XXVI. On se croit naturellement bien
jl] Quelques éditions mettent moins au lieu de nom, (-2) (.'.'< st li' lilre des tliî'si's que Jean Pie de la Mira» umt avec grand éclat à Rome, à l'âge de riagh quatre ans, eu 1 1
PENSEES DE PASCAL
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plus capable d'arriver au centre des choses que d'embrasser leur circonférence. L'étendue visible du monde nous surpasse visiblement; mais comme c'est nous qui surpassons les petites choses , nous nous croyons plus capables de les posséder : et cependant il ne faut pas moins de capacité pour aller jusqu'au néant que jusqu'au tout. Il la faut infinie dans l'un et dans l'autre, et il me semble que qui aurait compris les derniers principes des choses pourrait aussi arriver jusqu'à connaître l'infini. L'un dépend de l'autre, et l'un conduit à l'autre. 'Les extrémités se touchent et se réunissent, à force de s'être éloignées, et se retrouvent en Dieu, et en Dieu seulement.
Si l'homme commençait par s'étudier luimême, il verrait combien il est incapable de passer outre. Comment pourrait-il se faire qu'une partie connût le tout? Il aspirera peut-être à connaître au moins les parties avec lesquelles il a de la proportion ; mais les parties du monde ont toutes un tel rapport et un tel enchaînement l'une avec l'autre que je crois impossible de connaître l'une sans l'autre et sans le tout.
L'homme, par exemple , a rapport à tout ce qu'il connaît. Il a besoin de lieu pour le contenir, de temps pour durer, de mouvement pour vivre, d'éléments pour le composer, de chaleur et d'aliments pour le nourrir, d'air pour respirer. Il voit la lumière, il sent les corps, enfin tout tombe sous son alliance.
Il faut donc, pour connaître l'homme, savoir d'où vient qu'il a besoin d'air pour subsister; et pour connaître l'air, il faut savoir par où il a rapport à la vie de l'homme.
La flamme ne subsiste point sans l'air : donc pour connaître l'un il faut connaître l'autre.
Donc toutes choses étant causées et causantes, aidées et aidantes , médiatement et immédiatement, et toutes s'entretenant par un lien naturel et sensible, qui lie les plus éloignées elles plus différentes, je liens impossible de connaître les parties sans connaître le tout, non plus que de connaître le tout sans connaître en détail les parties.
Et ce qui achève peut-être notre impuissance à connaître les choses, c'est qu'elles sont simples en elles-mêmes; el que nous sommes composés de deux natures opposées et de divers genres, d'âme et de corps. Car il est impossible que la partie qui raisonne en nous soit autre que spirituelle ; et quand on prétendrait que nous fussions simplement corporels, cela nous exclurait bien davantage de la connaissance des choses : n'y ayant rien de si inconcevable que de dire que la matière puisse se connaître soi-même.
C'est cette composition d'esprit et de corps qui a fait que presque tous les philosophes ont confondu les idées des choses et attribué aux corps ce qui n'appartient qu'aux esprits, et aux esprits ce qui ne peut convenir qu'aux corps. Car ils disent hardiment que les corps tendent en bas, qu'ils aspirent à leur centre, qu'ils fuient leur destruction, qu'ils craignent le ride, qu'il» < » ■ 1 1 des inclinations ,
des sympathies, des antipalhics, qui sont toutes choses qui n'appartiennent qu'aux esprits. Et en parlant des esprits, ils les considèrent comme en un lieu, et leur attribuent le mouvement d'une place à une autre, qui sont des choses qui n'appartiennent qu'aux corps, etc.
Au lieu de recevoir les idées des choses en nous , nous teignons des qualités de notre élre composé toutes les choses simples que nous contemplons.
Qui ne croirait, à nous voir composer toutes choses d'esprit et de corps, que ce mélange-là nous serait bien compréhensible? C'est néanmoins la chose que l'on comprend le moins. L'homme est à lui-même le plus prodigieux objet de la nature ; car il ne peut concevoir ce que c'est que corps, el encore moins ce que c'est qu'esprit, et moins qu'aucune chose comment un corps peut être uni avec un espril. C'est là le comble de ses difficultés, et cependant c'est son propre être : Modus quo corporibus adhœret spiritus cornprehendi ab hominibus non potest, et hoc tamen homo est.
XXVII. L'homme n'est donc qu'un sujet plein d'erreurs, ineffaçables sans la grâce. Rien ne lui montre la vérité : tout l'abuse. Les deux principes de vérité, la raison et les sens, outre qu'ils manquent souvent de sincérité , s'abusent réciproquement l'un l'autre. Les sens abusent, la raison par de fausses apparences ; et cette même piperie qu'ils lui apportent, ils la reçoivent d'el'e à leur tour : elle s'en revanche. Les passions de l'âme troublent les sens, et leur font des impressions fâcheuses : ils mentent, ci se trompent à l'envi.