FRAGMENT D UN ECRIT
bUR LA CONVERSION DU PÉCHEUR.
La première chose que Dieu inspire à l'âme qu'il daigne toucher véritablement est une connaissance et une vue tout extraordinaire, par laquelle l'âme considère les choses et elle-même d'une façon toute nouvelle.
Celte nouvelle lumière lui donne de la crainte, et lui apporte un trouble qui traverse le repos qu'elle trouvait dans les choses qui faisaient ses délices.
Elle ne peut plus goûter avec tranquillité les objets qui la charmaient. Un scrupule continuel la combat dans celte jouissance, et celte vue intérieure ne lui fait plus trouver celte douceur accoutumée parmi les choses où (die s'abandonnait avec une pleine effusion de cœur.
Mais (lie trouve encore plus d'amertume dans les exercices de piété que dans [es vanités du inonde. D'une part, la vanité des objets visibles la touche plus que l'espérance des invisibles; et do l'autre, la solidité des invisibles la touche plus quo la vanité des v i-
sibles. Et ainsi la présence des uns et l'absence des autres excite son aversion; de sorte qu'il naît dans elle un desordre et une confusion qu'elle a peine à démêler, mais qui est la suite d'anciennes iin, ressii ns longtemps senties, et des nouvelles qu'elle éprouve. Elle considère les choses périssables comme périssantes, et même déjà péries : et. à la vue certaine de l'a néant ssemenl de tout ce qu'elle aime, elle s'effraie dans cette considération, en voyant que chaque instant lui arrache la jouissance de son bien, et que ce qui lui est le plus cher s e- COUlc à tout moment . et qu'enfin un jour certain viendra auquel elle se trouvera dénuée de toutes les choses auxquelles elle avait mis son espérance. De sorte qu'elle comprend parfaitement que, son cœur ne s'etanl attaché qu'à des choses fragiles et vain."., sou âme doil se trouver seule et abandonnée au sortir de cette vie, puisqu'elle n'a pas eu soin de se joindre à un bien véritable et BUb-