‹ Démonstrations évangéliquesChapitre 15 sur 305 · MONSiUATION r.\ AV.I I loi I · texte numérisé non relu

MONSiUATION r.\ AV.I I loi I

Or, toutes ces considérations n'ont point de lien aux satisfactions, qui se Grisaient ■eulemenl envers L'Eglise, puisera on ne les imposait pas pour des péchés secrets , pour des offenses légères, qu'elles ne m taisaient pas à cachette, qu'elle! n'étaient pas, selon tom, ordonnées pourapaiser Dieu par pénitence et impétrer pardon de Jésus- Christ, pour faire que Dieu effaçât les péchés commis et ns les punit en l'autre monde. Et partant, les peines qui étaient imposées n'étaient pas seulement pour satisfaire à 1 E-

irlisc. . ,__ ..

*" Arousdirez volontiers, il est vrai, quel Eglise a remis des peines canoniques, que quelquesunes sont laUsCactoires devant Dieu , mais d'autant qu'elles ne le sont pas toutes, il ne s'ensuit pas que celles de ee genre aient été remises par l'Eglise. A cela je dis premièrement que celle réponse n'a autre fondement que celui de \otre erreur. Secondement, je dis que La raison voulant que quiconque imposeune peine, ait puissance d'en dispenser, il s'ensuit bien que si 1 Eglise en impose de satisl'acloires devant Dieu, elle a pouvoir de les remettre. J'ajoute en troisième lieu, que les pères vous condamnent clairement, en ce que, parlant des peines que l'Eglise remettait par indulgence, ils les rapportent quelquefois à Dieu. C'est ce que faitïerlullien(l) au lieu touché ci-dessus , où , impugnant comme hérétique la vérité catholique, il montre clairement qu'il s'agit de la peine qui était due à Dieu à cause du péché : Qui permet, ce dit-il , « l'homme de donner les choses qui sont réservées à Dieu. Qu il suffise au martyr de purger ses propres péchés. Il n'appartient qu'à l'ingrat ou au superbe, de départir aux autres ce qu'il a reçu, comme chose de grand prix : qui est celui qui paie la mort d' autrui par la sienne, que le seul Fils de Dieu ? Et partant, toi qui le veux initier, en remettant les péchés, si ainsi est que tu v'ai s cornais aucune faute, endure pour moi; que si lu es pécheur, comment estimes-tu que l'huile de ta lampe puisse suffire, et pour lui et pour moi?

Ces paroles font voir clairement que les peines qui se remettaient en la primitive Eglise, étaient dues à Dieu, et non aux hommes, et que telles indulgences se faisaient hors les sacrements, puisque (ce qui esta noter), telles rémissions se faisaient par la passion des martyrs, et que les sacrements n'ont force que par celle de Jésus- Christ. Pourquoi Terliillien, après avoir parlé des rémissions qui se font par Jesus-Chrisl , rejiiochc-l-il à L'Eglise qu'elle donne celte puissance à ses martyrs, s'il ne reconnaît que les peines qui se remettaient au nom des

esta. El c. 66. Ne peceata reserwhlur in finera.

(I) Trruill de pbdieun.c 22, Sutticwl martyri proprio delicta purgasse. Infrati vel BuperW est in alins<iuoi|iie gfcargere qatfifN MatjnofuerM consecu- (oS. Quifi :dicu;nu moruw Mt soivit uisi soins Dei Filiusî Proinde qui illum «mutons donswd* detfeta? §j niliil i|»e dcliquisli , plane paleie pro ne : si verd

peccator es, qemnsés oleum mata tam aufuosre et

jniliicl libi poient I

martyrs, sont les mêmes qui se remettent par mus-Christ, peines qui sont satisfacloires devant Dtent Pourquoi Théophilacte , expliquant ces parole, de saint Paul, qui avait usé d'indulgence envers l'incestueux Corinthien, dit-il 1 que quand il lui pardonne en la i ersonne de Jésus-Christ, il lui pardonne pat son commande ment, et comme tenant sa place, si les peines que remet ce grand apôtre oe sont satisfactohres devant

Dieu?

