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gonic, affronter un Dieu tout-puissanl il
éternel?
LVI. Je < rois volontiers les histoires doi.t les témoins m- t < > i i t &goi ger.
L VU. La bonne crainte vient de la loi, la fausse crainte vient du doute. La i
crainte porte à l'espérant . parc* qu'elle naît de la foi, et qu'on espère au Dieu que l'on croit ; la mauvaise porte au désespoir, parte qu'on craint le Dieu auquel on n'a point de loi. Le- nos craignent «le le perdre, et les autres de li trou
LVIII. Salomon el Job ont le mieux eonnu la misère de l'homme et en ont le mieux parlé : l'un le plus heureux des homiie l'autre le plus malheureux; l'un connaissant la vanité des plaisirs par expérience, lautre la réalité des maux..
LÏX. Les païens disaient du mal d'Israël, et Le prophète aussi ; et tant s'en faut que les Israélites eussent droit de lui dire : Vous parlez comme les païens, qu'il fait sa plus grande force sur ce (pie les païens parlent comme lui [Ezi:chiel).
LX. Dieu n'entend pas que nous soumetlions notre croyance à lui - ins raison, ni nous assujettir avec tyrannie; mais il ne prétend pas aussi nous rendre raison de toutes choses; et pour accorder ces contrariétés, il entend nous faire voir clairement des marques divines en lui qui nous convainquent de ce qu'il est, el s'attirer autorité par des merveilles et des preuves que nous oc puissions refuser , el qu'ensuite nous croyions sans hésiter les choses qu'il nous enseigne, quand nous n'y trouverons d'autre raison de les refuser sinon que nous ne pouvons par nous-mêmes connaître si elles sont ou non.
LXI. Il n'y a que trois sortes de personnes : les uns qui servent Dieu l'ayant trouvé : les autres qui s'emploient à le chercher ne l'ayant pas encore trouvé, et d'autres enfin qui vivent sans le chercher ni l'avoir trouvé. Les premiers sont raisonnables el heureux, les derniers sont fous et malheureux ; ceux du milieu sont malheureux et raisonnables.
LXII. Les hommes prennent souvent leur imagination pour leur cœur, et ils croient être convertis dès qu'ils pensent à se conv ertir.
La raison agit avec lenteur et avec tant
de vues et de principes différents, qu'elle doit avoir toujours présents, qu'à toute heure elle s'assoupit ou elle s'égare, faute de les voir tous à la fois. 11 n'en est pas ainsi du sentiment; il agit en un instant, el toujours est prêt à agir. 11 faut donc, après avoir connu la \eriie par la raison , tâcher de La sentir et de mettre notre loi dans le sentiment ('n cœur ; autrement elle sera toujours im citai ne et chancelante.
Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point; on Le sent en mille choses. « -i le cœur qui sent Dieu et non la raison. Voi'à ce que c'est que la foi parfaite : sensible au cœur (i).
(1) Cet alinéa IMM entier forme le paragrapli.
PENSÉES DE PASCAL
LXIII. Il est de l'essence de Dieu que, sa justice soit infinie aussi bien que sai miséricorde : cependant sa justice et sa sévérité envers les réprouvés est encore! moins étonnante que sa miséricorde envers les élus.
LXIV. L'homme est visiblement fait pour penser; c'est toute sa dignité et tout son mérite. Tout son devoir est de penser comme il faut , et l'ordre de la pensée est de commencer par soi, par son auteur et sa fin. Cependant à quoi pense-t-on dans le monde, jamais à cela ; mais à se divertir, à devenir riche, à acquérir de la réputation, à se faire roi, sans penser à ce que c'est que d'être roi et d'être homme !
La pensée de l'homme est une chose admirable par sa nature. Il fallait qu'elle eût d'étranges défauts pour être méprisable. Mais elle en a de tels, que rien n'est plus ridicule. Qu'elle est grande par sa nature 1 qu'elle est basse par ses défauts 1
LXV. S'il y a un Dieu, il ne faut aimer que lui et non les créatures. Le raisonnement des impies dans le livre de la Sagesse n'est fondé que sur ce qu'ils se persuadent qu'il n'y a point de Dieu. Cela posé, disent-ils, jouissons donc des créatures. Mais s'ils eussent su qu'il y avait un Dieu, ils eussent conclu tout le contraire. Et c'est la conclusion des sages. Il y a un Dieu, ne jouissons donc pas des créatures. Donc tout ce qui nous incite à nous attacher à la créature est mauvais, puisque cela nous empêche, ou de servir Dieu si nous le connaissons, ou de le chercher si nous l'ignorons. Or nous sommes pleins de concupiscence : donc nous sommes pleins de mal; donc nous devons nous haïr nous-mêmes, et tout ce qui nous attache à autre chose qu'à Dieu seul.
iLXVI. Quand nous voulons penser à Dieu, combien sentons-nous de choses qui nous en détournent et qui nous tentent de penser ailleurs! Tout cela est mauvais et même né avec nous.
