‹ Démonstrations évangéliquesChapitre 223 sur 305 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

De l'opposition des luthériens aux calvinistes sur le sujet de l'eucharistie, et de leur haine irréconciliable pour tous ceux qu'ils nomment sacramentaires.

Je ne veux ni ne puis nier , que si Carlostad ou quelque aulre eût pu me persuader il y a cinq ans qu'il n'y a que du pain et du vin dans le sacrement de l'eucharistie , il ne m'eût rendu un grand ofûce ; car je me tuais à discuter celte matière par les soins pénibles que j'y apportais. Je tendis tous mes nerfs , et fis tous mes efforts pour me tirer d'embarras , comprenant fort bien que je pourrais parce moyen principalement incommoder le papat. J'avais encore dcu\ hommes qui m'écrivaient sur cette question avec plus d'habileté et de finesse que n'a fait Carloslad, et sans tordre les paroles , comme lui , par leur propre caprice. Mais enfin je me vois pris , sans qu'il me reste aucun moyen d'échapper : car les paroles de l'Evangile sont trop claires et trop fortes pour pouvoir être facilement ébranlées , et moins encore renversées par des expressions et des gloses convaincues de vertige et d'entêtement. Si aujourd'hui même quelqu'un pouvait me faire croire par un passage formel de l'Ecriture qu'il n'y a que du pain et du vin dans le sacrement, il ne faudrait pas s'emporter autant qu'on fait contre moi : car, hélas! autant que je puis me connaître moi-même et ma faiblesse d'Adam , je n'ai que trop de penchant pour celle opiriion (1).

C'est certainement une chose digne d'admiration, que nul des pères, dont le nombre est infini , n'ait parlé du sacrement de l'eucharistie, comme les sacramentaires: car il n'y en a pas un qui se soit énonce en ces termes : C'est du pain et du vin seulement; ou : Le corps cl le sang de Jésus-Christ n'y sont point présents. En vérité il n'est pas croyable, ni même possible , qu'en touchant cl retouchant tant de fois celte malière. il ne leur soit échappé quelquefois , ou pour le moins une fois, de dire ces paroles : C'est du pain pur; ou : Le corps de Jésus-Chrisl n'y est point présent corporellement; ou d'autres termes semblables : d'autant plus qu'il importe extrêmement que les hommes ne soient pas séduits en chose semblable. Cependant tous les pères en parlent aussi précisément, que si nul d'eux ne doutail que le corps et le sang de Jésus-Christ n'y soient présents. En effet de tant de pères et de tant d'écrits qu'Hi nous ont laissés, quelques-uns, ou du

(I) Luther. Lettres à s<-.s iréscliers en Jésus-Chrisl, amis tl.cln einns de Mrasbourg.

moins un seul , eût pu exprimer l'opinion négative ; mais tous unanimement et 11,11stammenl prononcent d'une voix l'affir/nali ve. Nos sacramentaires au contraire, avec tous leurs efforts , ne font bruit que de la négative. Pour dire donc tout en 11 u mot, OEcolampade n'a puisé son opinion ni dans l'Ecriture , ni dans les pères (1).

Nous soutenons clairement que, comme les paroles le disent , le corps et le sang de Jésus-Christ sont présents , lorsqu'il dit : Prenez , mangez , ceci est mon corps... Mais nos adversaires soutiennent clairement que le seul pain et le seul vin sont présents , et non pas le corps et le sang de Jésus-Christ. S'ils se trompent en croyant et en enseignant cela, il est certain qu'ils blasphèment contre Dieu, accusent de mensonge le Saint-Esprit, trahissent Jésus-Chrisl cl séduisent tout le monde.

U faut, de nécessité, quelediablesouticrine contre Dieu l'une ou l'autre de ces deux opinions; il n'y a point de milieu (2).

Mais vous le dites. Et qui autre que le diable vous pourrait donner cette licence de mettre en pièces l'Ecriture? En effet, je ne crois pas qu'aucun aulre la donnât que le diable, qui en a fait présent à Zuingle et à Œcolampade. Oui jamais , je vous en prie, a lu dans l'Ecriture que (le corps) soit la même chose que ( le signe du corps) , et que ce mol (est) soit la même chose que (signifie)? Voire même quelle langue dans tout le monde s'est-elle ainsi jamais énoncée? En vérité, pour moi je n'en connais point d'autre raison, sinon que le diable dans les transports de son orgueil excessif et de sa malice oisive, veut se jouer de nous par le ministère de ces gens fanatiques dans celle question épineuse , lorsqu'il proteste d'acquiescer au tetéruoignage et au jugement de L'Ecriture, et que cependant il met auparavant l'Ecriture à l'écart, et la transforme en son sens (3).

Sans nul doute l'esprit variant des sacramentaires n'est autre que le diable I

A peine ai-je jamais lu une hérésie plus horrible que celle des sacramentaires (51.

Si les suermeriens . les zuingliens et leurs semblables déjà condamnés me louent ou me blâment, c'esl comme si les Juifs, les Turcs, le pape , et tous les diables me louaient ou me blâmaient (6).

(l) Luther , Défenses dm parûtes de lu dm , tom. v 11 , |i 591, de l'édition do W niomberg.

ibid., p. 581 (.-1) Ibid., n. 584 * lui , p. il t.

Ibid., p. 580.

' 1 iiiiiei eu sa petite Confession, rapportée par Hospk m. n, ï (..m. de l'Histoire des sacramentairtt, p 187

PREUVES POUR LE TRAITÉ DE L'EXAMEN EN GÉNÉRAL

C'est assez pour moi qui suis le plus malheureux de tous les hommes, de celte unique béatitude du Psalmiste : Heureux est l'homme qui n'est point entré au conseil des sacramentaires, qui ne s'est point arrêté au chemin des zuingliens , et qui ne s'est point assis dans la chaire des zurigiens (1).

Car qui oserait rendre en latin ces paroles prodigieuses? Les zuingliens ont un cœur méchant, endiablé, perdiablé et transdiablé (2).

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