et qu'ils se scandalisaient de ce mystère, au lieu de leur donner une autre intelligence de ces paroles que celle qu'ils avaient, c'est-à-dire de sa véritable chair et de son véritable sang, il les y confirma, mais pour les leur rendre plus croyables, il les reprit et leur dit : Quoi donc! mes paroles vous scandalisent , et si vous vogez remonter ie Fils de l'homme où il était auparavant? Hoc vos scandalizal, si ergo videritis Filium hominis ascendentem ubi erat prius (Ibid.) ? comme s'il leur eût dit, vous ne pouvez pas ajouter foi à ce que je vous dis, et mes paroles vous paraissent incroyables ; mais me croirez-vous si pour vous prouver ma toute-puissance je monte au ciel pour aller prendre possession de ma gloire à la droite de mon Père, du sein duquel je suis descendu pour opérer votre salut ? De sorte que tant s'en faut qu'il improuve le sens qu'ils donnaient à ses paroles qui leur paraissaient dures et incroyables , qu'au contraire tout son discours ne tendait qu'à les reprendre de leur incrédulité et à leur persuader qu'ils y devaient ajouter foi , en leur persuadant sa divinité par son ascension future, et leur faisant comprendre qu'étant Dieu, ils étaient obligés de captiver leur esprit à la créance de ses paroles, quelque incroyables qu'elles parussent à parler naturellement. Et en effet, il conclut son discours en leur marquant qu'il connaissait bien qu'il y en avait d'entre eux qui étaient incrédules. Il est vrai qu'il leur avait dit que c'est l'esprit qui vivifie, que la chair ne sert de rien, et que ses paroles étaient esprit et vie. Mais cela ne r détruit pas le mystère qu'il venait d'exposer si clairement.
Ceux d'entre ses auditeurs qui se scandalisaient, non seulement entendaient ses paroles de s.on véritable corps, mais ils croyaient encore qu'il voulait laisser entendre qu'il donnerait à manger sa chair toute crue et toute sanglante : et comme il ne nous voulait pas présenter un objet qui nous pût donner de l'horreur, et qu'en nous donnant sa chair à manger et son sang à boire.il le voulait l'aire d'une manière agréable et propor-
DEMONSTUATION EVA.NV.F.UQl'E.
sa
tioiinée à ce que la nature pouvait porter, il leur marqua qu'il D6 fallait pai prendre la chose si grossièrement , et que tes paroles étaient esprit et ne : I prit, parce qu 'encore qu'il nous dût donner son < soi p> réollemeal ,
il devait nous le donner d'une minière douce et toute spirituelle ; Ki», parce que ce mj ^lère devait être institué pour la nourriture et la vie de nos âmes : et ainsi tout ce qu'on peut tirer de Ce sixième chapitre de saint Jean ne peut servir qu'à confirmer invinciblement la vérité du dogme de la présence réelle du corni et do sang de Jésus-Christ dan- l'Eucharistie.
Encore que Calvin soutienne que I Eucharistie est réellement du pain , néanmoins comme il dit que les fidèles qui communient reçoivent réellement et véritablement le corps du Christ par une irradiation substantielle, on pourrait lui faire la même objection que ses disciples font aux catholiques. Car si les paroles de Jésus-Christ ne doivent pas être entendues effectivement et véritablement de sa chair et de son sang, il n'est pas vrai que nous communions réellement au corps et au sang de Jesus-Chrisl, et que la cène fasse une union réelle et substantielle de notre âme avec la chair et le sang du Christ. Et si le> paroles de Ce sixième chapitre de saint Jean ne doivent point être entendues littéralement et réellement du corps et du sang du Fils de Dieu, mais seulement en figure, elles sont autant contre l'union substantielle de la chair de Jésus-Christ avec l'âme de celui qui communie, que Calvin lâche de persuader, que contre la présence réelle que l'Eglise romaine nous enseigne , il n'e>t pas plus malaisé aux catholiques de prouver que nonobstant la présence réelle du corps et du sang de Jesu- Christ dans 1 Eucharistie, les paroles du Fils de Dieu sontespritet vie, qu'à Cah in et à ceux qui suivent ses sentiments : et on ne saurait rien opposer avec quelque couleur et quelque apparence de difficulté à l'Eglise romaine , qu'on ne puisse également opposer à la secte de Calvin.
Mais les catholiques ne se défendent pas seulement contre Calvin par cette réponse qui ne regarde que son opinion particulière. de cette irradiation substantielle, donl il a été parlé, ils se défendent encore contre les zuiugliens et les autres ennemis de la présent e réelle de Jésus-Christ, comme il est aise de voir par l'application toute naturelle de ce qui est dit ci-dessus contre leur erreur.
XIV. — Tous les raisonnements des précédents articles peuvent être resserrés en peu de mots, en disant, Jesus-Christ a révélé la présence réelle ou l'absence réelle. Celle des deux qui est clairement dans l'Ecriture doit être crue , puisque l'Ecriture est une règle infaillible de la foi. reconnue telle, tant par l'Eglise romaine que par ses adversaires. Rien n'est plus clair que ces paroles: Ceci est mon corps, vl rien ne peut marquer plus positivement et plus formellement la présence réelle. 11 faut donc que l'Eglise romaine et ses adversaires croient que le corps de Jesus- Christ est réellement dans l'Eucharistie.
Mais quand on voudrait chicaner contre
MÉMOIRES TOUCHANT LA HELIGION
ces paroles plus claires que le soleil, pour les obscurcir, il n'y a point d'esprit équitable qui ne trouve au moins que la présence réelle est plus naturellement signifiée dans tous les endroits où l'Ecriture parle de ce mystère que l'absence réelle. Rien donc n'est plus raisonnable que d'exiger de tous la créance de la présence réelle, préfcrablement à celle de l'absence réelle.
XV. — Que si les ennemis de la présence réelle ne voulaient pas encore se rendre , ils ne sauraient refuser d'avoir recours aux lémoins de la foi des apôtres et du sens auquel ils ont entendu les paroles de Jésus-Christ, et nous les ont laissées dans les saintes Lettres. Car, comme il a été déjà dit , puisque Jésus- Christ a révélé aux apôtres la présence ou l'absence réelle, et que la vérité révélée doit être conservée dans l'Eglise et venir jusqu'à nous, il faut la chercher et la trouver. En examinant les Ecritures on y trouve partout la présence réelle. Les ennemis de l'Eglise romaine le nient: le moyen donc le plus naturel , c'est d'avoir recours aux témoins, et c'est la voie que Jésus-Christ lui-même nous a prescrite.
