CHAPITRE VIL
MINISTRES
Votre Majesté aussi connaîtrait qu'on lui dépeint notre religion toute autre qu'elle n'est à lu vérité; car si les choses qu'on nous impose , à suçoir : que nous sommes ennemis des saints et de la bien heureuse Vierge Marie; que nous disons que les bonnes œuvres ne sont point nécessaires à salut; cl que nous faisons Dieu auteur du péché , étaient véritables, nous serions qens abominables et indignes de la société des hommes. Mais ce sont calomnies forgées pour nous rendre odieux, et qui sont réfutées par nos écrits, par nos prédications et pur notre vie ordinaire.
RÉPONSE
Si vous êtes gens de parole, messieurs, il est temps que vous commenciez à plier bagage pour vous séparer de la société des hommes, puisque vous vous êtes condamnes à celte peine , au cas que vous soyez coupables d'un crime dont vous ne sauriez vous défendre.
Ennemis' des saints. — N'est-ce pas être ennemis des sainls que de leur attribuer des noms injurieux qui leur sont donnés du diable, des païens el des anciens hérésiarques condamnés parla primitive Eglise, noms que les pères improuvent el rejettent par l'autorité de l'Ecriture? Cependant témoin Kemnilius (2), l'un de vos principaux auteurs: vous les appelez ordinairement morts, ainsi que fait le diable selon saint Chrysostome (o), Julien l'Apostat en saint Cyrille (4), Vigi lance en saint Jérôme (5), qui, avec le* a litres pères . reprend aigrement cette façon de parler : Ils ne sont pas morts, dil saint Ainbroise (6) ; nous ne les appelons pas morts, dit
vel pro lemporis ratione supp'.ct, panis aut vini loco adbibealur.
(I) Hospinian. I. 1. flistor. sacram. et I. deeoncordta dise. c. 11. Luther, in déclara. Eucb. pi alibi.
(i) Kemiiit. Exam. Concil. pari. 3, p. 228 , iimtaie vocaniur morlui.
(3) Honni 58 de S. Basil.
(■I) Lib. x conir. Jul.
(5) Lib. contra Vigilant.
(6) Serai. 10. de SS. Pelr. et Paul. Non enim morlui sont quorum curamus natajen nodie, sed remtl vivunt, oie.
DES PRINCIPAUX POINTS DE L Y FOI
saint Damascène (1) ; il n'est pas Dieu des morts, mais des vivants, dit saint Jérôme (2) avec l'Evangile ; les saints ne sont pas appelés morts, mais dormants, ajoute-t-il.
N'est-ce pas être ennemi des saints que de les priver de tout soin et de toute charité envers les hommes, les rendant en l'état de perfection auquel ils sont plus imparfaits que ceux qui sont ici-bas sujets aux défauts du monde? Cependant c'est ce que vous faites : ils n'exercent point, dit Calvin (3), la charité ; ils n'ont point de soin de nous : nous savons que les offices de la charité sont restreints au cours de la vie présente.
N'est-ce pas être ennemi des saints que de soutenir qu'ils ne prient pour les vivants, ni en général, ni en particulier? Cependant c'est ce que vous dites : le* défunts, dit Polanus (k), professeur à Bâlc, n'intercèdent envers Dieu pour les vivants, ni en général ni en particulier.
N'est-ce pas être ennemi des saints que de les appeler monstres, masques, bourreaux, bêtes? Que de dire de Moïse, choisi de Dieu pour chef de son ancienne loi, que sa sagesse est hypocrisie, qu'il a la bouche pleine de fiel, voire même de fureur? Que de dire que saint Jacques, l'un des apôlres, radote? Cependant c'est ce que vous faites (5), Calvin honorant sainte Catherine et saintChrislophe du nom de monstre (6), saint George et saint Hippolyte de celui démasque (7), saint Dominique de celui de bourreau (8), saint Médard et autres de celui de bêtes (9), et Luther disant que la sagesse de Moïse était hypocrisie , et que saint Jacques radote.
N'est-ce pas être ennemi des saints que de rendre les plus imparfaits chrétiens égaux en perfection avec eux, disant en termes ex-
firès que le plus grand saint ne surpasse pas e moindre des fidèles? Cependant, c'est ce que vous faites : Je ne veux pas estimer, dit Luther, un chrétien le moindre de tous, inférieur à saint Pierre et à tous les saints qui sont au ciel (10).
