‹ Démonstrations évangéliquesChapitre 184 sur 305 · XXXIX. Le mol de Galilét pion · texte numérisé non relu

XXXIX. Le mol de Galilét pion

PENSEES DE PASCAL

comme par hasard par la foule des Juifs , en accusant Jésus-Christ devant Pilate (Luc, XX11I, 5 ), donna sujet à Pilate d'envoyer Jésus-Christ à Hérode, en quoi fut accompli le mystère qu'il devait être jugé par les Juifs et les Gentils. Le hasard en apparence fut la cause de l'accomplissement du mystère.

XL. Un homme me disait un jour qu'il avait grande joie et confiance en sortant de confession; un autre me disait qu'il était en crainte. Je pensai sur cela que de ces deux on en ferait un bon, et que chacun manquait en ce qu'il n'avait pas le sentiment de l'autre.

XLI. Il y a plaisir d'êlre dans un vaisseau battu de l'orage , lorsqu'on est assuré qu'il ne périra point. Les persécutions qui travaillent l'Eglise sont de cette nature.

L'histoire de l'Eglise doit être proprement appelée l'histoire de la vérité.

XXII. Comme les deux sources de nos péchés sont l'orgueil et la paresse, Dieu nous a découvert en lui deux qualités pour les guérir : sa miséricorde et sa justice. Le propre de la justice est d'abattre l'orgueil; et le propre de la miséricorde est de combattre la paresse en invitant aux bonnes œuvres, selon ce passage : La miséricorde de Dieu invite à ta pénitence (Rom. , II, k) ; et cet aulrc des Ninivites : Faisons pénitence pour voir s'il n'aurait point pitié de nous ( Jonas , III, 9 ). Ainsi tant s'en faut que la miséricorde de Dieu autorise le relâchement, qu'il n'y a rien au contraire qui le combatte davantage; et qu'au lieu de dire : S'il n'y avait point en Dieu de miséricorde, il faudrait faire toute sorte d'efforts pour accomplir ses préceptes; il faut dire au contraire que c'est parce qu'il y a en Dieu de la miséricorde, qu'il faut faire tout ce qu'on peut pour les accomplir.

XLII1. Tout ce qui est au monde est concupiscence de la chair, ou concupiscence des yeux, ou orgueil de la vie II Jean, H, 16): Libido sentiendi, libido sciendi, libido dominandi. Malheureuse la terre de malédiction que ces trois fleuves de feu embrasent plutôt qu'ils n'arrosent ! Heureux ceux qui, étant sur ces fleuves, non pas plongés, non pas entraînés, mais imrnobilcment affermis : non pas debout, mais assis dans une assiette basse et sûre, dont ils ne se relèvent jamais avant la lumière, mais, après s'y être reposés en paix, tendent la main à celui qui doit les relever pour les faire tenir debout et fermes dans les porches de la sainte Jérusalem, où ils n'auront plus à craindre les attaques de l'orgueil ; et qui pleurent cependant, non pas de voir écouler toutes les choses périssables, mais dans le souvenir de leur chère patrie, de la Jérusalem céleste, après laquelle ils soupirent sans cesse dans la longueur île leur exil !

XLIV. Un miracle, dit-on, affermirait ma croyance. On parle ainsi quand on ne le voit pas. Les raisons qui, étant vues de loin, semblent borner notre vue ne la bornent plus quanti on y est arrive. On commence -à voir au-delà. Rien n'arrête la volubilité de notre esprit. Il n'y û point, dit-on , de rè^le qui

n'ait quelque exception , ni de vérité si générale qui n'ait quelque face par où elle manque. Il sufût qu'elle ne soit pas absolument universelle pour nous donner prétexte d'appliquer l'exception au sujet présent, et de dire: Cela n'est pas toujours vrai, donc il y a des cas où cela n'est pas. Il ne reste plus qu'à montrer que celui-ci en est , et il faut être bien maladroit si on n'y trouve quelque jour.

XLV. La charité n'est pas un précepte figuratif. Dire que Jésus-Christ, qui est venu ôter les figures pour mettre la vérité, ne soit venu que pour mettre la figure de la charité, et pour en ôter la réalité qui était auparavant : cela est horrible.

XLVI. (1) Combien les lunettes nous ontelles découvert d'êtres qui n'étaient point pour nos philosophes d'auparavant! On attaquait franchement l'Ecriture sainte sur le grand nombre des étoiles, en disant: Il n'y en a que mille vingt-deux ; nous le savons.

