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ONSTRATION LVANGÉLIQUE.
le cours de la vie , sans ambition , sans ava-
rit •(■ , dans l'attente continuelle de la mort.
t-ce pas ainsi que les chrétiens devraient
fiasse* la rie : et n est-ce pas un grand bonleur quand on se trouve par nécessité dans l'état où l'on est obligé d être, et qu'on n'a autre chose à taire qu'à se soumettre humblement et paisiDlement ? C'est pourquoi je lie demande autre chose que de prier Dieu qu'il me fasse cette grâce.
LWXVI. C'est une chose étrange que les hommes aient voulu comprendre les principe», des choses, et arriver jusqu'à connaître tout : car il est sans doute qu'on ne peut former ce dessein sans une présomption ou sans une capacité infinie comme la nature.
LXXXYTI. La nature a des perfections , pour montrer qu'elle est l'image de Dieu ; et des défauts, pour montrer qu'elle n'en est que l'image.
LXXXV111. Les hommes sont si nécessairement fous, que ce serait être fou par un autre tour de folie que de ne pas être fou.
LXXX1X. Otez la probabilité, on ne peut plus plaire au monde : mettez la probabilité , on ne peut plus lui déplaire.
XC. L'ardeur des saints à rechercher et pratiquer le bien était inutile, si la probabilité est sûre.
XC1. Pour faire d'un homme un saint, il faut que ce soit la grâce; et qui en doute ne sait ce que c'est qu'un saint et qu'un homme. XCI1. On aime la sûreté. On aime que le pape soit infaillible en la foi , et que les docteurs graves le soient dans leurs mœurs, afin d'avoir son assurance.
XC111. Il ne faut pas juger de ce qu'est le pape par quelques paroles des pères, comme disaient les Grecs dans un concile (règle importante!), mais par les actions de l'Eglise et des pères, et par les canons.
XC1V. Le pape est le premier. Quel autre est connu de tous? Quel autre est reconnu de tous ayant pouvoir d'influer par tout le corps, parce qu'il lient la maîtresse branche qui inllue partout?
XCV. Il y a hérésie à expliquer toujours omnes de tous, et hérésie à ne pas l'expliquer quelquefois de tous, liibile ex hoc omnes: les huguenots , hérétiques , en l'expliquant de tous. In quo omnes peccaverunt : les huguenots, hérétiques, en exceptant les enfants des fidèles. Il faut donc suivre les pères et la tradition pour savoir quand , puisqu'il y a hérésie à craindre de part et d'autre. XCV1. Le moindre mouvement imporl toute la nature; la mer entière change pour une pierre. Ainsi, dans la grâce, la moindre action importe pour ses suites à tout. Donc tout est important.
XCV11. Tous les hommes se haïssent naturellement. On s'est sen i comme ou a pu de la concupiscence pour la faire servir au bien public. .Mais ce n'est que teinte et une fausse image de la charité; réellement ce n'est que haine. Ce vilain fonds de l'homme, figmenlum malum, n'est que couvert ; il n pas Ole.
XCVI1I. Si l'on veut dire que l'homme est
trop peu pour mériter la communication avec Dieu, il faut être bien urand pour en juger.
XCIX. Il est indigne de Dieu de se joindre à l'homme misérable; mais il n'est pas indigne de Dieu de !<• tirer de -a mis* i
C. Qui l'a jamais compris, que d'absurdités.... : de rs purifiés >..ns pénil des ju les sanctifiés sans !
Christ. Dieu sans pouvoir sur la volonû es , une ination sans mj un Rédempteur sans certitude!
CI. Unité, multitude. Lu considérant l'Eglise comme unité , le pape en est le i comme tout. Ln la considérant comme mullile pape n'en est qu'un" partie. La multitude qui ne se réduit pas à 1 unité est confusion ; l'unité qui n'est pas multitude est tyrannie.
CIL Dieu ne fait point de miracles dai conduite ordinaire de son Eglise. C'en serait" un étrange, si l'infaillibilité était dans un; mais d'être dans la multitu I parait si
naturel, que la conduite de Dieu est cachée sous la nature comme en tous ses ouvr
CIll. De ce que la religion chrétienne n'est pas unique, ce n'est pis une i i roire
qu'elle n'est pas la véritable. Au contraire, c'est ce qui l'ait voir qu'elle l'est.
