‹ Démonstrations évangéliquesChapitre 124 sur 305 · RELIGION CATHOLIQUE. M · texte numérisé non relu

RELIGION CATHOLIQUE. M

de tous les Etats chrétiens-catholiques, au moins dans l'Eglise latine, ont défendu la même chose ; et il n'y a nul doute que la profession solennelle du célibat , que l'on fait dans l'ordination , et qui lie à Dieu dans ce saint état ceux qui sont consacrés ministres des choses saintes , rendrait illégitime, sacrilège et nul le mariage qu'ils entreprendraient de contracter après leur ordination.

Comme toute l'Ecriture est pleine de témoignages des vœux que l'on fait à Dieu, et que personne ne peut désavouer que le Seigneur n'ait agréables ceux qu'on lui fait en certaines occasions pour sa gloire et pour son service , aussi ne peut-on raisonnablement trouver mauvais les vœux monastiques qui ne tendent qu'à vivre selon les conseils évangéliques, et à faire renoncer aux choses de la terre, aux plaisirs, à soimême; et si nos frères séparés y font un peu de réflexion, ils connaîtront aisément qu'on a tort de blâmer la vie monastique, si ancienne dans l'Eglise tant grecque que latine.

L'Eglise consiste dans l'unité d'esprit, et les vrais adorateurs adorent Dieu en esprit et en vérité (saint Jean, c. V, v. 23; aux Ephés., c. IV, v. k; aux Cor., c. XII, v. 13). Ainsi les fidèles ont très-saintement institué une unité de culte, et les offices divins sont en usage à cet effet. C'est pourquoi l'Eglise a trouvé bon que partout les offices divins se fissent dans une langue qui fût commune aux peuples qui peuvent avoir société les uns avec les autres. Dans l'Eglise d'Orient, la langue grecque, qui est la langue universelle, est en usage pour la liturgie et les prières publiques, la latine dans l'Eglise d'Occident; et quoique ces deux langues, qui ont été vulgaires autrefois et entendues du peuple, ne le soient plus , et ne soient connues que de ceux qui ont de l'élude, on les a néanmoins retenues : 1° parce que l'on n'a pas trouvé à propos de changer l'ancien usage qui avait été très-bien réglé, et (jue les langues vivantes étant sujettes à un changement perpétuel, il faudrait continuellement changer les offices et les manières d'adorer et de prier; ce qui serait même dangereux se pouvant faire, que dans ces changements si fréquents il s'y glissât des erreurs ou des choses superstitieuses ; 2° parce que ces langues étant connues aux ministres qui s'acquittent de ces saintes fonctions, et tous les fidèles devant unir leurs esprits et leurs cœurs à ceux qui prient et offrent le sacrifice au nom de toute l'Eglise, il importe que la langue en laquelle on prie soit commune, puisque tous demandent la même chose au Seigneur, et que celte communion de vœux, de culte, d'adoration, lui est trèsagréable; 3' que si chaque peuple faisait l'office en sa langue, cela ne lierait pas les différentes nations dans la religion. Qu'un Allemand, par exemple, ou un Polonais, vienne en France; quelle consolation aurat-il en entrant dans l'Eglise dcntemlre chanter l'office en langue française. Mais peut-

DÉMONSTRATION I \ INGÉLIQUE.

r ire que cet Allemand n'entend pas le lalin non plus que le français : il est \rai; niais il sait que c'est le même latin qui (M chanté en Allemagne, et qui est entendu de ceux de son pays, qui ont étudié aussi bien que les Français; qu'ainsi c'est une langue générale connue en Allemagne comme en France, et cela entretient la communion et la charité religieuse îles chrétiens.