Cette vérité est si claire, que les vd mêmes vous condamnent en ce que vous la condamnez,. Ce qui parait en ce que Kemniiius (2), dont vous faites tant d'état, avoir sommairement représenté ce que la plupart des pères de l'Eglise écrivent star ce sujet, avoue qu'on ne le peut expliquer, selon que les termes s(m( coin lies , sans ruiner votre créance. D'où il s'ensuit qu'au moins avons-nous par votre bouche, que la créance que vous impugnez e^t celle d de l'ancienne Eglise. Qu i

pureté, a use <ie cette puissance, pourquoi ne le fera-l-elle maintenant ? Vous sullira-t-il pour l'improuver, de mettre en avant quelques abus, que vous préten tre

coulés? Nous ne tirerez autre fruit de cet artifice, que faire voir à tout le monde que vous êtes vraiment de la nature il >nt

parle saint Grégoire de Nazianze i . qui, a l'imitation des mouches, s'attachent aux ulcères des corps, et non aux parties sain puisque c'est chose reconnue des vôtres mêmes (5), que l'abus d'une c! Ole nos la puissance ni l'usage. Donc la puissance des indulgences est fondée en l'Ecriture, aux pères, en la pratique de l'ancienne Eglise, selon votre propre confession: l'us ... n -l saint, et s'il ouvre la porte au train .ulralie spirituel des mérites de Jésus-Christ et des saints dont il enrichit les fidèles par bons et légitimes moyens: et l'avarice ne cause autre mal en ce point que celui que \ous en recevez, en tant que cet le premier motif, qui a porté Luther à révoquer ce pouvoir de l'Eglise en doute, et qui, par conséquent, l'a rendu tributaire au diable.

CHAPITItE VI.

SECTION I -

MIMSÏT.I -.

Votre Majesté aussi reconnaîtrait que nous sommes hais, pour ce qu'au suint siuronent de la cent nous parlons et faisons comme J<sus-Christ a fait arec ses disciphs : car comme

(i) lu 11. Cor. c. i. In p CHndum, et ooram Christ», el lantuam illo iioe jubenle ;>e veluli ejus vicein gerens ilimisi.

Kriiniiiiis part. 4. eJ t hidnl. p. 1 12.

Talia siini qu e saha fi'l • ( seitù 1 1 pi tçsi mil i possuitt, uec (leluni sietrt sonnnt acc'rp'fl et intelligi. (3) Cnncil. Nie. can. II. Clialced. i

.le Kunomianis û;-ip pvitu tcîst/wj-

, tlrt «UROTru '

i,Y) Witak. contre*. 1. qu;e. 2. c. U. Abuses ni non lollii usum ejusdSMi

DES PRINCIPAUX POINTS DE LA FOI

ainsi soit que tous confessent que Jésus-Christ a bien fuit, et qu'il n'y a rien à redire en son institution, le pape pourrait mettre fin à toutes les contentions et (roubles de la chrétienté nés sur ce point, s'il voulait remettre la sainte cène en la forme que Jésus-Christ l'a célébrée, en parlant comme lui et faisant comme lui, mettant bas toutes disputes, et nous contenant en la sobriété prescrite par la parole de Dieu. Par ce moyen tous communiqueraient , et n'y aurait plus de messes privées. Il ne se ferait aucune élévation d'hostie ni oblation de sacrifice ; chacun communiquerait sous les deux espèces.

