CHAPITRE IX
MINISTRES
Pour vous é clair cir davantage là-dest nous pouvons vous faire voir , Stre , que vous uvez en votre royaume une faction d'hommes qui se qualifient compagnons de Jésus, comme si c'était peu de chose d'être ses disciples, qui ont serment d'obéissance aveugle et sans exception au chef de leur ordre , qui est et a toujours été sujet du roi d'Espagne : lesquels ont été condamnés par vos cours de parlement, comme ennemis de l'état et de la ne des rois, et corrupteurs de la jeunesse : qui enseignent le peuple que le pape peut dégrader les rois, faire tuer et transpor ter leurs couronnes à un autre. Qu'ils ne doivent déceler les conspirations contre le roi, apprises par les confessions : et qu'étant surpris. Us peuvent user d'équi vocal ion en justice. Dont sont ensuivis plusieurs effets funestes à la France et à toute la chrétienté. Au moyen de quoi leurs livres faits avec approbation publique du général île leur ordre, et de bon nombre de docteurs jésuite*, ont été par arrêt delà cour brûles en public par l'exécuteur de la justice. Que si votre Majesté veut s'en enquérir, elle trouvera qu'au collège des jésuites de la Flèche, fondé par la libéralité du roi votre père, de très-glorieuse mémoire en la salle basse du logis d>s pères, il g a un grand tableau OÙ sont représentés lismarti/rs,
de l'ordre des jésuites, entre lesquels il y m
a qui ont sou/fert le dernier supplice pour
DES PRINCIPAUX POINTS DE LA FOI
avoir entrepris sur la vie de leurs rois, et que cette punition y est appelée martyre, et cela mis en vue d'une multitude de jeunesse, pour l'induire par ces exemples à parvenir à la gloire du martyre par le même chemin ; toutefois ceux-là même sans s'être rétractés et sans avoir fait aucune déclaration publique de condamner tels livres et telles doctrines, ont aujourd'hui l'oreille de nos rois, fouillent les secrets de leur conscience, et approchent le plus près de leur personne.
RÉPONSE
La bonté de Dieu est si grande , qu'il convertit d'ordinaire en bien le mal qu'on veut procurer aux siens. Vous pensez nuire aux jésuites, et vous leur servez grandemont : n'y ayant personne qui ne reconnaisse que ce leur est grande gloire d'être blâmés de la même bouche qui accuse l'Eglise catholique, rejette les bonnes œuvres , calomnie les saints, fait injure à Jésus- Christ, et rend Dieu coupable. Ce leur est. véritablement chose avantageuse, nous le .voyons par expérience, en ce que outre les considérations qui les doivent l'aire estimer de tout le monde, beaucoup les aiment particulièrement , parce que vous les haïssez.
Voyons quels sont les crimes dont vous les chargez. Vous dites qu'ils s'appellent compagnons de Jésus-Christ : quelle preuve apportez-vous qui le vérifie? Vous direz que c'est se faire compagnon de Jésus, que de se dire de sa compagnie ; mais cette conséquence est impertinente , puisque pour se dire de la compagnie d'un prince, autre chose n'est requise que d'être à sa suite : au lieu que pour s'en dire compagnon, il faut beaucoup davantage. Il est donc faux que les jésuites s'appellent compagnons de Jésus-Christ, encore qu'ils se disent de sa compagnie. En quoi ils ne font rien dont on les puisse reprendre, puisque les paroles de l'Apôtre : Vous êtes appelés en la société de son Fils (I Cor., I, 9) ; et celles-ci de saint Jean : Que notre société soit avec le Père, et avec son Fils Jésus-Christ (I Jean, I, 3), ne s'entendent pas seulement de ceux à qui ils les adressent, mais en général de tous les chrétiens qui suivent la foi et la doctrine de Jésus-Christ.
Mais qui pourra souffrir que messieurs les ministres blâment les jésuites, comme s'ils se disaient compagnons de Jésus, eux qui s'attribuent ce titre , qu'ils estiment arrogant? Vous avez sans doute oublié votre catéchisme (Dimanche 6) , où parlant de Jésus-Christ, vous dites en propres mots : Nous sommes compagnons de sa prêtrise. El i! paraît bien que vous commencez à négliger Calvin, à cause de tant de blasphèmes dont on a convaincu ses oeuvres ; car si vous l'eussiez lu, vous eussiez sans doute remarqué qu'étant dits en la seconde de saint Pierre , COMors de la divine nature (Pier., 1, h), il nous rend ses compagnons en la vie éternelle. Je \uus laisserai en possession de celte imposture, passant à l'exa-
men des autres accusations , pour voir si vous êtes mieux fondés.
