‹ Démonstrations évangéliquesChapitre 116 sur 305 · SOUS UNE SEULE ESPÈCE · texte numérisé non relu

SOUS UNE SEULE ESPÈCE

I. — Le trouble que les protestants disent que cause parmi eux le retranchement de l'usage de te coupe vient de ce qu'ils ne sont pas d'accord avec nous de quatre vérités, dont la créance met l'esprit des catholiques dans un parlait repos sur ce sujet.

(les quatre vérités sont : 1" l'infaillibilité de l'Eglise dans le discernement des articles révélés par Jésus-Christ à ses apôtres ; 2° l'auiorité de cette même Eglise sur tous les fidèles pour rétablissement de la discipline , qu'elle change quand elle le trouve à propos et en la manière qu'elle le juge convenable; 3" la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie; k" l'institution de l'Eucharistie en qualité de sacrifice.

Comme tout ce que j'ai à dire ici est fondé sur ces quatre principes , et que je crois les avoir solidement établis dans les mémoires

précédents , je supplie ceux qui liront celui-ci d'y avoir recours ou de les supposer avec moi.

Dans la religion aussi bien que dans les sciences , il y a de la liaison entre les vérités qu'elle enseigne; et, quoique la foi soit obscure, on ne laisse pas, après avoir établi ses principes , d'en tirer des conséquences aussi justes que celles des démonstrations des sciences les plus réglées et les plus méthodiques. C'est pourquoi, dans les controverses de religion , si les parties cherchent sincèrement à s'éclaircir, elles doivent convenir sans chicaner des vérités dont elles sont respectivement persuadées, en les supposant comme des premiers principes; et, pour celles dont on est. en contestation, il faut les démêler pied à pied en commençant par les plus générales , dont on peut tirer des conséquences pour les autres. Sans cela , l'enchaînement des vérités obligerait en toutes occasions à discourir sur tous les arliclesdela foi, et ce serait un cercle continuel et un travail qui ne finirait jamais.

C'est dans cette vue et avec cette méthode que j'ai fait des mémoires sur tout ce qui est en controverse entre les catholiques et les protestants. J'ai supposé, comme un principe commun et incontestable, que tout chrétien doit se soumettre à l'autorité de l'Ecriture sainte, qui est reconnue par les uns et par les autres comme une règle infaillible de la foi ; mais parce que les catholiques ne conviennent pas avec les protestants qu'elle soit la seule règle, qu'ils croient que la tradition apostolique n'est pas moins certaine que l'Ecriture, qu'ils sont encore persuadés que ces deux règles, quoique infaillibles, ne sont pas toujours assez clairement connues pour fixer les esprits des fidèles et les empêcher d'être flottants à tout vent de doctrine, et qu'ils soutiennent qu'il est nécessaire qu'il y ait un tribunal certain auquel on puisse avoir recours, lorsqu'il y a quelque contestation, pour en avoir la décision nette, intelligible et infaillible , et que ce tribunal est celui de l'Eglise , j'ai commencé par la preuve de cette vérité, qui est la clé de toutes les autres ; et , quoique après l'avoir bien établie, il ne fût pas nécessaire de se mettre en peine de prouver en détail les autres qui sont en contestation, et qu'il suffit à tout esprit raisonnable , pour les croire, qu'on lui montrât que l'Eglise, à qui Dieu a donné l'infaillibilité, a décidé qu'elles sont révélées. Néanmoins, afin de satisfaire encore plus pleinement ceux qui ont fieinc à captiver leur esprit à l'obéissance de a parole de l'Eglise, je suis entré dans les preuves particulières tirées de l'Ecriture sainte, ou formellement, ou par des conséquences nécessaires. J'ai particulièrement montré la préseucc réelledc Jésus-Christ dans riùicharislic; j'ai fait voir ensuite qu'elle a été instituée par forme de sacrifice, et maintenant, de toutes ces vérités, je crois qu'on peut conclure démonstrativement que les plaintes que les protestants font du retranchement de la coupe n'ont nul fondement solide ni même apparent.