Saint Ignace, martyr, contemporain des apôtres, dit que les hérétiques de son temps (Ignatius Epi st. ad Smyrnenscs citât, a Theodoret. Dialog. 3), qui étaient principalement les disciples de Simon et de Ménandre, ne voulaient point d'Eucharistie, parce qu'Us niaient quelle fût la chair de Notre-Seigncur, laquelle a souffert pour nous et que le Père étemel a ressuscitée. Ce père donc, qui avait reçu sa doctrine des apôtres, et qui professait ce qu'ils professaient, témoigne que leur véritable foi touchant ce mystère était, qu'il contient réellement le corps de Jésus-Christ.
Saint Justin, martyr, qui vivait au second siècle, dit formellement et en termes exprès, que tes chrétiens ne reçoivent pas l'Eucharistie comme un pain commun et un breuvage commun ; mais que nous avons appris que comme notre Sauveur a été incarné par le Verbe de Dieu et a été revêtu de chair et de sang pour notre salut, de même cette viande, qui a accoutumé de nourrir notre chair et notre sang, étant faite Eucharistie par les prières que ce même Verbe de Dieu nous a enseignées, est la chair cl le sang de ce même Jésus incarné (S. Justin. Apoloûi) Saint Irénée, qui a aussi vécu au il* siècle, dit que le pain sur lequel on rend grâces est le corps du Seigneur, et que le calice contient son sang (S. Iren. I. iv, contra flores, cap. 3V). Ces témoignages forment une idée fort claire et fort distincte de la présence réelle de Jésus-Christ dans L'Eucharistie; et comme on n'en saurait produire de plus anciens ni môme de contemporains à ceux-là qui marquent l'absence réelle : sans doute il n'y a rien de plus raisonnable que de croire sur leur témoignage que les paroles île Jésus-Christ, qui sont de soi déjà fort claires el marquent précisément la présence réelle, doivent être entendues dans leur sens naturel, et que les apôtres les ont entendues et nues distinctement et précisément de la sorte.
XVI. — Si nous passons de ces premiers siècles aux suivants, nous trouverons des témoignages dans tous les temps de cette même vérité. Les adversaires de l'Eglise romaine ne sauraient désavouer qu'il n'y ait des écrivains de tous les temps qui ont appuyé le même dogme de la présence réelle; et si la brièveté de ce mémoire pouvait permettre une longue suite de citations, il serait très-aisé de contenter la curiosité de ceux qui le liront. Mais pour ne le pas étendre au delà des bornes d'un simple mémoire, on se contente de prier ceux qui douteraient de cette vérité, de consulter les livres qui ont traitéde cette matière; et ils verront que, comme il n'y a aucun mystère qui soit plus clairement expliqué que celui-ci dans l'Ecriture, il n'y en a guère aussi dont les saints pères parlent plus au long et plus distinctement.
XVII. — Il est vrai que comme l'on doit toujours parler de bonne foi, il faut avouer qu'il y a quelques endroits des pères qui souffriraient de la difficulté sur ce point, si on les considérait séparément et détachés du corps de leurs ouvrages. Les livres des défenseurs de l'absence réelle les ont cités ; mais l'Eglise romaine a cet avantage pardessus eux que les plus anciens et ceux dont la doctrine était plus proche des temps de la révélation, parlent en sa faveur, et par conséquent que sa possession est plus ancienne. Et comme cette possession a sa source dans l'Ecriture par la clarté de ses termes, qu'elle s'est conservée parles témoignages précis des
firemiers pères, et qu'elle s'est continuée par 'autorité de ceux des siècles suivants, il n'y a guère d'apparence de la troubler par quelques passages détachés des auteurs qui ont parlé moins exactement que les autres."
L'Eglise romaine a encore cet avantage, que tous les pères qui ont traité dogmatiquement de ce mystère, ou pour imprimer le respect avec lequel on doit en approcher, ou pour en expliquer la nature et l'essence, comme saint Cyprien, saint Chrysostome , saint Ambroise et plusieurs autres , ont tous parlé en faveur de la présence réelle , et que ceux dont les termes semblent n'être pas si précis, et sont un peu plus durs ou plus obscurs, n'en ont parlé qu'en passant et par occasion; encore la plupart de ceux-là ont parlé ailleurs clairement en faveur de la présence réelle. Or il est plus raisonnable de s'en tenir à ce qu'ils ont dit pour la présence réelle, qu'à ce qui semble favoriser le contraire, parce que quand ils ont appuyé la présence réelle, ils ont parlé comme l'Ecriture et comme les premiers pères, et quand ils ont parlé autrement, ils ont parlé un langage nouveau el tiré seulement de leur propre esprit, et rien n'est plus dangereux que la nouveauté en matière de religion.
D'ailleurs la plupart des manières de parler des pères, dont on lâche de conclure l'absence réelle, ne la signifient pas, mais marquent seulement que l'Eucharistie est la figure du corps de Jésus-Christ; et il n'y a rien do plus aisé que d'accorder ce terme, qui se rencontre particulièrement dans Tcrlullien,
dans saint Auguslin, dans Facundus el quelques autres, avec le dogme de la présence réelle, puîequ'en effet l'Eucharistie contient le corps de Jésus-Christ réellement et en figure; réellement en ce qui est invisible dans ce mystère, en ligure, en ce qui y est d'extérieur, de \isilde et de sensible.
Ne serait-il pas injuste de vouloir tirer des conséquences contre les mystères dé la Trinité ou de l'Incarnation, parce que quelques pères en ont parlé quelquefois moins exactement que ne font les scolastiques? Doit-on nier l'unité de la substance du l'ère et du Fils, parce qu'il y a des pères qui ont fait quelques comparai onsde la consubslantialité de Jésus-Christ et de la sainte Vierge avec la consubslantialité duVerbe et du l'ère éternel? ( >serait-on nier la filiation naturelle de Jésus- Christ, p arec qu'il semble que quelques pères marquent une filiation d'adoption?
11 faut, si on veut consulter les pères sur les mystères, consulter principalement ceux qui en ont parlé expressément, comme saint Athanase sur la Trinité, saint Cyrille sur l'Incarnation, saint Augustin sur la grâce, saint Cbrysostomc et saint Ambroise sur l'Eucharistie, et ainsi du reste; et encore faut-il consulter ces pères dans le gros de leurs ouvrages, et ne pas s'arrêter à ce qu'ils ont dit quelquefois sans grande réflexion, d'une manière un peu hardie : et il n'y a rien de plus déraisonnable que de vouloir nier que le sentiment d'un père soit celui qui paraît dans le gros des ouvrages, dans lesquels il a expressément traité d'une matière et éclaire) quelque vérité de la foi , parce qu'en quelque endroit où il a peut-être moins pris garde à ce qu'il écrivait, il lui sera échappé quelquechose qui semble n'être pas conforme à la doctrine qu'il a enseignée dans le corps de ses livres.
