‹ Démonstrations évangéliquesChapitre 183 sur 305 · VI. Le monde subsiste pour exercer misé · texte numérisé non relu

VI. Le monde subsiste pour exercer misé

(1) En lisant les premières pensées de cet article on y trouve de l'obscurité, el on s'aperçoit que l'auteur ne leur a pas donné le développement donl elles étaient susceptibles. On y découvre aussi une teinte de la doctrine de Jansénius, dont les solitaii s de Port-Royal faisaient publiquement profession [iilii. de 18

(2)" L'auteur veut dira que toute \i fol consiste à connaître quels maux nous a i ausés le pécbé d'Adam, et quêta biens nous a préparés Jésus-Chrisi : toute la morale, à (Siter les maux que non-, avons a craindre de la conc\j|i-

Bcence , et à chercher les biens qt >us nu p<

tendre que de la grâce [Ldil. de 1822).

DÉMONSTRATION ÊVANGÉLIQUE.

ricordc et jugement, non pas comme si lei hommes y étaient sortant des mains de Dieu; in.ii. comme des ennemis de Dieu, auxquels il donne, par sa trace, assez de lumière pour revenir, s'ils veulent le chercher et le suivi, niais pourles punir, s'ils refusent de le chercher et de le suivre.

\ II. On a beau dire, il faut avouer que la religion chrétienne a quelque chose d'étonnant. C'est parce que vous y êtes né, dirat-on : tant s'en faut; je nie roidis contre par celte raison-là même, de peur que celle prévention ne me suborne. Mais quoique j'y sois né, je ne laisse pas de le trouver ainsi.

VIII. U y a deuv manières de persuader les vérités de notre religion : l'une par la force de la raison , l'autre par l'autorité de celui qui parle. On ne se sert pas de la dernière, mais de la première. On ne dit pas : U faut croire cela, car l'Écriture , qui le dit , est divine ; mais on dit qu'il faut le croire par telle et telle raison : qui sont de faibles arguments , la raison étant flexible à tout, t Ceux qui semblent les plus opposés à la gloire de la religion n'y seront pas inutiles pour les autres. Nous en ferons le premier argument, qu'il y a quelque chose de surnaturel : car un aveuglement de cette sorte n'est pas une chose naturelle ; et si leur folie les rend si contraires à leur propre bien, elle servira à en garantir les autres par l'horreur d'un exemple si déplorable et d'une folie si digne de compassion.

IX. Sans Jésus-Christ, le monde ne subsisterait pas; car il faudrait ou qu'il fût détruit, ou qu'il fût comme un enfer.

Le seul qui connaît la nature ne la connaîtra-t-il que pour èlre misérable? le seul qui la connaît sera-t-il le seul malheureux ?

Il ne faut pas que l'homme ne voie rien du tout, il ne faut pas aussi qu'il en voie assez pour croire qu'il possède la vérité ; mais qu'il en voie assez pour connaître qu'il l'a perdue : car , pour connaître ce qu'on a perdu , il faut voir et ne pas voir, et c'est précisément l'état où est la nature.

Il fallait que la véritable religion enseignât la grandeur et la misère , portât à l'estime et au mépris de soi , et à l'amour, et à la haine.

Je vois la religion chrétienne fondée sur une religion précédente, et voilà ce que je trouve d'effectif.

Je ne parle pas ici des miracles de Moïse , de Jésus-Christ et des apôtres, parce qu'ils ne paraissent pas d'abord convaincants , el que je ne veux mettre ici en évidence que tous les fondements de cette religion chrétienne qui sont indubitables, et qui ne peuvent èlre mi en doute par quelque personne que ce soit.

X. La religion est une chose si grande, qu'il est juste que ceux qui ne voudraient pas prendre la peine de la chercher , si elle esl obscure, en soient privés. De quoi donc se plaint-on, si elle est telle qu'on puisse la trouver en la cherchant ?

L'orgueil contre-pese et emporte toutes les misères. Voilà un étrange monstre . et un

égarement bien visible de l'homme. Le voilà tombé de ta place, et il la cherche ave< inquiétude.