Jl. — Avant que d'entrer dans la discussion de ce que les protestants opposent aux ca-

►N8TRATI0N ÊVANGÉLICI E

ll.oliques sur le sujet présent, l'on pourrait leur demanda1 quel droit ils ont de se plaindre d'un prétendu changement dans l administration de l'adorable sacrement de 1 Lucharistie, puisque eux-mêmes en autorisent tant d'autres par leurs pratiques, et qu'ils se donnent pour cela la liberté d'interpréter l K, criture sainte dans des sens que la lettre ne présente pas d'abord à L'esprit, quoique cela soit contre leurs propres principes. Le h ils de Dieu, par exemple, commanda aux apôtres d'instruire ceux qu'ils baptiseraient; cependant les protestants baptisent leurs enlants comme les catholiques, avant qu'ils soient capables d'instruction. Jésus-Christ dit : Si vous ne mangez la chair du Fils de I Homme et aï vous ne butez son sang, vous n aurez point lu vie en vous. Les protestants ne donnent pas la communion aux enfants et ne croient pas néanmoins les exclure de la vie éternelle. Dieu a commandé la sanctification du sabbat, c'est-à-dire du septième jour; les protestants ne le sanctifient pas, et ils conviennent avec l'Eglise romaine, en sanctifiant le dimanche, ui est le premier jour de la semaine. Le i ils e Dieu institua l'Eucharistie après souper, et c'est pour cela que les prolestants disent encore qu'ils font la cène, quand ils communient ordinairement a jeun. Nous pourrions, avant que de répondre aux reproches qu ils nous font, leur demander pourquoi tous ces changements sont plus permis que la communion sous une seule espèce, et, jusqu a ce qu'ils nous eussent satisfaits, nous tenir en paix dans la possession ou est 1 Eglise de disposer de tout ce quelle juge à propos louchant l'usage des sacrements, suivant cette parole de saint Paul : Je réglerai le reste lorsque je viendrai vous voir, Cœtcra cum venero disponam (I Cor., XI). Mais, parce que la vérité ne demande qu'à se produire et à éclairer tout le monde, l'on veut bien ne la point embarrasser par des questions .lesquelles, quoique justes, pourraient retarder 1 éclaircissement de la contestation présente.

111 — Le premier reproche que les protestants font à l'Eglise romaine sur le retranchement de la coupe, est, quelle le permet et commande même a ses enfants de ne communier et de ne participer qu au corps de Jésus-Christ dans la réception de 1 eucharistie, quoique Jésus-Chrisl ail ordonne à tous les fidèles de communier el de participer à son corps et à son sang ; cl qu ainsi elle s'élève contre la volonté de Dieu.qu elle retranche aux chrétiens la moitié du testament de leur père, et qu elle mente plulol le nom de marâtre que celui de mère.

Quoique après avoir montre que 1 Eglise romaine est la vraie Eglise (comme je la. fait voir dans le mémoire sur 1 Eglise), il dût suffire de produire sa decison et son règlement sur le sujet de la communion sous une espèce, je veux bien néanmoins entrer en jugement pour elle avec, ses adversaires, et amasser, pour parler avec lKcnlurc, des charbons ardents sur leurs têtes, en le convaincant clairement d'injustice, et les forcer, si j'ose me seoir de ce terme, jusque dans

leurs propres retranchements.

IV. Les protestants, pour prouver que Jésus-Christ a commandé à tous les fidèles

nmunier, non seulement du pain, mais encore sous celle du vin, produisent d'abord Le témoignage de saint Matthieu, qui, écrivant l'histoire de I institution de l'eucharistie, rapporte que Jésus-Chrisl dit en donnant Le calice, Bibile ex hue ottu [Malth., XX111 ,Buvez-en tout : d'où ils concluent que ce commandement regarde tous les fidèles auxquels le Fils de Dieu parlait en parlant à ses apôtres.