Ennemis de la Vierge. — N'est-ce pas être
(1) 4 de fi de c. 16. Eos qui in spe resurreclionis fideque erga eum diem extremum clauserunl , mortuos haud quaquam appellamus.
(2) Lit), contra Vigilant. Non est Deus moriuonnn sed vivoruiii. lient sancti non appellantur morliii , sed dormienles.
(3) Calv. in 1. Corinlh. 13. Charilatem pr.Tesentibus of fie hs minime exercent, non sont pro nobis sol lu ni caritalis perpetuitas nilnl pcilinet ad lempns inlermedium. El in cap. \. Zacha. officia caritalis sciinus restringi ad cursum pnesentis vil r.
(4) Poianus in disputaiionibus privaiis. Disp. 28. Sancli (Icl'uiicii non inicrcednnt apud Dcum pro nobis vivenlibus nec in génère nec in parliculari. Perkinsus in catholico réf. conirov. 15. dcfuncli non roganl Demn speciaiim pro hocaul illo.
(5) Lib. devera reforma Eccl.
(G) Ibid. et 3. Institut, c. 20. 5. 24. 23. 26 et 27. '7j Lib. de vera Refortn. Eccl.
(8) ibid.
(9) lu Psal. 45. et in cap. 22. Gènes.
(10) Lulb. cap. 28. Gènes. Non debeo christianum proximum omnium minimum inferiorem .xslimare D. Petro et omnibus saoclu qui sunt in cœlo.
ennemis de la Vierge, qui dès sa conception a été confirmée en grâce , que de l'accuser d'incrédulité, de la rendre infidèle, de dire qu'elle s'oppose à la parole et aux œuvres de Dieu, et restreint malicieusement sa puissance? Cependant, c'est ce que vous faites : Elle a eu en soi , dit Luther, le sentiment et l'assaut d'incrédulité (1). Elle a été infidèle, dit un certain Allemand (2). Elle s'oppose, dit un autre , aux paroles et aux œuvres de Dieu révélées par l'ange ; elle ne croit pas à ses paroles (3). Elle semble, dit Calvin, ne restreindre pas moins malicieusement la puissance de Dieu que Zacharie (4).
N'est-ce pas être ennemi de la Vierge que de la rendre digne des supplices éternels ? de dire qu'elle a désiré être compagne de Jésus-Christ, aux fonctions qui lui étaient commandées à lui seul ? qu'elle a perdu toute confiance en Dieu? enfin que sa faute n'est pas petite, non plus que celle d'Eve? Cependant, c'est ce que vous faites : Marie, dit un Allemand , a été digne des supplices éternels (5). Marie, dit Brentius, n'a pas seulement recherché l'honneur qui est dû aux parents, mais aussi recherche-t-elle l'honneur du Messie, et désire être comme compagne en l'administration de l'office qui était commis au Christ seul (6). Elle perdit toute confiance en Dieu , dit Calvin; l'un et l'autre péché (d'Eve et de Marie) ne sont pas petits (7). Marie pèche grièvement professent les centuriateurs (8).
N'est-ce pas être ennemi de la Vierge que de la rendre importune, incivile et arrogante envers son Fils? ambitieuse jusqu'à un tel point que Jésus-Christ en a honte? Cependant, c'est ce que vous faites : Il n'y a point de doute, dit Calvin, que Christ n'ait voulu taxer l'importunUé de Marie ; et de fait, c'était mal avisé à elle de vouloir ainsi rompre son propos (9). Marie, dit Brentius, a usé de véhémence, de déshonnéteté et d'incivilité, lorsqu'elle a interrompu le Christ; par son interpellation, elle a violé les lois de l'honnêteté publique. Elle a appelé Jésus avec arrogance et orgueil. Elle a si grièvement péché par son ambition, que le Christ lui en fait honte publiquement. Ensuite de quoi il ajoute que l'ambition est un blasphème (10).
(1) Lulb. post illa in Evang.de annun. sensum et insullam incredulitatis in se babuit.
(2) Culinannus loc. lit. fuit infidelis.