Après la corruption, il est juste que tous ceux qui sont dans cet étal l<- connaissent, et ceux qui s \ plaisent, et ceui qui s'j déplaisent. Mais il n'est pas juste que tous voient la rédemption.

Quand on dit que Jésus-Christ n'est pis mort pour tous, vous abusez d'un vue des hommes qui s'appliquent incontinent cette exception; ce qui favorise le désespoir, au lieu de les en détourner pour favoriser l'espérance. XI. Les impies, qui s'abandonnent aveuglément à leurs passions suis connaître Dieu et sans se mettre en peine de le chercher, vérifient par i nx-mémes ce rondement de la foi qu'ils combattent, qui est que la nature des hommes esl dans la corruption. Et I- - Juifs, qui combattent si opiniâtrement la religion chrétienne, vérifient encore cet autre fondement de cette même foi qu'ils attaquent, qui est que Jésus-Christ est le véritable Messie et qu'il est venu racheter les hommes, et les retirer de la corruption et de la misère où ils étaient, tant par l'état où on les voit aujourd'hui et qui se trouve prédit dans les prophéties, que par ces mêmes prophéties qu'ils portent el qu'ils conservent inviolablemenl comme les marques auxquelles on doit reconnaître le Messie. Ainsi les preuves de la corruption des hommes et de la rédemption de Jésus-Christ, qui sont les deux principales vérités qu'établit le christianfsme, se tirent des impies qui vivent dans l'indifférence de la religion et des Juifs qui en sont les ennemis irréconciliables. - XII. Ladignité de l'homme consistait, dans son innocence, à dominer sur les créatun et à en user; mais aujourd'hui elle consi à s'en séparer et à s'y assujettir.

XIII. 11 y en a plusieurs qui errent d'autant plus dangereusement qu'ils prennent une vérité pour le principe de leur erreur. Leur faute n'est pas de suivre une fausseté, mais de suivre une vérité à l'exclusion d'une autre.

Il y a un grand nombre de vérités, el de foi el de morale, qui semblent répugnantes el contraires, et qui subsistent toutes dans un ordre admirable.

l.a source de toutes les lictvsies ( -t le\clusion (ie quelques-unes de ces ventes la source de toutes les objections que nous font les hérétiques esl l'ignorance de quelques-unes de nos ventes.

Kt d'ordinaire il arrive que ne pouvant concevoir le rapport de deux vérités opposées, el croyant que l'aveu de l'une renferme l'exclusion de l'autre, ils s'attachent à l'une, et ils excluent l'autre.

Les nesloriens voulaient qu'il y eût deux personnes en lésus-Christ , parce qu'il v a deux natures : et les eutychiens, au contraire, qu'il n'v eut qu'une nature, parce qu'il n'y a qu'une personne. Les catholiques sont brl!iot!o\(s. parcequ'ils joignent ensemble les deux vérités de deux natures et dune seule 1' rsonne,

PENSÉES DE PASCAL

Nous croyons que la substance du pain étant changée en celle du corps de Notre- Seigneur Jésus-Christ, il est présent réellement au saint sacrement. Voilà une des vérités. Une autre est que ce sacrement est aussi une figure de la croix et de la gloire et une commémoration des deux. Voilà la foi catholique, qui comprend ces deux vérités qui semblent opposées.

L'hérésie d'aujourd'hui, ne concevant pas que ce sacrement contienne tout ensemble , et la présence de Jésus-Christ et sa figure, et qu'il soit sacrifice et commémoration de sacrifice, croit qu'on ne peut admettre l'une de ces vérités sans exclure l'autre.

Par cette raison ils s'attachent à ce point, que ce sacrement est figuratif; et en cela ils ne sont pas hérétiques. Ils pensent que nous excluons cette vérité; et de là vient qu'ils nous font tant d'objections sur les passages des pères qui le disent. Enfin, ils nient la présence réelle; et en cela ils sont hérétiques.

C'est pourquoi le plus court moyen pour empêcher les hérésies est d'instruire de toutes les vérités ; et le plus sûr moyen de les réfuter est de les déclarer toutes.