Comme l'on ne croit pas que l'on puisse raisonnablement contester que tout ce qui vient d'être dit ne soit véritable, on avoue franchement qu'il y a quelques endroits des pères qui semblent ne pas favoriser si clairement que les autres la présence réelle : mais 1 on soutient en même temps que ce petit nombre de passages, ou un peu durs, ou obscurs, n'est rien en comparaison de la foule de ceux qui la favorisent ouvertement; qu'il n'y a pas un père qui ait entrepris de la combattre par un ouvrage exprés ; et qu'il y en a beaucoup qui ont entrepris de la prouver. L'Eglise romaine est donc plus forte encore sur ce chef que ses adversaires.
XVIII.— Mais quand l'attachement que les ennemis de la présence réelle ont à leur sentiment, les préviendrait de telle sorte, qu'ils ne voudraient pas se rendre à des preuves si convaincantes, que pourraient-ils conclure contre l'Eglise romaine? Elle explique à la lettre ces paroles claires et précises de 'es us- Christ : Ceci est mon corps, il n'\ a aucun endroit de l'Ecriture qui soit aussi formel poir l'absence réelle. Au contraire, il y a beaucoup d'autres paroles qui fortifient le sens naturel dé la présence réelle. Les défenseurs de l'absence réelle n'opposent que des con-
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jectures tirées de l'Ecriture, el il est contre la règle du droit de juger un proies sur de simples présomptions, principalement quand il \ ,i des preuves formelles el littérales; quoique l'Eglise romaine après l'Ecriture sainte ne soit pas obligée de pro luire des témoins, et surtout ses adversaires faisant semblant de s'en vouloir tenir seulement à l'Ecriture, elle en produit néanmoins, el en produit d> s plus anciens et des plus irréprochable toute manière. Elle se fortifie encore par la continuation de sa possession prouvée par les pères postérieurs : et les témoignages <]ue ses adversaires produisent au contraire, ne sont ni si anciens, ni si formels, ni à beaucoup près en si grand nombre, ni d'une si grande autorité; que peuvent-ils donc opposer à l'Eglise romaine?
Tout ce que leurs plus habiles minisires de ces derniers temps ont conclu de la prétendue diversité des témoignages des pères et de leurs différentes manières de parler, a élé que les fidèles n'onl pas toujours eu une connaissance de la présence ou de l'absence substantielle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie; que l'ignorance de quelques siècles a été m grande, que le corps de l'Eglise et la plupart des pasteurs étaient, à regard de la pré» m i corporelle, dans une pure négation de connaissance, et ne savaient ce que c'était : et que de cette connaissance confuse de ce mystère, il a été facile de passer à l'erreur de la transsubstantiation ( Le sieur Claude, ministre , dans la réponse au traité de la Perpétuité de la foi).
L'auteur du livre de la Perpétuité de la foi touchant l'Eucharistie, a solidement détruit celte nouvelle doctrine, en faisant voir l'impossibililé de celle confusion de créance; mais quand elle se pourrait soutenir arec quelque couleur, quand ce ne serait pas Blasphémer contre l'Eglise, que de la considérer dans cette prodigieuse ignorance d'un mystère si auguste et si essentiel à la religion ; quand ce ne serait pas même démentir l'infaillibilité de la parole de Jésus-Cbrist et la fidélité de la promesse qu'il a faite à l'Eglise d'être avec elle jusqu'à lu consommation dis tiides, que de dire qu'elle a été ainsi flottante à tout vent de doctrine: quand ce ne serait pas éteindre les lumières du Saint-Esprit qui lui a révélé loute vérité; quand on pourrait dire que cette divine épouse de Jésus-Christ ayant été occupée dans les premiers siècles, ou à résister à la persécution des païens, ou à détruire les hérésies qui s'étaient d'abord élevées contre la Trinité et l'Incarnation qui sont nos principaux mystères et les fondements de la religion ; et qu'ayant éle moins attentive à expliquer celui de l'Eucharistie, et à la manière dont les pasteurs se servaient pour eu parler aux peuples, celte confusion de créance se serait insensiblement introduite, ou que dans la suite 1 ignorance des pasteurs, la corruption de leurs mœurs, le peu de soin qu'ils avaient Re faire leur devoir, et, pour parler avec l'Evangile, leur endormissement aurait insensiblement introduit celle coufu-
MEMOIRES TOUCHANT LA RELIGION
sion de créance, et donné occasion à cet état négatif de là foi de l'Eglise, qui enGn ne faisait plus d'attention sur la présence réelle ou l'absence réelle; mais croyant seulement Jésus-Christ présent dans l'Eucharistie, ne distinguait point s'il y était présent en signe, en vertu ou en substance ; quand on pourrait raisonnablement penser que l'Eglise était dans cet état négatif, lorsque Bérenger prétendit éclaircir la vérité , l'on ne saurait désavouer que, dans les premiers temps, l'Eglise n'ait été dans un autre état, et qu'au moins les apôtres n'aient eu la foi et la connaissance distincte de la présence ou de l'absence réelle, comme il a été montré dans le premier article de ce mémoire; et si la supposition des adversaires était vraie, c'est-à-dire si l'Eglise était tombée dans cette confusion de connaissance, nous pourrions comparer la vérité de ce mystère à une des rivières qui, ayant eu quelque temps leur cours visible, se cachent après sous la terre, puis ayant été dans ces canaux souterrains, recommencent à paraître; et encore qu'on les voie sortir de terre, ce n'est pas en cet endroit qu'elles commencent, il faut remonter plus haut pour en trouver la source. De même quand les auteurs contemporains de Bérenger qui ont écrit contre lui seraient suspects, et qu'ils n'auraient pas eu de quoi prouver ce qu'ils soutenaient, à savoir, que son opinion était contraire à la créance qui était répandue dans l'Eglise universelle, et qui avait été la créance de tous les temps; enfin quand la foi confuse de tous les fidèles, leur incertitude et la diversité des explications de ce sacrement sur le point de la présence ou de l'absence réelle, aurait tellement enveloppé la vérité, qu'avant cet archidiacre d'Angers, on ne l'eût pas découverte, il serait toujours vrai qu'il faudrait remonter jusqu'aux apôtres, examiner quelle a été leur foi sur ce point, puisqu'ils ont cru distinctement ou la présence ou l'absence réelle. Or pour cela, il faut avant tout au moins avouer que, dans un temps d'obscurité, comme les ministres prétendent qu'était celui-là, il n'y a pas de raison d'en croire plutôt Bérenger que Lanfranc, que Guilmonil et que beaucoup d'autres grands prélats qui combattaient la doctrine dé cet archidiacre, comme contraire à la doctrine de l'Eglise, qui était descendue depuis les apôtres jusqu'à eux.
