‹ Démonstrations évangéliquesChapitre 118 sur 305 · I. Eglise . à qui lésus-Chrut avait laissé la · texte numérisé non relu

I. Eglise . à qui lésus-Chrut avait laissé la

liberté d'ordonner et de régler l'usage de ce

sacrement ineffable, voyait que ses entants

en usaient différemment, les uns communiant sous l'espèce du pain seulement, les autres sous l'espèce et du pain et du vin; elle s'apercevait que cette diversité produisait quelque division et quelque trouble parmi eu\, semblable au schisme qu'il y avait au temps de saint Paul entre ceux qui disputaient du choix des viandes, et que celte différence d'usage et de pratique allait à établir des dogmes pernicieux et contraires aux vérités de la religion ; car plusieurs de ceux qui communiaient sous les deux espèces estimaient que cette manière de communier était nécessaire à salut, et condamnaient ceux qui ne recevaient qu'une espèce comme déserteurs de la religion. Elle voyait encore que les sacramentaires en prenaient occasion d'appuyer leur erreur, et de dire que Jésus- Christ n'étant pas réellement présent dans ce mystère, nous ne pourrions être unis à lui par l'Eucharistie , si nous ne la recevions tout entière , parce que , n'y étant présent qu'en figure et cette figure ne pouvant subsister dans une seule partie du sacrement, il était nécessaire de n'en rien retrancher. C'est pourquoi elle jugea qu'elle ne pouvait plus laisser les chrétiens dans cette incertitude; qu'il n'était pas de cette viande céleste comme de celles dont les fidèles disputaient au temps de saint Paul; que l'usage n'en était pas indifférent, tout en étant saint, et dans le fond du mystère et dans les circonstances qui l'accompagnent ; et qu'il était important qu'elle se servît du privilège que Dieu lui avait donné de discerner avec infaillibilité les dogmes révélés d'avec ceux qui ne le sont pas, et d'en instruire les fidèles; qu'il était juste aussi qu'elle mît en usage sur ce sujet l 'autorité qu'elle a reçue de Jésus-Christ de régler la discipline qu'on devait observer dans la réception de ce sacrement, afin de détruire l'erreur et d'empêcher la division. Ainsi , après cette fameuse contestation qui fut émue à Prague vers l'année 1412, elle se détermina à parler nettement et à régler la foi et la conduite des fidèles louchant cette matière. Elle considéra d'ailleurs que ceux qui s'étaient eux-mêmes privés de l'usage du calice , l'avaient fait par respect, et pour è\ iter les irrévérences qui se commettaient dans ce divin mystère, et encore pour d'autres raisons très - considérables ; et, approuvant ce sentiment, elle prononça dans le concile de Constance que la communion sous une seule espèce suffisait; que Jésus-Christ n'avait pas obligé les laïques à communier sous les deux espèces; et elle ordonna que ceux qui ne sacrifieraient point , recevraient à l'avenir l'Eucharistie seulement sous l'espècedu pain. Celte décision et celte discipline furent confirmées dans le concile de Bâle, depuis dans celui de Latran,et ensuite dans celui de Trente, qui non seulement a déclaré qu'il n'y a nul commandement de communier sous :ux espèces, mais que chaque espèce

DÉMONSTRATION l-V \m.m .\u\ l .

contient l'essence du sacrement, et que lésni*

Christ y étant tout entier, ceux qui communient seulement sous l'une des deux. M MMl

prives d'aucune grâce nécessaire.

Il est vrai que, comme il n'y a nul rommandement de Jésus-Chrisi, à ceux qui ne

sacrifient point, de communier SOUS les deux espèces, il n'y a aussi nulle défense , comme nous l'avons déjà marqué : c'est pourquoi l'Eglise, dans son dernier concile général,

s'est réservé le pouvoir d'accorder l'usage

du calice lorsqu'elle le trouva a propos |> sorte que, pourvu qu'on ne croie pas que la chose soit nécessaire absolument et qu'elle soit de précepte divin pour toutes sortes de personnes, pourvu qu'on se soumette au pouvoir qu'a l'Eglise de régler la discipline touchant l'administration de ce divin sacrement, pourvu qu'on confesse la présence réelle et que Jésus-Christ est tout entier sous une espèce, pourvu qu'on reconnaisse que le commandement de communier sous les deux espèces regarde seulement ceux qui consacrent, parce qu'ils sont sacrificateurs , et que dans le sacrifice le corps et le sang sont mj stiquement séparés par l'efficacité des paroles par lesquelles on Iranssubstanlie le pain au corps et le vin au sang de Jésus-Christ : peut-être que l'Eglise pourra quelque jour av oir celle condescendance pour ses enfants , qui , soumettant leurs esprits à l'obéissance de la parole de Jésus-Christ et à l'ordre de son Eglise, désireront, par le sentiment d'une véritable piété, d'être unis à Dieu par < e double lien. Ce désir peut être d'autant plue juste, qu'encore que l'Eglise ait déclare que ceux qui ne communient que sous une espèce ne sont privés d'aucune grâce nécessaire au salut, elle n'a pourtant pas défini qu'ils ne recevraient pas plus de grâo communiant sous les deux espèces qu'en ne communiant que sous une; et qu'ainsi oa pourrait légitimement désirer l'usage du calice dans la vue d'une grâce plus abondante.

Ce n'est pas néanmoins que nous devions être en inquiétude de la privation de cette plus grande grâce, parce qu'outre que la chose est fort incertaine, et que plusieurs grands théologiens croient qu'il n'y a pas plus de grâce à recevoir Jésus-Christ sous deux espèces que sous une, quand même ceux à qui le calice est retranche seraient privés de quelque grâce, elle peut être abondamment réparée par le mérite de l'obéissance qu'ils rendent â l'Eglise.

Saint Augustin balance l'humilité du centcnier.qai n'osait recevoir Jésus-Christ dans sa maison, avec la confiance de Zachee. qui le reçut dans la sienne avec joie, et même avec empressement : et ce saint docteur dit: Qu'il ai est de même de ceux (/ni pur resptci si1 retirent de In communion, s'en estimant indignes, et de ceux qui s'en approchent pour en recevoir du secours et de ta force. Les uns et les autres peuvent être également à Dieu, pourvu que ceux qui s'en éloignent . ne s'en éloignent pas par dégoût . et que ceux qui s'en approchent, ne le fussent pas

avec présomption.

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