RÉPONSE

Messieurs, vous êtes de ceux qui ne perdraient jamais leur cause s'ils en étaient crus à leur simple parole. Jésus-Christ a célébré le mystère de l'eucharistie en une salle, et vous en faites la célébration au temple; lui la nuit, vous au matin ; lui après souper, vous devant dîner et à jeun ; lui proche de sa mort, vous longtemps devant la vôtre; lui avec des pains azymes, vous avec des pains faits avec levain; lui avec des hommes seulement, vous avec des hommes et des femmes tout ensemble ; lui une seule fois en sa vie, et vous plusieurs ; lui après avoir lavé les pieds des apôtres qu'il communiait, vous sans observer cette cérémonie, quoiqu'il l'a commandé en termes exprès (1) ; lui couché à la mode des anciens, et vous debout ; lui, laissant libre à sesapôlresde discourir ensemble, vous faisant garder le silence; lui rompant le pain, vous le coupant. Imitez-vous Jésus- Christ en toutes choses? L'Ecriture étant règle de vos actions, donnez-moi un passage , qui vous donne pouvoir de changer en tant de diverses circonstances ce qu'a fait Jésus - Christ, s'il faut suivre en toutes choses ses pas et son exemple. Que si vous dites qu'étant obligés de garder ce qui est essentiel aux mystères faits par Jésus-Christ, il est permis de changer ce qu'il a fait en choses indifférentes ; prouve/ par l'Ecriture que ces choses le sont plutôt que celles dont le changement nous rend criminels à votre compte. Ou si vous ne le pouvez faire, confessez que ce que vous dites, est, comme parle saint Augustin (2), vanité, et non vérité, et qu'en nous accusant mal à propos, vous vous condamnez justement vous-mêmes. C'est véritablement en ce qui est intrinsèque , et essentiel au*. mystères, qu'il faut suivre l'exemple de Jésus-Christ en tout et partout; c'est en cela que toute dispute mise à part, il se faut contenir en la sobriété prescrite par lui-même, parlant, et faisant comme lui, et plût à Dieu nuevousle li.ssi'-z Lors vous confesseriez que la substance de l'eucharistie est le corps et le sang de Jésus-Christ, et non une pure fi-

(1) Si ertn I ivi pe les vestros doininus el mngisler, sic et Vos ii'bciiN atrer alterfat l»varfi pedeS, exempluin enim dedi vol>is, ut queiiiadmoduiii ego leei vo- Dis, lia et vos laciatis.

(2) Lih. u. Conlr. advers. legis. Hoc vanilas et non yenus dicit,

gure énergique de l'un et de l'autre. Car à quelle On (1) l'Ecriture dit-elle que l'eucharistie est le corps et le sang de Jésus-Christ en termes très-clairs, non seulement une fois, mais quatre fois, par trois evaugélistes et un apôtre , sans dire en aucun endroit que ce n'est pas son corps , ains seulement la figure: si elle veut que nous croyions l'un , qu'elle ne dit pas, et non l'autre, qu'elle affirme ? Si la foi se doit régler par l'Ecriture, nous sommes obligés de croire que l'eucharistie est le corps et le sang de Jésus-Christ, puisqu'elle le dit plusieurs fois : et nous ne pouvons croire qu'elle ne soit pas le corps et le sang de Jésus-Christ, puisqu'elle ne le dit en aucun endroit et qu'on ne trouve point en aucun lieu, qu'elle affirme plusieurs fois clairement une chose être ce qu'elle n'est pas, sans dire expressément enquelqu'autre endroit qu'elle ne l'est pas.

Si l'Ecriture est instituée pour nous faire savoir les intentions de Dieu et de son Fils Jésus-Christ, qui par icelle parle à nous , qui jugera que, pour nous faire connaître que le sacrement de l'eucharistie est pain et vin , et non la chair de Jésus-Christ et son sang; qui jugera, dis— je, que, pour nous donner cette connaissance, l'Ecriture dit plusieurs fois que c'est son corps, que c'est son sang, sans dire expressément, en aucun lieu, que ce n'est ni l'un ni l'autre? Qui peut faire un tel jugement, sinon ceux qui, ayant le cerveau à l'envers, voudront qu'on entende toutes choses à contre-sens, un contraire par un autre, et la négation d'une vérité par l'affirmation d'icelle? Jésus-Chrjst ne se moque point des hommes, il n'ignore point la façon usitée de parler entre eux, il ne leur dit point une chose pour qu'ils croient l'autre, et par conséquent puisqu'on l'eucharistie , il dit si clairement à • ses apôtres, que ce qu'il leur donne à manger est son corps, qu'il n'y a point de paroles avec lesquelles il le peut dire plus expressément; c'est sans doute qu'il leur a donné son vrai corps. Autrement, il faudrait qu'il se moquât des hommes, et (ce qui est à noter) en chose très-importante à leur salut, ou qu'il ignorai ta façon de s'exprimer entre eux.