LXVII. Il est faux que nous soyons dignes que les autres nous aiment; il est injuste que nous le voulions. Si nous naissions raisonnables et avec quelques connaissances de nous-mêmes et des autres, nous n'aurions point cette inclination. Nous naissons pourtant avec elle : nous naissons donc injustes; car chacun tend à soi. Cela est contre tout ordre : il faut tendre au général, et la pente vers soi est le commencement de tout désordre, en guerre, en police, en économie , etc.
Si les membres des communautés naturelles et civiles tendent au bien du corps, les communautés elles-mêmes doivent tendre à un autre corps plus général.
Quiconque ne hait point en soi cet amourpropre et cet instinct qui le porte à se mettre au-dessus de tout est bien aveugle, puisque
chapitre 28 do. l'édition de 1787. il manque dans touies les nouvelles éditions, et même dans celle des OEuvres complètes de 1779 (B(IU. de 1833).
rien n'est si opposé à la justice et à la vérité; car il est faux que nous méritions cela, et il est injuste et impossible d'y arriver, puisque tous demandent la même chose. C'est donc une manifeste injustice où nous sommes nés, dont nous ne pouvons nous défaire et dont il faut nous défaire.
Cependant nulle autre religion que la chrétienne n'a remarqué que ce fût un péché , ni que nous y fussions nés, ni que nous fussions obligés d'y résister, ni n'a pensé à nous en donner les remèdes.
LXVIII. Il y a une guerre intestine dans l'homme entre la raison et les passions. Il pourrait jouir de quelque paix s'il n'avait que la raison sans passions ou s'il n'avait que les passions sans raison ; mais, ayant l'un et l'autre, il ne peut être sans guerre, ne pouvant avoir la paix avec l'un qu'il ne soit en guerre avec l'autre. Ainsi il est toujours divisé et contraire à lui-même.
Si c'est un aveuglement qui n'est pas naturel de vivre sans chercher ce qu'on est, c'en est encore un bien plus terrible de vivre mal en croyant Dieu. Tous les hommes presque sont dans l'un ou dans l'autre de ces deux aveuglements.
LX1X. jll est indubitable que l'âme est mortelle ou immortelle. Cela doit mettre une différence entière dans la morale, et cependant les philosophes ont conduit la morale indépendamment de cela. Quel étrange aveuglement !
Le dernier acte est toujours sanglant, quclque belle que soit la comédie en tout le reste. On jette enfin de la terre sur la tête , et en voilà pour jamais I
LXX. Dieu ayant fait le ciel et la terre, qui ne sentent pas le bonheur de leur être, a voulu faire des êtres qui le connussent et qui composassent un corps de membres pensants. Tous les hommes sont membres de ce corps , et pour être heureux il faut qu'ils conforment leur volonté particulière à la volonté universelle qui gouverne le corps entier. Cependant il arrive souvent que l'on croit être un tout, et que, ne se voyant point de corps dont on dépende , l'on croit ne dépendre que de soi, et l'on veut se faire centre et corps soi-même. Mais on se trouve en cet étal comme un membre séparé de son corps, qui , n'ayant point en soi de principe de vie, ne lait que s'égarer et s'étonner dans L'incertitude de son être. Enfin, quand on commence à se connaître, l'on est comme revenu chez soi ; on sent que l'on n'est pas corps ; on comprend que l'on n'est qu'un membre du corps universel; qu'être membre est n'avoir de vie, d'être et de mouvement que par l'esprit du corps et pour le corps; qu'un membre séparé du corps auquel il appartient n'a plus qu'un être périssant et mourant, qu'ainsi l'on ne doit s'aimer que pour ce corps ou plutôt qu'on ne doit aimer que lui, parce qu'en l'aimant on s'aime soi-même, puisqu'on n'a d'élre qu'en lui, par lui et pour lui.