11 n'y a point de doute que si la confusion de la doctrine de ce mystère devait cesser en ce temps-là, il y avait plus d'apparence de croire à des évoques qui (selon l'ordre de Dieu et la disposition de Jésus-Christ, chef essentiel de l'Eglise, et incontestablement infaillible) sont les gardiens et les dépositaires de la doctrine et des vérités de la foi, qu'à un simple ecclésiastique qui n'était bas même pasteur, mais seulement ministre des pasteurs.
Mais de plus, l'Eglise ne s'en fia pas à la décision de ces pasteurs particuliers, elle prononça anathème dans ses conciles contre la doctrine de Bérenger, et condamna non seulement le dogme de l'absence réelle, mais
même celui de l'impanation. Et toutes les fois que l'on a voulu formellement établir l'un ou l'autre, ils ont toujours été .condamnés comme hérétiques, ce qui devrait convaincre pleinement les adversaires de l'Eglise romaine, lesquels ne sauraient montrer que le dogme de la présence réelle ait jamais été condamné, ni que celui de l'absence réelle, tant de fois condamné, ait été autorisé par aucun décret ni par aucun canon de l'Eglise. Or, comme c'est à l'Eglise à juger quelles sont les vérités révélées et les vérités non révélées, et que son infaillibilité ne consiste pas à faire de nouveaux articles de foi, mais à faire le discernement de ceux qui ont été révélés aux apôtres d'avec ceux qui ne l'ont pas été, et de remonter ainsi jusqu'à la source, que peuvent répliquer ses adversaires, puisqu'elle a jugé en faveur de. la présence réelle, toutes les fois qu'elle a parlé pour décider sur cette matière.
Il est vrai que les ennemis de l'Eglise romaine , opposent l'autorité du prétendu septième concile général tenu à Conslantinople, qui appelle l'Eucharistie, la figure du corps de Jésus-Christ, et qu'ainsi ils soutiennent que l'on n'a pas raison de dire que l'Eglise a toujours défini la présence réelle, quand elle en a parlé en corps et dans ses conciles ; mais il est aisé de détruire celte objection : car outre les justes exceptions que l'on a contre ce concile , que l'on ne doit considérer que comme un conciliabule assemblé par l'autorité d'un empereur furieux , qui voulait détruire la doctrine de l'Eglise catholique , on peut répondre que , quand il aurait été légitime, il ne ferait point de tort à la doctrine de l'Eglise romaine. Il ne parle pas clairement, et l'on ne saurait faire un dogme de ses paroles contre la présence réelle. Il appelle à la vérité l'Eucharistie . la figure du corps de Jésus-Christ , mais l'on a déjà répondu ailleurs que l'Eucharistie est tout ensemble réellement le corps et la figure du corps du Fils de Dieu. Mais sans nous arrêter même à chercher aucune explication aux paroles de ce prétendu concile , l'on peut dire très-raisonnablement qu'il n'a pas parlé de ce myslère par forme de décision : il n'en a parlé qu'incidemment et par occasion. Or il y a bien de la différence entre ce qui est dit de celte manière dans un concile et ce qui y est dit expressément ppur établir la vérité. Ce qu'on y dit incidemment n'est souvent qui; le sentiment ou l'expression de quelques particuliers qui se peuvent tromper, ou dans leur façon de parler pour n'être pas assez habiles, ou mémo dans le tond de la doctrine, parce que des particuliers ne sont pas infaillibles. Mais quand le concile décide alors, test par le sentiment de tous qu'il parle ; chacun opine sérieusement sur la matière ; le Saint-Esprit conduit les sentiments elles opinions: el la vérité se découvre avec certitude. Celte réponse est solide et conforme à la doctrine des plus habiles théologiens : et il y a apparence même que les plus éclairés d'entre les protestants l'approuveront et qu'ils avoueront qu'il n'y a nulle justice de
fonder un dogme sur une expression obscure
cl incidente, <|iii SC trouve dans un concile, pour en détruire un contraire qui esl défini en tenues formels par d'autres qui ont parlé expressément sur la matière lorsqu'elle él til controversée pour en instruire tous les fidèles et le> empêcher de tomber dans l'erreur.
XIX..— Voilà toufe la gradation du précepte êvangélique touchant la correction fraternelle accomplie. Les ennemis de la présence réelle oni été repris en particulier par l'autorité de l'Ecriture qui leur est commune avec ceux de la communion romaine : s'ils ne \ eiilcnt pas profiter de celte remontrance charitable, on leur produit des témoins. S'ils ne se rendent pas à ce témoignage, on a recours à l'Eglise; et l'Eglise parle dans ses conciles. Après cela que reste-t-il s'ils ne se rendent? sinon de les considérer comme des infidèles, qui est le sujet de la plus grande douleur que puissent avoir les véritables catholiques , qui pleins de charité pour eux , leur disent en ce siècle ce que ceux du temps de S. Augustin disaient aux donatistes ( Cad. Can. Eecles. Africa. Can. 92): Quand rous nous direz que vous n'êtes pas nos frères , nous vous dirons : Vous êtes nos frères incorporés comme nous à Jésus-Christ par le baptême, et appelés comme nous par ce premier sacrement à l'héritage du ciel, ce qui nous oblige à vous conjurer de revenir entre les bras de notre mère commune qui les ouvre pour vous recevoir avec amour et avec joie.
XX.. — Après tout ce qui a été dit ci-dessus, il n'y a personne qui ne voie clairement combien il est injuste d'accuser l'Eglise romaine d'idolâtrie , parce qu'elle adore l'Eucharistie. Jésus-Christ n'est-il pas adorable en quelque lieu qu'il soit et en quelque manière qu'il y soit.
On avoue que toutes les cérémonies extérieures que l'on pratique maintenant en l'honneur du saint sacrement n'ont pas toujours été pratiquées, que la fête que l'on solennise avec tant de pompe après la Pentecôte a été instituée par Urbain IV, mais quelle conséquence en peut-on tirer; les fêles, les cérémonies, les processions ne sont que de discipline extérieure qui changent , selon que l'Eglise le trouve à propos , en de différentes occasions et pour de différentes raisons. Les fidèles ont toujours honore ce mystère que les saints pères appellent redoutable, le .saint des saints, la perfection et la consommation des autres. Il n'y a qu'à lire leurs écrits pour connaître avec quel respect ils voulaient qu'on traitât cet adorable sacrement et pour comprendre que, selon leurs sentiments , les chrétiens ne sauraient excéder dans les honneurs qu'ils lui rendent.