Qu'on ne nous oppose pas qu'il ne faudrait donc qu'une seule langue dans toute l'Eglise; et que cependant l'Eglise grecque a toujours fait ses offices en grec, et l'Eglise latine en latin. 11 est vrai qu'on se sert de ces deux langues; mais c'est parce que le commerce des Grecs et des Latins n'est pas ordinaire : outre que les langues grecque et latine sont universelles, le grec étant connu dans l'Eglise occidentale, et le latin dans l'orientale; et qu'ainsi un lalin entendant l'office en grec dans l'Orient n'est pas tout à fait étranger à cette langue, qu'il sait être la langue originale du Testament de Jésus-Christ, excepté peut-être l'Evangile de saint Matthieu, que saint Jérôme croit avoir été écrit en hébreu, et la lettre de saint Paul aux Hébreux, que plusieurs sont persuadés avoir été aussi écrite en celle même langue ; et comme le Grec est connu de. plusieurs personnes de l'Eglise latine, l'on ne peut pas dire que les Grecs soient tout à fait barbares à ceux de l'Eglise latine qui assistent à leur liturgie. Un grec n'est pas tout à fait étranger dans l'Eglise d'Occident, parce qu'il sait que le latin n'est pas inconnu aux savants orientaux. Enfin nos frères séparés savent bien qu'avant leur séparation c'était l'usage universel des fidèles , cela est de pure discipline. Quelle raison peuvent avoir de nouveaux réformateurs de condamner et de vouloir renverser un usage général et de tous les temps?

Outre ces raisons, que l'on ne saurait rejeter avec justice , nous avons à dire que l'instruction qui se donne dans l'Eglise , particulièrement dans les paroisses dont nos conciles recommandent si fort la fréquentation , suppléent au défaut de l'intelligence que le commun du peuple n'a pas de celte langue générale. Nous pouvons encore dire que la charité et le zèle que les personnes savantes et pieuses ont pour l'édification do leurs frères les portent à traduire et les offices et l'Ecriture sainte en langue ordinaire à chaque nation. C'est en effet le moyen d'édifier l'Eglise au rapport de saint Paul (I, aux Cor., c. XIV, v. 5 et 13), et il n'y a personne qui ne puisse cnlrer par le secours de ces versions, dans la connaissance des mystères que l'on célèbre dans l'Eglise, et des prières qui s'y font. Ainsi chacun peut, outre l'adoration, le culte et les prières communes, 86 servir de ce qu'il trouve propre pour ses besoins particuliers, et, selon sa disposition, s y arrêter autant que l'esprit de Di -u l'y porte et l'y atlachc.

Il ne faut pas qu'on s'imagine, qu'encore que l'Eglise ait pris de temps en temps des précautions , pour modérer la licence qu'on

s'était autrefois donnée , et qu'on poi encore se donner , de traduire les li\r< crés sans discrétion, on veuille dér r au peuple là consolation {Rom.,ÎLV.k qu'il doit espérer de la lecture des saintes Lettres. L'Ecriture sainte est le dépôt du Testament de notre père commun . ou le \< que les apôtres et les évangélistes rendu des vérités qu'il a confiées a l'Eg pour être transmises aux fidèles . jusqu a la consommation des siècles. 11 doit être connu à tous ceux qui ont paît a 80D héritage, et qui sont cohéritiers de Jésus -Christ (Rom., VIII, 17); mais il ne faut pas en abuser. II faut que le testament du père de famille rédigé par écrit soit conu de ses enfants ; mais il ne faut pas que les copistes \ gli de faux articles. Ou veut bien que l'Ecriture sainte . et les Livres sacrés soient lus de tous les fidèles, et l'on veut aussi que ceux qui ont la clé de la science, dont les lèvres sont gardiennes des vérités du salut, et de lu bouche desquels on doit recevoir In loi de Dieu (Malach. cil, 7), voient et connaissent, si les versions sont fidèles : afin que , comme la parole sacrée doit être la nourriture des âmes chrétiennes , l'on ne leur donne p i- du poison au lieu de leur donner un aliment qui les entretienne en santé. 11 est encore du soin des pasteurs , qui doivent connaître la disposition de leurs ouailles , d'examiner si ceux, entre les mains desquels sont ces livres divins, en font un bon usage : car comme nulle viande n'est plus salutaire à l'homme que le pain , et que cependant on en défend l'usage à ceux qui sont malades . de même le pain spirituel de celte di\ ine lecture doit être quelquefois interdit à certains esprits mal disposés, jusqu'à ce que. par une instruction pastorale et vraiment chrétienne, on les ait réduits à une santé, telle que la doivent avoir ceux à qui l'on permet une nourriture solide. Cela dépend «lune de la discrétion des pasteurs, qui sont les vrais médecins des âmes : et c'est la plus noire de toutes les calomnies d'accuser l'Eglise catholique de priver ses enfants de la connaissance de ce qui est le plus sacré dans la religion, qui est la parole de Dieu.