La grâce sera toujours dans le monde, et aussi la nature. 11 y aura toujours des pélagiens et toujours des catholiques , parce que la première naissance fait les uns, et la seconde naissance fait les autres.

C'est l'Eglise qui mérite avec Jésus-Christ, qui en est inséparable, la conversion de tous ceux qui ne sont pas dans la véritable religion ; et ce sont ensuite ces personnes converties qui secourent la mère qui les a délivrées.

Le corps n'est non plus vivant sans le chef que le chef sans le corps. Quiconque se sépare de l'un ou de l'autre n'est plus du corps et n'appartient plus à Jésus-Christ. Toutes les vertus, le martyre, les austérités et toutes les bonnes œuvres sont inutiles hors de l'Eglise et de la communion du chef de l'Eglise, qui est le pape.

Ce sera une des confusions des damnés de voir qu'ils seront condamnés parleur propre raison par laquelle ils ont prétendu condamner la religion chrétienne.

XIV. Il y a cela de commun entre la vie ordinaire des hommes et celle des saints , qu'ils aspirent tous à la félicité; et ils ne (lifteront qu'en l'objet où ils la placent. Les uns et les autres appellent leurs ennemis ceux qui les empêchent d'y arriver.

11 faut juger de ce qui est bon ou mauvais par la volonté de Dieu, qui ne peut être ni injuste ni aveugle, et non pas par la nôtre propre, qui est toujours pleine de malice et d'erreur.

XV. Jésus-Christ a donné dans l'Evangile cette marque pour reconnaître ceux qui ont la foi, qui est qu'ils parleront un langage nouveau ; et en effet le renouvellement des pensées et des désirs cause relui des discours. Car ces nouveautés, qui ne peuvent déplaire, à Dieu, comme le vieil homme ne peut lui plaire, sont différentes des nou-

veautés de la terre en ce que les choses du monde, quelque nouvelles qu'elles soient , vieillissent en durant, au lieu que cet esprit nouveau se renouvelle d'autant plus qu'il dure davantage. L'homme extérieur se détruit, dit saint Paul (II Cor., IV, 16), et l'homme intérieur se renouvelle de jour en jour; et il ne sera parfaitement nouveau que dans l'éternité, où l'on chantera sans cesse ce cantique nouveau dont parle David dans ses Psaumes (Ps. XXXII, 3): c'est-à-dire ce chant qui part de l'esprit nouveau de la charité.

XVI. Quand saint Pierre et les apôtres (Act. , XV) délibèrent d'abolir la circoncision, où il s'agissait d'agir contre la loi de Dieu, ils ne consultent point les prophètes, mais simplement la réception du Saint-Esprit en la personne des incirconcis. Ils jugent plus sûr que Dieu approuve ceux qu'il remplit de son esprit, que non pas qu'il faille observer la loi : ils savaient que la fin de la loi n'était que le Saint-Esprit; et qu'ainsi, puisqu'on l'avait bien sans circoncision , elle n'était pas nécessaire.

XVII. Deux lois suffisent pour régler toute la république chrétienne mieux que toutes les lois politiques : l'amour de Dieu et celui du prochain.

La religion est proportionnée à toutes sortes d'esprits. Le commun des hommes s'arrête à l'état et à l'établissement où elle, est; et cette religion est telle, que son seul établissement est suffisant pour en prouver la vérité. Les autres vont jusqu'aux apôtres. Les plus instruits vont jusqu'au commencement du monde. Les anges la voient encore mieux et de plus loin; car ils la voient en Dieu même.

Ceux à qui Dieu a donné la religion par sentiment de cœur sont bienheureux et bien persuadés. Mais pour ceux qui ne l'ont pas , nous ne pouvons la leur procurer que par raisonnement , en attendant que Dieu la leur imprime lui-même dans le cœur, sans quoi la foi est inutile pour le salut.

Dieu, pour se réserver à lui seul le droit de nous instruire, et pour nous rendre la difficulté de notre être intelligible, nous en a caché le nœud si haut ou, pour mieux dire , si bas, que nous étions incapables d'y arriver : de sorte que ce n'est pas par les agitations de notre raison , mais par la simple soumission de la raison, que nous pouvons véritablement nous connaître.

