‹ Démonstrations évangéliquesChapitre 20 sur 305 · DES PRINCIPAUX · texte numérisé non relu

DES PRINCIPAUX

vé (1). Que direz-vous, messieurs, à des témoignages si clairs? Par quel moyen vous garanlirez-vous du blâme et de la haine dont ils vous chargent justement? Direz-vous qu'ils ne signifient autre chose, sinon que les œuvres ne sont pas nécessaires comme causes de salut , bien qu'elles le soient de nécessité de présence, accompagnant toujours la foi comme l'ombre fait le corps , quoiqu'elle ne contribue aucune chose à sa conservation ? Cette fuite vous sera inutile, puisqu'ils affirment contradictoiremenl ce que vous niez sans aucune limitation, et qu'lllyricus dit en termes exprès, que la seule nécessité de la présence des œuvres a apporté, plusieurs incommodités (2) , entre lesquelles il rapporte le désespoir, qui de sa nature la condamne. Que Para>us dit que le bon larron a élé sauvé sans œuvres, et qu'elles ne sont pas absolument nécessaires (3). Et que la confes-sion des Suisses enseigne clairement que sans les œuvres on peut être sauvé, ce qui détruit la nécessité de leur présence (k).

Ennemis de Dieu. — Vous voilà ennemis des saints , de la Vierge, de Jésus-Christ et des bonnes œuvres; reste à voir si vous ne Têtes pas de Dieu. Vous l'êtes véritablement, mais île toute la Trinité , puisque vous enseignez que Dieu est auteur du péché, et que tout effet qui , étant hors de Dieu , procède de sa puissance, est commun aux trois personnes. Vous niez enseigner tel blasphème; je le soutiens : ainsi nous sommes opposés, mais nous serons bientôt d'accord, pour le moins au jugement de tout homme sans passion, m'obligeait t à faire voir que je ne dis rien que vous ne disiez vous-mêmes.

N'est-ce pas rendre Dieu coupable et cause du péché , que de dire qu'il veut le péché comme péché, que la coulpe est ordonnée de Dieu, que les maux ne tombent pas seulement sous sa prescience, mais sous sa prédestinalion? que Dieu veut le péché, qu'il ordonne infailliblement la chute de l'homme, et dispose les causes de sa damnation par degrés ? enfin -que l'homme est aveuglé par la volonté et le commandement de Dieu ? Cependant, c'est ce que vous faites : En tant que le péché considéré comme péché , dit Zanchius (5) , fait paraître lagloire dcDieu,encelte considération, le péché et le mal de la coulpe est préordonné de Dieu (6). Dieu a voulu et

(1) Confess. Heluet. cap. 16. Non scntiinus bnna opéra ad saliiiein ita esse necessaria ul aljtquc illis Demi uuquain sil servalus.

(2) Apud Schusselboqrg. loin. vu. Sola nécessitas pr.vsenii.r opcrujn ad sàlulém éxeluso <>mni ineriio, niliiloininus lia:c incommoda secuni all'rrt.

(3) Pariu-, I. iv.de juslili. c. 1. Lalronem qui lolo vilœ cursn nihil boni lecerat ciun in agone ad Clirisiikii confiigeret morie prseventum sine openbus salvalùm cxisiiiiiainiis.

(I) Mb. m. cap. 12 supra < ilat.

(5) Zmcliius in Mi>cell. Iil). de excœcat. q. 5. Pcccatum considération etiam m pêcealum, qualenusad illustrandain Dei gloriam l'acii , ««tenus peccalum et nialuni culpae pra-oriliiiatmii esta Deo.

(6) Calv. in c. 3. Ccn. Dico Dei ordinalione et nutu Jajisum esse Adam , hominem lubi voluil.

