‹ Démonstrations évangéliquesChapitre 188 sur 305 · ARTICLE XVIII · texte numérisé non relu

ARTICLE XVIII

Pensées sur la mort, qui ont été extraites d'une lettre écrite par Pascal au sujet de la mort de son père.

I. Quand nous sommes dans l'affliction à cause de la mort de quelque personne pour qui nous avons de l'affection, ou pour quelque autre malheur qui nous arrive, nous ne devons pas chercher de la consolation dans nous-mêmes, ni dans les hommes, ni dans tout ce qui est créé; mais nous devons la chercher en Dieu seul. Et la raison en est que toutes les créatures ne sont pas la première cause des accidents que nous appelons maux; mais que la providence de Dieu en étant l'unique et véritable cause, t'arbitre et la souveraine, il est indubitable qu'il faut recourir directement à la source et remonter jusqu'à l'origine pour trouver un solide allégement. Que si nous suivons ce précepte et que nous considérions cette mort, qui nous afflige, non pas comme un effet du hasard,

I (I) Celle même pensée, qui se trouve ci-dessus , § loi article, telle qu'elle ësl dans l'édition de 177!», n'y forme qu'un sens assez obscur. Qu'entendre bien parées mots: «L'unité <i"i n'est li:is multitude est tyrannie?» Elle esl ici reproduite telle qu'elle se lit dans les deux manuscrits, (R.)

(2) Dans te manuscrit original < n trouve , à la suite de pensée, les vestiges d'une eonliauaUos <|- ii a éié déchirée, et qui sans doute en complétait le sens. (R.)

(."■>) l.es premiers éditeurs trouvant apparemment rette pensée d'un sens trop indéterminé, l'ont refaite ainsi qu'on i.i lii art. 17, § 19, de cette seconde partie, et page 541 de l'édition de 1779. Mais ie me crois obligé de la réimpri-' mer ici telle que Pascal l'a écrite, page 63 du manuscrit original. [K.J

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ni comme une nécessité fatale de la nature, m comme le jonel des éléments et des parties qui composent L'homme (car Dieu n'a pas abandonné ses élus au caprice du hasard), mais comme nne suite indispensable, inévitable, juste et sainte, d'un arrêt de la providence de Dieu, pour être exécuté dans la plénitude de son temps ; et enfin que tout ce qui est arrivé a été de tout temps présent et préordonné en Dieu : si, dis-je, par un transport de grâce nous regardons cet accident, non dans lui-même et hors de Dieu, mais hors de lui-même et dans la volonté même de Dieu, dans la justice de son arrêt , dans l'ordre de sa providence qui en est la véritable cause, sans qui il ne lût pas arrivé, par qui seul il est arrivé , et de la manière dont il est arrivé, nous adorerons dans un humble silence la hauteur impénétrable de ses secrets , nous vénérerons la sainteté de ses arrêts, nous bénirons la conduite de sa providence, et, unissant notre volonté à celle de Dieu même , nous voudrons avec lui , en lui et pour lui, la chose qu'il a voulue en nous et pour nous de toute éternité.

11. 11 n'y a de consolation qu'en la vérité seule. Il est sans doute que Socrate et Sénèque n'ont rien qui puisse nous persuader et consoler dans ces occasions. Us ont été sous l'erreur qui a aveuglé tous les hommes dans le premier; ils ont tous pris la mort comme naturelle à l'homme ; et tous les discours qu'ils ont fondés sur ce faux principe sont si vains et si peu solides, qu'ils ne servent qu'à montrer par leur inutilité combien l'homme en général est faible, puisque les plus hautes productions des plus grands d'entre les hommes sont si basses et si puériles.