XVIII. Les impies qui font profession de suivre la raison doivent être étrangement forts en raison. Que disent-ils donc? Ne voyons-nous pas, disent-ils, mourir et vivre les bêtes comme les hommes , et les Turcs comme les chrétiens; ils ont leurs cérémonies, leurs prophètes, leurs docteurs, leurs saints, leurs religieux comme nous , etc. Cela est-il contraire à l'Ecriture, ne dit-elle pas tout cela ? Si vous ne vous souciez guèro de savoir la vérité , en voilà assez pour demeurer en repos : niais si vous désirez do tout votre cœur de la connaître, ca n'est pas assez ; regardez au détail. C'en serait peut-

DEMONSTOâTTON t\ \ ■■«.! 'l.h.u E

être assez pour une raine question de philosophie; mais ici , où il \ \a dfl toul ... Il i ■ -

pendant après une réflexion légère de cette m nie , on s'amusera , etc.

C'est une chose horrible <le sentir continuellement s'écouler lout ce qu'on possède ; et qu'on puisse s'y attacher, sans avoir envie de chercher s'il n'y a point quelque chose de permanent.

11 faut vivre autrement dans le monde selon ces diverses suppositions : si on pouvait y être toujours; s'il est sûr qu'on n'y sera pas longtemps, et incertain si on y sera une heure. Cette dernière supposition est la nôtre.

XIX. Par les partis (1) , vous devez vous mettre en peine de chercher la vérité. Car si vous mourez sans adorer le vrai principe, vous êtes perdu. Mais, dites-vous, s'il a\ait voulu que je l'adorasse , il m'aurait laissé des signes de sa volonté. Aussi a-t-il fait ; mais vous les négligez. Cherchez-les du moins; cela le vaut bien.

Les athées doivent dire des choses parfaitement claires. Or il faudrait avoir perdu le bon sens pour dire qu'il est parfaitement clair que l'âme est mortelle. Je trouve bon qu'on n'approfondisse pas l'opinion de Copernic : mais il importe à toute la vie de savoir si l'âme est mortelle ou immortelle.

XX. Les prophéties , les miracles mêmes et les autres preuves de notre religion ne sont pas de telle sorte , qu'on puisse dire qu'elles sont géométriquement convaincantes. Mais il me suffit présentement que vous m'accordiez que ce n'est pas pécher contre la raison que de les croire. Elles ont de la clarté et de l'obscurité, pour éclairer les uns et obscurcir les autres. Mais la clarté est telle , qu'elle surpasse , ou égale pour le moins, ce qu'il y a de plus clair au contraire : de sorte que ce n'est pas la raison qui puisse déterminer à ne pas la suivre , et ce n'est peut-être que la concupiscence et la malice du cœur. Ainsi il y a assez de clarté pour condamner ceux qui refusent de croire , et non assez pour les gagncr:a(in qu'il paraisse qu'en ceux qui la suivent c'est la grâce, et non la raison, qui la fait suivre; et qu'en ceux qui la fuient c'est la concupiscence , et non la raison qui la fait fuir.

Qui peut ne pas admirer et embrasser une religion qui connaît à fond ce qu'on reconnaît d'autant plus qu'on a'plus de lumière?

Un homme qui découvre des preuves de la religion chrétienne est comme un héritier qui trouve les titres de sa maison. Dira-t-il qu'ils sont faux, etnégligera-l-il de les examiner?

XXI. Deux sortes de personnes connaissent un Dieu : ceux qui ont le cœur humilié et qui aiment le mépris et rabaissement , quelque degré d'esprit qu'ils aient, bas ou rclcv e ; ou ceux qui ont assez d'esprit pour voir la vérité, quelque opposition qu'ils j aient.

Los sages , parmi les païens qui ont dit

Îu'il n'y a qu'un Dieu ont été persécutés, les uifs haïs , les chrétiens encore plus.

M) Voyrt, part, i, an. 8, § 10, la noie sur ce mot parus.