Pour régler l'amour qu'on se doit à soimême, il faut s'imaginer un corps composé de membres pensants , car nous sommes
membres <lu tout, et voir comment chaque membre devrait s'aimer.
Le corps aime la main, et la main, si elle avait une volonté, devrait s'aimer de la même sorte que le corps l'aime. Tout amour qui va au-delà est injuste.
Si les pieds et les mains avaient une volonté particulière, jamais ils ne seraient dans leur ordre qu'en la soumettant à celle du corps : hors de là, ils sont dans le désordre et dans le malheur; mais en ne voulant que le hien du corps ils font leur propre bien*.
Les membres de notre corps ne sentent pas le bonheur de leur union, de leur admirable intelligence, du soin que la nature a d'y influer les esprits, de les faire croître et durer. S'ils étaient capables de le connaître et qu'ils se servissent de cette connaissance pour retenir en eux-mêmes la nourriture qu'ils reçoivent, sans la laisser passer aux autres membres, ils seraient non seulement injustes, mais encore misérables, el se haïraient plutôt que de s'aimer, leur béatitude, aussi bien que leur devoir, consistant à consentir à la conduite de L'âme universelle à qui ils appartiennent, qui les aime mieux qu'ils ne s'aiment euxmêmes.
Qui adkœret Domino, unus spirilus est (I Cor., VI, 17). On s'aime, parce qu'on est membre de Jésus -Christ ; on aime Jésus - Christ, parce qu'il est le chef du corps dont on est membre : tout est un, l'un est en l'autre.
La concupiscence et la force sont les sources de toutes nos actions purement humaines : la concupiscence fait les volontaires, la force les involontaires.
LXX1. Les platoniciens et même Epiclèle et ses sectateurs croient que Dieu est seul digne d'être aimé et admiré ; et cependant ils ont désiré d'être aimés et admirés des hommes. Ils ne connaissent pas leur corruption. S'ils se sentent portés à l'aimer et à l'adorer, et qu'ils y trouvent leur principale joie, qu'ils s'estiment bons, à la bonne heure ; mais s'ils y sentent de la répugnance, s'ils n'ont aucune pente qu'à vouloir s'établir dans l'estime des hommes, et que pour toute perfection ils fassent seulement que, sans forcer les hommes, ils leur fassent trouver leur bonheur à les aimer, je dirai que cette perfection est horrible. Quoi 1 ils ont connu Dieu et n'ont pas désiré uniquement que les hommes l'aimassent; ils ont voulu que les hommes s'arrêtassent à eux, ils ont voulu être l'objet du bonheur volontaire des hommes!
LXXII. Il est vrai qu'il y a de la peine en s'exerçant dans la pieté; mais cette peine ne vient pas de la piété qui commence d'être en nous , mais de l'impiété qui \ esl encore. Si nos sens ne s'opposaient pas à la pénitence, et que notre corruption ne s'opposât pas à la pureté de Dieu, il n'y aurait en (fia rien de pénible pour nous. Nous ne souffrons qu'à proportion que le vice qui nous est naturel résiste à la grâce surnaturelle. Notre1 cu-iirse sent déchiré entre ces efforts contraires ; m il sérail bien injuste d'imputer cette violence a Dieu qui nous attire, au lieu de L'attribuer
au momie qui nous relient, (est <<.mmc un cnfanl que sa m - be d'entre l<
des voleurs , et qui doit aimer dans l.i peine
qu'il souffre la \ iolence amoureuse et légitime
de celle qui procure sa libelle, et ne déleftl r
que la violence impétueuse et lyrannique de
ceux qui le retiennent injustement. La plus (ruelle guerre que Dieu puisse faire aux hommes dans cette \ îe est de les laisser sans celle j
guerre qu'il est venu apporter. J nu
apporter la guerre, dit-il; et, pour instruire de celle guerre, je suis venu apporter h fer et le feu [Matth., X. 3k; Luc, XII. W). Avant lui . le monde vivait dans une fausse paix.
