Première partie
possibilité ou impossibilité. Pourquoi on truite cette question, et pourquoi onla traite la première.
I. N'aurons-nous point à nous défendre d'abord des catholiques mômes? Quelle entreprise nous diront-ils! Est-ce ainsi qu'on met en compromis devant la raison humaine les merveilles et la puissance de Dieu ?
II. Un de ceux qu'il a convertis par laretraite, par l'étude et par le travail, a souvent avoué que dans la solitude où il était renfermé (1), quand il s'était bien rempli l'esprit de toutes les impossibilités d'Auberlin , il n'avait qu'à jeter un seul regard vers le ciel, et tout était effacé. Il trouvait Dieu si grand, il se trouvait si petit, qu'il doutait même d'avoir jamais pu former des doutes semblables.
III. Ce sera toujours le premier mouvement d'un cœur bien chrétien. Sortons au dehors de nous, la majesté de l'auteur et de l'ouvrage nous accable; rentrons au dedans de nous, en toutes les parties dont nous sommes le tout, en nos corps, en nos sens, en notre imagination, en notre mémoire, en notre raison elle-même toute superbe qu'elle est, nous trouvons aussitôt les bornes de notre raison qui lui persuadent sans peine de se borner en ce qui est au dessus d'elle. Nos frères mêmes vous diront d'abord qu'ils n'ont garde de combattre la toute-puissance de Dieu, qu'il n'est question que de sa volonté, qu'il l'a pu s'il l'a voulu.
IV. Mais le mouvement de l'homme animal succède bientôt à celui de l'homme chrétien. Dieu n'a pu le vouloir, ajouteront-ils un moment après , non plus que vouloir mentir ou mourir, ou avoir quelque autre défaut, ou faire que ce qui est ne soit point, et se contredire lui-même. Ainsi la question n'est changée qu'en paroles , et non pas en effet. Il s'agit toujours de savoir si la chose c>l impossible.
Y. Il serait aisé de remarquer, et nous le ferons ailleurs plus à propos et plus au long, la différence essentielle entre les chimères qu'ils nous opposent, où il faudrait que Dieu changeât sa nature propre, ce qui ne peut jamais être, et entre les merveilles dont ils disputent, où il suffit qu'il lui plaise de changer 1 ordre qu'il a établi dans la nature des choses qu'il a faites lui-même, ce qui doit être éternellement en sa main et en son pouvoir. .Mais une imagination prévenue de limpossihililé n'écoute plus rien. Comment nous montrer qu'il l'a voulu ( vous diront nos frères)? ces expressions seraient claires à la lettre, Ceci est mon corps, la communion du corps, ne discernant point le corps coupable,
(I) On «erra b<eq que M. Pellisson parle ici de luimême ci de sa BaSli lia , où tout le monde sait qu'il lut à fond A nbcrtin , ot qu'il k\ convainquit par Bas réflexions al pur l;> comparaison des cil les originaux qu'on
lui l'oiuni-s.iii. dfl IVrrrur nii il n\:nl <-\i\ jnsiifu celle
heure-la ; mais cela ne fait nos bien: il ea pane si modestement et avec ta** «^'édification que cela ne peut fuir»
qu'un
bon effet.
du corps ; mais il est encore plus clair, qu'on ne les peut entendre à la lettre, et qu'il faut observer en cette occasion le précepte général de S. Augustin, d'avoir recours au sens figuré, quand l'Ecriture semble commander quelque chose de mauvais.
Il est vrai aussi, ajouteront-ils, que les pères, et particulièrement quand ils s'étendent sur cette matière, parlent quelquefois à peuprès comme s'ils étaient catholiques romains, et nous représentent en l'Eucharistie un changement merveilleux qu'ils appellent transmutation, transformation, trunsélémen— talion, et qu'ils comparent aux changements de l'eau en vin et de l'eau en sang dont nous parle l'Ecriture ; mais qui ne voit que c'est pour relever des mystères qu'ils craignaient qu'on ne méprisât, et que leurs expressions magnifiques ne pouvant être entendues d'une chose si impossible et si absurde, se doivent réduire à un sens raisonnable, pour signifier un changement de dignité, de vertu et de force en ces symboles sacrés de la passion de Notre-Seigneur et de notre union avec lui?
VI. Que sert-il de le dissimuler ? c'est donc en celte impossibilité prétendue qu'est la racine de l'erreur. Inutilement nous abattrons les branches, tant que le tronc en repoussera de nouvelles.
Majesté, puissance et miséricorde infinie que nous adorons, il est vrai qu'une de vos paroles rend la santé et la vie quand il vous plaît, mais vous n'avez pas donné aux hommes de guérir le mal sans y porter la main ou le remède. Ce n'est pas pour sonder vos abîmes que nous osons en approcher; vous Je savez, Seigneur, notre témérité n'est que charité. Pardonnez à vos enfants s'ils bégayent sur votre grandeur, pour tâcher de vous donner d'autres enfants. Confirmez, Seigneur, ce que vous avez opéré en nous ; augmentez noire foi avec la leur, et ce que nous tâchons de leur faire connaître , faites ô Dieu tout-puissant et tout bon , que non seulement nous le connaissions nous-mêmes, mais que nous le sentions.
SECTION III
Quelles sont les opinions à examiner sur la question de la vraisemblance, possibilité ou impossibilité.
I. Quatre sentiments partagent aujourd'hui en général le monde chrétien sur le sujet de l'Eucharistie. L'Eglise catholique , c'est-à-dire le grand corps des chrétiens dont les autres plus petits corps se sont séparés, croit toujours, comme elle croyait avant ces malheureuses séparations , une présence réelle et une manducalion réelle du corps de Noire-Seigneur en ce sacrement auguste, avec un changement surnaturel et miraculeux ; ' non pas en ce qui paraît et qui tombe sous les sens, qui demeure toujours le même, maii en ce qui ne paraît pas cl qui n'est [tas leur objet, mais l'objet de L'entendement seul, eli que les philosophes nonum'iil proprement substance ; la substance du pain n'y est plus,
c'est la substance du oofps, el voilà ce qu'on nomme transsubstantiation.
Il faut seulement avertir nos frères de bonne heure qu'ils ne doivent point compter sur les discoura de quelques bons catholiques qui, faute d'avoir étudié ces disputes dont leur foi n'avait aucun besoin, m scandaliseront quelquefois quand on parlera do. fujure dans ce sacrement auguste . parce, qu'ils gavent l'abus qu'on a voulu taire de « e mot. L'Eglise pourrait louer leur zèle, mais elle n'approuverait pas leur pensée , puisqu'elle reconnaît en 1 Eucharistie non seulement une figure, mais plusieurs figures; ligures en ce qui paraît, realite en ce qui ne paraît pas; figures qui, bien loin d'exclure la réalite, nous en avertissent et nous en assurent, comme si sur l'urne d'or où la manne était renfermée, le savant burin de Bezeleel eût gravé la manne tombant du ciel; il n'eût pas voulu (lire aux Israélites, la manne n'est point ici, mais au contraire, ici se conserve un reste miraculeux de ce pain des anges </uc vos pères ont mangé. En ce sens précisément l'Eucharistie, selon l'opinion catholique, est au debors la figure du corps et du sang de Notre-Seigneur. L'espèce du pain qui paraît toujours pain à nos yeux est la ligure de son corps rompu; l'espèce de vin la figure de son sang, qui ne pouvant plus être séparé de son corps, en est pourtant encore séparé en ligure, comme il l'a été autrefois en effet et en vérité pour notre salut. Nos cérémonies les plus anciennes dans la célébration de ce mystère, si nous en croyons ce que l'Eglise en dit elle-même en le célébrant , nous ligurent non seulement la mort (1), mais la résurrection et l'ascension de Notre-Seigneur; la possession que nous avons pour quelques moments de Notre-Seigneur lui-même nous ligure cette possession éternelle (2) que nous en aurons un jour dans le ciel où il sera toutes choses en tous. Voilà quelle est au vrai la créance catholique : plusieurs figures en ce que nous voyons qui nous confirment la réalité que nous croyons et que nous ne voyons pas.
Les luthériens, qui se sont séparés les premiers de ce grand corps des chrétiens, croient une présence réelle et une manducation réelle du corps, mais ils ne croient pas ou du moins ils ne trouvent pas nécessaire de croire ce changement miraculeux en la substance, lis disent que c'est celle du pain et celle du corps tout ensemble , et néanmoins Luther a laissé à chacun la libelle d'en croire ce qu'il voudrait (3).
rhvriON i'\ \\«.u.h.i i <\&
Ceux qu'on nomme zuinglîens on sacra-
mentaires (1), qui ont fait h seconde séparation, n'ont pas cru qu'il t>e fallût éloigner à demi de la foi ; il n'y a, selon eux, ni < Ii.ingemenl en la substance du pain, ni préseo
réelle du corps, ni manducation réelle; lo sacrement n'est que sacrement, c'estr-à-dire, comme ils l'entendent . simple figure, représentation, commémoration ; mais étant rei n avec foi, il nous applique les mérites et la -ion de Notre— Seigneur, par la vertu et l'opération du Saint-Espril -ur nos âmes. Ils revêtent bien quelquefois leur opinion de termes plus magnifiques, jusqu'à dire que Jésus-Christ nous i bI véritablement donne et exhibé en ce sacrement, qu'il y Ut mm d'une manducation spirituelle : mais au fond ils s'expliquent en ajoutant que cette manducation spirituelle se fait aussi hors le sacrement dans tous les actes de foi , toutes les fois que l'homme croit en Dieu et en quelque lieu que ce soit (2). Que néanmoins cest quelque chose, ou si vous voulez , ce n'est pas rien que ce qu'on reçoit au sacrement, parce qu'en continuant dans celte communication du corps et du sang du Seigneur, on s'avance toujours, et la foi s'embrase et croit de plus en plus par cet aliment céleste 3 : ce sont leurs propres termes qui ne marquent autre chose, .sinon que le sacrement nous incite un peu davantage à la foi et à L'amour de Dieu par le souvenir de ce qu'il nous représente.