POINTS DE LA FOI

ordonné que l'homme soit tombé, dit Calvin. L'opinion de nos docteurs, dit Paraeus, est que Dieu ordonne infailliblement la damnation et la chute de l'homme (1). Dieu n'a pas seulement, dit Iîèze , prédestiné l'homme à sa damnation, mais aussi aux causes de sa dam-' nation (2). L'homme, dit Calvin, est aveuglé par le vouloir et le décret de Dieu (3). Ceux qui tiennent ce langage n'enseignent-ils pas que Dieu est cause du péché ; je dis de sa malice, puisque le péché, comme péché, la contient formellement en soi ?

Passons outre. Dire que Dieu est auteur de l'endurcissement de Pharaon, que la divine volonté en est première et souveraine cause, «juc Dieu inflige le péché, que c'est lui qui fait l'homme et l'ange transgresseurs de la loi de Dieu, n'est-ce pas dire, en termes exprès, Dieu auteur du péché? Cependant, c'est ce que vous dites : C'est chose certaine, dit Zanchius, que Dieu a été le premier auteur de cet endurcissement (4). Nous transférons en Dieu, dit Calvin , les causes de l'endurcissement (5). Et en un autre endroit : La volonté de Dieu est la souveraine et la j)lus éloignée, cVst-à-dire première cause de cet endurcissement (6). Le décret de Dieu ne peut être exclu des causes de corruption (7), dit Bèze. Dieu, dit Martyr, inflige le péché originel (8). Dieu, dilZuingle, fait l'ange et l'homme transgresseurs (9) .

Celui qui dit que Dieu pousse, meut, nécessite et contraint les hommes au péché, de telle sorte qu'il est impossible de l'éviter, que de Dieu procède l'efficace de l'erreur, ne dit-il pas qu'il est cause et coupable du péché? Qui attribue l'espèce attribue le genre indubitablement: et partant, quiconque attribue à Dieu celte qualité d'inciler 1 nomme aupéehé, l'en rend cause, puisquel'incitalion est une espèce de cause. Cependant c'est ce que vous faites : Dieu incline et pousse, dit Martyr (10), les volontés des impies aux péchés atroces. Dieu, dit Zuingle (11), meut le

(1) Parante lib. m. Dcamiss. gratiaecap. 2. Noslronuii doclnriiin senlcnlia est quod Deus teiilaiionc-m et lapgnm hôminis uifatlibiliter dccrevërit.

(•2) Beça lib- De Pra?dç6t- Deus non lanium ad d'amnalionem, sed eliam ad causas dainn;ilionis pra:dcsli'navil quoscuhiqiiê libueril.

(ô) Cal. 1. In-i. (. 1,S. § |. Volenlcel jubenlc Deo excçéealur homo.

(•i) Zuhclii'us supra qu. 1. Cerlnm est Denni priniariniii l'uis-e liujus olulnralionts aucloreni.

(ri) (Mv. lil». de Piaidesl. I, Demi) transferiinus obduralionis causas.

(G) Lib. do piovid. Dei Yolunias siiiuma est vel reinola causa obmfralibnls.

Il 7). ! us. i . c. 23 § 1. Sequilur abscondiiimi Dei c'onsifium obdùrationis esse causam.

(1) fiez, de pra'deslin. ;kI ail 1. à Corruptionis Çaùsis exrludeie Dei doeiciuin non poiest.

(8) Martyr in l'.oin. 1. Deus infligit peccalum originale.

(9) Zuinglius, lib. de l'rovid., cap. v. Deus Angélus Iransg'ressoreii) facti ei homlnem,

(10) Marlyr in 11 I Deus inclinai et impellit vo-

luntas Impiorum in gravia pcccaïa.

(U)Zuing. I. de l'rovid. e. 6. Movet Deus laironcm ad oecidendum , Deo impulsore occidit, al inquies ,

DÉMONSTRATION ! vwcr'.uyn:.

larron à tuer, Dieu le poussant il tue. Tu diras (ajoute-t-il ), «7 e$t contraint à pécher, j'accorde qu'il soit contraint.

