DE LA COMMUNION SOUS UNE SEULE ESPÈCE
Improuver les anciennes coutumes île l'Eglise , comme vous laites, sans apporter aucune loi qui les condamne, c'est se condamner soi-même. Vous criez anathème contre nous, à raison de la communion sous une seule
espèce, qui a été de tout temps pratiquée en l'Eglise ; vous persuadez au peuple que nous lui faisons grande injure de ne lui donner pas les deux espèces : et toutefois vous ne produisez aucune loi qui défend ce que nous faisons, comme chose illicite.
Que celte coutume soit de longtemps pratiquée en l'Eglise , saint Cyprien (Serm. de lapsis). saint Ambroise (De obitu Sati/ri), et Tcitullien (Lit). U. ad uxoremEuseb. lib. VI. c. 36jj qui pnl vécu au deux, au trois et quatrième siècles nous le font connaître lorsqu'ils témoignent que les premiers chrétiens gardaient l'eucharistie en leurs maisons, sous la seule espèce du pain, pour s'en servir à toute heure, en diverses occasions, soit en leurs maladies , soit pour se préparer au martyre, dit pour quelque autre cause. I! parait encore en ce que saint Cyprien remarque particulièrement (Lib. de lapsis), qu'on communiait les enfants sous la seule espèce du vin : et que saint Basile témoigne que ceux qui vivaient eu solitude dans les déserts communiaient sous une espèce (Basil. Epist. ad Cwsaream ÀUQust'.). Donc il demeure constant par ces autorités, que la coutume de communier sous une espèce est usitée en l'Eglise, il y a plus de douze cents ans, et ce qui esta noter, sans aucune opposition , soit des Grecs , soit des Latins jusqu'à Jean Hus.
Qui plus est , n'étant fait mention que de la fraction du pain , lorsqu'aux actes il est parlé de la communion de l'Eglise (Act. 2) , nous avons lieu d'estimer que non seulement cette coutume est introduite du temps de ces anciens , mais même du temps des apôtres. Davantage , les pères estimant que Jésus- Christ, après sa résurrection, ait en Emmaiis donné à ses disciples l'eucharistie sous la seuli! espèce du pain, nous avons occasion de croire par leur témoignage , qu'elle est du propre temps de Jésus-Christ. Quoi qu'il en soit , on ne peut révoquer en doute que la communion sous une espèce n'ait été pratiquée en l'Eglise dès le deux et troisième siècle. Si vous apportiez quelque loi qui défendit cet usage, nous aurions tort d'y Contrevenir, mais vous n'en avez point, et les autorités dont vous vous servez ne peinent dire d'aucun poids contre nous. Car pour le pass'igc: de saint Jean, VI. il est inutile, puisque selon vous il ne s'entend pas de l'eucharistie,
(1) l/lli-ioiii' des pseudo-martyrs en la vie de Jean Uns, l;i inénmiie do Juan Uns doit èlrc sainte et sacrée a Ions les lidèles.
(2) Luther in colloquiis convivalib.
DES PRINCIPAUX POINTS DE LA FOI. , 00
qu'au commencement et à la fin du môme chapitre il n'est fait mention que du pain seul, duquel il est dit qu'il donne la vie éternelle ; et que Calvin même blâme les Bohèmes, d'avoir voulu prouverpar ce texte, qu'on doit donner le calice à tout le monde (1).
Si vous produisez le lieu où saint Paul parle de l'eucharistie, vous n'en tirerez aucun avantage : ains au contraire, puisqu'après avoir rapporté l'institution de Jésus- Christ, lorsqu'il parle de la manducation de l'eucharistie, il en parle avec disjonction, disant : qui mangera ou qui boira(l, Corinth., 2). Ce qui montre bien qu'il n'est pas nécessaire de prendre les deux espèces ensemble
Si vous mettez en avant l'exemple de Jésus- Christ, ce sera inutilement, puisque vous reconnaissez vous-mêmes qu'il n'est pas nécessaire de le suivre en tout et partout, qu'autre chose est enseigner aux prêtres ce qu'ils doivent faire comme prêtres, et autre chose leur enseigner ce qu'ils doivent faire pratiquer au peuple, à qui les apôtres mêmes distribuent ce sacrement sans faire mention que du pain.
Vous produirez sans doute ce passage de saint Matthieu, XXVI : Buvez-en tous (Act., M), dont Calvin fait tant délai. Mais il vous servira aussi peu que les autres, puisqu'en cet endroit Jésus-Christ parle seulement à ses apôtres, comme saint Marc le fait connaître, disant :El ils en burent tous (Marc, XIV), ce qui montre bien que ce mot tous ne désigne que les apôtres, puisqu'il n'y a qu'eux qui en ayent bu.