Calvin et ceux qui le suivent ont fait ou semblent faire un pas en arrière pour revenir vers l'Eglise ou vers Luther. Ils ne reconnaissent nulle présence réelle du corps en l'Eucharistie , mais ils reconnaissent une manducation réelle et très-réelle de la substance du corps; c'est ainsi qu'ils nomment l'opération que fait sur nos âmes , non le Saint-Esprit seulement (c'est une opinion que Calvin rejette), mais aussi la vertu vivifiante attachée à la substance du corps de Notre-Seigneur et qui ne s'en peut jamais séparer, sans toutefois reconnaître qu il y ait rien de change au pain, ni même que cette vertu vivifiante du corps de Notre-Seigneur soit attachée au signe visible ou y demeure cachée; et cette opération se fait bien de notre côté, à ce qu ils disent, par la foi comme par un instrument, mais ne consiste pas en la seule foi. C'est en un mol l'effet de celle vertu vivifiante de la chair de Notre- Seigneur, pour ceux que la foi en a rendus dignes. Il ne faut pas sous ce prétexte, disent-ils, substituer et mettre au lieu de l'ef-
(I) Dans le canon de la messe : Unde et memores, Domine, nos servi lui , seil ci plebS tua sancia , Cnrisli lilii lui Doraioi nostri , tain beats passionis, nec un et ai) iuferis resurrectionis , sed el in cwlos gloriosae ascenslonis, i
(-2) vostcommmàon dans la messe du sainl-sacrement : Facnos, quœsumus, Domine, dlvinilatis tux sempileroa Iruitione repleri, quam preiiosi corporis et sanguinis lui leniporalis percepUo prsengurat.
[S] initier in (avliiitnl. BdbyL edit. nitt.nd<e> mil i< > itaque, cui volet, ulramque opinionejn leaer< llbernm esse sibi sciai cilra periculum salmis alterutrum Imaginari, > oyez hs Pfiuves,
(1) l'iemi. non de foi de Bêle et de vnlhait- &en, 1552, écrite d'abord en allemand, et depuis publiée ea latin, en 1561 1 1 1581.
seconde confession de foi de 1556, imprimée en latin en 1581 Vojet corpus et syntagnia m Genev»,
P. Cuouet, (654.
(2) seconde < onfessim de 1556, chap. 21 « Kit autem hic esus cl polus spinlualis etiam extra Domini cceuam, et quolies aul nhicumquu liomo m Chrislnm credideriL
'■' [deoque dum aacramenUim quoque accinit, non niliit . nain m eonUnuaUone communicaUonis corporis et sanguinis Domjni | ergil m:i is magisque iiioeu-
du ei croscit Mes so Bpirituidj alunonui reflèiiur.
TRAITE DE L'EUCHARISTIE
fet l'imagination et la pensée, leur sens est seulement que ce mystère étant au-dessus de tout l'ordre de la nature, il n'y a que la seule foi par laquelle nous sommes rendus dignes de recevoir cet effet de la chair vivifiante de Notre-Seigneur, ni qui puisse aussi nous le faire croire et comprendre (1). C'est à peu près le sens, tant de la confession de foi des églises prétendues réformées de France, publiée en 1569, que de Calvin et de Bèze qui en étaient les principaux auteurs, dont nous avons déjà rapporté (2) et rapporterons encore les passages entiers dans nos preuves.
Voilà donc les quatre créances ou les sentiments dont il nous faut examiner la vraisemblance, possibilité ou impossibilité.
II. De ces quatre créances on en pourrait faire un très-grand nombre, les mêlant et confondant ensemble de différentes manières, comme on fait une feuille d'anagrammes, d'un nom de peu de lettres.
On pourrait encore en faire un grand nombre en comptant dans chaque secte les diverses explications qui la partagent, par exemple, six ou sept au moins entre les lu- Ihériens.
Un grand nombre encore en comptant ceux qui , chacun à sa manière , ne veulent point se hien déterminer ni bien expliquer ce qu'ils entendent.
Un grand nombre enfin en ajoutant à chacune quelque tour d'esprit pour la rendre comme nouvelle.
Mais, outre que ce serait un travail infini d'entrer dans ce détail, nous n'avons pas entrepris de détruire les pensées et les imaginations de chaque particulier qui s'éloigne de l'Eglise; nous combattons les corps entiers, mais beaucoup moindres, qui se sont séparés de ce grand corps , les confessions de foi, les catéchismes qu'on oppose à sa véritable doctrine.
Ceux qui prendront partie d'une de ces opinions opposées à noire foi, partie de l'autre, seront réfutés quand nous aurons réfuté séparément l'une et l'autre de ces opinions.
Ceux qui s'expliquent diversement dans un même parti sont tous compris dans ce parti.
Ceux qui veulent demeurer dans l'incertitude n'ont pas droit d'attaquer notre certitude , jusqu'à ce qu'ils aient choisi une certitude contraire.
Ceux qui nous apporteront des pensées toutes nouvelles n'ont pas encore assez
(1) confession de foi du 19 mai 1Î569. tri. 56. Or cnmbien qu'il soit au ciel [ Noire-Seigneur) jusqu'à ce qu'il vienne pour juger tout le momie, toutefois nous croyons que par la venu secrète ei incompréhensible de son es- I ni , U noua nourrit el vivifie de la substance de son corps ri dv son sang. Nous louons bien que cela Be rail spirituelle, nt, non pas jionr mettre an lien de l'effet ot de la vérité, imagination ni pensce, mais d'autanl (|uc ce mystère surmonte en sa bautesse (a mesure de noire sens et tout ordre de nature ; bref, parce qu'il esl céleste , il ne peut êtrf appréhendé que par la Ibl.
tri. 7û . Tous ceuj qui apportent .'i la table sacrée da Christ une pure foi comme un vaisseau , reçotvcrtt vraiment ce que les signes y tecl'flenl.
(2) Ciniessua dans les Réflexions, plus amplement ci. après,
d'autorité pour être nos adversaires légitimes; voyons seulement quelque exemple de ces variétés , qui pourraient être infinies, pour nous en défaire une fois , les rejeter toutes ensembles, et nous borner aux quatre créances qui nous resteront seules à examiner.
III. Le plus habile de tous les ministres du dernier temps , mais le plus artificieux , feu M. Claude , nous a avoué plus d'une fois à nous -même en particulier, lorsque nous doutions ou que nous le consultions encore, qu'il ne croyait pas l'opinion de Calvin, et la trouvait aussi difficile à concevoir et à défendre que celle de l'Eglise romaine. Nous lavons publié de son vivant dans la relation sur l'état de la religion en France ; nous l'avions dit auparavant à plusieurs de nos amis encore aujourd'hui en erreur, qui l'ont vu là-dessus et à qui il n'a osé le nier. Il se déguise cependant dans ses écrits, et pare son opinion telle qu'elle est d'une inondation de grâces , qu'il dit qui se fait en l'Eucharistie , et de plusieurs autres paroles magnifiques qu'on pourrait appeler, en une matière moins sérieuse, paroles de compliment. Il ne s'ensuit pas que ce soit une opinion nouvelle que nous ayons à combattre. Si celte inondation de grâces vient de la propre substance du corps de Noire-Seigneur, et si c'est la vertu vivifiante attachée à sa chair qui passe jusqu'à nous , c'est l'opinion de Calvin. Si celle inondation de grâces n'est qu'une application des mérites de Notre-Seigneur, et un effet que son esprit seul fasse sur nos âmes, c'est l'opinion de Zuingle. Il s'ensuit donc seulement de ces nouvelles expressions dont M. Claude s'est servi qu'encore qu'il ait vécu et soit mort dans la profession de foi publique que Calvin et Bèze avaient dressée il ne l'entendait pas comme Calvin et Bèze lavaient entendue, et y ajoutait une glose qui renversait le texte; en un mol, qu'il était zuinglien ou tout au plus, qu'il tâchait, par une idée vaine et confuse, à former de l'une et de l'autre opinion , je ne sais quoi qui pouvait être varié et changé en cent manières différentes, selon que chaque particulier porterait l'inondation un peu plus loin ou un peu moins , mais qui ne se trouvant autorisé par aucune confession publique, ne mérite pas même le nom de secte et de parti.
Un autre ministre célèbre (1) qui l'avait précédé nous dira que noire union à Notre- Seigneur en V Eucharistie est réelle quant à lavérité ,rt substantielle quant aux choses qui sont conjointes, el qu'à cet égard aussi elle est corporelle entant que non seulement nos âmes, mais aussi nos corps qui sont substances corporelles, sont joints à la substance de Jésua— Christ cl à son propre corps, il semblera être calviniste ou plus que calviniste en ces paroles , mais il aura pris ses précautions auparavant pour n'être que zuinglien en disant : D/OUS sommes tellement joints à Jésus- Christ, que nous sommes un mime corps et une
(l) Jean Mestreiat, ministre de Charenlon, donl le p.isflge est rapporté ci-dessus dans les Riflexvm dans les preuves.
DÉMONSTRATION I ICI l IQ1 l .
même chair une lui, <i soutenons cela avoir lieu tant en II uckaristit que hors l'Eucharistie. C'est doue tantôt L'opinion de Cairia, tantôt celle de Zuingle ou tout au plus je ne sais quel composé tirs deux qui est sujet à mille variation^ et n'a aucune autorité publique
Le catéchisme de Genève lui-même dont Calvin est L'auteur et qu'on a mis dans le recueil de ses qpuseales l , semblera d'abord favoriser l'opinion de Zuingle et fonder celle de .Meslrczal, puisqu'au dimanche LU, il parle ainsi : Demande. Cette Mitimid tton ne te fait-eile sinon en la Cène t Réponse. Si fuit bien, car nous l'avons par la prédication de i Evangile, etc.; et plus bas : Demande. Qu'est-ce que nous avons au sacrement davantage, et <lc quoi nous sert-il plus ? Réponse. C'est (/ne celle communication nous est plus amplement confirmée en nous et comme ratifiée. Jusque-là ce, pourrait être Zuingle qui parlerait, mais voici ce qui est ajouté. Coi que Jésus-Christ nous soit véritablement communiqué et par le baptême et par l'Evangile, toutefois ce. n'est qu'en partie non pas pleinement. Paroles très-remarquables ; car il n'y eut jamais de chrétien, même parmi ceux qui sont ou qui ont été en erreur et séparés de l'Eglise, qui ail nié qu'au baptême reçu comme il le peut être avec une connaissance entière et avec une vive foi, Noire-Seigneur ne nous appliquât pleinement les mérites de sa mort, qui produisent la rémission des péchés et le salui, et ne répandît pleinement sur nos âmes la vertu et l'efficace de son esprit qui produisent en nous la régénération, c'est-à-dire, une seconde naissance et une vie toute nouvelle. Que peut-il donc manquev au baptême pour la plénitude de communion ou d'union avec Notre-Seigneur, autre chose que la vertu vivifiante de la chair de Notre-Seigneur et sa propre substance qui, selon Calvin, ne nous est communiquée réellement et véritablement que par l'Eucharistie?