Les jésuites, dites-vous, font serment d'obéissance aveugle , et sans aucune exception. Si vous n'étiez aveugles vous-mêmes, vous sauriez que le vœu, de sa nature, contient exception de tout ce qui est préjudiciable aux rois; attendu que tout vœu ayant le bien pour son objet , on ne se peut obliger par vœu à faire aucune chose contre la loi de Dieu, les ordonnances de l'Eglise, l'obéissance due au roi , et la charité du prochain. Si vous aviez bien lu les pères, vous sauriez que l'obéissance que vous appelez aveugle n'est pas blâmable, puisqu'ils enseignent qu'un vrai religieux la doit avoir. C'est ce que veut dire S. Basile (1), lorsqu'il enseigne n'appartenir pas à un vrai religieux d'examiner le commandement de son supérieur, quand il n'oblige point à pécher; lorsqu'il le compare à l'ouaille qui prend le chemin qu'il plaît au pasteur, et à l'outil qui ne résiste jamais aux volontés de celui qui s'en sert. C'est ce que désire S. Bernard (2), quand il dit que la parfaite obéissance n'a ni loi, ili bornes, mais se porte volontairement à tout ce qui lui est commandé. C'est ce que requiert S. Jérôme (3), lorsqu'il dit : Crois que tout ce qui t'est commandé de ton supérieur est chose salutaire, et ne juge pas du commandement de tes majeurs. C'est enfin ce que veut S. Grégoire (k), par ces mots : Que la vraie obéissance ne sait ni examiner l'intention des supérieurs , ni discerner leurs commandements, parce que celui quia soumis tout le jugement de sa vie à un plus grand que soi, n'a autre voie que d'exécuter ce qui lui est commandé, et celui qui a appris à obéir parfaitement ne sait pas ce que c'est de juger. Donc les jésuites ne sont pas coupables pour faire et garder un vœu, que les pères de l'ancienne Eglise, non seulement approuvent, mais ordonnent, comme nécessaire aux religieux.
Vous dites en outre qu'ils promettent cette obéissance aveugle , à tin général toujours sujet du roi d'Espagne. Si vous eussiez été
(1) Basil, in conslit. mon. c. 23. Quemadmodum jgilur pasiori sno oves obtempérant et viam quamcuinqne vnlt ingrediunlur. Sic qui ex Dco pietaiis cultores sunt moderaloribus suis obsequi debent, nihil omnino eorum jussre curiosius perscruiantes quand» libéra sunt a prccaio, etc. Item, ut Faber singuhs arlis instrumeniis pfo arbilrio uiilur suo, neque unquani ullum inventum est inslrumenlum quod ad qucmciiiuque usum ille voluisset non se facile iraclandum prsebuerit, etc.
(2) IJernardus , Tractât, de pr.x-ceplo et dispensât. cap. !). l'erfecla obedienlia legein nescit, terminis non arctalur largiori voluntale fertur in allitudineni charitalis, etc.
(5) Micron, epist. 4. ad Ruslic. c. 4. Credas libi salutare quicquid prœpositus praîceperit, nec de inajormn sentenlia judices.
(4) Gregor. I. il. c. 4. in 1. Reg. vera obedienlia nec pra-positorum inlentionem disculil, nec pracepia diSCernit, quia qui omne vilaB sua? judicium majori subdidit, in hoc solo gaudet, si quod sibi pra&ipilur, operalur. Nescit enim judicarc, quisquis perfecle didicerit obedirc.
ni
DÉMONSTRATION ÊYA.NGELIqI E.
bien informés de la vérité, vous eussi«.*z su qu'ii est faux que leurs généraux soient , doivent être, ou aient toujours été tels; puisque le père Vitelesque qui possède maintenant cette charge avec mérite, est Romain de naissance, que celui qui était devant le dernier uiort, était Liégeois.
Vous leur reprochez par après les arrêts qui ont été donnés contre eux ; mais il leur suffit d'avoir été rétablis par ledit du grand Henri, vérifié par tous les parlements de la France. Ce qui justifie assez le zèle de cet ordre envers les rois, son affection envers l'état, et l'avantage que reçoit la jeunesse du soin qu'il prend de son instruction.