Quelle précaution n'a-t-on pis eue dans les premiers temps de L'Eglise pour empêcher que l'Eucharistie ne fût profanée par des communions sacrilèges? Kl par quels exercices île pénitence ne faisait-on point passer les pécheurs avant que de les admettre à la participation de cet auguste my stère? Mais quel soin n'avail-on pas de pre\ cuir même ies irrévérences extérieures, connue de lais-
DÊM0NBTRATI01S EN \M.l.l.h»l i ..
scr tomber quelque parti.-, pour petitequ'eJle
fût, de la sainte Eucharistie? Arec quelle vénération ctail-clle conservée par ceux qui l'emportaient dans leurs maisons ?
Cela marque 1 qo nx qui nient la présence substantielle de lésUS-Cbrist sont dans une autre créance que nos pères. Car s'ils n'avaient pas cru que Noire-Seigneur fût sous les voiles du sacrement, ils n'auraient pas eu tous ces scrupules pour un simple pain matériel; comme nous ne les avons pas pour l'eau bénite qui sert au baptême, ou pour les matières des autres sacrements.
Cela marque ± l'erreur de ceux qui, ne pouvant désavouer la présence réelle et substantielle du corps et du sang de lésus-Christ, à cause de l'éi idence de sa parole, disent que celle présence n'esl que dans l'usage. Car si Notre-Seigneur n'était réellement et substantiellement présent en ce sacrement hors de la communion . pourquoi aurait-on eu tant de soin d'empêcher que l'Eucharistie ne fût profanée, quand on la conservait ? Ce que fit Jésus-Christ dans la cène , où il institua ce mystère, témoigne assez qu'il était au sacrement dans un état permanent; puisqn'après avoir béni la coupe et consacré son sang, il le donna à ses disciples, en leur disant qu'ils le partageassent eatre eux et qu'ils en prissent l'un après l'autre, comme nous l'avons déjà observé.
Si Jésus-Christ ne fut présent substantiellement eu ce mystère que dans l'usage, ce dut être sans doute lorsqu'il en fit la consécration et qu'il donna lui-même le calice : or la consécration <te son sang précéda la communion de ses apôtres, et il ne leur donna pas le calice à tous en particulier. Us le prirent les uns des autres. Cette cérémonie dura quelque temps. Us ne reçurent donc pas tous le sang de Jésus-Christ, ce que Lulher et ses sectateurs n'avouraient pas: ou ce sang précieux continua d'être substantiellement dans la coupe, jusqu'à ce qu'ils en eurent tous pris. S'il persévéra pendant un quart d'heure, nous pouvons bien dire, qui! persévère plus longtemps. De sorte qu'il faut nécessairement que les luthériens avouent cet état permanent de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, ou qu'ils désavouent absolument sa présence réelle et la vérité de la parole de Jcmis- Christ, avec les calvinistes, ce qu'ils ne feront jamais.
Nous croyons donc sur des fondements inébranlables, que lésus-ChrisI est substantiellement présent dans l'Eucharistie et qu'il y est dans un état permanent. Ainsi , bien loin que le culte que nous lui rendons doive être traite d'idolâtrie , nous devrions être au contraire regardes comme des impie- m noire adoration ne repondait à notre foi : et tous les honneurs que nous rendons à Jésus- Christ dans la sainte Eucharistie, où nous croyons qu'il est substantiellement présent, sont toujours au-dessous de son éternelle majesté.
Après que nos adversaires sont réduits à ne pouvoir répondre à l'enchaînement des
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vérités qui confondent leur entêtement, ils ont recours à nous accuser de prévention ; et n'ayant plus à nous reprocher, ni la superstition et l'idolâtrie , parce qu'ils ne peuvent nier que Jésus-Christ soit adorable partout où on le croit ; ni le peu d'attachement que nous avons à l'Ecriture sainte, puisque le fondement principal de notre créance est tiré des paroles toutes pures de l'Evangile et de S. Paul; ils nous accusent encore d'être aveuglés par nos prppres pensées.
M. Claude, dans ses réponses au livre de la Perpétuité de la foi louchant l'Eucharistie, dit en plusieurs endroits que ce n'est que la préoccupation qui oblige l'auteur (Je ce livre et tous les catholiques avec lui de souienir la présence réelle ; et que si on se voulait dégager l'esprit et le mettre en liberté, on ne donnerait, ni aux paroles de Jésus-Christ, ni à celles des saints pères, le sens que l'Eglise romaine lui donne ; et il prétend par là nous confondre et nous faire voitVjue la passion nous aveugle, au lieu que nous devrions nous laisser éclairer aux lumières qui brillent de toutes parts , pour nous faire connaître notre erreur. J'avoue que nous avons renoncé à l'autorité de nos sens; que notre créance les combat et que nous sommes prévenus contre toutes leurs fausses démonstrations; mais je ne pense pas que notre foi en soit plus incertaine, et ce que j'en ai dit cidessus suffit pour nous justifier sur ce point.
J'avoue encore que nous nous soimi es armés contre notre raison, dont no'.:s avons cru devoir détruire les conseils, selon le commandement de l'Apôtre, et tout l'orgueil qui s'élève contre la science de Dieu, pour captiver notre esprit à l'obéissance de Jésus-Christ.
Nous savons bien que si nous consultons notre raison, elle ne nous persuadera jamais qu'un corps soit en même temps en plusieurs lieux; qu'elle ne nous conseillera pas de croire qu'un corps subsiste invisiblement à la façon des esprits ; ni tous les autres miracles qui sont enfermés dans le miracle adorable de, l'Eucharistie. Si nous donnons la liberté à notre esprit d'interpréter les paroles de l'Evangile selon les lumières naturelles, il rejettera assurément la présence réelle ; et si une autorité supérieure à la sienne ne nous préoccupe, nous serons tous de l'avis des ennemis de la transsubstantiation.
Je le dis sincèrement, une des lectures du monoc qui m'a le plus fortifié dans nia foi , a été celle que j'ai faite du li\ re de M. Claude; et Dieu, ce me semble, m'a l'ait connaître sensiblement jusqu'à quel point de faiblesse et d'aveuglement porte l'infidélité de l'hérésie. Il m'a paru au travers de toutes les erreurs que soutient cet auteur calviniste, une grande beauté d'esprit, une grande lecture et une érudition tort variée; mais Dieu a permis qu'il soit tombé dans île si faux raisonnements que je suis assuré que s'il plaît au Père des lumières de lui ouvrir un jour les yeux pour lui faire connaître la vérité, il s'étonnera lui-même de ce qu'il a dit.