Ce n'est donc plus Zuingle qui parle, c'est Calvin, mais qui tâche de réunir à son parti tous les partis contraires , comme nous le remarquions ailleurs (2), tantôt zuinglien, tantôt luthérien, tantôt même catholique, quand il lui plaît de ne se pas expliquer pleinement, mais à demi. Et pour ne plus revenir sur celte illusion qu'il importe de bien faire entendre d'abord, lamanducalion réelle d'une substance ou d'un corps enferme si nécessairement en soi sa présence réelle, que l'esprit, s'il n'est averti à chaque instant de la violence qu'on lui veut faire pour séparer l'un de l'autre, oublie qu'on en ait le bizarre dessein, et conçoit toujours comme présent en un lieu ce qui est mangé réellement en un lieu. Ainsi Calvin paraît luthérien aux luthériens , catholique aux catholiques , lorsqu'il ne parle que de sa manducation réelle- Et
(1) Bèze, en lu rie de ( uhin, an. 184! : Scripsil quoquo catechismum galiice et latine, abillopriore minime discr'epantem, sed multo nuctiorcm, et in qnsestlones ac rc- Bponsiones disiribulum,
[2| Ci-dessus dans les Réflexions dans lit relation rf« 'iliu Uc tu relit/ion en Fran
quant aui zuingiii ns ou - u rameatain comme pour éviter la haine publique . ils conservent encore quelques expressions magnifiques sur l'Eucharistie ■ t reconnaissent
que DOS âmes tirent en effet leur nourriture et leur vie de la cliuu <! une
fois offerte en suctifh fou
répandu en expiation de nos fautes 1 . par où ils entendent simplement de l'oblation de sa chair en sacrifice et de l'effusion de
sang pour l'expiation de n \in
ne laisse pas de les prendre au mol et de
souscrire sans peine a i es termes de leur confession de foi : ainsi il parait zuinglien aux zuinglicns. Mais quand il s'explique vantage et raot l'excuser enrers les lutbé-
riens, il ajoute qu'en effet tout cela est irai, /tirée qu'il ne faut pas s'imaginer deuà; i (le Notre-Seigneur, l'un crucifié , l'autre qui nous soit communiqué par l'Eucharistie ; le mime corps qui a été offert une fois en sacrifice nous est tous les jours offert en la t Mais quant au moyen par où cela se fuit que l'essence 4e sa chair descende du ciel, il faut avouer qu'il est incompréhensible à ■ prit humain. Il y faut reconnaître un miracle (/ui passe toutes les bornes de la nature et toute la portée de nos sens, etc. Pourvu qu'on Ole l'imagination et l'idée grossière d'une chair mangée comme les viandes corporelles, qui passent par la bouche pour aller à l'estomac, tl ne faut point nier que nous ne soyons substantiellement repus et nourris de la chair de Christ, etc. Il ne se fait pus à lu vérité de transfusion en nous de cette substance , mais / crête vertu de l'esprit unit ce que la distance des lieux sépare, et celle vertu de vivifia »rut appeler assez proprement je ne sais quoi d'abstrait de la substance ; pourvu qu'on prenne cette expression comme il faut et qu'on entende toujours que le corps demeure au ciel , mais que la vie et la vertu de la substance de la chair se répand cl parvient jusqu'à nous qui sommes en terre (2).
Par tout cela ensemble il paraît assez que l'opinion de Calvin n'est pas celle de Zuingle, et que tout ce qui semblera flotter entre deux, soit Meslrezat, soit ("lande, soit Cah in lui-même , ne sera que l'une ou l'autre deux opinions à demi expliquées , OU tout au plus je ne sais quoi de bizarre forme sur
(1) confessio tinitiia apnd nospiniunitm parte myh/i ta annot. 1549, pâg. Jl-J. Quod autem carnis
guinis polione quae bie liguranlur, Chrislus anii.
per (iilem, spirilus sni virlute pascil : id non période
piendum quasi aliqua flerel subsiantise Tel communio tel
transfusio; sed quoniam ev carne semel in -
oblata et sanguine in eipialionem enuso, titani oau-
riainus.
(2) calvin. deoptinuB concordics ineutdœ rations apud Hospimanwn, an. 1036, p. ." B N
carnis essenliam de cœlo , etc. Interea non uegamus quin modus humana menu til incompreuensibilis, etc. las
sa miraculum agnoseimas ul crassa imaginalio tollalur de manducaliono carnis,
niilis. qui ère sumpli in venirem descenduot. Nou esi cur
.•nuis subsianlialiter n.>s pasci carne Christi . etc. qna
\ \t el facilitas viviûcaudi non incommode abstraction aliqidd
a subslanlia dici possi/j modo sano lioc el dextre inlelli-
■ galur, manere scilicet in code Curisli corpus, el lamen ad
- un in terra peregrinaibur , vilain ex ejus substantia inauaro cl perveuire.
TRAITÉ DE L'EUCHARISTIE
l'une et sur l'autre, qui peut varier à l'infini suivant la pensée de chaque particulier, et n'a aucune autorité publique.
D'un autre côté les diverses explications souffertes et approuvées dans un même parti, pour rendre son opinion ou possible ou vraisemblable, ne doivent pas être regardées en cette question de la possibilité ou vraisemblance, comme autant de différentes opinions, mais comme une seule.
Que les luthériens par leurs explications différentes se divisent en plusieurs branches, dont chacune croit avoir pour elle des passages de Luther exprès et formels et qui le semblent en effet; que selon les uns le corps soit donné avec le pain, selon les autres sous le pain : que ce soit corps et pain tout ensemble comme le fer embrasé est fer et feu en même temps , ou simplement corps, quoique dans le pain, comme une somme d'argent est toujours une somme d'argent , encore qu'elle soit dans une bourse, car ce sont les comparaisons dont ils se servent ; que ce soit corps dans l'usage du sacrement de l'Eucharistie seulement ou dans l'usage et hors de l'usage ; qu'il soit présent par un miracle extraordinaire de la volonté et de la puissance de Dieu; ou parce qu'il est présent partout 'étant à la droite du Père, et la droite du Père étant en tous lieux (1) ; que par celle raison il nous soit simplement donné quand le pain nous est donné , mais non pas sous le pain , ni proprement avec le pain ; que parmi les luthériens les uns adorent ce corps présent, les autres ne l'adorent pas (2; ou doutent s'il le faut adorer, ou laissent à chacun la liberté d'en user comme il voudra; encore que de ces opinions il y en ait quelques-unes sans comparaison plus dangereuses que les autres, comme celle des ubiquitaircs qui semblent détruire la nature humaine deNotre-Seigncur cl retomber dans l'hérésie d'Eulychès ou dans celle des manichéens, ces opinions toutes ensemble à notre égard et sur le sujet que nous traitons ici de la possibilité ou impossibilité ne font qu'une seule opinion, et si chacune est autorisée par des textes de Luther, comme elle se le persuade, ou il faut qu'il ait mal expliqué sa pensée en quelques-uns de ces textes, ou il faut uu'étanl très-certain
(I) roijcz le passaqe de Luther rapporlé ci-dessus dans
néflèxtàns dans les preuves. Corpus Cbristi sodet
ni dexteraoi Patrls : dëxtera auteoi Dci est ubique loco-
ruro , «rgo cerliwime in paneervino, iramensa dexiera
ji, i pi ;, sto est. Porro ubi dextera Dei est, Ibi oportet quo-
que corpus el sangi m Chrisli i
• tuiiioph. scheibleru» super intend. Lutheramis. fid. Miiq. calhol. de Eucti., c. 7, art. 7, S 3, uum. (>7, p. J~>s. Prssseniia l'acit m non peccei qui ibi Chrisium adorât, non lamen adorando panem, sed Chrisium, etc. Dixil Lnlherus rieque eos damnandoâ qui sacramenlum adorant, ucque
l'ns qui non :u lrir;inl .
Item, niiiii 68, p. 139. Anparel quod Chrisium adoramus vere upbis prœseqiem lu Eucharlstia, id fleri conformité!! tnliquorum c ilhi licorum.
rhèologi u hlembergict fiefut. consent, orlliod. pag. 670. I\ quinus ni.iiun -min est quanta reverentia el «pianio honore qui \xi\u ro udoratioett, hoc sacramenlum ab illis irarialum sit.
rhrmiiilius,2. pari. i:xum. COttcU. Trident., SUfi. 15.C.3. Nulliini esse qui diibjiel an Christ] corpus in eœna Bit adoranduni, nisi qui i uni sacramenUriis suit ueget autdubitet iu cceua verc Chrisium es^o nrseseDtem,
au seul point de la présence réelle sur lequel il s'exprime toujours nettement et fortement, il soit en tout le reste, c'est-à-dire pour la manière de cette présence réelle, du rang de ces incertains dont nous allons parler qui n'ont aucun droit de combattre notre certitude, tant qu'ils ne nous opposeront pas une certitude contraire.