Les réprouvés, «lit Calvin (1), veulent être vus excusables in péchant, parce qu'ils ne peuvent évader la nécessité de pécher, principalement vu quicelle procède de iordonnance et volonté de Dieu. Je nie au contraire que cela soit pour les excuser pour ce que cette ordonnance de Dieu est équitable. La créature, dit Pareus (2), pèche nécessairement et par un très-juste jugement de Dieu : Les nôtres, (ajoute-t-il) affirment très-bien que la chute de T homme a été par accident à raison du décret de Dieu, nécessaire et inévitable. Dieu fait (3), dit-il, très-efficacement les œuvres des méchants, en tant qu'ils sont maux de peine et ses jugements. L'efficace de l'erreur procède de Dieu même, dit Calvin (4).

Ceux qui disent Dieu auteur de tout ce que nous enseignons qui n'arrive que par la permission de Dieu, n'enseignent-ils pas en termes exprès que Dieu est auteur de la malice du péché, puisque nous enseignons qu'il nefait autre chose que la permettre? Cependant c'est ce que vous faites. J'ai déjà, dit Calvin (5), assez clairement montré qu'il est nommé auteur de toutes les choses que ces contrôleurs ici disent avenir par sa permission oisive (Calv. 1. Jnst. c. 18. §. 3).

Ceux qui enseignent en termes exprès que Dieu, par sa pure volonté, de son libre mouvement, sans considération d'aucun mérite, prédestine à la damnation et damne l'homme, ne disent-ils pas encore, chose plus horrible, que de le dire cause du péché? Cependant c'est ce que vous faites. Dieu, par sa pure volonté, dit Luther (6), délaisse, endurcit et damne les homtnes. En les damnant, ajoutet-il en un autre endroit (7), il ne considère pas leurs mérites. Il damne ceux qui ne l'ont pas mérité, il épand son ire et sa sévérité sur ceux qui ne l'ont pas mérité. Et en un autre endroit (8), il dit que le souverain degré de la foi consiste à croire celui-là être juste, qui par sa seule volonté nous fait nécessairement damnables. Dieu, dit-il (9), veut beaucoup de

coactus est ad peccaridnm , permillo, inquam , coactuni esse. Et in margine , Deus niovei soutes ad peccandum.

H) Calv. III. Inst. c 25. § 9.Gall.

(2) Pareus 1. m. de Amiss. gr. c. 13. Nrccssario quidem et justissimo judicio Dei peccat crealura. 1 (lin , lapsum lioniinis ex accidente ob Dui dccrcimn necessarium cl inevilabilem fuisse noslri rettissime asscrunt.

(3) Et cap. 4. Opéra malorum Dcus quac sunt mais pœnx et jtisia sua judicia l'acit efficacissime.

(4) Cal. I. Inst. cap. 18. §2. A Deo ipso manat cfiïcacia erroris ut mendaciis credanl.

(51 Cal. I. Inst. c. 18. § 3.

(6) Lulli. lib. de servo arbitrio Deus niera sua voluntante Domines desertt, indurat, damnât.

(7) Et ibid. non respicit mérita in damnandis , et ibid. Immcritos damnât , iram cl sevei itaiem spargit in iinmeritos.

(8) Ibid. Hic est fidei summus gradus crederc illum esse juslum qui suà volunlanle nos necessario damnabiles lacit.

(9) Ibid. Deus abscoudilus operalur vilam morlein

choses qu'il ne témoigne pu- vouloir par sa parole ; ainsi il ne tint pat tu mort du pécheur, savoir tel par ta parole, mais nia veut par sa volonté inserutable. Par sa pure volant i, dit Calvin (1), et sans considération de leur propre mérite, ils sont prédestinée A la mort étemelle. Calx m . dit Pansus 1 , agami suivi l'Apôtre, fait que la prédestination précède lapréviêion du péché.

