‹ Démonstrations évangéliquesChapitre 195 sur 305 · FRAGMENT D'UN ECRIT SUR LA CONVERSION DU PÉCHEUR · texte numérisé non relu

FRAGMENT D'UN ECRIT SUR LA CONVERSION DU PÉCHEUR

sislanl par lui-même qui pût la soutenir durant et après cette vie.

De là vient qu'elle commence à considérer comme un néant tout ce qui doit retourner dans le néant, le ciel, la terre, son corps, ses parents, ses amis, ses ennemis, les biens, la pauvreté, la disgrâce, la prospérité , l'honîieur, l'ignominie, l'estime, le mépris, l'autorité, l'indigence, la santé, la maladie, et la vie même. Enfin tout ce qui doit moins durer que son âme est incapable de satisfaire le désir de cette âme qui cherche sérieusement à s'établir dans une félicité aussi durable qu'elle-même.

Elle commence à s'étonner de l'aveuglement où elle était plongée; et quand elle considère, d'une part, le long temps qu'elle a vécu sans faire ces réflexions , et le grand nombre de personnes qui vivent de la sorte, et, de l'autre, combien il est constant que l'âme étant immortelle ne peut trouver sa félicité parmi des choses périssables et qui lui seront ôtées au moins à la mort, elle entre dans une sainte confusion et dans un'étonnement qui lui porte un trouble bien salutaire.

Car elle considère que, quelque grand que soit le nombre de ceux qui vieillissent dans les maximes du monde, et quelque autorité que puisse avoir celte multitude d'exemples de ceux qui posent leur félicité au monde, il est constant néanmoins que même quand les choses du monde auraient quelque plaisir solide (ce qui est reconnu pour faux par un nombre infini d'expériences si funestes et si continuelles), la perte de ces choses est inévitable au moment où la mort doit enfin nous en priver.

De sorte que l'âme s'étant amassé des trésors de biens temporels, de quelque nature qu'ils soient, soit or, soit science, soit réputation , c'est une nécessité indispensable qu'elle se trouve dénuée de tous ces objets de sa félicité ; et qu'ainsi, s'ils. ont eu de quoi la satisfaire, ils n'auront pas de quoi la satisfaire toujours ; et que si c'est se procurer un bonheur véritable, ce n'est pas se procurer un bonheur durable, puisqu'il doit être borné avec le cours de cette vie.

Aussi, par une sainte humilité que Dieu relève au-dessus de la superbe, elle commence à s'élever au dessus du commun des hommes. Elle condamne leur conduite, elle déteste leurs maximes, elle pleure leur aveuglement, elle se porte à la recherche du véritable bien ; elle comprend qu'il faut qu'il y ait ces deux qualités : l'une, qu'il dure autant qu'elle, et l'autre qu'il n'y ait rien de plus aimable.

Elle voit que dans l'amour qu'elle a eu pour le monde, elle trouvait en lui cette seconde qualité, dans son aveuglement, car elle ne reconnaissait rien de plus aimable. Mais comme elle n'y voit pas la première , Clle connaît que ce n'est pas le souverain bien. Elle le cherche donc ailleurs, et connaissant par une lumière loute pure qu'il n'est point dans les choses qui sont en elle, ni

hors d'elle, ni devant elle, elle commence à le chercher au-dessus d'elle.

Celte élévation est si éminente et si trans cendante qu'elle ne s'arrête pas au ciel; il n'a pas de quoi la satisfaire, ni au dessus du ciel, ni aux anges, ni aux êtres les plus parfaits. Elle traverse toutes les créatures, el ne peut arrêter son cœur qu'elle ne soit rendue jusqu'au trône de Dieu, dans lequel elle commence à trouver son repos et ce bien qui est tel qu'il n'y a rien de plus aimable, et qui ne peut lui être ôté que par son propre consentement.

Car encore qu'elle ne sente pas ces charmes dont Dieu récompense l'habitude dans la piété, elle comprend néanmoins que les créatures ne peuvent pas être plus aimables que le Créateur ; et sa raison aidée des lumières de la grâce lui fait connaître qu'il n'y a rien de plus aimable que Dieu, et qu'il ne peut être ôté qu'à ceux qui le rejettent, puisque c'est le posséder que de le désirer, et que le refuser c'est le perdre.

Ainsi elle se réjouit d'avoir trouvé un bien qui ne peut pas lui être ravi tant qu'elle le désirera, et qui n'a rien au dessus de soi.

Et dans ces réflexions nouvelles elle entre dans la vue des grandeurs de son Créateur, et dans des humiliations et des adorations profondes. Elle s'anéantit en sa présence : et ne pouvant former d'elle-même une idée assez basse, ni en concevoir une assez relevée de ce bien souverain, elle fait de nouveaux efforts pour se rabaisser jusqu'aux derniers abîmes du néant, en considérant Dieu dans des immensités qu'elle multiplie. Enfin, dans celte conception qui épuise ses forces, elle l'adore en silence, elle se considère comme sa vile et inutile créature, et, par ses respects réitérés, l'adore et le bénit, et voudrait à jamais le bénir et l'adorer.

Ensuite elle reconnaît la grâce qu'il lui a faite de manifester son infinie majesté à un si chôtif vermisseau; elle entre en confusion d'avoir préféré tant de vanités à cedivin maître, et, dans un esprit de componction et de pénitence, elle a recours à sa pitié pour arrêter sa colère, dont l'effet lui parait épouvantable dans la vue de ses immensités.

Elle fait d'ardentes prières à Dieu pour obtenir de sa miséricorde que, comme il lui a plu de se découvrir à elle , il lui plaise de la conduire à lui et lui faire naître les moyens d'y arriver. Car c'est à Dieu qu'elle aspire : elle n'aspire encore d'y arriver que par des moyens qui viennent de Dieu même ; parce qu'elle veut qu'il soit lui-même son chemin, son objet cl sa dernière fin. Ensuite de ces prières, clic conçoit qu'elle doit agir conformément à ses nouvelles lumières.

Elle commence à connaître Dieu et désire d'y arriver : mais comme elle ignore les moyens d'y parvenir; si son désir est sincère, véritable, elle fait la même chose qu'une personne <iui, désirant arriver à quelque lieu, ayant perdu le chemin et connaissant son égarement, aurait recours à ceux qui sauraient parfaitement ce chemin. Elle consulte de même ceux qui peuvent l'instruire de la

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, oie qui mène à ce Dieu qu'elle a si longtemps abandonné. Mais, eu demandant ù I,i connaître, elle se résout de conformer à la vérité connue le resté de sa vi connue, sa faiblesse naturelle arec l'habitude qu'elle a au péché où elle a vécu l'ont ré luite dans l'impuissance d'arrn er à la félicité qu'elle désire, elle implore de sa miséricorde les moyens d'arriver à lui. de s'attacher ù lui, d'y adhérer éternellement. Tout occu-

hi.MoNsir.vnoN i \ i m.i.i.ivi E

celle beauté si aoi ienne et ^i nouvelle, pour elle, elle sent que tous tes mouvei doivent te porter \ers et objet ; elle i pr ù I <|u'( lie ne doit plus penser ici-Las qu'à

! Dieu comme créalur ces comme redevable, lui satisfais coupable, le prier comme indigente, jusqu'à ce qu'elle n'ait plus qu'à le soir, l'aimer, le louer dans l'éternité.

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