Je lui avoue donc que nous sommes tous préoccupés de la Transsubstantiation et de
la présence réelle ; que nous faisons gloire de celle préoccupation; et que si nous n'étions prévenus , nous ne la croirions pas. Mais quelle conséquence en peul-il tirer?
11 y a cette différence entre la religion cl la philosophie que, pour avoir de la religion, il faut être toujours préoccupé et que pour être bon philosophe il ne le faul jamais être. Pour avoir de la religion, il faut que notre esprit soil toujours captif, et pour être philosophe, il faut qu'il soil toujours libre. 11 n'est pas juste par exemple, d'être persuadé sur la seule foi d'Arislote , que les formes matérielles sont des substances différentes de la matière même, comme il n'est pas raisonnable aussi d'obliger personne à croire que tous les corps sont composés d'atomes, parce que Démocrite et Epicure ont été de cet avis. Il faut être philosophe par raison et non par autorité. Mais comme c'est une extrême folie de sacrifier la raison à l'autorilé dans les choses humaines, et purement naturelles , c'est une bien plus grande extravagance de ne donner pas l'empire à l'autorité sur la raison dans les choses divines ; et c'est une présomption insupportable et un orgueil sacrilège de ne pas croire ce que Dieu a révélé, parce que notre raison ne le conçoit pas.
La souveraine raison veut que nous nous soumettions à la parole de Dieu, et la parole de Dieu nous oblige encore d'écouler l'Eglise, et d'obéir à sa voix. Or la parole de. Dieu nous apprend que ce que Jésus-Christ donna à ses apôlres , en les communiant, était son corps, et l'Eglise a déclaré que ces paroles , Ceci est mon corps, marquaient la présence réelle. Si nous sommes donc préoccupés de la présence réelle, nous le sommes par l'autorité de l'Ecriture sainte et par l'autorité de l'Eglise. Tout ce que les plus fameux ministres de la terre nous peuvent dire; tout ce que les sens et la raison nous peuvent suggérer au contraire, n'est pas capable de diminuer l'autorité de cette double préoccupation ; et nous n'avons qu'à leur dire , ce que ditTerlullien: Que la curiosité est inutile après que Jésus-Christ a parlé, et qu'il ne faut point chercher la vérité qtiand l'Evangile nous la découvre, Nobis curiositate opus non est post Jesum; vec inquisitione post Evangelium (Tert. 1. 1 dcPrwscr. cap. 8).
Je sais bien que M. Claude avec ses confrères prétend nous convaincre d'erreur en nous citant quelques passages des pères, qu'il croit qui favorisent l'absence réelle; et que comme nous le pressons et ceux de son parti sur l'Ecriture dont ils font semblant de faire toul leur fort ; ils voudraient bien aussi nous presser sur la Tradition, que nous soutenons contre eux devoir entrer en preuve certaine et infaillible de la religion, aussi bien que l'Ecriture.
Je n'entreprends pas maintenant de répondre en particulier à tous ces passages, quoiqu'il fût facile de le faire d'une manière trèsnaturelle et très - convainc, finie; cela demanderait un grand ouvragé, et je ne fais qu'un mémoire. 1) autres y ont répondu : il est aisé de lire leurs livres. L'auteur de la
/' rpétuité de In foi y a très-excellement réussi ; je prie les lecteurs d'y a\ oir recours. Ce que j'écris est plus pour réveiller la question et exciter ceux qui ne sont pas encore bien persuadés a m- vouloir éclaircir cl à se servir des travaux que lant do grands hommes ont entrepris, que pour dire quelque chose de nouveau.
Il est de notoriété publique que nous avons de noire «ôié un très-grand nombre de passais des pères qui favorisent la présente réelle. Quand notre condition serait égale a celle des protestants (ce qui est bit n éloigné d'être), nous aurions toujours pour nous, audessus d'eux, les paroles de Jésus-Christ dans son Evangile, et celles de l'Eglise dans ses conciles. Cela étant, pourquoi doit-on trouver mauvais que notre préoccupation nous fasse chercher des interprétations favorables aux endroits de quelques pères, ou qui sont obscurs, ou dont l'expression paraît un peu trop dure; plutôt que de donner la liberté à notre esprit de s'abandonner à l'erreur, si formellement contraire à la parole de Dieu et de l'Eglise.
Le ministre de qui je parle et tous ceux de son parti ne sont-ils pas obligés d'interpréter favorablement les paroles mêmes de l'Evaugilç qui paraissent opposées aux vérités que nous devons croire? Le Fils de Dieu dit en un endroit, que lui el son Père ne sont qu'une même chose : ce qui fait voir, et l'égalité de leurs personnes, et leur consubstantialité. En un autre endoit, il dit que son l'cfc est plus grand (nie lui; ce qui donne une idée d'une inégalité et d'une différence de substance. Nous devons nécessairement interpréter celte contrariété apparente, et il faut bien que nous disions que l'un de ces passages prouve ce que le Fils est à l'égard du Père dans la Trinité, où les personnes sont égales et consubstantielles ; et que l'autre marque ce que le même Fils est à l'égard du Père dans l'Incarnation, où il y a inégalité, non pas de personnes ; mais de la nature humaine et de la divine.
L'Evangile en parlant de Jésus-Christ, l'appelle le Fils aîné de Marie, Elvidius Jovinien et tous les ennemis de la virginité de cette sainte Mère n'ont pas manqué de prendre occasion de cette parole pour dogmatiser et tâcher d'établir leur erreur. Et si l'auteur de la réponse n'explique avec S. Jérôme ce mot d'aîné, non par rapport aux enfants qui l'ont suivi, mais parce que nul autre ne l'avait précédé, ne toinber.i-l-il pas dans L'impiété de ces hérétiques ? Kl s'il n'etail préoccupé de l'autorité qui l'oblige à croire que la Mère de Jésus-Christ est \ ierge, ( t que Jésus- Chrisl est son Fils unique , ce terme de premier-në ne donnerait-il pas occasion de croire le contraire '.'