XLVII. L'homme est ainsi fait qu'à force de lui dire qu'il est un sot, il le croit; et à force de se le dire à soi-même, on se le fait croire. Car l'homme fait lui seul une conversation intérieure qu'il importe de bien régler : C orrumpunt mores bonos colloquia mala (I Cor., XV, 33). Il faut se tenir en silence autant qu'on peut, et ne s'entretenir que de Dieu; et ainsi on se le persuade à soi-même.

XL VIII. Quelle différence entre un soldat et un chartreux quant à l'obéissance : car ils sont également obéissants et dépendants , et dans des exercices également pénibles! Mais le soldat espère toujours devenir maître, et ne le devient jamais (caries capitaines et les princes mêmes sont toujours esclaves et dépendants ) ; mais il espère toujours l'indépendance, et travaille toujours à y venir : au lieu que le chartreux fait vœu de ne jamais être indépendant. Ils ne diffèrent pas dans la servitude perpétuelle que tous deux ont toujours, mais dans l'espérance que l'un a toujours et que l'autre n'a pas.

XLIX. La propre volonté ne se satisferait jamais, quand elle aurait toui ce qu'elle souhaite; mais on est satisfait dès l'instant qu'on y renonce. Avec elle, on ne peut être que maleontent; sans elle, on ne peut être que content.

La vraie et unique vertu est de se haïr, car on est haïssable par sa concupiscence; et de chercher un être véritablement aimable pour l'aimer. Mais comme nous ne pouvons aimer ce qui est hors de nous, il faut aimer un être qui soit en nous et qui ne soit pas nous. Or il n'y a que l'Etre universel qui soit tel. Le royaume de Dieu est en nous [Luc, XVII, 21), le bien universel est en nous et n'est pas nous.

Il est injuste qu'on s'attache à nous, quoiqu'on le fasse avec plaisir et volontairement. Nous tromperons ceux à qui nous en ferons naître le désir ; car nous ne sommes la fin

(l) Cciic pensée cm tronquée dans lentes les éditions. .).< la rétablis ici d'après le texte littéral du manuscrit original, pag. 223 (/.(/(« de i-

de personne, et nous n'avons pas de quoi lei satisfaire. Ne sommet - noot pus pr< mourir (1) 1 Et ainsi l'objet de leur atlachemei i mourrait. Comme nous serions coupables de. faire croire une fausseté, quoique nous la persuadassions doucement, et qu'on la crût avec plaisir, et qu'en cela on nous fit plaisir : de même nous sommes coupables, si nous nous faisons aimer et si nous attirons les gens à s'attacher à nous. Nous devons avertir ceux qui seraient prêts à consentir au mensonge qu'ils ne doivent pas le croire, quelque avantage qui nous en revint. De même nous devons les avertir qu'ils ne doivent pas s'attacher à nous, car il faut qu'ils passent leur vie à plaire à Dieu ou à le chercher.

L. C'est être superstitieux de mettre son espérance dans les formalités et dans h rémonies, mais c'est être superbe de ne pas vouloir s'y soumettre.

LI. Toutes les religions et toutes les sectes du monde ont eu la raison naturelle pour guide. Les seuls chrétiens ont été astreints à prendre leurs règles hors d'eux-mêmes, et à s'informer de celles que Jésus-Christ a laissées aux anciens pour nous être transmises. Il y a des gens que cette contrainte lasse. Ils veulent avoir, comme les autres peuples, la liberté de suivre leurs imaginations. C'est en vain que nous leur crions, comme les prophètes faisaient autrefois aux Juifs : Allez au milieu de l'Ec/lise ; informez-vous des lois que les anciens tuiont laissées, et suivez ses sentiers. Ils répondent comme les Juifs : Nous n'y marcherons pas ; nous voulons suivre les pensées de notre cœur, et être comme les autres peuples.

LIi. Il y a trois moyens de croire tlaraison, la coutume et l'inspiration. La religion chrétienne, qui seule a la raison, n'admet pas pour ses vrais enfants ceux qui croient sans inspiration : ce n'est pas qu'elle exclue la raison et la coutume, au contraire; il faut ouvrir son esprit aux preuves par la raison, et s'y confirmer par la coutume ; mais elle veut qu'on s'offre par l'humiliation aux inspirations, qui seules peuvent faire le vrai et salutaire effet : Ut non evacuclur cruxChristi (I Cor.. 1,17).

LUI. Jamais on ne fait le mal si pleinement cl si gaiement que quand on le fait par un faux principe de conscience.

L1V. Les Juifs, qui ont été appelés àdompler les nations et les rois, ont été esclav. péché ; et les chrétiens, dont la v ocation a été § servir et à être sujets , sont les enfants libres.

LV. Est-ce courage à un homme mourant d'aller, dans la faiblesse et dans l'a-

(I) Tout en suivant scrupuleuse le texte. |

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