TRAITE
DE L'EUCHARISTIE
SECTION PREMIÈRE
Il est à propos de resserrer la matière. Trois parties de la dispute sur la présence réelle. Une clé pour chacune.
I. Plus on a étendu ordinairement cette grande et importante matière de l'Eucharistie, plus il est à propos de la resserrer, l'eu de personnes lisent les gros volumes ; peu de ceux qui les lisent peuvent démêler le principal d'avec les incidents, et tirer de tant de conclusions particulières la conclusion générale qui est le but de tout l'ouvrage. Il en arrive comme aux cartes de géographie quand elles passent une certaine mesure ; tout y est, mais nos yeux ne sauraient plus le découvrir. Ce n'est que par des raccourcis qu'on se forme quelque idée un peu juste, ou du tout, ou de chacune de ses parties.
IL La question de la présence réelle décide et entraîne toutes les autres, connue on le ferra par les suites , et cetie question a trois parties qui sont le sujet de trois longues disputes.
La première esl la vraisemblance, possibilité ou impossibilité des opinions différentes selon le sens humain , dont on n<> pourrait
aussi bien se dispenser de parler dès l'entrée, pour le moins en abrégé, quand ce ne serait que pour bien établir l'état de la question.
La seconde partie esl l'Ecriture sainte.
La troisième, les pères.
III. En chacune de ces disputes il y a un moyen général de parvenir à la décision, et qui en est comme la clé : nous l'appellerons de ce nom abrégé.
La clé de la première dispute sur la vraisemblance, possibilité ou impossibilité est celle-ci. Par les principes et les sentiments communs à tous les chrétiens , un vraisemblable ordinaire en celte matière n'est point vraisemblable. Il faut chercher un vraisemblable merveilleux. Le merveilleux de Calvin: esl véritablement impossible ; en tout cas il est sans comparaison plus difficile à comprendre et à croire que celui de l'Eglise, qui d'autre côté n'est point te qu'une grande partie de nos frères le pensent, séduits par leur vaines imaginations , comme ceux qui disaient à Noire-Seigneur Lui-même : Ces pa~ rôles sont dures , qui 1rs peut écouler?
Nous n'ajoutons pas que le merveilleux do l'Eglise a des preuves et des autorités convaincante* , ci que le merveilleux de Calvin
DEMONSTRATION EN \Nf.El II
n'en a point, cela regarde la seconde et la troisième dispute.
I a clé de la seconde dispute sur I.
gea de l'Ecritnre sainte est celle-ci : lui vain on allègue «les exemples : \.a pierre était
Christ, .h suis le cep, etc., pour montrer qu<! les paroles de Nôtre-Seigneur : Ceci eti mon corps, se pourraient entendre au sens figuré; car dans le langage humain, 1 s circonstances des choses déterminent le sens de; pBTOll et suivant que nos expressions sont place, quelquefois oui veut dire non, et blanc veut dire noir. S'il s'agissait d'une chose ordinaire, (I naturelle, si les chrétiens n'avaient jamais entendu parler de la présence réelle de No- Ire-Seigneur dans l'Eucharistie, et que quclqu'nn leur \ int annoncer ce dogme nouveau, ils pourraient s'en défendre sans doute, et prendre les paroles de Notre-Seigneur au sens figuré. Mais s'agissant par leur consentement commun d'une chose. tout à l'ail audessus de la nature, d'une des plus grandes merveilles et d'un des plus grands mystères de leur religion , le dogme de la présence réelle s'étant trouvé en possession de toute l'Eglise depuis plusieurs siècles (comme on ne le saurait nier), quand on est venu annoncer aux chrétiens un dogme contraire , enfin dans le cas où nous sommés, dans les circonstances des paroles de Notrc-Scigncur, nos frères séparés n'ont dû et ne doivent en façon du inonde prendre ces paroles au sens figuré, et par conséquent ils ne le peuvent. Car ce qui est contraire au devoir et au bon sens s'appelle impossible entre ceux qui raisonnent, comme parmi les jurisconsultes ou appelle conditions impossibles celles que le devoir et la raison ne permettent pas d'accomplir, encore qu'elles soient très-possibles en elles-mêmes à qui ne voudra écouter ni devoir ni raison.