Sur quoi \ous me permettrez de vous demander en cette occasion, de que, comme j'ai déjà remarqué (2) saint Augustin demande aux donatistes en une semblable occurrence: Quoi donc? lorsque nous lisons,

(I) Matth. XXVI. Accepil Jésus panent el benedixil ac fregit, dediique discipolls shIs, ai ait, accipilèet comodile. Hoc est corpus ttieum. Mue. XIV. Aceepif,

Jesn-. panent et bunediceuÉ Fregit ei dedii eia , et ait

suuiile, llor e-t corpus niemu.. Lue. \X\ 11. Aceeplo pane, gratins egiiei IregU.ei dedii eis dirons, Hoc est Corpus nieuin ipioil pro vciliisdalur, boç facile in meam cijiniii'.noraiioiieni. 1. Cor. 11. Dominos Jésus in qua hocle tradebaiitr, accepil panei{i et gratias agens fregil el dixil, acciplic el manduealo, Hoc eSt corpus mcnni tftfod pio voliis iradoitir.

(L2) Aug. lit). .">. conir. Faust, c. 7. Quid ergo, citnt

tegl s, obliviscimtir qucmtdàbdum luqui lofaatius ?

An Script ura Dei aliter iiobiscin» luerat quant noâtro more loeulura?

oublions-nous comment nous ai ont accoutumé de parler f T Ecriture du grand Dieu devaitelle wer avec noue d'autre langage que / tre? Quid ergo, cum legimus, oblivùcimur quemadmodum loqui eoleamuêt In tcriptura l)ei aliter nobiscum fucrut uuàm noitro more locutura 'f

Puisque Jésus-Christ dit clairement et dissertement, qu'il nous donne son corps livré pour nous, paroles les plus significatives que nous saurions désirer, pour nous témoigner que c'est son vrai corps. Qui vous peut empêches de croire que c'est son vrai corps qu'il nous donne? Désireriez— tous qu'il eût dit : Ceci est vraiment, réellement, proprement, substantiellement mon corps? Si quelqu'un de ces adverbes était requis pour dénoter la vérité de ce qu'on affime, je ne serais point obligé de croire plusieurs des principaux mystères de la foi que vous croyez aussi bien que nous, comme que Jésus-Christ soit né de la Vierge et qu'il ait souffert mort et passion : vu que l'Ecriture ne sesjert d'aucun de ces adverbes pour enseigner ces vérités et qu'elle n'a point de termes plus exprès que ceux qu'elle emploie pour signifier la présence du corps de Jésus-Christ en l'eucharistie.

Comme donc si on doutait, que quelque chose qui apparaît, lût véritablement un homme, il ne serait point nécessaire pour l'assurer, d'y ajouter ces mots, véritablement, réellement; mais il suffirait de l'assurer absolument, disant : c'est un homme, parce que, comme disent les philosophes, ce terme vrai, n'ajoute rien à la chose, Verum non additenti. Ainsi, pour que Jésus-Christ fasse connaître que son corps est vraiment en l'eucharistie , c'est assez qu'il le dise en simples termes, pris en leur propre signification ; cequi doit être fait ici principalement, puisqu'il ne dit pas seulement : C'est mon corps ; mais, mon corps, donne, livré, pour vous ; termes qui désignent le vrai corps de Jésus-Christ, qui seul est donné pour nous. Au reste, il est manifeste que l'être et la nature d'une chose, est plus clairement exprimée par des paroles qui affirment directement ce qu'elle est, que par d'autres qui la désignent seulement sous un certain nom, sans affirmer diserlement qu'elle soit ce, sous le nom de quoi elle est signifiée ; et par conséquent nous avons plus d'occasion de croire que l'eucharistie est le corps de Jésus-Christ, parce que l'Ecriture dit directement qu'elle l'est, que de croire qu'elle soit du pain ; parce que l'Ecriture la signifie sous le nom de pain, vu principalement qu'elle ajoute à ce nom de pain, des épithèles qui ('éloignent de sa propre signification , et qu'au contraire, quand elle dit que l'eucharistie est le corps de Jésus-Christ, elle dit avec des restrictions qui resserrent et lient étroitement le mot de corps à la signification du propre corps de Jésus- Christ.

Les noms n'infèrent pas les choses, s'ils ne sont mis en avant pour exprimer l'être d'icclli-s ; par exemple Jésus-Christ est dit [Apocat. V.r.lS) lion, [Corin. X. ».'») pierre, [Jean. XV,

DÉMONSTRATION l \ wu.i.n.n l . 76

r. 1, frigne, •/"//<. \, r.7 porte, /'• CLXXV) par analogie seulement, en ayant l'effet et non l'être, la manne e»t dite pain en llicriture , quoiqu'elle n'en ail pas la substance.