11 est très-aisé de répondre à ce pass quoique h s prolestants croient pouvoir triompher de L'Eglise romaine en le citant. Jésus-Christ consacra le calice et Le donna à se, apôtres en leur disant : Buvez-en tout. Ce commandement s'adressa véritablement à tous les apôtres qu'il lit prêtres et auxquels il donna le pouvoir de consacrer son eorps et sou sang en Iranssubstantiant les deux symboles; mais il ne commanda pas la même chose à tous les fidèles. Le Fils de Dieu donna le calice à celui de ses apôtres qui était le plus proche de lui. et ordonna a tous les autres de le prendre de main en main. et l'un après l'autre, en leur disant -.Bavezen tous. Cela serait très-probable, quand nous n'en aurions d'autres preuves que le sens littéral et naturel de ces paroles; mais on le justifie clairement par ce qu'en rapportent sainl Marc et saint Luc. Saint Marc dit que Jésus-Christ ayant pris le calice, le donna à ses apôtres en rendant grâces à Dieu, et qu'ils en burent tous, Et bîberunt ex illo otnnes [More. XIV;, // le leur donna. dit-il, et ils en burent tous. 11 est Irès-nalun 1 de former celte idée, qu'il donna le calice consacré et que tous le prirent les uns J(>s autres. Et en effet, ce que dit saint Luc le montre encore plus clairement , car il dit que Jésus-Christ ayant pris le calice, rendit grâces à Dieu cl dit à ses apôtres: Pruuz-le, et le partagez entre vous, accipitc et dividite inter vos [Luc, XXII). Il nj a point de douie que ces paroles ne marquent que le Fils de Dieu leur laissa le calice consacré entre les mains, afin qu'ils le prissent l'un après l'autre. Ces paroles donc de saint Matthieu, buvez-en tous, ne signifient autre ch< que ce que dit saint Luc : Porta ntre

v. en sorte qu'il n'y ail personne de vous douze qui n'y participe ; et ainsi ce terme tous ne regarde que les apôtres. Ce sens esi si naturel et si littéral, que toui autre ne peut paraître que forcé.

On produit encore contre L'Eglise romaine Le sixième chapitre de sainl Jean dans lequel cet évangéliste nous apprend que Jcsus- Chrisi. étant à Capbarnaùm, où il instruisait ses disciples cl plusieurs autres personnes, du mystère de l'eucharistie qu'il voulait instituer, leur dit (Jean. VI) Si vous nemanqex la choir du fils de l'homme, et si eus ne bu-

j. vous n'aurez point la vie I lui qui mange ma chair et qui boit i tang a la vie éternelle, et je U > ssusciterai au nier jour; car ma chair est vraiment une

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viande et mon sang est vraiment un breuvage

Celui qui mange ma chair et qui boit mon

sang demeure en moi, et moi en lui ; d'où l'on

prétend conclure que, puisque le Fils de Dieu a attaché la vie éternelle à la réception de son corps et de son sang, l'on n'en peut retrancher l'un ou l'autre aux fidèles , sans les priver d'un moyen nécessaire à leur salut.

Ces passages de saint Jean, et principalement le premier, paraissent avoir plus de difficulté que celui de saint Matthieu; néanmoins il n'est pas mal aisé de défendre l'Eglise du reproche qu'on en prend occasion de lui faire.

L'on peut dire d'abord aux calvinistes et aux zuinglicns, que s'ils avouent que Jésus- Christ parle de l'Eucharistie dans le sixième chapitre de saint Jean, comme en effet il en parle, l'Eglise romaine tirera de grands avantages de celte confession.

1° Ils s'éloignent des sentiments de leurs auteurs et de ceux qui ont commencé leur séparation avec l'Eglise romaine ; car, après mille fuites et après avoir tourné ce chapitre de saint Jean de tous côtés, ils concluent enfin qu'il ne doit point être entendu de l'eucharistie. Or rien ne doit tant faire espérer à l'Eglise la ruine de ce parti qui lui est si opposé, que la division des sentiments de ceux qui le composent, selon cette parole adorable de Jésus-Christ, Omne regnum di~ visum contra se desolabilur (Matth.Xll) , Omne regnum in seipsum divisum desolabitur (Luc, XI) , tout royaume divisé sera détruit.

2° Supposé que Jésus-Christ parle de l'Eucharistie dans le sixième chapitre de saint Jean, il marque si littéralement et si clairement la présence réelle de son corps et de son sang, que, s'ils avouent que ces paroles doivent être entendues de ce mystère, il faut nécessairement qu'ils perdent leur procès dans le fond en tâchant de gagner un accessoire; et, s'ils s'unissent de sentiment avec les bohémiens en nous opposant des paroles qui semblentd'abord avoir quelque difficulté, touchant la communion sous les deux espèces, ils nous fournissent en même temps une preuve convaincante de la présenceréelle.

