‹ Démonstrations évangéliquesChapitre 190 sur 305 · DE PASCAL · texte numérisé non relu

DE PASCAL

chés des péchés ; et c'est en ce moment qu'ils ont été reçus de Dieu et que leur sacrifice a reçu son accomplissement et son couronnement.

Ils ont fait ce qu'ils avaient voué : ils ont achevé l'œuvre que Dieu leur avait donné à faire; ils ont accompli la seule chose pour laquelle ils avaient été créés. La volonté de Dieu s'est accomplie en eux, et leur volonté est absorbée en Dieu. Que notre volonté ne sépare donc pas ce que Dieu a uni : et étouffons ou modérons par l'intelligence de la vérité les sentiments de la nature corrompue et déçue, qui n'a que de fausses images et qui trouble, par ses illusions, la sainteté des sentiments que la vérité de l'Evangile doit nous donner.

Ne considérons donc plus la mort comme des païens, mais comme des chrétiens, c'està-dire avec l'espérance, comme saint Paul l'ordonne, puisque c'est le privilège spécial des chrétiens. Ne considérons plus un corps comme une charogne infecte, car la nature trompeuse nous le représente de la sorte; mais comme le temple inviolable et éternel du Saint-Esprit, comme la foi l'apprend.

Car nous savons que les corps des saints sont habités par le Saint-Esprit jusques à la résurrection, qui se fera par la vertu de cet esprit qui réside en eux pour cet effet. C'est le sentiment des pères. C'est pour cette raison que nous honorons les reliques des morts, et c'est sur ce vrai principe que l'on donnait autrefois l'eucharistie dans la bouche des morts; parce que, comme on savait qu'ils étaient le temple du Saint-Esprit, on croyait qu'ils méritaient d'être aussi unis à ce saint sacrement. Mais l'Eglise a changé ((lie coutume ; non pas qu'elle croie que ces corps ne soient pas saints, mais par cette raison, que, l'eucharistie étant le pain de vie et des vivants, il ne doit pas être donné aux morts.

Ne considérons plus les fidèles qui sont morts en la grâce de Dieu comme ayant cessé de vivre, quoique la nature le suggère ; mais comme commençant à vivre, comme la vérité l'.issure. Ne considérons plus leurs âmes comme péries et réduites au néant , mais comme vivifiées et unies au souverain Vivant : et corrigeons ainsi, par l'attention à ces vérités, les sentiments d'erreur qui sont si empreints eu nous-mêmes , et ces mouvements d'horreur qui sont si naturels à l'homme.

111. Dieu a créé l'homme avec deux amours, l'un pour Dieu, l'autre pour soi-même ; mais avec celte loi : que l'amour pour Dieu serait infini, c'est-à-dire sans aucune autre fin que Dieu même, et que l'amour pour soi-même serait fini et (1) rapportant à Dieu.

L'homme, en cet elal, non seulement s'aimait sans péché, mais il ne pouvait pas ne point s'aimer sans péché.

Depuis, le péché étant arrivé, l'homme a, perdu le premier de ces amours; et l'amour; pour soi-même étant reste seul dans cetlrf grande âme capable d'un amour infini, celj

in h il. de IWî).

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amour-propre s'est étendu et débordé dans le vide que l'amour de Dieu •'> laissé : et ainsi il s'est aimé seul, el toute» chose» pour soi , , it-à-dire infiniment. .

Voilà l'origine de l'amour-propre. Détail naturel à Adam, et juste en son inhoi i mais il est devenu et crimiiiel et Imm ensuite de son péché. ^'< *i ' .'» la source de cet amour, et la cause de sa défectuosité et de son excès.

11 en est de même du désir de dominer, do la paresse et des autres \i<cs. L'application en est aisée à faire au sujet de l'horreur que nous avons de la mort. Cette ho; reur était naturelle et juste dans Adam innocent; pane que sa vie étant très-àgréàble à Dieu, elle devait être agréable à l'homme : et la mort eût été horrible, parce quelle eût fini une vie conforme à la volonté de Dieu. Depuis , l'homme avant péché, sa vie est devenue corrompue, son corps et son âme ennemis 1 un de l'autre, et tous deux de Dieu.