LXXIII. Dieu ne regarde que l'intérieur : l'Eglise ne juge que par L'extérieur. Dieu absout aussitôt qu'il roit la pénitence dans le cœur, l'Eglise quand elle la \oit dans les ceu- \ res. Dieu fera une Eglise pure au dedans qui confonde, par sa sainteté intérieure et loule spirituelle, l'impiété extérieure des sages superbes et des pharisiens; et L'Eglise fera une assemblée d'hommes dont les moeurs extérieures soient si pures, qu'elles confondent les mœurs des païens. S il y a des hypocrites si bien déguisés qu'elle n'en connaisse pas le venin, elle les souffre; car, encore qu'ils ne soient pas reçus de Dieu qu'ils ne peuvent tromper, ils le sont des hommes qu'ils trompent. Ainsi elle n'est pas deshonorée parleur conduite, qui parait sainte.
LXXIV. La loi n'a pas déduit la nature, mais elle l'a instruite ; la grâce n'a pas détruit la loi, mais elle l'a l'ait exercer.
On se fait une idole de la vérité même, car la vérité hors de la charité n'est pas Dieu : elle est son image et une idole qu'il ne faut point aimer ni adorer; et encore moins fautil aimer et adorer son contraire, qui est le mensonge.
LXXV. Tous les grands divertissements sont dangereux pour la vie chrétienne : mais entre tous ceux que le monde a inventés , il n'y en a point qui soit plus à craindre que la comédie. C'est une représentation si naturelle et si délicate des passions, qu'elle les émeut et les fait naître dans notre ccr-ur. et surtout celle de l'amour, principalement lorsqu'on le représente fort chaste et fort honnête; car plus il paraît innocent aux âmes innocentes, plus elles sont capables d'en être touchées. Sa violence plaît à notre amourpropre, qui forme aussitôt un désir de causer les mêmes effets que l'on voit si bien représentés; et l'on se l'ait en même temps une conscience l'ondée sur l'honnêteté des sentiments qu'on y voit, qui éteint la crainte des âmes pures, lesquelles s'imaginent que ce n'est pas blesser la pureté d'aimer d'un amour qui leur semble si Bage. Ainsi l'on s'en va de la comédie le coeur si rempli de toutes les beautés el de toutes les douceurs de l'amour, l'âme et l'esprit si persuades de son innocence . qu'on esl toul préparé à recevoir premières impressions, ou plutôt à chercher l'occasion de les faire naître dans le co'iir de quelqu'un pour recevoir les mêmes plaisirs ei les mêmes sacrifices que l'on a vus si bien dépeints daus la comédie
PENSÉES DE PASCAL
LXXVI. Les opinions relâchées plaisent tant aux hommes naturellement , qu'il est étrange qu'elles leur déplaisent. C'est qu'ils ont excédé toutes les bornes. El de plus : il y a bien des gens qui voient le vrai et qui ne peuvent y atteindre. Mais il y en a peu qui ne sachent que la pureté de la religion est contraire aux. opinions relâchées, et qu'il est ridicule de dire qu'une récompense éternelle est offerte à des mœurs licencieuses.
LXXVII. J'ai craint que je n'eusse mal écrit, me voyant condamné ; mais l'exemple de tant de pieux écrits me fait croire au contraire. Il n'est plus permis de bien écrire.
Toute l'Inquisition est corrompue ou ignorante. Il est meilleur d'obéir à Dieu qu'aux hommes. Je ne crains rien ; je n'espère rien: le Port-Royal craint, et c'est une mauvaise politique de les séparer ; car quand ils ne craindront plus, ils se feront plus craindre. Le silence est la plus grande persécution. Jamais les saints ne se sont tus. Il est vrai qu'il faut vocation ; mais ce n'est pas des arrêts du conseil qu'il faut apprendre si l'on est appelé, c'est de la nécessité de parler.
Si mes lettres sont condamnées à Rome , ce que j'y condamne est condamné dans le ciel.
L'Inquisition et la Société sont les deux fléaux de la vérité.
: LXXVIII. (1) On m'a demandé, premièrement, si je ne me repens pas d'avoir fait les Provinciales. Je réponds que, bien loin de m'en repentir , si j'étais à les faire, je les ferais encore plus fortes.
Secondement , on m'a demandé pourquoi j'ai dit le nom des auteurs où j'ai pris toutes ces propositions abominables que j'y ai citées. Je réponds que si j'étais dans une ville où il y eût douze fontaines, et que je susse certainement qu'il y en eût une d'empoisonnée, je serais obligé d'avertir tout le monde de ne point aller puiser de l'eau à cette fontaine, et comme on pourrait croire que c'est une pure imagination de ma part, je serais obligé de nommer celui qui l'a empoisonnée, plutôt que d'exposer toute une ville à s'empoisonner.