Otte troupe d'incertains est grande cl nombreuse, composée presque de tous les divers partis, ou de quelques-uns de chaque parti. Nous venons de voir que Luther luimême en pourrait être le premier, et plusieurs des luthériens avec lui. Aubertin , auteur principal entre les Français , que l'on compte pour sectateur de Calvin, et qui a traité plus à fond qu'aucun autre toute celle matière, sera encore de ces incertains si l'on veut. Car, comme nous l'avons déjà dit et prouvé ailleurs, quoiqu'il ait travaillé plus de trente ans à former ou réformer son ouvrage de l'Eucharistie, et que rien n'y soit oublié, il n'a jamais dit s'il était de l'avis de Zuingle, ou de l'avis de Calvin, ou de quelqu'autre , et s'est contenté de prouver selon lui qu'il n'y a ni présence réelle du corps, ni vertu et efficace du corps attachée au pain, avouant néanmoins "que ce dernier sentiment était celui de tous les pères de l'Eglise, sans en excepter les premiers aussitôt après les apôtres. D'un autre côlé, le roi Jacques de la Grande-Bretagne et le savant mais incertain Casaubon avec lui, nous diront qu'ils croient le corps de Notre-Seigneur réellement présent en l'Eucharistie, mais qu'ils ne veulent pas savoir comment l'Eglise anglicane tout entière changera diverses fois sa confession de foi et sa liturgie sur cet article , ou , pour parler plus proprement, ne saura presque ce qu'elle croit et ce qu'elle doit croire; car si nous écoutons les écrivains (1) mêmes de celle nation, qui ont depuis peu traité expressément et à fond celte matière, les uns nous diront que la cinquième année du règne d'Edouard VI on inséra un article dans la liturgie, pour déclarer qu'on ne croyait pas la présence corporelle de Jésus-Christ dans le sacrement, et qu'on n'avait aucune intention de l'y adorer lorsqu'on se mettait à genoux en communiant; et au commencement du règncd'Elisabclh, on corrigea de nouveau ce changement en ôtant l'article; que sous Charles II, en 1661, après son rétablissement, on rétablit encore l'article ajouté du temps d'Edouard VI. Voilà comment en parlent ceux qui semblent avoir le mieux parlé. Si nous nous en rapportons au contraire à ceux qui ont voulu excuser l'Eglise anglicane de cette variation' dans sa liturgie, ils lui donneront une créance toujours semblable, mais fort extraordinaire el fort nouvelle, dont on peut dire que le monde n'avait presque pas entendu parler; car ils voudront
(H Voyoz les deux discours anglais touchant l'adoration de Notre-Seigneur dans l'Eucharistie, don! l'extrait est rapi i bibliothèque universelle de l'année IU87,
mois de Juillet) art. <i. pag. -77 ri Mirantes, ' ' '■' réponM deux discours aussi en anglais, pag. 287 el suivante:», rouez les Preuves.
958 DEMONSTRATION Êv
nous persuader «i u<- smis Edouard comme sous Elisabeth, el comme sous Charles 11, elle a cru seulement une présence réeHe du pouvoir invisible et de la grâce de lésus- Christ, grâce qni est dedans et avec les éléments : en sorte qu'en les recevant avec foi,
elle produit des elTels spirituels et réels sur
nos aines, et que comme les corps pris par les anges pour se rendre visibles, peuvent
èlre appelés leur corps pendant ce temps-là,
comme L'Eglise est le corps de Christ, parce que son esprit anime l'Eglise, le pain elle vin après la consécration sont le corps réel de Jésus-Christ, mais spirituel et mystique. Si nous voulons enfin suivre plutôt le savant et habile écrivain qui a l'ait dans sa Bibliothèque universelle 1 extrait de ces historiens anglais opposés et contraires, // //'// aura pas de danger pour la réformation, de dire que ces grands hommes, il entend principalement Calvin, n'ont pas eu une idée distincte de ce qu'ils voulaient dire, et quand /urine on accorderait qu'ils se seraient trompés en quelque, chose, il ne s'ensuivrait pas que l'Eglise romaine eût pu rejeter avec justice toutes leurs doctrines; mais ce n'est là que l'avis d'un particulier qui parle avec franchise.
Un autre célèbre protestant d'aujourd'hui, de la confession d'Augsbourg, Daniel Severin Scultet, tachant de réunir par la -tolérance les divers partis de ceux qui errent, (si Dieu pouvait jamais permettre ce monstre d'union et de désunion, de concorde et de discorde) dira que le pain de l'Eucharistie est le symbole du corps de Christ trés-étroitement joint avec le corps d'une manière inexplicable; que le corps nous est donné avec le pain, mais d'une manière que Dieu n'a point révélée, et qu'il n'a pas voulu qu'on sût et qu'on définit, el parlera néanmoins en même temps de la substance du corps caché sous les espèces (1). Et M. Jurieu (2), grand professeur et prophète, encore qu'il ne puisse s'accorder avec lui sur les matières de la prédestination et de la grâce, souscrira néanmoins à son sentiment sur l'Eucharistie, en disant que cet article est couché avec tant de modération et de sagesse, que tout le monde, comme il espère, en sera content. Il conseillera lui-même ailleurs (1) de laisser ce point indécis, et se contentera de savoir que l'article positif de leur doctrine est que le sacrement est le corps de Christ, parce qu'il en est le symbole el le sacrement efficace plein de sa vertu, sans ajouter si celte vertu est celle du corps attachée au pain, comme Auberlin a voulu que l'aient cru tous
(I) Daniel seterinus Scultelus in trunutdversiotnoui ad nuperum scriptum rein Justi, imonein Eectestm Bvangelicceel reformata continent. Hambourg, 1687.
in conailiombus sum unionû, art. 15, p. 170 Symbo-
1 mu cum eorpore Clirisii , modo lumen inexplicabilt con-
jiuiclissimum Prsebel illa eu modo quem Deus nnsqaam
nobis revelavit , quam ille période nos scireel detulrt ni Inil , etc. lu honorem subslaiiliœ , sub eoruin specie lali lai) Lis
(21 Dans la préface de ces mêmes conditions d I qu'il lii imprimer en latin el en français in-i\ à Rotterdam, che* àbrauam àebu, 1687, voyez vu Preuves,
(a \l. Jurieu, Quatrième lettre pastorale do la seconde, année, p, SU
wi.i i ique
les pères, el comme «m nous reul persoadei que l'Angleterre lecroil aujourd pui,ou être même vertu du corps renanl à nous sans que le corps y vienne, ni qu'elle soil attachée an pain comme la expliqué Calvin, ou seulement la rerlo de L'esprit de Dieu qui i sur nous en même temps, ou enfin ni l'uu ni L'autre, mais la vertu des mérites et de la passion de Notre -Seigneur q ui nous appliquée. Tout cela ensemble ou ne sera qu incertitude opposée a notre certitude, ou bien, quand il leur plaira de s'expliquer davantage, ne sera que l'une des (rois 01 inions de Luther, de Zoingle et de Calvin.
VI. S'il manquait quelque chose à cette variété d'opinions, c'était une opinion qui reçût toutes les autres ensemble , mais cela même n'a pas manqué en nos jours. I n écrivain (1) qu'il faut louer tant qu'il cherchera la paix et la voudra donner aux bonnes âmes, mais qui sera toujours à plaindre tant qu'il la cherchera où (die ne peut jamais être, ( est-à-dire hors de l'Eglise , nous assurera que Dieu fait en ce sacrement auguste tout ce que nous voulons à chacun Belon sa foi et selon sa portée. Le corps de Notre-Seigneur est réellement présent et réellement mangé par le catholique et par le luthérien qu i le croient : l'Esprit de Noire-Seigneur, l'efilcai e de sa mort et de ses mérites, sa grâce et ses dons et son salut qui en est l'effet et la suite, ne laissent pas de s'y trouver pour lczuinglieu ou le prétendu réformé qui n'y croient rien de plus; et parmi toutes ces différentes opinions qu'il approuve ou qu'il supporte, il nous laisse entrevoir la sienne, qui est qu'il se fait un écoulement ou une émanation continuelle de la propre substance du corps glorifie de Notre-Seigneur pour entrer dans la substance du pain, la conv rtir en soimême, et de là passer dans notre propre substance : écoulement ou émanation qu'il dit n'être pas sans exemple dans la nature même. C'est une opinion que Calvin a rejetée une infinité de fois, non pas que personne la défendit ou la proposàtde son temps au moins que nous l'ayons bu), mais comme une conséquente qu'on eût pu tireret qu'il ne voulait pas qu'on tirât de sa manducalion réelle. Qu'est-ce donc qu'on nous apporte en celle nouvelle découverte? un compose de toutes les autres opinions ensemble, avec une conséquence de l'opiniqri de Calvin que Calvin n'admettait pas, et un désir de sauver les hommes par la variété de leurs caprices, au lieu que Dieu voulait les sauver par l'unité d'une même foi.
VIL Ainsi, Seigneur, ainsi se trompent les hommes, parce qu'ils sont hommes : mais vous demeurez toujours le même, et votre vérité ne peut changer. Qne leurs vaines imaginations, leurs don tes, leurs incertitudes, l'inquiétude qui les l'ail sortir de l'Eglise sans savoir où aller ni où s'arréler. bien loin debranler notre foi, la confirment profondément
(1) M. PoireL iji paix det bonne* âmes, lit- <le l'Kmhaction ô. an. ", nombri vanis, pas. lis, Imprimé > Amsterdam, chez IlitkJdore Bœiman, 1691
957 TRAITÉ DE L'EUCHARISTIE
dans nos âmes, en nous apprenant combien il est dangereux de passer les bornes de nos pères, sans avoir d'autres bornes certaines
Si l'on s'égare de tant de côtés , qu'est-ce autre cliose, sinon qu'il y avait un point fixe où il fallait demeurer? Où irons-nous, Seigneur? vous avez les paroles de la vie éternelle. Une religion qui a détruit les idoles et tout le culte de la religion païenne au temps précis où vous l'aviez annoncée par ses prophètes plusieurs siècles auparavant; une religion qui sans autres forces et sans autres armes que celle de la persuasion, de l'humilité, de la charilé, de la patience et des souffrances a vaincu le monde, subjugué la raison humaine, dompté l'orgueil des philosophes, abattu l'audace des princes, foulé aux pieds la chair et le sang qui lui résistaient, ne peut s'être établie que par une suite de miracles de votre main, et si cela s'était fait sans que les miracles l'eussent précédé et en fussent la cause, cet établissement même serait le plus grand de tous les miracles. Une religion qui parle à nos cœurs, et nous fait découvrir et admirer en même temps dans les écrits de quelques pauvres pécheurs, ce que tous les sages de la terre avaient cherché durant tant de siècles sans le trouver, c'est-|à-dire, la perfection de tous les sentiments naturels que vous avez gravés en nous-mêmes, ne saurait venir que de la même main qui nous a faits, ni être que votre ouvrage comme nous. Une religion que vous avez vous-même apportée au monde, scellée de votre propre sang et de celui de tous vos martyrs, pour durer, comme vous nous l'avez dit, jusqu'à la fin du monde, ne peut s'être corrompue cl pervertie de fond en comble, du soir au malin pour ainsi dire, déjà folle, vaine, superstitieuse, idolâtre, avant qu'elle eût encore l'empire des nations que vous lui aviez promis. Nous n'avons qu'à nous soumettre à elle, nous n'avons qu'à la chercher, qu'à la suivre, qu'à l'embrasser sans que rien nous en puisse séparer, telle qu'elle a paru à tout l'univers dans le temps de son triomphe, tellequ'clle éclate et qu'elle répand sa vive lumière dans les écrits de ces siècles glorieux, telle qu'elle a toujours été dans toutes les parties du monde chrétien, telle qu'elle esl encore aujourd'hui dans le grand corps de l'Eglise.
