DES INDULGENCES
Quant à la puissance des indulgences , qui consiste à remettre par le mérite de Jésus- Christ et de ses saints , la peine du péché hors le sacrement, pourquoi trouvez-vous élrange qu'en ce siècle , l'Eglise en prétende la puissance, puisque la pratique nous fait connaître qu'elle en est de tout temps en possession , ayant dès sa naissance remis les peines canoniqueset ecclésiastiques? S. Paul ne remet-il pas la peine imposée par l'Eglise à l'incestueux Corinthien (3) ! l'Epître des Eu* thychécns rapportée au concile de Chalcédoinc (4), ne fait-elle pas mention qu'au temps de Pâques , on remettait aux pécheurs ce qu'ils avaient mérité par leurs fautes? N'estce pas ce que veut S. Cyprien (5), lorsqu'il dit: Dieu peut donner indulgence , il peut adoucir son jugement , il peut par sa clémence pardonner à celui qui fait pénitence , qui opère des
(1) Serm. 11. de verb. Apost. orationibus sancue Ecclesiœ etsacrificio salulari et eleemosynis non est cluliiiiin mortiins adjuvari.
(2) Ilomil. 41. in 1. Corinlh. Juvelur morluus non lacrymis, sed precibus, supplicationibus, eleemosynis.
(3) IL Cor. cap. 2. Cui antem nliquid donaslis, et ego : nam el ego quod donavi, si quid donavi propter vos in persona Cbristi.
(4) Acl. i. Snpervenit et salnlaris dies passionis et sacra nox et resurrectionis feslivilas, in qua quidein et plurimis peccatoribus a sanclis patribus nostris damnaliones solvnniur.
(;>) Lib. de lapsis. Potest illc ( Deus) indnlgcntiain dare, senientiam suam potest ille dcflectcrc : pœnilenti, roganti potest clemenler ignoscere , potesi in accepium rel'erre quidquid pro lalibus cl pelicrint martyres cl fecerint sacerdoles.
DÉMON1- f. E\ \>G. 111.
bonnes œuvres, et qui prie, il peut approuver et avoir pour agréable, tout ce que les martyrsauront demandé et que les prêtres auront fait en sa faveur. Ces paroles font clairement connaître que les martyrs demandaient à l'Eglise rémission des peines des fidèles et que l'Eglise interinait quelquefois leurs requêtes. N'est-ce pas aussi ce que veut Tertullien au livre de la pudicité (1), où après avoir discouru de la rémission du péché par Jésus- Christ, il reproche à l'Eglise de laquelle il s'était lors séparé, quelle donne cette puissance à ses martyrs ?
Et en effet, puisque l'Eglise a pouvoir d'imposer les peines canoniques, qu'elle apparence de dire quelle ne les puisse ôter, puisque la raison fait connaître que ce pouvoir est nécessairement conjoint à l'autre ?
Si vous dites que les peines canoniques qui étaient remises par l'Eglise n'étaient pas imposées pour payer ce dont nos fautes nous rendent redevables à Dieu, mais seulement pour satisfaire à l'Eglise offensée par le scandale du péché, vous serez condamnés par la raison, le témoignage des pères, et la confession même des vôtres. Par la raison, en ce que les satisfactions qu'on enjoignait n'étaient pas seulement pour les fautes publiques, par lesquelles l'Eglise recevait du scandale; mais aussi pour celles dont elle n'avait aucune connaissance, pour des péchés cachés, comme le témoignent saint Cyprien (2) et Sozomène (3) : d'où il s'ensuit que la peine qui se remettait par forme d'indulgence, avait été ordonnée pour satisfaire à Dieu et non seulement au public.
Davantage ces peines qui avaient été ordonnées et qui étaient remises, s'accomplissaient quelquefois en cachette (4), comme nous apprend Gennadius. Quelquefois elles étaient enjointes pour des péchés légers, selon le rapport de saint Cyprien (5) , et on les iniDOsait,pour adoucir Dieu par pénitence et faire qu'il nous pardonnât, d'autant plus volontiers que moins nous nous pardonnerions à nous-mêmes, ce dit Tertullien (6) . Pour impétrer^pardon de Jésus-Christ et pour rédimer, dit saint Cyprien, (7) nos offenses. Afin que Dieu effaçât les péchés qui avaient été commis auparavant, et de peur que la punition des péchés ne fût réservée à la fin, c'est-à-dire en l'autre monde, dit saint Augustin(8) .
(1) C. 22. Al tu jam in marlyres luos effundis banc poteslalem.
(2) Cypr., lib. de lapsis, plus delinquit qui evadere se poenain criminis crédit, si non palam crimeh ad-
niisit Hoc adeo profieil m sii minor culpa non
ut innocens conscicnlia. Nec ces>el in agenda pœnitentia alquc in Domini miserioordia deprecanda, ne quod minus esse in qualitale delecti videlur in ncglccla satisfactione cumulelur.
(3) Sozom., lib. vu, bisl. c. 16.
(4) Gennad. lib. Eccles. dog. c. 53.
(5) Cypr. Serm. de laps, civil.
(6) Lib. de Pœnilenlia. c. 9. Ut pœnilcnlia Deus miligelur, cl in quanmm non pepercerim midi, in tanlum mibi Deus parcat.
(7) Epist. o5. Ut exorelur salisfactionibus Christus, ul salisfactionibus deiicla redimanlur.
(8) Enchirid. c. 08. Dclcat ( Deus ) jam fada pec-
(Trois.)