Il n'en est pas de même de Jésus-Christ, il n'en est pas ainsi des livres canoniques : la vérité y est découverte, et la consolation y est jointe aussi infailliblement qu'elle est infailliblement séparée de Terreur. Considérons donc la mort dans la vérité que le Saint-Esprit nous a apprise. Nous avons cet admirable avantage de connaître que véritablement et effectivement la mort est une peine du péché, imposée à l'homme pour expier son crime, nécessaire à l'homme pour le purger du péché; que c'est la seule qui peut délivrer l'âme de la concupiscence des membres, sans laquelle les saints ne vivent point en ce monde. Nous savons que la vie, et la vie des chrétiens, est un sacrifice continuel qui ne peut être achevé (pie par la mort. Nous savons que Jésus-Christ, entrant au monde, s'est considéré et s'est offert à Dieu comme un holocauste et une véritable victime; que sa naissance, sa vie, sa mort, sa résurrection, son ascension, sa séance éternelle à la droite de son Père, et sa présence dans l'eucharistie, ne sont qu'un seul et unique sacrifice; nous savons que ce qui est arrivé en Jésus-Christ doit arriver en tous Ms membres.

Considérons donc la vie comme un sacrifice, et que les accidents de la vie ne Fassent d'impression dans l'esprit des chrétiens qu à

ÉVANGÉUQOE. Ml

proportion qu'ils interrompent ou qu'ilcomplissent ce sacrifice. N appelons mal que

ce qui rend la victime de Dieu rictus diable; mais appelons bien ce qui rend la victime du diable en Adam victime de Dieu, et, sur celte i .minons la nature de

la mort.

Pour cela, il faut recourir .i il 1 1 rsonne de Jésus-Christ; car comme Dieu ne considère les hommes que par le Médiateur Jésus- Christ, les hommes aussi ne devraient n

der ni les autres, ni eux-mêmes, que mé-

diatement par lésus-Cbrisl.

m nous ne passons par ce milieu, nous ne trouverons en nous que de véritables malheurs ou des plaisirs abominables; mais m nous considérons toutes ces choses en J, ,u,- Christ, nous trouverons toute consolation, toute satisfaction, toute édification.

Considérons donc la mort en Jésus-Christ, et non pas sans Jésus-Christ. Sans Jésus- Christ elle est horrible, elle est détestable, et l'horreur de la nature. En Jésus-Christ elle est tout autre : elle est aimable , sainte, et la joie du fidèle. Tout est doux en l Christ, jusqu'à la mort; et c'est pourquoi il a souffert et est mort pour sanctilier la mort et les souffrances; et, comme Dieu et comme homme, il a été tout ce qu'il v a de grand et tout ce qu'il y a d'abject, afin de sanctifii r en soi toutes choses, excepté le péché, el pour être le modèle de toutes les condition-.

Pour considérer ce que c'est que la mort, et la mort en Jesus-Chrisl, il faut voir quel rang elle tient dans son sacrifice continuel et sans interruption, et pour cela remarquer que, dans les sacriGces , la principale partie est la mort de l'hostie. L'oblation et la sanctification qui précèdent sont des disposition- : mais l'accomplissement est la mort, dans laquelle, par l'anéantissement de la vie, la créature rend à Dieu tout l'hommage dont elle est capable, en s'anéantissant devant les yeux de sa Majesté et en adorant sa souveraine existence qui existe seule essentiellement. Il est vrai qu'il y a encore une autre partie après la mort de l'hostie, sans laquelle sa mort est inutile : c'est l'acceptation que Dieu fait du sacrifice. C'est ce qui est dit dans l'Ecriture : Et odorutus est Dominas odortm suavitatis (Gaies., Y11I. -21 : Et d>cu a reçu l'odeur du sacrifia, (/est véritablement cellelà qui couronne l'oblation: niais elle est plutôt une action de Dieu vers la créature, que tle la créature vers Dieu, et elle n 'empêche pas que la dernière action de la créature ne soit la mort.

Toutes ces choses ont élé accomplies en Jésus-Christ. En entrant au monde, il offert : Obtulit semetipsum per Spiritum sonetum [Hébr., IX, Ik . Ingrédient muméum di.vil : llostiamct obhitioncm noluisli, corpus autan aptasti mtlii (Ibid., X. 5, 7). I une di.ri : In, renia. In capite libri seriptum est de me ut facerem voluntatem tuctm : Dais meus, valut ri let/em tuam in mrdio coi dis BMÎ IPs. XXXIX). Jl s'est offert lui-même par h Saint-Esprit, lintrant dans le monde, il n dit : Seiyncur, Us sua i/ices ne vous sont point

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