Mais pour revenir précisément au point dont il s'agit maintenant, et pour répondre solidement à l'objection, il faut considérer que Notre-Seigneur ne parlait pas seulement à des laïques, mais encore à ses apôtres et à ses disciples, lorsqu'il disait à ceux qu'il instruisait à Capharnaùm, que s'ils ne mangeaient la chair du Fils de l'Homme et ne buvaiant son sang, ils n'auraient point la vie en eux. Cela est clair par le texte de ce chapitre même; car, après que plusieurs de ceux qui écoutaient Jésus— Christ se furent retires, parce qu'ils trouvaient son discours trop dur et qu'ils ne pouvaient se, soumettre à croire qu'il leur «lût donner effectivement sa chair à manger et son sang à boire, soit qu'ils se persuadassent que les paroles du Seigneur signifiaient qu'il leur présenterait sa chair toute sanglante, ce qui leur donnait de l'horreur, soit qu'ils eussent quelqut autre imagination, le Fils de Dieu demanda à ses apôtres : cl vous autres, voulez-vous aussi vous

retirer de moi ? Sur quoi saint Pierre, plein ,d'une foi vive et animée de charité, répondit : Seigneur, vers qui pourrions-nous aller?

vous avez les paroles de la vie éternelle ; nous avons cru et nous avons connu que vous êtes le Christ, Fils de Dieu.

Les apôtres étaient donc dans la troupe de ceux à qui Jésus-Christ parlait, et il regardait en leurs pei'sonnes, en celles de ses disciples , et en celles des laïques qui l'écoutaient, tous les ordres et toutes les conditions de ceux qui devaient composer son Eglise sainte ; et ainsi l'on peut dire qu'il parla à toute l'Eglise. Or comme il est constant qu'il avait intention d'obliger son Eglise à la communion sous les deux espèces, pour l'entière perfection du sacrifice eucharistique, il ne se faut pas étonner que, parlant à tout le corps de l'Eglise, il commandât indistinctementdemangersachairetde boire son sang.

Comme le sacrifice est nécessaire à tous les chrétiens, la communion sous les deux espèces est aussi nécessaire à tous les chrétiens, puisque sans cette double communion le sacrifice serait imparfait. Mais comme il n'est pas nécessaire que tous les chrétiens sacrifient, ne le pouvant pas même faire, parce qu'ils n'ont pas tous reçu le pouvoir de consacrer le corps et le sang de Jésus-Christ, et il suffit que quelques-uns sacrifient et rendent les autres participants du sacrifice en l'offrant pour eux, on peut dire avec fondement qu'il n'est pas nécessaire aussi que tous communient sous les deux espèces, et que le Fils de Dieu n'a eu intention d'y obliger que ceux qu'il a voulu honorer de son sacerdoce : comme l'on pourrait dire que si un roi commandait à toute une communau'té de faire un ouvrage considérable, son intention ne serait pas que tous ceux qui composent cette communauté s'y appliquassent, mais seulement ceux qui y seraient propres.

Cette vérité paraît plus clairement dans la suite de ce chapitre. Celui qui mange ma chair, dit Jésus-Christ, et gui boit mon sang, a la vie éternelle. Il marque par ces paroles la vertu de ce divin mystère dans toute son étendue. 11 est vrai qu'il propose la vie éternelle comme le prix de la réception de son corps et de son sang : mais il est vrai aussi qu'il n'exclut pas de la vie éternelle tous ceux qui ne feront pas celte double communion. L'on en peut, avec quelque proportion, raisonner comme des conseils. Ceux qui accompliront les conseils évangéliques auront la vie éternelle; mais tous ceux qui ne les accompliront pas, pourvu qu'ils soient fidèles aux commandements, n'en seront pas privés. Tous ceux qui recevront dignement le corps et le sang de Jésus-Christ sous les deux espèces, ou en sacrifiant, s'ils sont prêtres, ou par l'ordre et la dispensation de l'Eglise dans la simple communion s'ils sont laïques, auront la vie éternelle; mais il ne faut pas conclure que tous ceux qui, n'étant point prêtres, ne communieront que sons une espère, l'Eglise l'ordonnant ainsi, «loi v (>nt être exclus de la vie éternelle.

Lorsque Dieu commande quelque chose

intention d'y obliger tous les particuliers, celle obligation générale de tous, sans e i ption, est londée, ou sur le droit naturel dont personne ne peut être e\empt, ou sur quelque terme précis qui marque que la volonté de Dieu est que tous les particuliers s'y soumettent. 11 est, par exemple, défendu dans le décalogue, de porter faux témoignage; ce commandement est fondé sur le droit naturel qui oblige tous les bommes en particulier d'honorer la \ériléqui a sa source en Dieu et qui es! comme le fondemenletlcliendo la société humaine. Ainsi nul particulier ne peut s'exempter sans crime d'obéir à ce commandement, parce que nul particulier ne peut se soustraire à l'autorité du droit naturel, et l'on y serait obligé quand Dieu ne l'aurait pas exprimé dans ses commandements.