\ \ll. Je m- vois pas qu'il y ait plus de difficulté de croire la rcMirtei lion des corps el I enfantement de la \ ierge que la création. Est-il plus difficile de reproduire un homme que de le produire? Et si un n'avait pas *u ce que c'est que génération , trouverait-on plus

étrange qu'un i niant vint d'une fllle seule que d'un homme et d'une femme .'

XXIII. Il y a grande différence entre repos et sûreté de conscience. Rien ne doit donner le repos que la recherche sincère de la rente , et rien ne peut donner 1 assurance que la vérité.

Il y a deux vérités de foi également constantes : l'une , que l'homme dans l'étal de la création , ou dans celui de la grâce, est élevé au dessus de toute la nature, rendu semblable â Dieu et participant de la divinité; l'autre, qu'en l'étal de corruption et du péché il est déchu de cet état et rendu semblable aux bêtes. Ces deux propositions sont également fermes et certain, s. L'Ecriture nous les déclare manifestement, lorsqu'elle dit en quelques lieux : Delieia meœ esse cum filiis liuminum (Prov. A 111, 31). Effundam spiritum meum super oir nem

( Joël, II, 28). DU estis, etc. ( Ps. LXXXI, 6 ) ; et qu'elle dit en d'autres : Omnis caro fœnum (/«., XL, 6). Homo comparants est jumeniis mtipientibus et similis foetus est Mis ( Ps. XLVI1I , 13 ) : Dixi in corde meo de filiis hominum ut probaret cas Diut et os deret similes esse bestiis, etc. ( Eccles., III, 18).

XXIV. Les exemples des morts généreuses des Lacédémoniens et autres ne nous louchent guère; car qu'est-ce que tout cela nous apporte ?M,;is l'exemple de la mort des martyrs nous louche; car ce sont nos membl Nous avons un lien commun avec eux : leur résolution peut former la nôtre. Il n'est rien de cela aux exemples des païens : nous n'avons point de liaison à eux ; comme la richesse d'un étranger ne fait pas la nôtre, mais bien celle d'un père ou d'un mari.

XX.Y. On ne se détache jamais sans douleur. On ne sent pas son lien quand on suit volontairement celui qui entraine, comme dit saint Augustin : mais quand on commence à résister et à marcher en s'éloignant, ou souffre bien : le lien s'étend et endure toute la \ iolence ; et ce lien est notre propre corps qui ne se rompt qu'à la mort. Noire -Seigneur a dit que depuis la venue de Jean-Baptiste, c'est-à-dire depuis son avènement dans chaque Adèle, le royaume de Dieu souffre violence, et que les violents le rav issenl [Mat th., XI . 18). Avant que l'on soit tout lie. on n'a que le poids de sa concupiscence qui porte A la terre. Quand Dieu attire en haut, ces deux efforts contraires font cette v iolence que Dieu seul peut faire surmonter. Mais nous pouvons lout, dit saint Léon, avec celui sans lequel nous ne pouvons rien. Il faut donc se résoudre à souffrir celte guerre toute sa vie ; car il n'y a point ici de paix. Jésus-Christ est venu apporter le couteau et non pas la paix (/(/., X, 3i). Mais néanmoins -il faul avouer que comme l'Ecriture dit que la - les

nommes D est que folie devant Dieu ( 1 Car.

PENSÉES DE PASCAL

III , 19), aussi on peut dire que cette guerre, qui paraît dure aux hommes, est une paix devant Dieu; car c'est cette paix que Jésus- Christ a aussi apportée. Elle ne sera néanmoins parfaite que quand le corps sera détruit ; et c'est ce qui fait souhaiter la mort, en souffrant néanmoins de bon cœur la vie pour l'amour de celui qui a souffert pour nous et la vie et la mort , et qui peut nous donner plus de biens que nous ne pouvons ni en demander ni imaginer, comme dit saint Paul (JEpA., 111,20).