(5) Sarcerius in Evang. annum verbo et operibus Dei ab angelo revelalis se opponit, verbis angeli non crédit.
(4) Cal. in cap. 1. Luc. Videlur non minus maligne reslringere polenliain Dei quam Zaccarias.
(5) Spangenbergius post illa in Dom. post. Epipban. Digna fuit suppliciis sempiiernis.
(6) Dom. 2. post Epipb. Maria non eum lantum honorent qurcrit qui debelur parenlibus , sed etiam ambit honorent Messisc, et cupit esse quasi socia adminisirandi ejus ofïicii quod Christo lantum mandalum cral.
(7) l'ostilla in Dom. post. Epipb. Perdidit omnem fiduciam erga Deum.
(8) Cenlùr. 1. I. 1. cap. 10. Utraque delicta non sunt exigua. Maria graviter peccat.
(9) In cap. XII. Mal th. in H.rmon Gall.
(10) Homil. 78. in Luc. Veheinentcr, inuoncue et
N'est-ce pas être ennemi de la Vierge de dire qu'ep la i de Jésus-Christ» e!!e
s'offensait contre lui et se gouvernait de iorté , qu'il paraissail que ses \> osé s étaient vaines el son cœur impie? Cependant, i B$l • que ^"'■'S| toiles : Ils s'offensaient m Jésus-Christ, dit Brentins, parlant des di6ci| h - el tl la Vierge, et partant, il paraissait que leurs y tient aunes et
leurs cœurs impies I
Je passe sous silence ce que VOUJ enseignez contre sa virginité (2); je ne dis point que vous révoquez en doute savoir si, après la naissance de Jésus-Cbrist, elle est demeurée sans connaissance d'homme. Ce que j'ai mis en avant me doit suffire, étant clair à tout le momie, que nul ne p<"ut tenir tel langage sans se déclarer ennemi, non seulement de la Vierge, niais de soi-même et de t 'Ut le genre humain, qui par son moyen a reçu tant de biens.
Ennemis de Jésus-Christ, — Après vous avoir l'ail paraître ennemis de la Mère, voyons si vous ne l'êtes p is du Fils. Je pourrais me contenter davoir t'ait voir ci-dessus, au chapitre III, section 5, que vous enseignez qu'il était en doute de son salut, qu'il a souffert les peines des damnes, que par sa mort corporelle, noire rédemption n'était pas accomplie; que sa Passion et ses soulïrances, sans les peines éternelles, n'étaient pas un digne prix de noire rédemption. Mais ce n'est pas assez, puisque vous en dites davantage, et que je le puis faire voir en peu de mots. Vos auteurs ne disent-ils pas que, comme homme, il ne doit être ni adoré ni invoqué (3)? Calvin ne dit-il pas que ton dme a été sujette à l'ignorance (4)? qu'il lui est échappé une parole de désespoir (5)? En un mot, vous le dépeignez de telle sorte, qu'on peut dire ajuste litre de vous , ce que dit saint Augustin en général des hérétiques : que si on pense et considère diligemment à ce qui appartient à Jésus-Christ, on ne le trouve que de noni chez eux (6).
Attribuer à Jésus-Christ autant de mauvaises qualités qu'il en a de bonnes, n'est-ce pas être son ennemi ? Si vous aimez Jésus- Christ, c'est de parole seulement ; si vous le connaissez, c'est quant au nom. Que si ceux.
civiliter Chrislum interpellait .importuna su:i evociUione leges publics bonoBlatis vtolavil . evocavit Jesum arroganila ijiédani et elatione animi. Ambilione sua laifl graviter peccavil ul palam, perChristuni pudetiai. il nd ht ambitio blasphenlia est. i (i) Brentttt boni. 17. in Luc. Offendebantar iu Christo adeoque;apparebat tune ipsorum cogiiationés vatms et cm- hnpium BBse.
(2) Bucer, lil>. de Omnipotent*». Bexa 1. coulr. lafcobum Andrte. Molln*. lu hannon.
(7>) Dananw Apolog. ad J icob. Ainir. Cbristns quatonus est liomo non < si adoramlU6 nec invocandqs. l!i / 1 inCidluq. MonbebNegamus bùmanitaieni Cluisii
mlormil.mi 8SSe.