Le Fils de Dieu a commandé généralement à tous les hommes d'être baptisés, et il a attaché le salut au baptême. Encore que ce sacrement ne touche pas le droit naturel, nul ne peut néanmoins être sauvé sans le recevoir effectivement, s'il est possible, ou du moins de le désirer, si on se rencontre dans des circonstances où il soit impossible de le recevoir, parce que la volonté de Jésus-Christ nous paraît clairement par les termes du commandement qu'il nous en a fait.

Mais ni l'une ni l'autre de ces deux règles ne peut être appliquée au précepte de la communion sous les deux espèces. L'on ne peut pas dire que nous y soyons obligés par le droit naturel, puisque ce divin mystère est au-dessus de toutes les lois de la nature. 11 ne paraît pas aussi que la volonté de Jésus- Christ soit d'y obliger tous les particuliers. Si cela était, au lieu de dire, quiconque mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, il aurait prononcé, quiconque ne mangera pas ma chair et ne boira pas mon sang, n'aura pas la vie éternelle, comme il a prononcé du baptême, quiconque ne sera pas régénéré par l'eau et par le Saint-lisprit n'entrera pas dans le royaume des deux. 11 est vrai qu'il a dit : Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme, et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez pas la vie en vous : mais c'est une proposition générale, comme nous l'avons dit ci-dessus, qui est faite à toute l'Eglise et qui ne tombe pas sur tous les particuliers, et il \ a une grande différence entre ce commandement fait ail corps de l'Eglise, touchant celte double communion, et celui qUi regarde le baptême. Celui-ci exclut chaque particulier qui n'est point régénéré, et le premier exclut de la vie éternelle toute l'Eglise, si elle négligeait universellement le sacrifice et la double communion qui en esi l'accomplissement. Et c'est pourquoi le nisi du commandement de la communion est bien différent «lu nisi du commandement du baptême. Le dernier porte exclusion du royaume des deux pour ions les particuliers qui ne seront pas baptisés] l'autre porte exclusion de la >ie éternelle pour toul le corps des < Indiens, si loule l'fr glise tombait dans ce défaut. Or, comme cela •■si impossible! el que toute l'Eglise, a qui le J'ils de Dieu | promis l'assistance de BOB C8-

M \m — II; \| ION ÊVANGÊLKJtJE.

prit et de sa grâce Jusqu'à la consommation des siècles, ne peut tomber dan- ce désordre, cette clause exclusse n es; pas la Ht une menai e qu une marque de r.imour de ce divin Sauveur, el de l'excellence de te divin mystère auquel il a attaché notre salut.

ilfd chair, dit-il, Ml Ht viande, et

mon sang est vraiment un brtutbg\ qui mange ma chair <>t qui boit mon totlû îémeure en moi, et je demeure en lui. I) tel paroles l'on peut conclure qu'on peut ou «pi bu doit même, en quelques occasions, communier sous les deux espèce Mais on raisonnerait fort mal si Ton prétendait l'eu conclure que tous , indifféremment , doivent communier de la sorte, et il es| sj \rai que l'intention du Fils de Dieu n'a pas été d imposer celte loi à toutes sortes de condition*. qu'en même temps qu'il a proposé la double communion, il l'a proposée aussi sous une seule espèce, ainsi que le concile de Trente l'a remarqué : Celui qui me mange vivra pour moi. Si quelqu'un mange dt et pain, il vivra éternellement . Le pain que je donnerai est ma chair pour la vie du monde, qui mange I epttht vnra éternellement. Il ne parle, en tous endroits, que de la communion sous une seule espèce ; cependant il y promet la \ic éternelle pour récompense, et elle y est proposée comme le fruit de cette simple communion. Le salut donc de tous les particuliers n'est pas nécessairement attaché à la communion sous les deux espèces : le commandement qu'en a fait Jésus-Christ ne tombe pas sur tous les chrétiens sans nulle exception) etee n'est pas faire violence an sixième chapitre de saint Jean, de dire que le Fils de Dieu n'a obligé à cette double communion que les apôtres, les évèques el les piètres qui leur doivent succéder dans la puissance de consacrer le corps el le sang de Jésus-Chris!, et qu'il laissa la libelle à son Eglise de faire communier ceux qui ne consacreraient point ou sous une ou sous deux espêees, selon qu'elle le trouverait à propos.