XXVI. 11 faut tâcher de ne s'affliger de rien et de prendre tout ce qui arrive pour le meilleur. Je crois que c'est un devoir, et qu'on pèche en ne le faisant pas. Car enfin, la raison pour laquelle les péchés sont péchés est seulement parce qu'ils sont contraires à la volonté de Dieu : et ainsi, l'essence du péché consistant à avoir une volonté opposée à celle que nous connaissons en Dieu, il est visible, ce me semble, que quand il nous découvre sa volonté par les événements, ce serait un péché de ne pas s'y accommoder.

XXVII. Lorsque la vérité est abandonnée et persécutée, il semble que ce soit un temps où le service que l'on rend à Dieu en la défendant lui est bien agréable. Il veut que nous jugions de la grâce parla nature, et ainsi il permet de considérer que comme un prince chassé de son pays par ses sujets a des tendresses extrêmes pour ceux qui lui demeurent fidèles dans la révolte publique, de môme il semble que Dieu considère avec une bonlé particulière ceux qui défendent la pureté de la religion quand elle est combattue. Mais il y a cette différence entre les rois de la terre et le Roi des rois , que les princes ne rendent pas leurs sujets fidèles, mais qu'ils les trouvent tels ; au lieu que Dieu ne trouve jamais les hommes qu'infidèles sans sa grâce, et qu'il les rend fidèles quand ils le sont. De sorte qu'au lieu que les rois témoignent d'ordinaire avoir de l'obligation à ceux qui demeurent dans le devoir et dans leur obéissance, il arrive au contraire que ceux qui subsistent dans le service de Dieu lui en sont eux-mêmes infiniment redevables.

XX. VIII. Ce ne sont ni les austérités du corps, ni les agitations de l'esprit, mais les bons mouvements du cœur, qui méritent, et qui sanctifient les peines et du corps et de l'esprit. Car enfin il faut ces deux choses pour sanctifier : peines et plaisirs. Saint Paul a dit que ceux qui entreront dans la bonne voie trouveront des trouiiles et des inquiétudes en grand nombre (Act., XIV, 21j. Cela doit consoler ceux qui en sortent, puisque, étant avertis que le chemin du ciel qu'ils Cherchent en est rempli, ils doivent se réjouir de rencontrer des marques qu'ils sont dans le véritable chemin. Mais ces peines-là m; sont pas sans plaisir, et ne. sont jamais surmontées que par le plaisir. Car de même que ceux qui quittent Dieu pour retourner au inonde ne le font que parce qu'ils trouvent plus de douceurs dans les plaisirs de la terre que dans ceux de l'union avec, Dieu, et que, ce charme victorieux les entraîne et, les fai-

sant repentir de leur premier choix, les rend des pénitents du diable , selon la parole de ïertullien : de même on ne quitterait jamais les plaisirs du monde pour embrasser la croix de Jésus-Christ, si on ne trouvait plus de douceur dans le mépris, dans la pauvreté, dans le dénûment et dans le rebut des hommes, que dans les délices du péché. Et ainsi, comme dit Tertullien, il ne faut pas croire que la vie des chrétiens soit une vie de tristesse. On ne quitte les plaisirs que pour d'autres plus grands Priez toujours, dit saint