En troisième lieu, on m'a demandé pourquoi j'ai employé un style agréable, railleur et divertissant. Je réponds que si j'avais écrit d'un style dogmatique, il n'y aurait eu que les savants qui les auraient lues ; et ceux-là n'en avaient pas besoin , en sachant pour le moins autant que moi là-dessus. Ainsi, j'ai cru qu'il fallait écrire d'une manière propre à faire lire mes Lettres par les femmes et les gens du monde, afin qu'ils connussent le danger de toutes ces maximes et de toutes ces
(l) Pascal avait, dans ses Lettres provinciales, combattu la doctrine des jésuites avec l'arme du ridicule , arme si dangereuse 'luis .1rs mains habiles. On sait que ces révérends pères Urent , quoique inutilement . tous leurs efforts pour nuire à la vogue prodigieuse dont jouirent ces Lettres dès leur publicatiou. Quelques amis même de Pascal i her-
chèrent, de son vivant, ii lui Inspirer des alar s on des
scrupules sur celte Immortelle production. Ce para est le réeil fidèle - 1 *; la réponse qu'il in daus une conversation qu'il eut à ce sujet un an avaui sa mon 4e 1822). l
propositions qui se répandaient alors, et dont on se laissait facilement persuader.
Enfin on m'a demandé si j'ai lu moi-même tous les livres que j'ai cités. Je réponds que non. Certainement il aurait fallu que j'eusse passé une grande partie de ma vie à lire de très-mauvais livres : mais j'ai lu deux fois Escobar tout entier; et pour les autres, je les ai fait lire par quelques-uns de mes amis : mais je n'en ai pas employé un seul passage sans l'avoir lu moi-même dans le livre cité , et sans avoir examiné la matière sur laquelle il est avancé, et sans avoir lu ce qui précède et ce qui suit, pour ne point hasarder de citer une objection pour une réponse; ce qui aurait été reprochablc et injuste.
LXXIX. La machine arithmétique fait des effets qui approchent plus de la pensée que tout ce que font les animaux ; mais elle ne fait rien qui puisse faire dire qu'elle a de la volonté comme les animaux.
LXXX. Certains auteurs parlant de leurs ouvrages disent : Mon livre, mon commentaire, mon histoire, etc. Ils sentent leurs bourgeois qui ont un pignon sur rue, et toujours un chez moi à la bouche. Ils feraient mieux de dire : Notre livre, notre commentaire, notre histoire, etc., vu que d'ordinaire il y a ptus en cela du bien d'autrui que du leur.
LXXXI. La piété chrétienne anéantit le moi humain, et la civilité humaine le cache et le supprime.
LXXXII. Si j'avais le cœur aussi pauvre que l'esprit, je serais bienheureux; car je suis merveilleusement persuadé que la pauvreté est un grand moyen pour faire son salut.
LXXXIII. J'ai remarqué une chose, que, quelque pauvre qu'on soit, on laisse toujours quelque chose en mourant.
LXXXIV. J'aime la pauvreté parce que Jésus-Christ l'a aimée. J'aime les biens parce qu'ils donnent moyen d'en assister les misérables. Je garde la fidélité à tout le monde. Je ne rends pas le malàceuxqui m'en font; mais je leur souhaite une condition pareille , à la mienne, où l'on ne reçoit pas le mal, ni le bien de la part des 'hommes. J'essaie d rire toujours véritable, sincère et fidèle à tous les hommes. J'ai une tendresse de cœur pour ceux que Dieu m'a unis plus étroitement. Soit que je sois seul, ou à la vue des hommes, j'ai en toutes mes actions la vue de Dieu qui doit les juger, et à qui je les ai toutes consacrées. Voilà quels sont mes sentiments ; et je bénis tous les jours de ma vie mon Rédempteur qui les a mis en moi, et qui d'un homme plein de faiblesse, de misère, de concupiscence, d'orgueil et d'ambition, a fait un homme exempt de lous ces maux par la force de la grâce à laquelle tout en est dû , n'ayant de moi que la misère et l'horreur.
LXXXV. La maladie est l'état naturel des chrétiens, parce qu'on est par là, comme on devrait toujours être, dans la souffrance des maux, dans la privation de tous les biens et de tous les plaisirs des sens, exempt .le toutes les passions qui travaillent pendant tout