SECTION IV
On n'a point à combattre les luthériens sur la possibilité ou impossibilité.
I. De ces trois opinions opposées à la foi de l'Eglise, qui sont celles de Luther, de Zuingle et de Calvin, il est clair que nous n'avons point à combattre la première sur l'impossibilité. Les luthériens ne nous font point celle objection. La merveille qu'ils reçoivent en la présence réelle, n'est pas moins grande que celle qu'ils ne veulent pas recevoir pour la substance du pain, et toute la suite de ce traité le fera encore; mieux cou liallrc. Ils tiennent en un mol cette question
de fa substance du pain plutôt curieuse que
nécessaire , et permettent à chacun d'en croire ce qu'il voudra ; au moins s'ils suivent les sentiments de Luther, leur maître, à qui ils ont paru jusqu'ici très-attachés : d'où vient qu'ils tiennent à honneur de porter son nom (1), au lieu que les sectateurs de Calvin prenne pour injure qu'on les nomme calvinistes.
L'Eglise a toujours regardé la transsubstantiation comme un article capital de la foi, et ainsi elle ne pourrait jamais souffrir qu'on la traitât de sentiment curieux et indifférent, elle tient ce point capital comme celui de la présence réelle, et elle veut qu'on en fasse une égale profession, rejetant ceux qui nient l'un des deux. Mais quand une fois on fait tant que de croire la présence réelle, et qu'on n'y trouve point d'impossibilité qui empêche qu'on la reçoive, pourquoi ne se pas soumettre à la transsubstantiation, et quelle impossibilité y peut-on imaginer plus que dans la présence réelle ; cet article a ses difficultés particulières qu'il faut encore résoudre, mais après que celles de la présence sont résolues, on peut bien lever les autres qui sans doute ne sont pas plus grandes, et ainsi ceux qui sont dans le parti de Luther ne peuvent avec aucune apparence de raison apporter contre la foi de l'Eglise, d'ailleurs si solidement autorisée par l'Écriture et par la tradition, aucun prétexte d'impossibilité prétendue. Ainsi comme il ne nous paraît rien ici qui nous doive arrêter, nous tranchons celte section pour passer aux zuingliens dans la suivante.
SECTION V
L'opinion de Zuingle. Rien n'est moins vraisemblable en cette matière qu'un vraisemblable ordinaire.
I. Des deux opinions qui nous restent à examiner, celle de Zuingle se détruit d'ellemême à l'égard de la possibilité ou vraisemblance, au moins si nous recevons ce principe commun que nous avons appelé clé. En cette matière un vraisemblable ordinaire n'est plus vraisemblable. Il faut un vraisemblable merveilleux. Arrêtons-nous à considérer de plus près, non pas tant les preuves, que les circonstances de cette vérité, si claire d'elle-même à un cœur et à un esprit chrétien, qu'il est difficile de la prouver par rien de plus clair.
IL On appelle lumières générales de la nature celles qui se trouvent dans le cœur et dans l'esprit de tous les hommes, quoique nés et élevés en des climats différents , sans qu'ils aient rien de commun entre eux que la seule nature humaine : pourquoi n appellerions-nous pas lumières générales de la religion chrétienne celles qui se trouvent par toute la terre, à l'orient comme à l'occident, au midi connue au septentrion, parmi
(I) loi bruns in Judicia icademùB iberdameruit , iniH» pag. ~-~i, on il ciir cet endroit de Leonharltu Butterus in irriuro, mi>. 12. Beau" Lutheri nomen subinde m oru et
cal imo ferunufl ■> bealo Lulhero nos nostrasque <"
imjiic docu iu un luiheran un indigilwuus
i)i;\io.\si!;viio\
ceux (|iii n'ont rien de commun que II religion chrétienne. Ils vivent eu ilc-> pays tri éloignés, ils lont de diverses langues , barbares et étrangers les uns aui antres ; ils
n'ont jamais rien concerté ensemble ; ils se trouvent divisés on sentiments sur d'autres matières très-importantes de la foij ils
s'expriment quelquefois diversement sur celles-ci : mais en général ils croient tous dans l'Eucharistie quelque grande et trèsgrande merveille, lors même «|ii iU'nc sont pas d'accord de la manière que se fait celte merveille. On la croit en Asie et en Afrique comme en Enroue, parmi les nestoriens, les jacobites, les grecs, les abyssins. D'un autre côté, dans noire Europe, les catholiques la croient; les protestants d'Allemagne la croient, quoique d'une manière différente; Calvin et les siens d'une autre ; Zuinglc et les siens parlent quelquefois comme s ils la croyaient, tant ils ont peine à oublier l'ancien et commun langage des chrétiens : qui ne voit que toutes ces diversités mêmes confirment je ne sais quoi de grand, d'auguste, d'incompréhensible dans ce mystère, que la raison humaine n'ose rejeter, parce que la foi l'a trop puissamment établi par toute la terre?
III. Si nous ouvrons les livres des principaux docteurs, que tous les chrétiens reconnaissent pour leurs pères, tout y est plein de cette merveille : Ces grands mystères, nous disent-ils, ces terribles, ces redoutables, ces adorables mijstères que les anges eux-mêmes ne regardent quen tremblant, et ne pénètrent pas jusqu'au fond.
IV. Si nous prenons, pour ainsi dire, la voix des peuples fidèles dans les ,noms qu'ils ont donnés diversement à l'eucharistie (car les noms sont en la bouche du peuple des définitions abrégées, comme les définitions sont dans les écrits des savants des noms expliqués), les nations entières ont nommé ce sacrement auguste tantôt la vie, tantôt la paix, tantôt la grâce, tantôt le salut, tantôt la perle unique, tantôt lesai)tt du Seigneur, tantôt le bien ou le bon, car on le peut traduite d'une et d'autre sorte, tantôt la participation ou la communion du bien ou du bon.
V. Si nous regardons leurs liturgies en diverses langues, c'est-à-dire les formulaires du service public de l'Eglise eu toutes les nations, ces liturgies différentes en certaines circonstances moindres et conformes sur les principales Semblent renfermer toute la religion en cette seule fraction du pain céleste, et en la distribution qui s'en l'ait aux fidèles ; car parmi ces petites variétés il n'y a point de liturgie où l'on ne remarque trois parties, qui font pour ainsi dire le corps du service.
La première est une préparation à consacrer et à manger ce pain céleste : elle se fait par une humble confession de nos fautes , soit celles du consacrant prêtre, soit celles du peuple. Par la lecture de quelque partie de l'Ecriture, par profession publique de notre foi, en récitant et chantant d'une commune voiv le Symbole des apôtres, par l'ex-
l.\ WU.IInl |. %0
plication [dus étendue de celte même Ecriture
sainte en quelque homélie ou sermon. La
seconde partie contient des prières SUT ce pain et sur ce vin qu'on va offrir ci COU erer. l.a troisième renferme des prières encore plus ardentes sur ce pain et sur ce ria consacré, qui s'appellent alors le corps et le
sang du BeJgM ins nouvel-
les de notre indignité en le recevant, lions de "races pour l'ai oir ri tnd cela
est fait, tout est fait, c'était famé, c'était le but de toul le serv ice : et les écrits de Justin, martyr, qui vivait aussitôt a; nous font voir de son temps un crayon de tout ce serv ice. (Ju'on en dise ce qu'on v oudra ; ou il faut que tout le christianisme le soit qu'un esprit d erreur, ou il faut qu'il y ait en ce pain consacré quelque chose de plus grand, de plus auguste, de plus merveilleux, qu'en la simple confession de nos fautes, qu'en la lecture et en l'explication l'Ecriture sainte, qu'en la profession publique de notre foi, qu'en ces prières ardentes mêmes qui sont autant de préparations à \>i consacrer ou à le recevoir.
V . .Mais, nous dira quelque sacramenlaire obstiné : 11 est vrai que l'esprit d'erreur a commencé de bonne heure dans la religion chrétienne, et s'est fortifié tous les jours davantage; de là viennent toutes ces institutions humaines de la liturgie ou service, de là les exagérations des pères de l'Eglise quand ils parlent de ces mystères; de là les noms i gni'iques de vie, de grâce, de salut, de perle unique, de bien ou de bon ; de là enfin celte opinion universelle répandue par toute la terre sur l'Eucharistie, où les peuples sont allés insensiblement et peu à peu beaucoup au delà de l'institution de Noire-Seigneur et de la vérité.