Paul, rendez grâces toujours, réjouissez-vous toujours {IThess., V, 16, 17, 18). C'est la joie d'avoir trouvé Dieu qui est le principe de la tristesse de l'avoir offensé, et de tout le changement de vie. Celui qui a trouvé un trésor dans un champ en a une telle joie, selon Jésus-Christ, qu'elle lui fait vendre tout ce qu'il a pour l'acheter (Matth., XIII , kk). Les gens du monde ont leur tristesse ; mais ils n'ont point cette joie que le monde ne peut donner ni ôter, dit Jésus-Christ même {Jean, XIV, 27; et XVI , 22). Les bienheureux ont cette joie sans aucune tristesse ; et les chrétiens ont cette joie mêlée de la tristesse d'avoir suivi d'autres plaisirs, et de la crainte de la perdre par l'attrait de ces autres plaisirs qui nous tentent sans relâche. Ainsi nous devons travailler sans cesse à nous conserver cette crainte, qui conserve et modère notre joie; et selon qu'on se sent trop emporter vers l'un , se pencher vers l'autre pour demeurer debout. Souvenez-vous des biens dans les jours d'affliction, et souvenezvous de l'affliction dans les jours de réjouissance, dit l'Ecriture (Eccli., XI , 27), jusqu'à ce que la promesse que Jésus-Christ nous a faite de rendre sa joie pleine en nous soit accomplie. Ne nous laissons donc pas abattre à la tristesse, et ne croyons pas que la piété ne consiste qu'en une amertume sans consolalion. La véritable piété , qui ne se trouve parfaite que dans le ciel, est si pleine de satisfactions, qu'elle en remplit et l'entrée, et les progrès, cl le couronnement. C'est une lumière si éclatante, qu'elle rejaillit sur tout ce qui lui appartient. S'il y a quelque tristesse mêlée, et surtout à l'entrée, c'est de nous qu'elle vient et non pas de la vertu ; car ce n'est pas l'effet de la piété qui commence d'être en nous, mais de l'impiété qui y est encore. Otons l'impiété, et la joie sera sans mélange. Ne nous en prenons donc pas à la dévotion, mais à nous-mêmes, et n'y cherchons du soulagement que par notre correction.

XXIX. Le passé ne doit point nous embarrasser, puisque nous n'avons qu'à avoir regret de nos fautes ; mais l'avenir doit encore moins nous loucher, puisqu'il n'est point du tout à notre égard, et que nous n'y arriverons peut-être jamais. Le présent est le seul temps qui soit véritablement à nous, et dont nous devons user selon Dieu. C'est là où nos pensées doivent être primipalement rapportées. Cependant le monde est si inquiet qu'on ne pense presque jamais à la vie présente et à l'instant où l'on \il , mus à celui où l'on vivra. De sorte qu'on est tou-

DEMONSÏIIATION E\ ANGÉLIQUE.

jours en état de \ ivr«* à l'avenir et jamais de fivre maintenant. Notre-Seigneur n'a |

voulu que notre prévoyance s'étendit plus

loin qui' le jour OU nous sommes. Ce sont le, homes qu'il nous faut garder et pour notre salut et pour noire propre repos.

XX \. On se corrige quelquefois mieux par la \ ne du mal que par L'exemple du bien; et il est bon de s'accoutumer à profiter du mal, puisqu'il est si ordinaire : au lieu que le bien est si rarcl

XXXI. Dans le treizième chapitre de saint Marc, Jésus-Christ l'ait un grand discours à ses apôtres sur son dernier avènement: el comme tout ce qui arrive à l'Eglise arrive aussi à chaque chrétien en particulier, il est certain que tout ce chapitre prédit aussi bien l'état de chaque personne qui, en se convertissant, détruit le vieil homme en elle, que l'état de l'univers entier qui sera détruit pour faire place à de nouveaux cieux et à une nouvelle terre, comme dit l'Ecriture ( II Pierre, III, 13 ). La prédiction qui y est contenue de la ruine du temple réprouvé, qui figure la ruine de l'homme réprouvé qui est en chacun de nous, et dont il est dit qu'il ne sera laissé pierre sur pierre, marque qu'il ne doit être laissé aucune passion du vieil homme ; et ces effroyables guerres civiles et domestiques représentent si bien le trouble intérieur que sentent ceux qui se donnent à Dieu, qu'il n'y a rien de mieux peint, etc.

XXXII. Le Saint-Esprit repose invisiblemont dans les reliques de ceux qui sont morts dans la grâce (le Dieu, jusqu'à ce qu'il y paraisse visiblement dans la résurrection; et c'est ce qui rend les reliques des saints si dignes de vénération. Car Dieu n'abandonne jamais 1rs siens, non pas même dans le sépulcre où leurs corps, quoique morts aux yeux des hommes, sont plus vivants devant Dieu, à cause que le péché n'y est plus ; au lieu qu'il y réside toujours durant celte vie, au moins quant à sa racine : car les fruits du péché n'y sont pas toujours ; et celle malheureuse racine, qui en est inséparable pendant la vie, fait qu'il n'est pas permis de les honorer alors, puisqu'ils sont plutôt dignes d'être haïs. C'est pour cela que la mort e I nécessaire pour mortifier entièrement cette malheureuse racine; et c'est ce qui la rend souhaitable.