Ce changement ayant infecté une si sainte vie, 1 amour de la vie est néanmoins demeuré ; et l'horreur de la mort étant restée la même, ce qui était juste en Adam est injuste en nous.

Voilà l'origine de l'horreur de la mort et la cause de sa défectuosité. Eclairons donc l'erreur de la nature par la lumière de la

loi.

L'horreur de la mort est naturelle, mais c'est dans l'état d'innocence , parce qu'elle n'eût pu entrer dans le paradis qu'en finissaut une vie toute pure. 11 était juste de la haïr, quand elle n'eût pu arriver qu'en séparant une âme sainte d'un corps saint : mais il est juste de l'aimer, quand elle sépare une âme sainte d'un corps impur. H était juste de la fuir, quand clic eût rompu la paix entre l'âme et le corps ; mais non pas quand elle en calme la dissension irréconciliable. Enfin quand elle eût aflligé un corps innocent , quand elle eût été au corps la liberté d'honorer Dieu, quand elle eût séparé de l'âme un corps soumis et coopérateur à ses volon quand elle eût fini tous les biens dont 1 homme est capable, il était juste de l'abhorrer : mais quand elle finit une vie impure , quand elle ôte au corps la liberté de pécher, quand elle délivre l'âme d'un rebelle très-puissant et contredisant tous les motifs de son salut . il est très-injuste d'en conserver les mêmes sentiments.

Ne quittons donc pas cet amour que 1 l nature nous a donné pour la vie, puisque nous l'avons reçu de Dieu; mais que ce soit pour la même yic pour laquelle Dieu nous l'a donné, et non pas pour un objet contraire. Et en consentant à l'amour qu'Adam avail pour sa vie innocente, cl que Jésus-Christ même a eu pour la sienne, portons-nous à haïr une vie contraire à celle que lésus- Christ a aimée, et à n'appréhender que la mort que Jésus-Christ a appréhendée, qui arrive à un corps agréable à Dieu ; mais non pas à craindre une mort qui, punissant un corps coupable el purgeant un corps vicieux, doit nous donner de» sentiments toul con-

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traires, si nous avons un peu de foi, d'espérance et de charité.

i un de» grands principe» du christlâ nisine, que tout ce qui e»l arrivé à Je-us- ChHst doit se p.isxr et dans l 'âme c t d.uis le corps de chaque chrétien : que comme lésttl Christ a soumit durant sa vie mortel! . Ml mort à celle vie moi telle, et ressuscité d'une vie nouvelle, et est limite au ciel, OÙ il fsl assis à la droit ■ de Dr u son l'ère : ainsi le corps el lame doivent snulTrir, mourir, r iter et monter au ciel.

Toutes ces choses s'accomplissent l'âme durant celle vie, mais non dans le corps.

L'âme souffre el meurt au péché dans la pénitence et dans le baptême, l'âme ressdSl lie à une nouvelle vie dans ces nls : et

enfin l'âme quille le terre et monte au • iel en menant une vie céleste, ce qui fait dire à saint Paul : Nostra conversatioin cœlisest{Pliilipp., lil, 20).

Aucune de ces choses n'arrive dans le corps durant celle vie ; mais les mêmes chose» passent ensuite. Car, à la mort, le corpt meurt . vie mortelle ; au jugement, il ressusciter, i à une nouvelle vie: après !•■ jugement, il niera au < iel et y demeurera elernellomcnt. Ainsi les mêmes choses arrivent au corps et à l'âme, mais en différents temps ; et les changements du corps n'arrivent que quand ceux de l'âme sont accomplis, c'est-à-dire après la mort : de sorte que la mort est le couronnement de la béatitude de l'âme et le commencement de la béatitude du corps.

Voilà les admirables conduites de la sagesse de Dieu sur le salut des âme» : et saint Augustin nous apprend sur ce snjet, que Dieu en a dispose de la sorte, de peur que. si le corps de l'homme lui mort et ressuscité pour jamais dans le baplé e. on ne lût entré dans l'obéissance de l'Evangile que par l'amour de la vie; au lieu que la grandeur de la foi éclate bien davantage lorsque l'on tend à l'immortalité par les ombres de la mort.