C1V. Dans un état établi en république . comme Venise, ce serait un très-grand mal de contribuer à y mettre un roi , et à opprimer la liberté des peuples à qui Dieu l'a donnée. Mais dans un état où la pui-~ royale est établie, on ne pourrait violer le respect qu'on lui doit sans une crilége; parce que la puissance que Dieu \ a attachée étant non seulement une im mais une participation de la puissant Dieu, on ne pourrait s'y opposer sans r. »ister manifestement à l'ordre de Dieu. De plus, la guerre civile , qui en e>t une suite, étant un des pius grands maux qu'on puisse commettre contre la charité du prochain, on ne peut pas assez exagérer 1 : grandeur de cette faute. Les premiers chrélieus ne nous ont pas appris la révolte, mais la patience, quand les princes ne s'acquittent pas bien de leur devoir.
Pascal ajoutait : J'ai un aussi grand i gnemenl de ce pèche que pour assassiner le monde et voler sur les grands chemins : il n'y a rien qui soit plus contraire à mon naturel, et sur quoi je sois moins tente.
CV. L'éloquence est un art de dire les choses de telle façon, 1 que ceux à qui l'on parle puissent les entendre sans peine et avec plaisir; 2" qu'ils s'y sentent intéressés, en sorte que l'amour-propre les porte pins tolontiers à y faire réflexion. Elle consiste donc dans une correspondance qu'on tâche d'établir entre l'esprit et le cœur de ceux à qui l'on parle, d'un cote, et, de l'autre, les pensées et les expia --ions dont on se sert ; ce qui suppose qu'on aura bien étudié le cœur de l'homme pour en savoir tous les ressorts, i I pour trouver ensuite les justes proportiondu discours qu'on veut \ assm-tir. Il faut smettre à la place de ceux qui don ont uou*
PENSÉES DE PASCAL
entendre , et faire essai sur son propre cœur du tour qu'on donne à son discours, pour voir si l'un est fait pour l'autre, et si l'on peut s'assurer que l'auditeur sera comme forcé de se rendre. Il faut se renfermer, le plus qu'il est possible, dans le simple naturel; ne pas faire grand ce qui est petit, ni petit ce qui est grand. Ce n'est pas assez qu'une chose soit belle : il faut qu'elle soit propre au sujet , qu'il n'y ait rien de trop ni rien de manque.
! L'éloquence est une peinture de la pensée ; et ainsi ceux qui, après avoir peint, ajoutent encore, font un tableau au lieu d'un portrait.
| CVI. L'Ecriture sainte n'est pas une science de l'esprit , mais du cœur. Elle n'est intelligible que pour ceux qui ont le cœur droit. Le ] voile qui est sur l'Ecriture pour les Juifs y est aussi pour les chrétiens. La charité est ; non seulement l'objet de l'Ecriture sainte , mais elle en est aussi la porte.
j CV1I. S'il ne fallait rien faire que pour le certain, on ne devrait rien faire pour la religion, car elle n'est pas certaine. Mais combien de choses fait-on pour l'incertain , les voyages sur mer, les batailles 1 Je dis donc qu'il ne faudrait rien faire du tout, car rien ; n'est certain; et il y a plus de certitude à la religion qu'à l'espérance que nous voyions le jour de demain: car il n'est pas certain que nous voyions demain, mais il est ccrlai- ! nement possible que nous ne le voyions pas. On n'en peut pas dire autant de la religion : il n'est pas certain qu'elle soit, mais qui osera dire qu'il est certainement possible qu'elle ne soit pas! Or quand on travaille pour demain et pour l'incertain, on agit avec raison. \ CV1II. Les inventions des hommes vont en avançant de siècle en siècle. La bonté et la malice du monde en général reste la même. ! C1X. 11 faut avoir une pensée de derrière et juger du tout parla, en parlant cependant comme le peuple.
CX. La force est la reine du monde, et non pas l'opinion ; mais l'opinion est celle qui use de la force (1).
CXI. Le hasard donne les pensées, le hasard les ôtc : point d'art pour conserver ni pour acquérir.
CXII. Vrous voulez que l'Eglise ne juge ni de l'intérieur, parce que cela n'appartient qu'à Dieu, ni de l'extérieur, parce que Dieu ne s'arrête qu'à l'intérieur ; et ainsi, lui ôtant tout choix des hommes, vous retenez dans l'Kglisc les plus débordés, et ceux qui la déshonorent si fort , que les synagogues des Juifs et les sectes des philosophes les auraient exilés comme indignes et les auraient abhorrés.
CXIII. Est fait prêtre maintenant qui veut l'être, comme dans Jéroboam.