XXXIII. Les élus ignoreront leurs vertus, et les réprouvés leurs crimes. Seigneur, diront les uns et les autres, quand vous avonsnous vu avoir faim , etc. ( Malllt. , XX \. 37, M ).

Jésus-Christ n'a point voulu du témoignage des démons ni de ceux qui n'avaient pas vocation , mais de Dieu el de Jean-Hapliste.

XXXIV. Les défauts de Montaigne sont grands. 11 est plein de mots sales il déshonnétes. Cela ne vaut rien. Ses sentiments sur l'homicide volontaire cl sur la mort sont horribles. Il inspire une nonchalance du salut. sans crainte et sans repentir. Son livre n'étant point l'ait pour porter à II piété, il n'y était pas obligé : mais on est toujours

de ne pas eu di tourner. Quoi qu'on puisse dire pour excuser se. sentiments trop

sur plusieurs cho - . ou ne saurait excuser en aucune • h aliments tout

païens sur la mort; car il faut renoncer a

toute piele , si ou ne veut au moins mourir chrétiennement : or il ne pense qu'à mourir lâchement et mollement par tout son livre.

XX XV. Ce qui nous trompe, en • rant ce qui s eil passé autrefois dans l i

à ce qui s'y voit maintenant, c'est qu'ordinairement on regarde saint Atbanase . sainte Thérèse et les autres saints comme couronnes de gloire. Présentement que le temps a éclairci les choses, cela parait vérit < t * 1 ment ainsi. Mais au temps que l'on persécutai! ce grand saint, c'était un homme qui s'appelait Athaoase; et sainte Thérèse, dans le sien, était une religieuse comme les autres. Elit était un homme comme nous el sujet aus mens que nous, dit l'apôtre saint Jacques (Jac, V. 17), pour désabusi r les i aretiens de cette fausse idée qui nous fait rejeter L'exemple des saints comme disproportionné à notre état : C'étaient des saints, dil nous, ce n'est pas comme nous.

XXXVI. A ceux qui ont de la répugnance pour la religion, il faut commence! par leur montrer qu'elle n'est point contraire à la i .tison ; ensuite qu'elle est vénérable, et en donner du respect; après, la rendre aimable et faire souhaiter qu'elle lût vraie; et puis montrer par les preuves incontestables qu'elle est vraie, l'aire voir son antiquité et sa sainteté par sa grandeur et par son élévation ; et enfin qu'elle est aimable, parce qu'elle promet le vrai bien.

Un mot de Dav id ou de Moïse, comme celuici : Dieu circoncira les cœurs, ( Deut., XXX, 6 ), fait juger de leur esprit. Que tous les autres discours soient équivoques, et qu'il soit incertain s'ils sont des philosophes ou des chrétiens : un mot de cette nature détermine tout le reste. Jusque là l'ambiguïté dure, mais non pas après.

De se tromper en croyant vraie la religion chrétienne, il n'v a pas grand'rhose à perdre. Mais quel malheur de se tromper en la croyant fausse !

XXXVII. Les conditions les plus i* vivre, selon le inonde, sont les plus difficiles à vivre selon Dieu; el au contraire, rien n'est si difficile, selon le monde, que la vie religieuse : rien n'est plus facile que de la | selon Dieu; rien n'est pic- aisé que délie dans un.' grande charge et dans de grands biens selon le monde., rien n'est plus difficile que d'y vivre selon Dieu, et sans j prendra de part et de goût.

lXVIII. L'Ancien Testament contenait gures de la joie future, e! le Nouveau i onlieui les moyens d'j arriver. Les figures étaient de joie, les moyens sont de pénitence; et néanmoins l'agneau pascal était mangé avec des laitues sauvages . cum amaritudini- Exod., XII, 8, c.r llibr. . pour marquer toujours qu'on ne pouvait trouver la joie que par l'amertume.

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