La clé de la troisième dispute sur l'autorité des pères est celle-ci. La difficulté n'est pas de trouver des passages pour le dogme catholique : tout en est plein, on en a fait des volumes; elle consiste en quelque petit nombre de passages qu'on oppose comme contraires. Mais il y a un fait dont on convient de part et d'autre, qui peut tout accorder et tout décider; c'est que devant les infidèles , devant ceux, qui n'étaient pas encore baptisés et initiés aux mystères, en parlant ou en écrivant pour eux , les pères n'ont point entièrement expliqué la doctrine de l'Eglise, se sont contentés de dire quelque petite partie de la vérité, l'ont couverte même et enveloppée comme d'un voile que les étranges ne pussent percer, les laissant errer sur cela dans leurs propres pensées. Ce fait posé, qui est très-constant par le commun consentement de tous les partis contraires, les passages en a pparence contraires les uns aux autres, quoiqu'ils ne le soient pas en cflct , ne doivent plus nous embarrasser. Il n'est plus question d'entrer dans le détail de chacun, ni de peser à la fausse balance des subtilités humaines toutes leurs expressions, toutes leurs paroles et jusqu'à leurs syllabes, ce qui va à l'infini.
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déguisée, pour ;.iu>i dire, de peur qu'on ne. la connaisse. Nous c:i .mous deux movens très-naturels , I un général et l'autre particulier. Le premier est la comparaison de i passages en leur nombre et en leur qualité.
Le Second est que la Providence nous a conservé quatre grandes et I instructions données à «eux qu'on venait il'in il ier, ou qu'on allait initier aux mystères. Le bon sens ne permet pas de douter que là tous les VOÎ ne soient levés et tous les rideau* tirés. <'r l 'I^lise elle-même y parle aux nouveaux Édèles précisément comme nous parlons a nos frères, jusqu'à prévenir an quatrième si-Vie les objections qu'ils nous font au dix-septiès et si cela est, comment prétendre quelle ne crût pas alors ce que nous croyons aujourd'hui?
1Y\ Ce sont les trois clés que nous \ suions mettre en main à nos frères; mais qu'ils souviennent toujours qu'en ces matières nulle clé ne peut ouvrira celui qui n'a point frappé, qui n'a point cherché, qni n'a point demande, comme nous l'avons dit dès l'entrée, ou plutôt comme le Seigneur nous l'a dit lui Si ce Père des lumières et ce l'ère des ni ricordes, en qui et par qui la faiblesse même peut tout quand il la fortifie, détournant la vue de notre indignité pour ne l'arrêter que sur notre dessein, daigne nous soutenir dans ce travail , ils verront clairement que trois moyens généraux que nous avons appelés clés, se donnent un grand secours l'un à l'autre. Le merveilleux qu'il faut ni reaient établir par le principe commun de tous les chrétiens explique les paroles de Notre-Seigneur , ou pour mieux dire . fait voir qu'il n'y a point à les expliquer , mais à les prendre en leur sens naturel. Ces mêmes paroles et tous les autres passages de l'Ecriture sainte pris ensemble ne se peuvent jamais bien entendre que par le merveilleux de l'Eglise. Ce merveilleux et ces passa g ensemble ne laissent aucune difficulté i passages des pères . qui de leur coté ne laissent aucune difficulté sur la question, comment il faut entendre ces pa 11 triture et ce merveilleux dont Ions les chrétiens comiennenl ; et nulle opinion enfin, RMSn I i dogme catholique, ne peut accorder et iier les conséquences nécessaires du principe commun à tous les chrétiens . qu'il y a un merveilleux surnaturel en ce mystère : les conséquences opposées et presque contraires en apparence qui se peinent tirer de tous les passages de l'Ecriture, et celles de tous les passages des pères pris ensemble, qui semblent n'avoir pas moins de diversité. Sous le nom des pères nous comprenons aussi les historiens ecclésiastiques, les conciles, et les liturgies ou offices divins. C'est le plan de ce petit traite.
TRAITÉ DE L'EUCHARISTIE
SECTION II
— De la vraisemblance,