Nos frères séparés , qui cherchent à blâmer nos usages jusqu' aux atomes, condamnent toutes les prières secrètes de la Messe, disant que nous dérobons aux fidèles la connaissance de nos mystères, ou que par un orgueil insupportable les sacrificateurs se croient seuls dignes d'entrer dans un si saint commerce avec Dieu, ou enfin qu'ils imitent la superstition des païens qui n'adoraient qu'en se cachant, certaines de leurs divinités. Mais rien n'est si mal fonde que celle accusation. L'Eglise ordonnée ses ministres d'adorer et de prier à voix basse, afin que le sacrificateur soit plus recueilli, et il n"\ a point de fidèle qui ne sache que ces parties du sacrifice demandent d'eux pjus d'attention. Les missels sont des livres qui se débitent publiquement, el il n'v a point de chrétien à qui il ne soit per mis de lès lire entièrement ou dans la langue universelle, s'il l'entend, ou dans les traduc-

LE VRAI SYSTEME DE LA RELIGION CATHOLIQUE

lions qui sont communes à tout le monde. L'on ne saurait faire une plus injuste accusation, que de dire que le sacrificateur s'attribue tellement le commerce que le sacrifice lui donne avec Dieu, qu'il en veuille exclure ceux qui y assistent, puisque en plus d'un endroit des prières secrètes , le prêire associe à la sacrilicalureceux mêmes pour qui il offre : et c'est une impiété calomnieuse de nous faire entrer en société de la superstition des païens qui adoraient en secret quelques-unes de leurs fausses divinités, puisqu'il n' y a rien de plus public que nos liturgies , et surtout dans la consécration , dans laquelle on expose l'adorable sacrement à la vue de tout le peuple. Enfin, pour fermer la bouche sur ce point à nos contradicteurs, nous n'avons qu'à leur dire que dans l'ordination, la plus éclatante de nos saintes fonctions, l'évêque qui consacre les ministres de Jésus-Christ en présence du peuple, dit toute la messe à haute voix conjointement avec ces nouveaux consacrés, ce qui ne se ferait pas, si l'esprit de l'Eglise était tel , que ses ennemis le voudraient faire croire.

Voilà, sans aucun déguisement le vrai système de la religion chrétienne et catholique: voilà le sommaire et l'abrégé de notre foi et des plus importantes vérités que nous professons , pour soumettre et captiver nos esprits à l'obéissance de la parole de Jésus-Christ , sur laquelle nous fondons l'espérance que nous avons de notre salut, conformément aux promesses que le Seigneur nous en a faites, et auxquelles il est fidèle; mais il veut aussi, que de notre côté nous marchions lans la voie de 9es commandements, que nous lui donnions sincèrement notre cœur , et que nous répondions aux grâces dont il nous prévient, dont il accompagne les bonnes œuvres qu'il a commencées en nous(>l».r Philip, ch. I, v. 6) , et qu'il consomme avec notre très-libre consentement, entions donnant la persévérance , après que nous la lui avons demandée comme il faut, c'est-à-dire avec humilité et confiance.

Si nos frères séparés trouvent quelque chose qui blesse la piété chrétienne dans ce système de la religion, ou qui soit contraire à la parole du Seigneur, ils sont conjurés très-instamment et avec une charité vraiment fraternelle , de nous l'exposer dans la même simplicité dans laquelle nous leur parlons, afin que nous puissions nous éclaircir pour notre mutuelle et réciproque consolation; et s'ils ne sont choqués d'aucun de nos articles, l'Eglise les invite de revenir dans son sein, qui leur sera toujours ouvert. Ils se doivent souvenir que, lorsqu'ils en sont sortis et que leurs réformateurs en ont composé une nouvelle, ils ne connaissaient aucune société qui fit profession de tous les dogmes qu'ils professent; qu'il n'y avait aucune autre Eglise visible que celle dont ils sortaient; que cependant l'Eglise de Jésus -Christ doit être visible et perpétuelle , comme nous l'avons brièvement montré ci-dessus et ailleurs plus au long, et comme il est prouvé si fortement par tant de savants hommes qui ont écrit sur