Si en un endroit, l'Ecriture nous commande de communier, en un autre nOUS propOM le fruit de la communion . et que quelquefois elle nous en déclare la fin ; quel a\ eoglement volontaire scrail-i •>• dé ronloir inférer de ces lieux, ce que c'est que l'eucharistie et ne le point tirerdu lieu où son institution est contenue ! De ces paroles expresses : C< mon corps, que Jésus-Christ a proférées pour exprimer clairement ce qu'elle est. Si je mets en avant ces deux propositions, l'homme est animal raisonnable, et l'homme est ne' pour tervir Dieu, je dis plus clairement ce que c'est que l'homme par la première, que par la seconde, vu que la première j'explique distinctement ce qui est de son être par ses partie^ essentielles; et que par la seconde je déclare seulement, ce à quoi cet être se rapporte et à quelle fin il est produit. Cependant tous voulez le contraire, soutenant contre toute raison, que Jésus-Christ ait dit plus clairement ce que c'est que l'eucharistie, quand il déclarait seulement (1) sa fin, que quand il l'établissait et expliquait sa nature et son être.

Vous faites pis, car non seulement vous aimez mieux recueillir votre créance des paroles de l'Ecriture, qui montrent (2) l'effet, la fin (3), on les promesses (k) de l'eucharistie , que de celles qui nous en apprennent la première institution, par lesquelles toutefois, toutes les autres qui concernent ce mystère, doivent être expliquées ; mais même vous fondez votre foi sur des discours, qui n'en font aucune mention; comme quand vous inférez que Jésus-Christ ne peut être réellement au sacrement, de ce que l'Ecriture nous enseigne, qu'il est monte au ciel (Ephe's. IV : que nous ne le devons pas chercher sous les symboles de l'eucharistie, parce qu'il est dit que «oms ne l'aurons pas toujours avec nous (Marc. XIV; Jean. XII . Quelle raison, mais quelle apparence j a-t-il, de dire que l'Ecriture explique plus clairement ce que c'est que l'eucharistie, quand elle n'en parle pas, ou si elle en parle, c'est indirectement , que quand elle entreprend d'expliquer expressément ce qui est de son être et de sa nature?

Si on remarque avec soin la grande différence qu'il y a entre votre procédé et le nôtre, je m'assure que par la comparaison des deux, nous aurons bientôt gain de cause, au jugement de tout le monde : car pourquoi croirait-on plutôt que Jésus-Christ soit vrai Dieu, qu'il ait pris chair humaine, qu'il ait

(I) Luc. XX11. Hoc facile in mcam commcmoralioinin. El [Cor. 11. OuoUsi unique m.inducaliilis panom hune et calicem bibetis, morlem Domini an- Dunliabilis.

(-2) Joui. VI. Qui niaducal hune panein , vivel in sternum.

5l Luc. XX11; cl 1 Cor. 11. cil.

i) Panîs quem ego dabo caro mea est.

DES PRINCIPAUX POINTS DE LA FOI

souffert mort et passion, et autres mystères, sur ce que l'Ecriture les affirme simplement , que non pas, que le vrai corps de Jésus-Christ est en l'eucharistie, puisqu'elle le dit aussi expressément, et encore avec des restrictions qui nous obligent d'entendre par ce mot de corps le vrai corps de Jésus-Christ? Pourquoi ne croira-t-on pas plutôt aux paroles du Fils de Dieu, qu'aux conclusions que vous tirez de deux principes, dont l'un est à la vérité de l'Ecriture, mais qui ne parle point de l'eucharistie ni de sa substance : et l'autre est purement humain, destitué de preuve? Il faut être sans yeux et sans cervelle pour ajouter plus de foi à vos imaginations, qu'aux paroles de Jésus-Christ, et suivre plutôt vos illations trompeuses , que les termes exprès de l'Evangile. Es choses de Dieu , dit saint- Augustin, écoutons Notre-Seigneur, et non des conjectures et soupçons des mortels (1).