Suivons ce sacramenlaire jusqu'au bout avec complaisance et charité. Qu'il nous reponde un peu. Cet esprit d'erreur commençait-il au temps de saint Paul? conmiençaitil par cet apôtre même ? quand est-ce qui saint apôtre nous a parlé ou de l'Ecriture sainle, ou de la prédication de la parole de Dieu, ou de la profession publique de notre foi. ou de tous les actes de foi que nous saurions faire, ou de nos prières partie ul i et publiques, comme il nous parie de l'Bucharistie , après nous avoir protesté qui! a reçu du Seigneur tout ce qu'il nous donne? Nous a-t-il dil en quelque endroit : Gardezvous bien de pensera Dieu ni de le prier, ni de li re.ni d'écouler sa parole. ni de faire aucun ai le de foi, ni de vous remettre devant les yens l'esprit sa mort et sa pas-ion. si bien peinte dans ses Evangiles, sans qu'auparavant vous v ous soyez bien examinés \ ous-mémes : car si vous le faisiez indignement sans une préparation si nécessaire, vous ne feriez qu'un grand crime ; votre condition en serait sans comparaison pire qu'elle n'était : v ous j trouveriez votre perle et non pas votre salut. Au lieu qu'il nous a dil en propres len. Quiconque mange ce pain et boit le calice du Seigneur indignement, - able du
corps d du sang de X<>lrr-Scigncur. Qua
TRAITÉ DE L'EUCHARISTIE
l'homme s'éprouve soi-métfie , et alors qu'il mange de ce pain et boive de ce calice ; car celui qui en mange et en boit indignement mange et boit sa condamnation, ne discernant point le corps du Seigneur; c'est pour cela que plusieurs spnt malades et infirmes entre nous, cl que plusieurs dorment, c'est-à-dire sont morts ( I Cor. XI, 29) : comme s'il nous disait dans ces derniers mots brièvement et de la manière dont on a accoutumé de parler des mystères : Voici, je vous révèle un secret que Dieu m'a révélé; vous attribuez souvent à des causes purement naturelles, à la corruption dos humeurs , à l'inégalité des saisons , aux révolutions des astres, les morts soudaines, les maladies de langueur, et tant d'autres où l'art humain avoue lui-même qu'il ne connaît plus rien, et qu'il y a là quelque chose d'extraordinaire et de divin ( fcîo»t« ) : apprenez que c'est Dieu lui-même qui frappe dune manière miraculeuse, tantôt en sa miséricorde, tantôt en sa fureur, ceux qui n'ont point discerné son corps et son sang dans son pain et dans son calice. Faisons aujourd'hui qu'un zuinglien ait à nous dire les mêmes choses , comment se soutiendront-elles ? Vous pouvez, dira-t-il peut-être, sans autre épreuve plus grande et plus sérieuse de vous-même , porter votre pensée à Dieu , le prier quoique faiblement et lâchement; lire et écouter sa parole, quoique négligemment; faire quelque acte de foi et de confiance en sa bonté , quoiqu'imparfait ; vous représenter quelquefois plus vivement sa mort et sa passion : si tout cela rie vous sauve pas, il ne vous damnera pas aussi, et votre condition n'en est pas pire qu'auparavant : au contraire Dieu recevra peut-être en sa miséricorde ces efforts imparfaits do votre religion sur votre nature corrompue. Mais si vous oubliez que le pain et le vin de la Cène vous représentent d'une autre sorte son corps et son sang, sa mort et sa passion, cï vous doivent exciter au moins un peu davantage à son amour ; si vous vous en approchez indignement ; si par une véritable douleur de vos fautes et par un ferme dessein d'y renoncer, vous ne vous êtes purifié vous-même, autant que la faiblesse humaine le peut permettre, avant que de loucher à ce pain et à ce vin : vous voilà inexcusable , votre arrêt de mort est prononcé ; il ne fera pas plus que justice quand il vous frappera d'une grande maladie ou d'une mort soudaine. Disons la vérité : nous, voyons bien en tout ce discours d'un saint Paul zuinglien, les rêveries et les inquiétudes de l'esprit humain, qui cherche ce qu'il ne peut trouver; mais nous n'y voyons rien ni du bon sens, ni dU bon esprit, ni de l'inspiration divine de ce Bafnt apôtre. Qu'avons-nous besoin d'autres (louves ? Ce que l'Apôtre nous dit nouscon- Irme ce que les pères nous disaient de ces riystères terribles et redoutables, ce que nous disai' nt les peuples en appelant ectaugusfè sacrement la vie, la grâce, le salut, le saint des sainls. le bien ou le bon , ce que tOUt l'appareil de leurs liturgies nous [(récitait à haute voix ; on irtl mot ce qu'ils ont tous cru et par toute la terre d'une grande
et très-grande merveille dans l'Eucharistie. Il serait très-possible et très-vraisemblablo au sons naturel que Dieu ne se fût point fait homme ; mais rien n'est moins possible ni moins vraisemblable en supposant la religion chrétienne. Il serait très - possible et trèsvraisemblable au sens naturel, qu'il n'y eût aucune merveille en l'Eucharistie, rien que du pain et du vin et une représentation du corps et du sang; mais rien n'est moins possible ni moins vraisemblable en supposant que nous sommes chrétiens.
SECTION VI
Trois observations pour bien juger delà possibilité ou impossibilité en choses merveilleuses.
I. Il ne nous reste donc plus qu'à examiner le merveilleux de Calvin et le merveilleux de l'Eglise. Mais auparavant il sera bon de poser trois principes, ou du moins de faire trois observations importantes pour bien juger de la possibilité ou impossibilité en choses extraordinaires et merveilleuses.
II. Notre première observation sera celleci : Croire n'est pas imaginer. Nous croyons Dieu en tous lieux et tout entiersans qu'il occupe aucun lieu, mais nous ne l'imaginons pas, parce que nous n'avons jamais rien vu de semblable.
Nous pourrions croire de même des légions d'anges en un très-petit espace sans nous en former aucune image. Dans les choses mêmes les plus naturelles et qui tombent sous les sens , nous croyons des antipodes , c'est-à-dire des hommes à l'autre partie du globe de la terre, dont les pieds sont opposés aux nôtres, sans toutefois qu'ils retombent sur leur tète , encore qu'ils ne soient ni liés ni attachés à ce globe. Mais c'est ce que nous n'imaginons point, parce que nous n'avons jamais vu de globe semblable , qui n'ait un dessus et un dessous, d'où les choses posantes retombent plus bas si elles n'y sont liées et attachées, et qu'en un mot imaginer n'est autre chose que copier ce qu'on a vu, ou faire un tout de plusieurs de ces copies assemblées, comme nous imaginons quelquefois des montagnes d'or, parce que nous avons vu de l'or et des montagnes. De cette observation il s'ensuit qu'aux choses que l'œil n'a point vues ni l'oreille entendues, comme parle l'Apôtre, c'est-à-dire aux choses divines et en tous les mystères de la religion , si nous ne voulons nous tromper, il ne tant pointappeler notre imagination au conseil, elles passent sa portée aussi bien que colle do nos sens.
III. La secoudo observation sera : Croire n'est pas comprendre ; c'est plutôt ne pas comprendre, mais recevoir par une autorité supérieure ce que l'on ne comprend pas , et se persuader seulement qu'il est possible , tant par cette autorité supérieure, qui nous l'ordonne que par la comparaison que nous faisons de' cette merveille avec d autres dont nous ne pouvons douter, ou parla proportion entre la merveille et son auteur, comme l'ou dirait en mécanique entre le poids à mou-
voir et la force mouvante. De là vient que toute l'ancienne église a défendu nos mystères contre les païens, par l'autorité qui nous les a révélés, et ensuite par la comparaison a \ec les merveilles de la nature, ou par la 'comparaison avec d'autres merveilles de Dieu. De cette observation il s'ensuit que nous aurons tort si, nous contentant sur les autres mystères d'une lumière médioi re et imparfaite pour croire qu'ils sont possibles , nous en demandons une entière et parfaite sur celui-ci.
IV. La troisième observation sera : Dieu peut faire tout ce qu'il peut vouloir ; car vouloir et faire sont en lui la même chose. Comme il a tout créé, il peut tout anéantir et tout changer; il est vrai seulement qu'il ne saurait se changer lui-même, ce qui ne serait pas un pouvoir, mais une impuissance et une faiblesse. Pouvoir mourir, mentir, se contredire , vouloir et ne vouloir pas en même temps une même chose , ne sont pas des possibilités, mais des passibililés ; c'est-à-dire des défauts dont sa perfection et son excellence infinie ne sont pas capables. De cette troisième observation il s'ensuit qu'il nous est toujours très-difficile de connaître cette sorte d'impossibilité qui ferait une contradiction formelle dans la volonté de Dieu : c'està-dire, il ne peut vouloir que cela ne soit pas, parce que cela est. de l'essence d'une chose qu'il veut, et fait une partie nécessaire de son être. D'un côté il faut pour cela pénétrer toute l'essence des choses , que nous ne connaissons presque jamais qu'en partie : de l'autre, la moindre différence dans l'objet de celle prétendue contradiction formelle, dans la manière, dans le temps, dans les circonstances, trouble et confond tout notre raisonnement, et nous jette dans de nouvelles ténèbres. Dieu veut que le feu brûle les hommes, mais Dieu veut que le feu ne brûle pus Daniel ; qu'il brûle même Daniel, et ne'brûle pas Daniel , en deux temps différents, en une de ses parties, non pas en l'autre, ou au dedans et non pas au dehors, comme il arrive quelquefois au feu de la foudre. H n'y a nulle contradiction qu'apparente et fausse entre toutes ces volontés de Dieu , et nous ne savons point précisément si brûler est une perfection, ou une imperfection du feu, s'il peut être feu sans jamais rien brûler, comme on ledit de ce feu qu'on appelle élémentaire; jusqu'où l'action du feu pour brûler peut être retenue ou suspendue sans toucher à son pouvoir de brûler, quand même il ferait parlie de son être, ni jusqu'où il est naturel au corps humain , de pouvoir être brûle, ni jusqu'où ce pouvoir d'être brûlé , qui n'est en lui qu'une impuissance et une possibilité, peut être corrigé, sans qu'il change de nature et cesse d'être ce qu'il était.
Mais ce qui est assez clair dans cet exemple est quelquefois bien plus obscur en d'autres; enfin à l'égard de nos lumières humaines il y a toujours une très-grande différence entre ce qui aceompagne ordinairement l'être des choses, ci ce qui fait une partie nécessaire de leur être. Après ces trois observa
DEMONSTRATION É> \n«.I I.UjUE. %4
(mus dont nous fbmsBes persuadés qu'on demeurera d'accord de parte) d autre, passons
a examiner le merveilleux de Cal» in et la notre.
SECTION VII
V opinion <i> Calvin prise à la lettre est <ih*<>lument impossible; adoucie tant qu'on dra est encore impossible : est au moU jette aux mêmes objections que la / /
(/lise.