Vous direz peut-être , si Jésus-Christ disant : Buvc:-en tous , n'entend par ces mots que les apôtres, que pareillement il n'entend parler que d'eux , lorsqu'il dit : mangez-en tous, et que par conséquent les fidèles ne seraient point obliges à la communion. Mais votre conséquence est nulle, parce que, bien qu'en ce passage ce mot mangez ne s'adresse qu'aux apôtres , il suffit que la communion des fidèles soit commandée ailleurs, au sixième de saint Jean, et en l'Epître première de saint Paul aux Corinthiens (I Corinth., XI, v. 28 : Probet autem seipsam homo , et sic de pane illo edat et de calice bibal).
Nous pourrions nous détendre suffisamment sans autre titre que celui de notre possession et de votre faiblesse qui est telle que vous ne pouvez nous convaincre, quoique nous condamnant vous y soyez obligés; mais nous passerons outre, étant aisé de Taire voir que nous ne faisons ni lort au peuple ni injure au sacrement ; au contraire, que ce que nous enseignons est avantageux à l'un et à l'autre, et que ce que nous soutenez est injurieux à Ions les ileux et à l'institution de Jésus-Christ. Nous ne laitons aucun tort au peuple, puisque le corps cl le sang de Jésus- Christ étant sous une espèce ans - i bien que sous les deux , et la signification du mystère demeurant entière, le peuple reçoit Jésus-
(I) Calv. in VI. Joan. v. 5ô. Non rode Boliœmi cinn hoc leslimonlo proba relit usum calicis prohiiscùum dcfocie omnibus c
Christ aussi véritablement sous une espèce , et avec autant de bénédictions du ciel, comme
sous les deux. Nous ne taisons aucune injure au sacrement, puisque son essence ne requiert pas absolument les deux espèces, mais 3u'il peut subsister sous une sans rien perre de ce qui lui est essentiel; attendu qu'il y possède le corps et le sang de Jésus-Christ, et a toutes les significations qui appartiennent à son essence, l'espèce du pain signifiant fort bien la nourriture de l'âme par la grâce et l'union des fidèles en un corps avec leur chef, en tant qu'il nourrit et que sa masse est composée de plusieurs grains de blé.
Si vous dites que le sacrement signifie la mort de Jésus-Christ, je réponds que le pain seul signifie encore celte mort , en ce que le corps de Jésus-Christ est constitué sous une espèce inanimée; par après , je dis que cette signification ne convient pas à l'eucharistie, en tant que sacrement, mais en tant que sacrifice commémoratif de celui de la croix, et qu'au sacrifice les deux espèces y sont conjointes.
Je ne me veux pas contenter d'avoir montré que la communion, sous une seule espèce, n'est injurieuse, ni au peuple , ni au sacrement; mais je dirai plus, qu'elle est avantageuse à l'un et à l'autre : elle est avantageuse au sacrement en ce qu'elle le garantit, sinon d'injure, au moins des indécences qui se pourraient commettre, étant clair que si l'espèce du vin se donnait à tout le monde, ils ne se pourraient empêcher d'en répandre ; elle est avantageuse au peuple, parce que, s'il était nécessaire de donner toujours les deux espèces, on ne les pourrait garder aisément pour communier les peuples à toute heure , à tous moments et en toutes occurrences ; par ce en outre qu'on ne trouve pas du vin partout en suffisante quantité pour communier les fidèles, par ce aussi qu'il y en a qui ont telle horreur du vin, que non seulement ne le peuvent-ils prendre, mais même ils ne le peuvent sentir, ce qui montre bien que Jésus-Christ n'a pas établi la nécessité de la communion sous les deux espèces , ne pouvant obliger à l'impossible.
C'est vous, messieurs, qui faites injure au sacrement et au peuple : ce qui paraît, en ce que vous privez l'un et l'autre de la réalité du corps de Jésus-Christ, que nous leur conservons soigneusement, et, que n'en donnant au peuple que l'apparence sous des espèces du pain et du vin, vous êtes justement comparés par Luther à celui qui, ayant humé un œuf, en donne avec soin les coques au peuple.
Vous faites en outre une très-grande injure à l'institution de Jésus-Christ, puisque vous soutenez que, quoiqu'il ait institue son sacrement en pain et en vin, ni l'une ni l'autre de ces deux espèces ne sont nécessaires , mais ou'il peut être administre en autres choses (1). Juge maintenant, le lecteur, qui
(1) Beza Epist. 2. Rite celebrabilnr (Cœna Do-
inini) sed quod panis aui vini vicem vel usa comininii,
DÉMONSTRATION ÉVANGÉLIQl i;
de nous lait injure m - |< rement, préjudicie au peuple, et qui par conséquent doit être condamné : sans doule \<ms demeurerez coupables au jugement de tout lecteur, et qui plus e^t au \6tre propre, puisque, quoique roua méprisiez l'autorité de l'Eglise par un trait de la providence de Dieu, Luther lui défère tint en ce point , qu'au rapport de vos propres calvinistes . il reconnaît qu'il n'est point nécessaire de donner les deux espèt M, que l'Eglise en a pu ordonner une seule, que le peuple s'en doit contenter, en outre approuve le règlement qu'en a fut le concile de Lalran, et dit qu'étant fait il trouverait étrange si un évèque y contrevenait de sa propre autorité (1)