ARTICLE XVII
Pensées diverses sur la religion.
I. Le pyrrhonisme a servi à la religion ; car, après tout, les hommes avant Jésus- Christ ne savaient où ils en étaient, ni s'ils étaient grands ou petits. Et ceux qui ont dit l'un ou l'autre n'en savaient rien , et devinaient sans raison et par hasard : et même ils croyaient toujours , en excluant l'un ou l'autre (1).
IL Qui blâmera les chrétiens de nepouvoir rendre raison de leur croyance, eux qui professent une religion dont ils ne peuvent rendre raison? Ils déclarent au contraire, en l'exposant aux Gentils, que c'est une sottise, stultitiam, etc.; et puis vous vous plaignez de ce qu'ils ne la prouvent pas I S'ils la prouvaient , ils ne tiendraient pas parole : c'est en manquant de preuves qu'ils ne manquent pas de sens. Oui ; mais encore que cela excuse ceux qui l'offrent telle , et que cela les ôte du blâme de la produire sans raison , cela n'excuse pas ceux qui, sur l'expositionqu'ils en font, refusent de la croire.
III. Croyez-vous qu'il soit impossible que Dieu soit infini sans parties? Oui. Je veux donc vous faire voir une chose infinie et indivisible : c'est un point se mouvant partout d'une vitesse infinie; car il est en tous lieux, et tout entier dans chaque endroit.
Que cet effet de nature, qui vous semblait impossible auparavant, vous fasse connaître qu'il peut y en avoir d'autres que vous ne connaissez pas encore. Ne tirez pas celte conséquence de votre apprentissage, qu'il ne vous reste rien à savoir; mais qu'il vous reste infiniment à savoir.
IV. La conduite de Dieu, qui dispose toutes choses avec douceur, est de mettre la religion dans l'esprit par les raisons et dans le cœur par sa grâce. Mais de vouloir la mettre dans le cœur et dans l'esprit par la force et par les menaces , ce n'est pas y mettre la religion, mais la terreur. Commencez par plaindre les incrédules; ils sont assez malheureux. Il ne faudrait les injurier qu'au cas que cela servît ; mais cela leur nuit.
Toute la foi consiste en Jésus-Christ et en Adam, et toute la morale en la concupiscence et en la grâce (2).
V. Le cœur a ses raisons , que la raison ne connaît pas : on le sent en mille manières. Il aime l'Etre universel naturellement , et soimême naturellement, selon qu'il s'y adonne ; et il se durcit contre l'un et l'autre à son choix. Vous avez rejeté l'un et conservé l'autre, est-ce par raison?