Nos adversaires n'expliquent-ils pas ions les endroits des pères, ou ils disent </«< le P'iin et le vin sont changés, sont transmués, sont transélé mentes au corps et au sang de jésus-Christ : que l'Eucharistie est le vrai corps tir Jésus-Christ : que la majesté du Fils de Dieu réside dans ce sacrement : que ce my-
Dl MONSTRATION I \ wu'.LIQUE.
la
stère n'est pas mu simple /igurs du corps et du sang de Jésus-Christ, mau ton nrai corps et son nui sang ; qui «<, , nmu-
nianl , le \t né d'une vierge,
qui a souffei i, et qui a été itnmoU sur ta i pour nousl Puisqu'ils ne sauraient établir leur doctrine de tabtence réelle, qu'en interprétant à leur sens, ces manièri s de parler des pères si formelles pour la présent i le, pourquoi trouve-t-on mauvais que nous interprétions favorablement, pour la vérité que nous soutenons , celles qui ne sonl ni si positives pour l'absence réelle, ni à beaucoup près en si grand nombre '
N'avons-nous pas plus de raison de dire aux protestants qu'il faut bien qu'ils soient eux-mêmes préoccupés de leur sentiment, pour ne se pas rendre aux paroles si claires de S. Ignace, de S. Justin, de S. Cjprien, de S. Chrysoslome, de S. Ambroijse, de S. Augustin, de S. Cyrille, des pères du second consile de Nicée, 'les autres conciles qui ont condamné Bérenger et de tous ceux par la bouche desquels l'Eglise a parlé de la présence substantielle? Nous avons par-dessus eux cet avantage, que nous pouvons justement leur reprocher leur préoccupation. Elle esl en eux purement humaine, ce qui détruit entièrement la religion, Laquelle ne doit élre fondée que sur l'autorité divine. Nul pas de L'Ecriture, et nulle décision de l'Eglise, ne marque formellement que ce que Jésus-Christ a donné à ses apôtres, et qu'il nous a commandé de faire en mémoire de lui , n'est pas réellement son corps et son sang. Ils ne peuvent au contraire nous reprocher qu'une préoccupation fondée sur la parole de Dieu, puisque nous avons pour nous, et les paroles de Jésus-Chris) qui nous assurent que c'est son corps et son sang . et la voix de l'Eglise qui nous fortifie dans celle créance.
Ce que M. Claude même nous reproche marque la pureté de notre foi: car il dit que sans notre préoccupation il n'y a personne qui expliquât les paroles de Jesus-Chrisl ni celles des saints pères de la présence réelle , et que ce sens n'entrerait jamais dans notre esprit. Ce n'est donc point la chair et le sang qui nous ont révélé celle vérité : cl puisque la nature ne nous porte point à croire la transsubstantiation , il faut Mou que ce soit la seule autorité de Dieu et de l'Eglise qui captive notre esprit. Nous aimons naturellement la liberté, cl nous ne prenons pas plaisir à nous assujettir sans nécessite à la créance des choses qui choquent notre raison et qui la sacrifient. Si nous consultions nos lumières, il n'y a personne qui ne voulût être exempt de celle contrainte. L'amour déréglé de celte fausse Liberté a produit lou tes les hérésies . et les hérésies aimenl à retrancher et non pas à multiplier les nnslères. Les unes oui combattu la Trinité, les autres L'Incarnation, d'autres oui taché d'anéantir la grâce pour donner toul à la nature el nous délivrer de la servitude du pèche originel. 11 s'en trouve peu qui aient introduit de nouveaux mystères. Quelle apparente qu'on eut inventé celui de 1 Jiucha-
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rislie pour renfermer en tin point toutes les épouvantables difficultés de tous les autres ? Après cela, que tout esprit équitable juge entre les protestants et nous , et prononce qui a raison de demeurer dans son sentiment et dans sa préoccupation.
Certes, je crois que nous pouvons dire bardiment sur cette préoccupation, avec l'Apôtre, que, si un ange descendait du ciel pour' nous évangéliser autre chose que ce qui nous a été évangélisé, et que ce que nous croyons sur l'autorité de cet Evangile, il faudrait lui dire anatheme. Ainsi , tant que l'on ne nous opposera que ce que l'on nous oppose si injustement contre le sens naturel des paroles de Jésus-Christ , la vérité de la présence réelle doit toujours subsister dans notre esprit, qui est préoccupé de l'autorité des paroles de l'Evangile. Tant que l'on ne nous fora point voir, par une décision formelle de l'Eglise, que Jésus-Christ est absent réellement de l'Eucharistie, nous serons toujours préoccupés de l'autorité des conciles qui ont condamné Bérenger, ou qui ont positivemrnt déclaré que nous devons croire la transsubstantiation et la présence réelle. Tant que l'on ne nous montrera point, par un consentement unanime des saints pères, que Jésus-Christ n'est présent dans l'Eucharistie qu'en figure ou qu'en vertu, et qu'il en est absent réellement , nous serons prévenus par leur autorité que le corps de Jésus-Christ, qui est dans le saint sacrement, est le même corps qui est né d'une vierge, et qui a souffert pour tous les hommes sur la croix; tant que l'on ne nous prouvera point que les mots de transélémenlution et de transmutation du pain et du vin au corps et au sang du Fils de Dieu, ne signifient pas un changement de substance : nous tiendrons ferme pour la transsubstantiation. Notre préoccupation nous fera chercher des interprétations légitimes aux passages dont les calvinistes abusent, et nous ne souffrirons point, autant que nous le pourrons empêcher, que l'on fasse l'outrage à ces saints docteurs de les faire passer pour des corrupteurs de l'Evangile, de la Tradition et de la foi de l'Eglise.
Nous ne prétendons point nous dégager l'esprit de la prévention de ces autorités. Nous faisons gloire de l'esclavage de notre raison, et nous croyons qu'elle nous affranchit de la servitude de l'erreur, et nous met dans la véritable liberté des enfants de Dieu. (Terlull., lib.l, de Prœscript., cap. 9.) Ex fiducia probntionis prwreniinur.
Que M. Claude nous dise donc tant qu'il lui plaira que Paschase est l'inventeur de la transsubstantiation; qu'il se tourmente à établir cette fausseté sur des conjectures qui n'ont pas seulement une ombre de vraisemblance; qu'il rêve qu'un moine enseveli dans l'obscurité de son cloître ail renversé la foi de tous les chrétiens, il ne persuadera pas aisément que l'Ecriture ait négligé de réprimer l'insolence de cet audacieux, et surtout en un temps auquel elle le pouvait faire avec facilité ; car il avoue que Ratramne ou Bertrand
écrivit sur cette matière par l'ordre de Charles le Chauve, dont il était aimé, et que le roi se plaisait à se mêler des questions de la religion , ce qui doit convaincre tout esprit raisonnable qu;' ce prince n'aurait pas manqué de faire condamner Paschase, s'il avait écrit contre la foi de l'Eglise. Les conciles étaient fréquents alors, et tant d'événements qui arrivèrent dans ce règne, touchant divers points delà religion, nous fonl bien voir combien Charles s'était donné d'autorité dans les affaires ecclésiastiques, et la pente qu'il avait à soutenir le parti des théologiens et des évéques en qui il avait de la créance. Quelle apparence y a-t-il que l'Eglise eût perdu une occasion si favorable de condamner une erreur naissante dans une matière si considérable ?