IV. 11 n'est pas juste que nous soyons ressentiment et sans douleur dans i (lions et les accidents fâcheux qui nous arrivent, connue des anges qui n'ont aucun • liment de la nature -, il n'est .pas juste aussi que nous soyons sans consolation . comme des païens qui n'ont aucun sentiment de li ce : mais il est juste que nous soyons el consoles comme chrétiens, el que la consolation de la grâce l'emporte parsus les sentiments de la nature: afin que la grâce soit non seulement en nous, m :is victorieuse en nous : qu'ainsi en sanclitianl le nom de notre Père sa volonté dev ienne la no- Ire, que sa grâce règne et domine sur la nature, el que nos araiclioas soient comme la matière d'un sacrifiée que sa grâce consomme et anéantisse pour la gloire de Dieu, el que ces sacrifices particuliers honorent et préviennent le sacrifice universel où la nature entière doil être consommée par la puis sauce de Jesus-Christ.

\nisi nous tirerons a vantas- pro-

PENSEES DE PASCAL

près imperfections, puisqu'elles serviront de matière à cet holocauste : car c'est le but des vrais chrétiens, de profiter de leurs propres imperfections ; parce que tout coopère en bien pour les élus.

Et, si nous y prenons garde de près, nous trouverons de grands avantages pour notre édification, en considérant la chose dans la vérité; car puisqu'il est véritable que la mort du corps n'est que l'image de celle de l'âme, et que nous bâtissons sur ce principe : que nous avons sujet d'espérer du salut de ceux dont nous pleurons la mort ; il est certain que si nous ne pouvons arrêter le cours de notre tristesse et de notice déplaisir, nous devons en tirer ce profit : que puisque la mort du corps est si terrible qu'elle nous cause de tels mouvements, celle de l'âme devrait nous en causer de plus inconsolables. Dieu a envoyé la première à ceux que nous regrettons; mais nous espérons qu'il a détourné la seconde. Considérons donc la grandeur de nos biens dans la grandeur de nos maux, et que l'excès de notre douleur soit la mesure de celle de notre joie.

Il n'y a rien qui puisse la modérer, sinon la crainte que leurs âmes ne languissent pour quelque temps dans les peines qui sont destinées à purger le reste des péchés do celte vie : et c'est pour fléchir la colère de Dieu sur eux, que nous devons soigneusement nous employer.

La prière et les sacrifices sont un souverain remède à leurs peines. Mais une des plus solides et des plus utiles charités envers les morts est de faire les choses qu'ils nous ordonneraient s'ils étaient encore au monde, et de nous mettre pour eux en l'état auquel ils nous souhaitent à présent.

Par cette pratique nous les faisons revivre en nous en quelque sorte, puisque ce sont leurs conseils qui sont encore vivants et agissants en nous : et comme les hérésiarques sont punis en l'autre vie des péchés auxquels ils ont engagé leurs sectateurs, dans lesquels leur venin vit encore; ainsi les morts sont récompensés, outre leur propre mérite, pour ceux auxquels ils ont donné suite par leurs conseils et leur exemple.

V. L'homme est assurément trop infirme pour pouvoir juger sainement de la suite des choses futures. Espérons donc en Dieu, et ne nous fatiguons pas par des prévoyances indiscrètes et téméraires. Remettons-nous à Dieu pour la conduite de nos vies, et que le déplaisir ne soit pas dominant en nous.

Saint Augustin nous apprend qu'il y a dans chaque homme un serpent, une Eve ot un Adam. Le serpent sont les sens et nwrc nature ; l'Eve est l'appétit concupisciblc , et l'Adam est la raison.

La nature nous tente continuellement ; l'appétit concupiscible désire souvent : mais le péché n'est pas achevé si la raison ne consent.

Laissons donc, agir ce serpent et cette Kvc, si nous ne pouvons l'empêcher : niais prions Dieu que sa grâce fortifie tellement notre

■m, ou'il demeure neloricus m.

Christ en soit vainqueur, et qu'il règne éternellement en nous.

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