(4) lu 11. Luc. v. 40. Anima ejus subjecia fuit ignoranlia:.
(t) In Mallh. XXVII. v. 46. Etapsa est ci despera- Uonis vox..
(0) S. Aagnst. in Bnchirid. c. 4. Si enlm diligenler quse ail Cbristutn pertinent cogltantur, nomme tenus iiivenitur Ghristus apud quoslibel bsereliCQK
DÉMONSTRATION ÉVANGÉLIQI !..
qui enSèfgh'édt el soutiennent de tels l,l phèmes ne sont pas ennemis ci • Jésus4^hri t, celui qui rend matleienspinenl un innoeent coupable ne peut être dit s, m ennemi ; ou * il
(luit être reconnu pour t. I . VOBS ne pourrez
vous exempter d'être déclarés ennemis de
-.-Christ, et ce par \ous-mén.
t., nemis des bonnet ancres. - Quant aux oeuvres, avec quel fronl ponveg-voM dealer
que nous enseigniez qu'elle- ne -ont pas nélalutrQoe signifient donc ces paroles de Luther, qu'il répète en divers endroits : Nulle manre , nulle toi n i rtejk OU chrétien pour son saint 1 7 Pourquoi les luthériens, plus auslères au rapport de Srhusseibourg, eondainneni-ils celte proposition Les bonnes èeurn ■ r i taêmt
Pourquoi P4i dviniste comme roas,
après avttir rapporté qUe les QaectcM luthériens austères) contestaient qw cette proposition, Les (runes sont nécessaires a salut: ne devaient pas être ri eus en l'Église, ajoulet-il ces mois : En qu i nous leur souscrit facilement .'1 , si ce n'est pour professer ci renient ce que vous niez avec tant de hardiesse? Pourquoi ajoute-t-il ensuite que IL vangile ne requiert nutn condition que celle de la foi (4)f Pourquoi dit-il en un auln eudroit : Ou entend que as atuti t point entièrement néct > .'m v .ms dites que c'est un auleur particulier, je H ponds qu'il professe la doctrine de votre Eglise, comme ces mots nous sont ■ le témoignent ouvertement. Lt qui plus est , Keinnilius, dont les vôtres estiment tant la doctrine qu ils lui attribuent une gloire immortelle, et le titre qu'Homère donne à Tiresias , d'être seul gage parmi ses compagnons (6), montre bien que c'est la créance de toutes vos Egiises . puisqu'il dit : Lu I - Églises ces propositions , savoir est, qw les avuvr\ s t lient du tout néeessain s il salut, sont par communs suffrages rejetées (7). Et la confession de foi des Suisses, que vous reconnaissez pour vos frères , et que l'Eglise de Genève a approuvée, le confirme ouvertement par ces mots : .\ous n'estimons pas les bonnes œuvres être tellement nécessaires et salut, que sans elles personne ne puisse être sau-
(t) Lit», de Linerl. Christ. Nullo opère, nulla 1. ■ cliris(i;ino «pus est lui saluteni. Item libortttB <bnsliana facil ne cuiquaiu opus sil loge el operibus ad justifiant nul salulem.
(•2) Tom. vu. Caialo. hasmt.
(S) Pàrxus lib. iv. de jusiili. c. I. Flacciani ad vilanduin scaudaluiti ci erroris pericnhim contendebsut islam propOMtionem , opéra suul necessarta aêsahilein , non esse in Ecelesia usiirpainlun, ipia il parte facile nos eis suscribiinus.
(4) Ibiil. Kvaligellum stricte est doctrina gralix, sic solum eondiiiouem Hdei reqnirit.
(5) la lil>. m. ile.lu-iil. c. il. Non esse absolulc necessaria ad Balutem Intelligitnr.
((i) Il oui. 0<l\ss. k. Oi*;; -i-vurai.rci ai Txutl Atàteuoi.
(7) Keniiiil. I. part, ex nui. lit de lid. iustif. In nostris Ecclesiis communibus suffragiis eiplosâe sunl h.e proposiliones , bèna i>pera ad justificatloiieni iia esse necessaria, ut imposslbfle snquemquan ïinc opeiibus salvari.