N'est-ce pas une injustice de prétendre repousser cette objection par une autre toute semblable, en disant que si la foi de la présence réelle eût été la foi catholique, l'Eglise aurait dû condamner Ratramne et Scot Erigène, qui tâchaient d'établir l'absence réelle? 11 n'était pas si aisé en ce temps-là de pousser des théologiens qui avaient la faveur de la cour, et ce fut beaucoup d'empêcher doucement que l'erreur des adversaires de Paschase ne s'étendît.
Que M. Claude débile tant qu'il lui plaira celle fable du renversement de la foi universelle, causé par le livre de Paschase, nous sommes persuadés que nous devons demeurer dans la préoccupation de notre créance, et nous nous y maintiendrons avec le secours de la grâce de celui que nous croyons présent dans cet adorable mystère.
Mais quand ce ministre trouverait des esprits assez crédules pour se laisser persuader que Paschase aurait corrompu noire foi, pourrait-on croire que le venin de sa doctrine fût passé jusque dans l'Orient, et qu'un moine écrivant en latin dans son monastère, au fond de la Picardie, eût persuadé toute l'Eglise grecque.
Il est vrai que M. Claude a osé soutenir que les Grecs étaient de même sentiment que les calvinistes ; mais je crois, qu'après ce que l'auteur de la Perpétuité de la foi a écrit, et à quoi M. Claude n'a rien répondu, il est maintenant convaincu du contraire.
Encore que je fusse assuré de la créance des Grecs sur ce point, lorsque celle dispute était échauffée entre l'auteur de la Perpétuité et M. Claude, je fus néanmoins bien aise d'en avoir une preuve qui fût hors de toute contradiction. Cela m'obligea d'écrire à feu M. l'évèquc de Lodèvc, qui avait demeuré quinze ou seize ans à Constanlinople avec M. le comte de Cézi, son père, lequel y était ambassadeur pour le roi.
J'en reçus une réponse si positive, qu'elle doit fermer la bouche à tous les adversaires de l'Eglise. Ce serait une injustice insupportable de révoquer en doute le témoignage d'un prélat de la naissance, de la suffisance cl de la sincérité de feu M. de Lodèvc. et principalement sur des faits aussi aisés à justifier (juc sont ceux dont il s'agit. Voiij
un extrait dp. sa lettre, dont je garde l'original Tort chèrement.
EXTRAIT O'UHB LETTRE I)E FEU M. l'ÉVÊQUB UE LOUEVE, DU 17 JUILLET 1671.
Pour obéir a ce que vous m'ordonnez par voire lettre, monseigneur, je vous dirai ce qui est de ma connaissante touchant la créance des Grecs, sur le sujet de la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie , et je vous assurerai en même temps que je n'ai pas eu moins d'indignation que vous en lisant le livre que ce ministre a l'ait pour réponse à celui de la Perpétuité de la Foi, lorsqu'il assure qu'il n'y a que ceux de la communion de Home qui croient la transsubstantiation, et qui adorent l'ho-tie, parce que je suis assuré que les Grecs et les Arméniens ne sont pas différents de nous en cette matière... Ce que j'ai vu plusieurs foisàConslantinople est que, vers la lin de la messe, aussitôt que les ministres de l'autel ont communié, le célébrant ou le diacre vient à la porte du sanctuaire, tenant en ses mains le calice couvert du voile, qui contient encore
une partie de ce qui a été consacré Il
montre ce calice couvert au peuple, qui l'adore en s'inclinant fort bas, et faisant le signe de la croix L'oraison que dit le
diacre , lorsqu'il tient dans ses mains le saint sacrement que le célébrant lui a donné pour communier, est aussi une preuve convaincante de la créance de la réalité, Elle est de saint Jean Chrysostome ; et après qu'il a dit: Je crois, Seigneur, cl je confesse que vous êtes véritablement le Christ, Fils du Dieu vivant, clc, il dit ensuite : Je crois aussi que ceci même est votre corps immaculé, et que ceci même est votre sang précieux
Quand on voudrait faire celle injure à un si digne évèquc, de ne pas ajouter foi à son témoignage, n'en doit-on pas au moins croire aux Grecs mêmes ? Nous avons les actes de
DEMONSTRATION KVANGÉLIQl'E.
trois conciles qu'ils ont tenus, tant contre Cyrille Lurhr.ns, patriarche calviniste (que feu M. L'évéque de Lodève m'a aussi écrit dans la même lettre, avoir été condamné dé son temps par l'Eglise grecque), que pour repousser les calomnies des protestants, qui ont soutenu que leur Eglise était de leur sentiment. Ces conciles sont entre les mains de tout le inonde. Nous avons le texte grec et la traduction latine d'un savant religieux bénédictin.
Il n'y a donc plus de prétexte d'imaginer que les Grecs soient calvinistes; et, comme tout ce qu'on a inventé pour persuader la corruption de la foi de l'Eglise romaine sur le sujet de l'Eucharistie , ne peut avoir la moindre apparence, à l'égard de l'Eglise grecque séparée de nous depuis si longtemps, et que nous n'avons pu corrompre , ne faut-il pas conclure que les Grecs sont dans la foi de leurs pères touchant cet adorable sacrement, et qu'ils célèbrent leur liturgie, comme ils la célébraient autrefois lorsqu'ils ne faisaient qu'une même Eglise avec les latins?
Après tant de démonstrations si convaincantes de l'erreur des calvinistes touchant l'Eucharistie, je ne sais ce qui les peut retenir, sinon la prévention même qu'ils nous reprochent injustement. H est vrai qu'il est difficile de se défaire d'une doctrine dans laquelle on a été élevé dès l'enfance, dans laquelle on s'est forlitié par un long usage : et enfin dont on se fait un faux honneur. Niais si messieurs de la prétendue religion réformée voulaient bien considérer la nouveauté de leur doctrine, et la faiblesse de* fondements sur lesquels ils l'appuient, il n'y aurait rien de plus aisé que de se défaire de leurs préjugés et rien de si glorieux pour eux que de quitter l'erreur pour suivre une vérité qui saute aux yeux, pourvu qu'on croie à l'Evangile.