Les protestants opposent encore à tout ce que nous avons dil. pour faire voir que , ce commandement de manger la chair et de boire le sang de Jesus-Cbrist . était poulies laïques, aussi bien que pour les prêt! que lorsque le 1- ils de Dieu donna la communion aux apôtres, dans la dernière cène, il la leur donna, non comme à des prêtres, mais comme à des laïques. Car comme selon le sentiment de l'Eglise romaine. Jèsus-Christ faisait en celle occasion la fonction de pré- Ire, il faut avouer, disent nos advcrsaii que les apôtres tenaient lieu de peuple Si donc la communion sous les deux espèl eût été pour les préires. Jesus-Christ se fût communie lui-même de cette sorte, et eût communie sefl BpOtreS SOUS une seule espèce; cependant il ne se communia point, el il communia ses apôtres SOdS les deux espèces. el leur ordonna même de commuer celle forme de communion à l'avenir . Hoc facile in maum commemorationem ( Luc, Wll; I, Cor, II), faites ceci en mémoire ismoi. Il n'es! dont pas vrai que l'institution ne lacommu-

MÉMOIRES TOUCHANT LA KELIGION

nion sous les deux espèces n'ait regardé que les prêtres, et que les laïques en doivent être exclus. Mais il est aisé de faire voir que cette objection est toute captieuse.

1. Notre-Seigneur fit ses apôtres prêtres, lorsqu'il institua le divin mystère de l'Eucharistie, et qu'il les communia; car il leur donna le pouvoir de faire la même chose que lui : Faites ceci en mémoire de moi ! c'est-àdire que, comme il venait de changer le pain et le vin en son cor,ps et en son sang, en disant: Ceci est mon corps, ceci est mon sang, il leur donna le pouvoir de faire ce même changement, par la vertu de ces mêmes paroles, et de consacrer séparément ces deux symboles, en quoi consiste l'essence du sacrifice eucharistique , qui nous représente celui de la croix, dans lequel le sang de Jésus-Christ fut séparé de son corps.

Le Fils de Dieu donna aussi le pouvoir à ses apôtres de distribuer le même sacrement aux fidèles, comme ils le recevaient de lui.

Enfin il leur commanda de continuer de le recevoir, parce que les prêtres doivent participer au sacrifice. Tout cela est contenu dansecs paroles: Faites ceci en mémoire de moi.

Ainsi les protestants n'ont pas raison quand ils disent que les apôtres ne doivent pas être considérés comme prêtres, mais comme tenant lieu de peuple, lors de l'institution de l'Eucharistie. Nous ne devons pas regarder comme laïques, ceux que les évoques font prêtres , quoique dans l'ordination ils les communient; car les nouveaux prêtres sacrifient et consacrent conjointement avec l'évêque, ainsi que faisaient autrefois tous les prêtres, qui dans les premiers siècles consacraient aussi, conjointement avec l'évoque, lequel seul paraissait à l'autel, comme le principal sacrifiant.

2. Nous n'avons pas établi, comme un principe, que la communion sous les deux espèces n'ait été instituée que pour les prêtres , privativement à tous autres. Jésus- Christ a laissé à l'Eglise la liberté de donner ou de retrancher la coupe aux laïques, comme clic le trouverait bon. Mais nous avons dit que le commandement de comnunier nécessairement sous les deux espèce avait été fait seulement aux prêtres qui sacrifient cl qui consacrent.

3. Si Notre-Seignenr, qui consacrait et qui sacrifiait dans la dernière cène, lorsqu'il institua la divine Eucharistie, ne s'est pas communié lui-même, on n'en doit tirer aucune conséquence contre la vérité que nous venons d'établir; car Jésus-Christ étant le mat- Ire, pouvait en user comme il lui plaisait, sans que son exemple dût tirer à conséquence. C'était as; éz qu'il communiât ses apôtres , qu'il honorait, jdc son sacerdoce <Li us celte action, pour établir la nécessité de la communion des prêtres dans le sacri-

el l'on peut dire qu'il était inutile à Jésus-Christ de communier , parce qu'il n'aurait reçu que son propre corps, et son propre sang; ce qui n'aurait rien ajouté à sa sainteté, puisque c'était lui-même.

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