ce sujet. Ainsi ces réformateurs, s'ils étaient encore en état de parler, ne pourraient p.as désavouer qu'ils ne fussent dans la vraie Eglise de Jésus-Christ lorsqu'ils ont prétendu de la réformer. Or, comme nos frères protestants savent bien que nous sommes dans la même Eglise qu'étaient leurs réformateurs avant leur séparation, il faut aussi qu'ils avouent ou qu'il n'y avait plus d'Eglise (qui est un entier renversement de la religion), ou que la nôtre est la vraie Eglise, c'est-à-dire celle contre laquelle les portes d'enfer ne peuvent prévaloir, celle qu'on doit écouter, à moins d'être regardé comme païen; celle qui est la colonne et le soutien de la vérité: celle à qui Jésus-Christ a promis son assistance just/uà la fin du monde; qui est infaillible et inaltérable dans sa doctrine et dans les règles qu'elle donne pour les mœurs et la discipline. ; et enfin que c'est cette Eglise qui, selon la parole de Jésus-Christ, est bâtie sur la pierre ferme, et qui par cette raison ne peut être ébranlée ni par l'impétuosité des pluies et des torrents , ni par les vents et les tempêtes des hérésies : de sorte que nous n'avons rien à dire à nos frères, sinon qu'ils se souviennent, comme ils en sont prophétiquement avertis par Isaïe, de cette pierre dont ils ont été séparés (Isaïe , LI , 1 ) , afin de s'y réunir, comme tous les catholiques les en conjurent.

Je ne sais ce qui pourrait empêcher cet heureux effef de la miséricorde de Dieu, qu'un aveugJr entêtement et une obstination de nos frères séparés à leur propre ruine.

Nous adorons tous un même Jésus-Christ, Homme-Dieu, conçu par l'opération du Saint Esprit dans le sein d'une Vierge , né de celte même Vierge pour être notre Rédempteur, notre Sauveur, notre unique Médiateur. Nous attendons tout des mérites de sa passion et de sa mort. Nous croyons ce qu'il a enseigné à ses apôtres, ou immédiatement par luimême lorsqu'il conversait avec eux sur la terre, ou par son Esprit saint, qu'il leur a envoyé après son ascension, pour leur enseigner toute vérité (Jean, XVI, 13) ; vérité contre laquelle l'Apôtre nous apprend que nous ne pouvons rien (II Cor., XIII, 8).

Que nos frères se souviennent que toutes les sectes du monde qui se sont séparées de l'Eglise ou élevées contre elle, ont été confondues, et que l'Eglise a toujours été victorieuse, parce qu'elle est bâtie, comme il a été dit, sur la pierre ferme , et que les sectes ne sont fondées que sur le sable; que la foi de l'Eglise est appuyée sur la parole de Dieu; que les sectes se laissent emporter fi tous les vents (Ep fiés., IV, ik) des différentes opinions des hommes; et que nos frères séparés en ont formé une, laquelle est de ce nombre. Qu'ils voient eux-mêmes, et qu'ils examinent de bonne foi, combien peu leur créance a élé constante et uniforme, depuis la prétendue réformation de Luther , leur premier patriarche, jusques à maintenant. Je les prie de lire sans préoccupation cel admirable ouvrage de leurs variations, que M. l'évêque <lfl Meaux a donné depuis peu au public. Je n

DEMONSTRATION i \ WGËLIQI l

leur demande pas cela pour leur donner de la confusion : je ne souhaite de confondre que ceux qui veulent, contre leur propre conscience, demeurer ennemis de l'Eglise : et je ne les prie de S'éclaircir que pour avoir, non la confusion, mais la gloire de se rendre à la certitude de la parole de Dieu, quitter cet état Qollant et incertain dans lequel ils sont, et rentrer dans L'Eglise, qui ne varie jamais. 11? savent avec quelle fermeté on les a toujours déliés de nous faire voir la naissance des dogmes que nous soutenons contre eux, laquelle l'on ne saurait en effet trouver qu'en remontant jusqu'au temps des apôtres instruits par Jésus-Christ cl par son Esprit saint, et qu'il n'y en a pas un de ceux qu'ils nous opposent, dont l'on ne leur ait cent fois fait voir le commencement et la condamnation. Enfin qu'ils se souviennent que S. Pierre ne se crut en pleine sûreté qu'après que le Seigneur l'eut tiré dans son bord (.S'. Matth. , c. XIV, 31-.T2) : que la barque dans laquelle Jésus-Christ le iil entrer affronta tous les flots et tous les périls de la mer, et que celte barque est la ligure de l'Eglise que notre maître n'abandonnera jamais. Que nos frères y viennent donc pour éviter le naufrage, qui est infaillible dans tout autre vaisseau que dans celui (le S. Pierre, puisqu'il n'y a que celui-là qui soit conduit par le Fils de Dieu.

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