Après avoir ouï cette première vérité, écoulons ensuite les pères de l'Eglise, et particulièrement ceux qui ont été des premiers siècles : Ne disent-ils pas que l'eucharistie est (2) Le vrai et propre corps de Jésus-Christ ? Que c'est (3) vraiment et proprement le sang de Jésus-Christ (k), qu'il est en nous par sa chair : que l'eucharistie (5) n'est pas pain , vin, figure, mais, le corps et le sang de Jésus- Christ (6). Qifc le corps de Jésus-Christ n'est pas seulement pris par foi, par charité, mais par la bouche : Que Jésus-Christ (7) y est adoré eu l'eucharistie : Que son corps (8) y étant, se trouve enplusieurs lieux. ■

(1) Lib. i. de peccat merit. c. 20. In Dei rébus Doiiiinum audiamiis non conjecturas, suspicionesque morlalium.

(-2) Ambros. 1. vi. de sacrum, c. 1. Sicut Christus verus Deus , ila vera caro. Cyrillus Alexand. in déclarât. Analli. 11. Tanquam proprium vivificanlis verbi corpus et sanguinern accipimus. Chrysosl. bom. 45. in Joan. proprio nos sanguine pascit. Epiplian. in Ancbora. Qui non crédit esse ipsuin veruna (Christum ) sicut dixit, is cxcidil a gratia el salute.

(3) tlilar. 8. de Trinit. Si enim vere Verbuni caro factura est , et nos vere Verbum carnem cibo dominico siimimus. Justinus in Apolog. Theopby. in Malt. XXVI.

(4) Hilarius 8. de Trinit. In nobis carnalibus manentem per carnem Cbrisium babemus.

(5) Cyrillus. Ilierosolymi. Catecb. 4. Hic qui videlur a nobis non. est panis... sed corpus Cbristi, et vinum, non vinum, sed sanguis est Cbristi. Ambros. I. iv. de sacrain Damascen. 4. de (ide c. 14. Nec vero panis et vinum corporis Cbristi figura sunt, absit enim hoc, veruin ipsummel Domini corpus.

(6) Cyrillus Tract. 10. in Joan. Non negamus recur. cos lide ebarilaleque sincera Cbrislo spirilnaliter conjungi, sed nullam nobis naturalig conjunclionis rationcm secundum carnem cuin il lo esse, id profecto

pernegamus, idque divinis Scripluris o ion alienmn

ilicimus August. lib. u. contra adversa leg. cap. 9. Fideli corde atquc oie suscipiums medialorem Dui et b'iniinum Cbristum Jesum.

(7) Ambros. 1. m. de Spir. sanct. c. 12. Carnem Cbristi in mvsteriis adoramus qoara apostoli in Domino Jesu adoraruut. August. 1. x. contra Faust, cap. 13,

(8) Chrysostom. 1. ni. de sacerdot. O miraculum ! O Dei benignitatem ! qui sursum sedet cuin patre,

Comment serait-il possible qu'ils dissent positivement ce que nous croyons, et ce avec tant de diverses laçons de parler, toutes expresses, claires et directement opposées aux termes dont vous usez pour le détruire, s'ils eussent cru ce que vous croyez? Cela ne se peut dire, si on ne veut s'imaginer que les saints pères aient voulu, pour nous tromper, dire l'un, et croire l'autre. Personne ne l'oserait seulement penser, mais au contraire, nous avons toute occasion de reconnaître la divine providence, en ce qu'encore que pour enseigner une vérité, ce soit assez de l'affirmer et dire qu'elle est en termes ordinnaires, selon lesquelles on a accoutumé de s'exprimer. Dieu à qui toutes choses sont présentes, prévoyant les extrêmes assauts , que son Eglise recevrait en l'auguste mystère de l'eucharistie, ne s'est pas contenté, que les pères affirmassent simplement la réelle présence du corps de Jésus-Christ en icelle, mais en outre a voulu qu'ils l'enseignassent avec des manières de parler, du tout opposées à celles, par lesquelles il reconnaissait qu'on devait nier cette vérité, qui est si claire, que quoique Luther (Epist. ad Argentin.) ait employé cinq ans de temps, pour expliquer les paroles de l'institution de l'eucharistie par figure, selon qu'il l'avoue lui-même; il reconnaît toutefois ne l'avoir pu faire, condamne ceux qui le font comme hérétiques, et confesse la réelle présence du corps de Jésus- Christ , en quoi il est suivi par la confession d'Ausbourgla première de toutes les vôtres.

SECTION II

Page 1