I. On ne hasarde rien en assurant que l'opinion de Calvin prise à la lettre est absolument impossible, car elle consiste (!1 Ull mot à poser une manducalion réelle du corps sans aucune présence réelle du corps et c'est ainsi qu'il s'en explique partout , ce qui fait une contradiction très-formelle dans notre pensée et dans la volonté de Dieu , c'est-ddire, ne peut jamais être sans que Dieu veuille et ne veuille pas la même chose et en même temps. Il ne nous faut point, pour le comprendre, pénétrer toute l'essence des ch<
ni percer tous les nuages , dont Dieu a v oulu qu'elle fût environnée pour nous. Nous n'avons aucun besoin des spéculations de la pin sique ou de la métaphj sique sur la nalui sur l'essence des substances corporelles , la seule grammaire nous suffit; ou. pour mieux dire, c'est assez d'entendre ce que nous disons. Il est très-clair en toutes les langues qui furent jamais , mais particulièrement en toutes les langues vulgaires d'aujourd'hui et en la nôtre , qu'être mangé enferme iin , et qu'être mangé en un lieu , enferme étrt un lieu, qui est ce qu'on appelle présence . l'un ne se peut, nous ne disons pas imaginer, mais entendre ou penser sans l'antre. Calvin donc pris à la lettre,. fait que Dieu veut et ne veut pas précisément une même chose et en même temps.
II. .Mais après tout, ce n'est pas Calvin que nous tâchons de gagner, ce sont nos frères qu'il a séduits , et qui sentant l'impossibilité de son opinion prise à la lettre , l'adoucissent autant qu'ils peuvent. D'ailleurs s'il faut excuser Calvin en l'accusant, il était trop habile pour croire ce qu'il disait, et se tromper lui-même par ce frivole sophisme dont on rit dans les écoles. Pierre est grand. Pierre est capitaine ; donc Pierre est grand capitaine. Ce que Calvin appelait manducalion pouvait bien être selon lui quelque chose de réel, et c'est ce qu'il entendait sans doute, mais n'était pas selon sa pensée réellement manducalion : comme le portrait d'un homme est bien en soi quelque chose de rôeï, mais n'est pas réellement un homme. Il savait assez que les âmes ne mangent pas proprement, en un mot ce qu'il voulait dire et que nos frères entendent . c'est qu'il se faisait sur nos âmes je ne sais quelle opération véritable et réelle de la chair de notre Seigneur absente . avec les mêmes effets que le* meilleurs aliments quand on les mange font sur nos corps , et il lui avait plu d'appeler celte opération manducation ; d'un tôle, parce que les pères dans leurs allégories oui souvent parlé dune raanducation
TRAITE DE L'EUCHARISTIE
spirituelle jointe à la corporelle ou fondée sur la corporelle; et de l'autre parce que voulant se faire toutes choses à tous, comme nous l'avous dit aillcurs(l), il prétendait gagner par cestermes de manducation réelle, qui enferment naturellement une présence réelle , les luthériens qui croient celle présence réelle; cl ne pas perdre leszuingliensquine la croient pas, puisque pour peu qu'ils y fissent réflexion, ils découvriraient assez, que sa manducation réelle sans présence réelle , ne pouvait être qu'une manducation figurée comme la leur; et néanmoins trompant les deux partis, il entendait autre chose que ni l'un ni l'autre ; c'est-à-dire que la vertu vivifiante actuellement et physiquement (qu'on nous permette ce mol) attachée à la chair deNotre-Seigneur, et qui n'en pouvait jamais être séparée, venait toutefois actuellement et physiquement jusqu'à nous , sans que la chair y uni, par un miracle fort au-dessus de la nature, et qu'il nommait incroyable, mais qu'il concevait possible par la comparaison des merveilles de la nature, et surtout par la comparaison du soleil, qui sans être en terre ne laisse pas d'y produire tant d'admirables effets.
III. Nous remarquerons en passant trois choses sur cette comparaison qui doivent au moins nous la rendre fort suspecte. La première, qu'encore qu'elle soit très -aisée à trouver, et qu'elle se présente d'abord à l'esprit quand il pense à ce qui opère de loin, elle n'est pourtant jamais tombée dans l'esprit des pères quand ils ont parlé des merveilles de l'eucharistie, au lieu qu'ils ont cherché de tous côtés toutes les comparaisons qui marquent un changement réel et une présence réelle : l'eau changée en sang, l'eau changée en vin , la verge de Moïse en serpent, d'où l'on peut conclure qu'ils n'avaient garde de penser comme Calvin; la seconde, qu'il manque à cette comparaison une chose essentielle pour la faire recevoir suivant les règles que nous avons établies , c'est-à-dire quelque autorité supérieure et considérable qui nous persuade que la chose est , et nous oblige à chercher comment elle peut être , car d'autorité qui nous ait dit, le corps opère de loin mais il n'y est pas , nous n'en avons aucune hors celle de Calvin lui-même, le premier inventeur de cette distinction dans la tin des siècles. La dernière enfin, que tous les hommes et les philosophes particulièrement, peuvent bien douter de quelle manière le soleil étant au ciel opère en terre, et si c'est par une effusion de sa propre substance, ou par la production d'une substance nouvelle telle qu'est la lumière selon quelques-uns , ou par une impression sur tout ce qui est entre le ciel et la terre , mais tous sont d'accord, qu'il faut de nécessité que ce soit par l'un ou par l'autre de ces moyens. Mais Calvin nie tous ces divers moyens en parlant de l'eucharistie; la chair de Noire-Seigneur selon lui, n'opère point sur nos âmes par aucune effusion de sa substance, ni par aucune
(I) Dans la Relation latine au premier volume des Réflexion».
DhMONST. KVING. III.
impression, ou sur lui, ou sur le sacrement, ou sur ce qui est entre le ciel et nous. Ainsi sa comparaison ne lui sert de rien , mais il pourra dire seulement que toutes les comparaisons prises de la nature pour expliquer les merveilles de la religion, clochent toujours et demeurent imparfaites.
IV. A dire la vérité cependant, son opinion quoiqu'ainsi adoucie, si on l'examine de près, n'enferme pas moins une contradiction formelle, puisque selon lui en mille endroits cette vertu vivifiante physique attachée à la chair de Notre-Seigneur, n'en peut jamais être séparée, néanmoins elle vient jusques à nous sans la chair, c'est-à-dire qu'elle en est séparée. Dieu nous donne , nous exhibe (c'est ainsi qu'il parle) réellement sa chair et son sang, mais sa chair et son sang ne sont pas en ce qu'il nous donne. Cela ne se peut imaginer ni comprendre , il l'avoue, mais nous avons dit autant pour lui que pour nous , que croire n'était pas imaginer , ni comprendre.
V. Quand nous voudrons le moins presser, et ne lui plus reprocher son défaut d'autorité supérieure , pour croire ce qu'on ne peut imaginer ni comprendre , toujours sera-t-il certain et indubitable, que soi) opinion tombe dans les mêmes inconvénients qu'il oppose à la nôtre. Inconvénients encore bien plus grands pour lui que pour nous, parce qu'il ne prend aucun des moyens que nous prenons pour expliquer la possibililéde cette merveille. Si la chair de Notre-Seigneur nous communique véritablement la vertu vivifiante, qui est inséparablement attachée à sa substance ; il faut par nécessité , ou que cette vertu vienne à nous avec sa substance, et alors ce sera une substance en plusieurs lieux , ou qu'elle vienne à nous sans sa substance, et alors ce sera un accident sans aucun sujet, mais d'une manière très-chimérique , bien différente de la manière dont l'Eglise explique et soutient ce qu'il y a de merveilleux dans son dogme, comme nous le verrons bientôt.
VI. C'étaient ces raisons qui faisaient avouer ingénument et nettement à feu M. Claude , quand il était en particulier, et avec ses amis, que l'opinion de Calvin ne se pouvait non plus défendre, ni par lui, ni par autre, que celle de l'Église romaine. Nous l'avons publié de son vivant, sans qu'il y ait trouvé à dire, et des personnes d'un trèsgrand mérite nous ont lait écrire de bien I m pour demander à qui il avait fait celle confession franche et sincère. Nous sommes b aise d'apprendre à tout le public , que c
à nous-mème, et que nous en avoua enO< aujourd'hui de trop bons témoins, à notre grand regret, c'est-à-dire plusieurs de nos amis encore en erreur, que nous lui avons renvoyés, pour le savoir de lui-même. C'est à eux à voir, quand il aura plu à Dieu eu sa miséricorde de leur ouvrir les yeux, si l'on peut être de la religion de Calvin sans croire comme Calvin sur ce grand article, et jurer sur sa confession de foi , sans l'entendre comme lui; ou si, devenant zuinglicn, on {.Trente et une.)
jg i.i-.MONSTRATION
peut soutenir la grande et Insigne différence que saint Paul a mise entre taire indignement tous les autres actes de la religion, ou manger indignement de ce pam, sans discerner le corps du Seigneur et sans s'être bien éprouv é soi-même.
SECTION VII
Personne ne peut opposer l'impossibilité à n-.ijlise sur cette matière. Explication de sa créance. Trois objections ou difficultés. Première et seconde difficulté, (« mot nouveau de transsubstantiation, le changement d'une substance en une autre.
I. Oui nous opposera donc l'impossibilil* sur l'eucharistie. Sera-ce Zuingle? mais rien n'est moins vraisemblable, ni moins possible que son opinion , en supposant la religion chrétienne. Sera-ce Luther? mais il croit une merveille aussi grande que celle de l'Eglise. Sera-ce Calvin? mais son merveilleux, tout nouveau et sans nulle autorité, n'a pas moins d'inconvénients que le nôtre, autorisé par le consentement de tant de peuples et de tant de siècles. Sera-ce ceux qui ne sont pas ou ne veulent pas être chrétiens ? mais qu'ils répondent auparavant à tant de grands et beaux, ouvrages des siècles passés, et du nôtre , sur la vérité de la religion chrétienne, que nous ne prouvons pas, que nous supposons dans celui-ci.
H. Nous pourrions en demeurer là, comme sur une fin de non-recevoir; mais nous cherchons à édifier nos frères et à leur taire connaître que notre merveille, si elle ne se peut entièrement comprendre, non plus que les autres grands mystères de la religion, est au moins de celles que la raison éclairée par la foi peut et doit recevoir. Il faut pour cela leur ôter au moins toutes les fausses difficultés que leur imagination ou les impressions qu'on leur adonnées , ajoutent ordinairement à la difficulté véritable. Faites , "Seigneur, en nous comme en eux , ce que nous ne pouvons attendre de notre faiblesse, et qu'éclairés et soutenus par la fo: nous comprenions au moins que ni en vousmême, ni dans les merveilles de votre toutepuissance, nous ne devons pas aspirer à vous comprendre tout entier.