Quant à ce que vous dites de leur doctrine, touchant la puissance qu'ils attribuent aux papes sur les rois, vous en eussiez parlé autrement que vous ne faites, si au lieu de l'apprendre des écrits de quelques particuliers, vous l'eussiez recueillie de la bouche de leur général, qui en l'an 1610, fit une déclaration publique par laquelle non seulement il improuve, mais défend à ceux de son ordre, sous de très-grièves peines, de soutenir qu'il soit loisible sous quelque prétexte de tyrannie que ce puisse être, d'attenter sur la personne des princes et des rois. Pour ce qui est du secret delà confession, je n'ai point appris qu'ils aient d'autre opinion que celle de l'Eglise universelle ; mais ce n'est point merveille si , en voulant aux sacrements, comme vous faites, vous recherchez toute sorte d'artifices pour rendre celui-ci odieux, et empêcher quepar son moyen ceux que vous tenez vos ennemis, parée que vous l'êtes de l'Eglise, n'approchent la personne des rois, et ne connaissent le secret de leurs consciences , qui est le but où vous tendez, comme les derniers mots de votre paragraphe le témoignent.
Pour le regard des équivoques dont vous dites qu'ils usent, cl apprennent aux autres à user en justice, je vous renvoie aux réponses qu'ils vous ont faites tant de fois silice sujet, je me contenterai de faire voir que blâmant les équivoques en eux, vous en Usez vous-mêmes , voire même de mensonges manifestes en matière de la foi.
Wiclef, par qui votre martyrologe français dit que Dieu a \oulu éveiller le monde enseveli dans le songe des traditions humaines {liv. II, en la vie de }\riclef), interrogé de sa foi, n'use-t-il pas lui et les siens de tergiversations, au rapport de votre même mari} rologe, qui parle d'eux en ces termes, ne faisant que chercher des te> r/iversalions et excuses [rivales pour (délier 'd'échapper par ambiguïté de pafoUsi Bucery sacramentaire et ses compagnons, accordant à Luthei le corps de Jésus- Christ être en l'eucharistie véritablement et substantiellement : les Indignes prendre ce vrai corps, n'usent-ils pas de gaieté de cœur en matière de foi, de tergiversation et d'équiv o- <\ue-'!(IIospnuun.,])arl. I. llistor. sacrani.).'Sc i!it-il pas ûue île les Zuingliens ne diffèrent de Luther que de paroles, quoique ce SOit chose fausse? Luther ne l'appellc-t-il pas pour cet effet, semeur de paroles, Kntp/toUyot comme
rapporte HospinianfLe même Ilospinian, el Simblerus, auteur suis>e, oe rapportent-ils pas, que martyr par certain espace de temps, usait de paroles obscures et ambiguës en ce qui concerne la cène ' En un mot, les vôtres disent que leur église invisible a, par l'espace de plusieurs siècles, professé notre religion , quoique de cœur et de bouche elle crût la vôtre : ce qu'ils n'ont pu faire non seulement sans équivoque, mais qui plus est , sans nier Dieu.
G , ni, ait où est celui des nôtres qui ne reconnaît qu'il faut plutôt mourir que d'user il "éijuivoque en matière de foi. que de nier non seulement de cœur, mais de bout lie, celui qu'on doit confesser de l'un et de l'autre ?
Quant à leurs livres, si certains particuliers en ont fait quelques-uns qui aient élé brûle*, pourquoi les mettez-vous en jeu ? Les mêmes arrêts qui les ont condamnés au feu, ne jugent-ils pas quantité des vôtres dignes des mêmes flammes , puisqu'ils contiennent les mêmes choses ?
Pour le regard du tableau dont vous parlez, vous n'eu pouvez tirer aucun a\anlage, puisque vous n'êtes pas d'accord du fait : attendu qu'ils soutiennent que celui que vous estimez convaincu d'une conspiration contre son roi en est du tout innocent, et croient qu'il soit mort pour la seule défense de la religion catholique : ce qui fait que s'il y a erreur en cela, il est de fait et non de droit. Défaille croyant mort pour sa vertu, et non pour ses crimes :non de droit, comme s'ils enseignaient qu'il fût licite d'entreprendre sur les rois, et que souffrir la mort pour cette cause fût martyre.
Après cela, pour finir ce chapitre, il ne me reste qu'à supplier Dieu de vous départir les eaux des fontaines de sa grâce . puisque la calomnie noircissant son auteur, et non celui qu'on en veut diffamer s ins le pouvoir faire, vous en avez tant de besoin pour vous laver, que toutes celles de ce monde n'y pourront suffire.