Comment pourrez-vous maintenant vous justifier du blasphème dont on vous accule, de faire Dieu auteur et cause du péché, après en avoir été convaincus par tantd'exprès témoignages de vos principaux auteurs? Que vous sert de dénier de bouche une doctrine si détestable, puisqu'elle vous demeure toujours au cœur, et que vos écrits que vous devez avoir pesés, doivent plutôt être crus que vos paroles? Car si n'avouer pas son crime était un moyen suffisant pour l'eu purger, nul ne se trouvera coupable, encore qu'il demeure convaincu.

Que direz-vous, messieurs? Direz-vous que nos sens nous trompent et que nous vovons ce qui n'est pas? Nous en appelons à vos propres yeux, qui s'accorderont ar« les nôtres, si vous vous donnez la peine d'ouvrir vos livres pour y voir les passages que j'ai fidèlement cités.

Vous direz peut-être qu'ils n'entendent autre chose, sinon que Dieu est cause du péché, non pas auteur. Mais cette réponse ne vous garantit pas, d'autant que vos docteurs disent souvent que Dieu est auteur du péché, ou en propres termes, ou eu paroles équivalentes. Joint qu'encore qu'il y ait de la différence entre ces mots, auteur et cause, eu ce que l'un signifie plus que l'autre, auteur signifiant une première cause motrice de soimême. 11 n'y en a point tout-fois qui vous garantisse de crime, puisque non seulement dire Dieu auteur du péché est-ce un blasphème, mais en outre l'en soutenir cause.

Direz-vous que lorsque les vôtres font Dieu auteur et cause du pèche, vous parlez de l'acte du péché et non de sa malice? Puisque vous usez de ces mots de péché, comme péché, que vous le dites cause du mal de la coulpe, que vous le rende/ source de l'efficace de l'erreur, vous ne pouvez avoir recours à cette réponse. Que direz-vous donc? Que bien que vous enseigniez par vos écrits Dieu auteur du péché, vous ne le croyei pas? Vous n'en serez pas crus : et qui plus est, en matière de salut, il n'appartient qu'au diable et à ses sectateurs, qui ont à tâche la perle des âmes, de dire l'un et croire l'autre. Vous condamnez en un endroit ce que vous professez en l'aulre, ou pour mieux dire, vous

et omnia in omnibus : mulla vull qu;e verbo suo non osiendit sesc velle : sic non vull morte» peccatoris verbo scilicel, vull aulem illam voluulalc 1 1 la imper scruta bili.

(I) Calv. III. Inst. c. 23. 5 2. Nado ejus arbitrio et citra proprium nicritum in auernaui morlcm pra ilcsijuantur.

(41 Pansus I. Ù. de Gr. ci lib. arb. cap. 1G. ail Clivions Aposiolum secutos prxdcsliuatioueiu peccali prxvisione pi iurem facit.

DES PRINCIPAUX POINTS DE LA FOI

avez honte d'avouer en certaines occasions ce que vous n'avez pas honte de croire en tout temps. Vous avez beau dire, il est impossible que vous persuadiez aux plus grossiers que ces vérités, que vous appelez calomnies en votre écrit, le soient en effet, et il est aisé à chacun de reconnaître que, s'il y a de la calomnie et de l'injure, c'est celle que vous faites aux saints, à la Vierge, à Jésus-Christ, aux bonnes œuvres et à Dieu même. Calomnie et injure qui véritablement rendent votre religion odieuse, sans toutefois que vous puissiez vous en prendre à autres qu'à vous-mêmes, puisqu'il paraît que tant s'en faut que ces blasphèmes soient réfutés par vos écrits, vos prédications et vos vies, ce sont vos écrits, vos prédications et vos exemples qui les enseignent.

Que devez-vous faire en celte extrémité? selon votre parole, il ne vous reste qu'à partir de la société des hommes et vous retirer en quelque partie du monde inhabitée.

Mais si vous m'en croyez , vous ferez mieux, vous reconnaîtrez votre faute, et vous séparerez de vos erreurs, et lors au lieu de vous séparer de la société des hommes, l'Eglise vous recevra de nouveau en celle de ses enfants que vous avez quittée et en laquelle seule vous pouvez trouver votre salut.

Page 1