III. Trois choses ou plutôt trois imaginations blessent principalement l'esprit île nos frères, dans le dogme catholique : la première est le mot même de transsubstantiation et de transsubstàntié : le nom leur paraît nouveau : ils le regardent comme un nouvel article de foi impose à l'Eglise; ce qui n'était point, disent-ils , au pouvoir des hommes, mais de Dieu seul.
La seconde est ce changement d'une substance, qui renverse, disent-ils, le témoignage de nos sens, et par conséquent oie toute certitude dans les choses humaines.
La troisième est la présence d'une même subst mec i h plusieurs HeilX . qui leur semble l'aire qu'une substance ll'esl pWS une . niais plusieurs. Il faut, s'il nous est possible, les détromper sur ci s trois pensées en les examinant l'une après l'autre.
I \ iNGÉLIQI I . 968
Ce que l'Eglise croit aujourd'hui de l'eucharistie est ce qu'elle en croyait au temps de saint Irénée, qu'il j a en cet augi crement qm Ique chos ' quel-
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nos sens y ont trouvé. Si jamais la foi de I élise n'avait été contestée , il suffirait presqj
de celle explication gém ui en effet
contient tout, ou d'ajouter en tout i qu'on trouve dans le formulaire ancien de l'abjuration des Sarrasins, c'est-à-dire que Notre-Seigneur j est présent d'une manu que lui seul peut entendre, nui parle en i termes ne nie point tout ce que nous t nous; au contraire il le dit par dés i nséquea nécessaires, quand de I nséquen
n'ont pas éludé et affaibli dans l'esprit du monde la force et la vertu que ces tel* avaient par eux-mêmes; mais depuis que l'incrédulité humaine a voulu entendre ces i pressions générales d'une autre manu qu'on ne les entendait naturellement, depuis qu'on a imaginé une présence réelle qui ne lût pourtant qu'en ligure, qu'en vertu, qu efficace, et une vertu ou efficace non pas attachée au sacrement niai- à notre $ lue | eiisée, il a été nécessaire d'éloigner toutes fausses et vaines explications par des termes si précis et si propres, qu'ils ne fussent capables d'aucun équivoque. Ce n'est pas faire un nouvel article de foi. comme nos fn nous le reprochent injustement, c'est défendre la foi ancienne contre les subtilités nouvelles, sans nous imposer rien à croire que ce qu'on croyait avant que ces subtil nouvelles eussent paru. Rien n'est plus naturel sur ce sujet que ce qui est arrivé dans l'Eglise pour le dogme de la Trinité, et c'est un exemple qu'on ne peut trop répeter. Avant qu Arius eût paru, il ne fallait pour être chrétien et catholique que croire un seul Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit et que baptiser au nom du Père, du 1 iN et du Saint-Esprit. Cela renfermait en effet par conséquences nécessaires tout ce que le premier concile de Nicee a explique depuis. 11 n'v pouvait avoir un seul Dieu Père, Fils et Saint-Esprit, sans que ces trois fussent un en leur être de Dieu. On ne pouvait baptiser au nom du Père, du Fils et du Saint- Esprit, sans reconnaître en ces trois sujets , ou personnes un même pouvoir et par conséquent un même être : car on ne peut imaginer trois pouvoirs et trois elres infinis . dont l'un serait par nécessite la borne de l'autre. Cependant depuis la condamnation d' Arius et des ariens, il devint absolument ner, ssaire pour être orthodoxe et cafh dique, de dire le Fils consubstantiei au Père, terme pris des philosophes aussi bien que celui de transsubstantiation ou de tnmssuistantié. Ce ne lut pourtant pas «M nouvel article de foi qu'on imposât à l'Eglise; ce fut l'ancien article de foi défendu dos vaines subtilités des ariens, qui faisaient du Fils un Dieu >e-
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TRAITÉ DE L'EUCHARISTIE
rilablc , mais créé de rien, et par simple participation de la nature divine. Le manteau d'Elie, soit qu'il se développe et s'étende dans ies airs, lorsque Elit; est enlevé au ciel, soit qu'il se resserre dans la main d'Elisée pour en frapper les eaux, du Jourdain, est toujours le même manteau. La doctrine de l'Eglise est toujours la même , soit qu'on l'exprime en certains termes naturels, dont le sens n'est pas douteux, soit qu'on la développe et l'étende ^davantage par d'autres termes non douteux , quand l'erreur a voulu former des doutes sur les premiers. Les philosophes parlent proprement et précisément , et expliquent toujours la valeur et la force de leurs termes avant que de les mettre en usage. C'est pourquoi on se sert de leurs termes pour expliquer les termes ordinaires, quanti l'erreur a essayé de les rendre douteux. Il ne s'ensuit pas que la philosophie soit essentielle à la foi. L'une pourrait être toute fausse, que l'autre serait toujours toute véritable. Mais Dieu parle aux hommes , comme les hommes parlent entre e"ux. Que le soleil, si l'on veut, soit toujours immobile dans le ciel, l'Ecriture n'aura pas menti , quand elle a dit qu'il s'arrêta à la voix de Josué; elle aura seulement exprimé aux hommes une très-grande merveille, de la manière dont les hommes de ce temps-là étaient capables de la concevoir. Quand on ne se serait pas servi du mot de consubstantiel dans la Trinité, et de celui de transsubstantiation dans l'eucharistie , comme le concile de Nicée a consacré le premier après des auteurs qui en avaient déjà usé, et que le IVe concile de Lalran a expliqué par l'autre la foi de l'Eglise après Etienne d'Autun et Pierre de Blois , qui s'en étaient servis dans le siècle précédent, comme il paraît expressément par ce que nous avons de leurs écrits ; il serait toujours vrai que le Père, le Eils et le Saint-Esprit ne seraient qu'un seul Dieu sans nulle équivoque ; que l'eucharistie serait véritablement et réellement le corps de Notre-Seigneur sans le paraître , et ne serait pas véritablement le pain si ce n'est pour le dehors et dans les apparences. IV. Mais si ces termes précis des philosophes ont rendu quelque service à la religion en faisant entendre nettement et sans équivoque aux personnes intelligentes et éclairées, quels en étaient les dogmes, on pourrait dire d'un autre côté qu'ils ont par accident produit un effet presque contraire pour les personnes du peuple qui ne les entendent pas ; car elles se font sur ces nouveaux termes d'autres équivoques , parce qu'elles prennent toujours au sens ordinaire du discours commun ce qu'il faut prendre au sens précis et propre des philosophes. Prenez le mot de substance corporelle au sens ordinaire du discours commun, c'est ce qu'on voit, ce qu'on touche. Prenez ce même mot au sens précis et propre des philosophes, substance corporelle est quelque chose qu'on ne voit point, qu'on ne touche poiut, mais que l'on connaît et que l'on entend, parce qu'elle est ordinairement accompagnée , en-
vironnée et revêtue de ce qu'on voit et qu'on touche, qu'on appelle ses accidents, l'esprit du simple s'embarrasse là-dedans , et quand on lui dit la substance du pain n'y est plus, donnant toujours à ce terme le sens ordinaire auquel il était accoutumé, il se persuade qu'on lui ordonne de croire que ce qui lui paraît ne lui paraît pas, mais c'est à quoi l'Eglise n'a jamais pensé.
V. Ce n'est pas nous, nos très-chers frères, qui avons imaginé cette distinction de substance et d'accidents ; c'est Platon, c'est Aristote, qui n'avaient aucune part à nos disputes ; nous ne faisons qu'emprunter leurs termes pour mettre hors de toute équivoque les termes communs. Ils ont compris qu'en ce qu'on appelle pain , il y a quelque chose d'invisible et d'impalpable qui ne tombe par lui-même sous aucun de nos sens, et qu'ils appellent substance, quelque chose au contraire ce visible et de palpable qui rêvé' et environne cette substance, et qui tombe sous les sens, et ils le nomment accidents. Otez, disent-ils, l'une après l'autre, toutes les qualités ou accidents dont cet invisible et impalpable du pain est revêtu, vous ne lui ôtez rien de son être , et c'est toujours du pain. Si vous ôtiez au contraire de ce tout qu'on appelle pain cet être invisible et impalpable que les qualités ou accidents vous font connaître, vous lui ôteriez et le nom et l'être de pain.
VI. Voici donc à quoi se réduit nettement ce qui nous effraie dans la transsubstantiation. En cet objet qu'on appelle communément pain pris tout ensemble, il y avait je ne sais quoi d'invisible et d'impalpable qui faisait son être, et qui soutenait tout le reste, comme une clé cachée dans la voûte sans y paraître; la même main qui avait fait tout l'assemblage, a été cette clé de pierre, pour y mettre une clé d'or ou de pierrerie aussi cachée que la première. L'invisible et l'impalpable du pain n'y est plus, mais un autre invisible et impalpable infiniment [dus précieux y est en sa place. La merveille est grande, mais où est la contradiction formelle dans cette pensée et dans la volonté de Dieu? Nous le disons hardiment, dès que vous réduisez ce miracle à un invisible ôté, et un invisible mis en sa place, il est impossible que cela soit impossible à celui qui peut tout, qui avait tout fait, tant le visible que l'invisible, qui avait lié l'un à l'autre, et pouvait aussi facilement ne les pas lier ou délier d'avec l'autre, quand il lui plairait.
VIL Ne nous parlez plus du témoignage des sens, sur lequel vos écrivains font ici tout leur vacarme, il n'en est pas question. Vous voyez et vous touchez comme auparavant, il est vrai ; l'Eglise ne nous dit point aU9si, qu'il y ait rien de changé, en ce qui se voit et qui se touche. Vos sens ne vous trompent pas; mais votre raison vous trompe quand elle dit : rien n'est changé au dehors ; dont il est absolument impossible que rien soit changé au dedans. Elle ne se défend aus>-i là-de-sus, que par les règles ordinaires, qui cessent aussitôt que le pouvoir extraordj-